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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Vol de nuit

Auteur Sujet: Vol de nuit  (Lu 1098 fois)

Zenrail

  • Invité
Vol de nuit
« le: 23 décembre 2014 à 00:21:44 »
   Une main posée sur mon épaule, une pression ferme mais non brutale, je tentai de me retourner mais la pression se fit plus forte.

   Une voix grave, douce et quelque peu lasse me dit ces mots à l'oreille:

« Ne bouge pas, fais ce que je te dis et tout se passera bien. »

   Un parc, à trois heure du matin, je savais que ce n'était pas une bonne idée...

   Et voilà que je me faisais menacer par un quidam.

   Une vulgaire victime, voilà ce que j'étais devenu en l'espace de quelques secondes, passer de l'état de promeneur nocturne à celui-ci me fit un  premier choc.

   Une pression dans le bas du dos vînt s'ajouter à celle présente sur mon épaule. Un torrent glacé dévala mon échine. Je me mis à trembler, trembler comme un frêle feuille sous une brise d'automne. Ma bouche se dessécha, j'en oubliai jusqu'à mon nom, la raison de ma présence dans ce parc, la réalité m'échappa peu à peu.

   Je vacillai, la lune et les étoiles me lançaient des clins d’œil aguicheurs.

   Brusquement, mes jambes semblèrent ne plus pouvoir supporter le poids de mon corps. Je flageolai, comme en proie à une grippe violente.

   C'est mon agresseur lui-même qui me permit de reprendre mon empire sur moi-même d'une secousse vive, dénuée cependant de toute violence.

« Aller ! On se réveille ! Comme je te l'ai dit, fais ce que je te demande et il ne t'arrivera rien mon garçon. »

   Un pas après l'autre, nous nous remîmes en route, nous suivîmes le sentier éclairé par la lune qui serpentait sous le couvert des saules, une vraie promenade en amoureux, sa main sur mon épaule, l'arme pressée au creux de mes reins. L'irréalité de la situation mêlée à l'ivresse qui m'habitait encore firent s'écouler le temps comme dans un songe.

   Rien autour de moi ne me semblait réel, je redécouvrais à chaque inspiration, chaque bouffée d'air le corps que j'habitai. Peu à peu, l'adrénaline aidant, ma vue se fit plus acérée, mon ouïe plus fine, je senti chaque frémissement dans l'air provoqué par la brise nocturne, chaque son m'apparaissait avec une clarté jusqu'alors inconnue.

   Un fourmillement parcourut mes membres inférieurs, comme en en proie à un besoin irrépressible de se mettre en mouvement, une impatience grandissante, comme des chevaux s'apprêtant à s'élancer au galop.

« Je te conseille de ne pas tenter de t'enfuir, on va tranquillement se diriger vers un distributeur, tu retireras de l'argent et ensuite tu seras libre de t'en aller. »

   Sur quoi, il me fit presser l'allure, la sensation de gêne dans le bas du dos se fit plus forte, comme pour ponctuer les propos de mon agresseur. Nous arrivâmes à l'orée du parc sur un trottoir bordant une route déserte à une heure aussi tardive. Les quelques cinq cents mètres qui nous séparaient du plus proche automate consistaient en un bas côté morne de béton gris flanqué de murs de briques rouges. Tandis que nous cheminions sur ce trottoir, j'eus l'occasion de voir d'un œil nouveau l'héritage dantesque de l'ère industrielle.
   
   Bâtisses sales et grotesques, abandonnées au fil du temps puis finalement tombées en décrépitudes, livrées aux caprices du temps. L'image même d'une ville étouffant sous les nuages de poussière et de pollution. Rien ne pouvait y survivre, rien ne pouvait y pousser. Un paysage stérile, désolé, que la modernité nous avait laissé en cadeau.

Vous n'êtes pas obligé de faire ça.

Et qu'est-ce que t'en sais dis moi ? T'as quoi , Vingt-deux ans ? Tu sais quoi toi de la vie et des galères ? Ce soir t'étais chez des amis à faire la fête, sans te faire de soucis. Pendant ce temps, moi ce soir je me trouvais ici, dans ce foutu parc, le ventre vide ! Qu'est-ce que tu connais du monde réel ? Vu ton manteau chic, ton écharpe en soie, le parfum que tu porte, la propreté de tes chaussures et l'odeur de ce que tu as bu, je ne pense pas que l'argent et l'endettement soient des problèmes qui te réveillent la nuit.

   Au fil de sa diatribe sa main se resserra sensiblement sur mon épaule. Une main caleuse, qui renfermait une grande force. La main d'un homme qui avait eu à s'en servir pour se nourrir.
Tandis que nous continuions à marcher le long de cette rue mal éclairée, nous passâmes prêt d'une vitrine crasseuse d'un commerce depuis longtemps fermé.

J'ai grandi ici tu sais, dans ce quartier je veux dire. Avant y'avait plus de vie, le travail ne manquait pas. Je bosse dans le bâtiment, enfin je bossais jusqu'à ce que les entreprises ne décident de licencier des ouvriers par centaines. Certains de mes amis ont pu retrouver un job sous payé de temps à autre comme moi, mais même ceux-là on en trouve plus. Et puis y'en a d'autre qui ont sombré dans l'alcool, la violence. Et même certain qui n'avait plus la force de vivre...

Et vous, vous faites parti de quelle catégorie ?h

De la catégorie de ceux qui survivent comme ils peuvent ! Moi j'ai trimé des années sur des chantiers, j'ai fait tout un tas de jobs dont personne ne voulait pour nourrir ma famille. J'ai réussi à envoyer deux de mes gosses dans de bonnes écoles pour qu'ils puissent un jour manger et vivre, pas survivre comme moi pour finalement être écrasés comme des cafards


   Alors que nous approchions de notre destination, j’eus le temps d’apercevoir le visage de mon interlocuteur dans le reflet d'une vitre. La cinquantaine, son visage buriné semblait exprimer une profonde amertume et une infinie lassitude. Un homme qui semblait lui-même l'otage d'une société avilissante, de circonstances et d'un destin tyranniques qui l'avaient conduit à de telles extrémités. Toujours sous sa direction nous arrivâmes devant le distributeur auquel il me fit retirer deux cent euros, ce qui à ma grande honte ne représentait pas une somme démesurée pour moi.
Je sentis une nouvelle fois la pression de son arme dans mon dos :


Ne te retourne pas, attends cinq minutes et va-t-en !

   Ce que je fis, je ne saurai dire pour quelle raison je n'appelai pas la police à l'instant, mais j'attendis donc.

   Cinq minutes plus tard, je reprenais mon chemin. Je marchai lentement, laissant la tension et les tremblements se calmer. Je recommençai à marcher lorsque mon regard fut attiré par une lumière bleue et des bruits de moteurs.Un homme entouré par une équipe de secours était allongé sur le sol. Un membre de l'équipe tentait fébrilement de le réanimer tandis que deux autres étaient occupés à presser un nombre non négligeable de blessures sanglantes.

   Un véhicule avait apparemment percuté l'inconnu et s'était enfui. Quelqu'un avait alerté les secours mais malgré leurs efforts l'homme succomba à ses blessures. Je m'approchai alors que l'on recouvrait lentement le corps de la victime, et j'entr’aperçu le visage buriné d'un homme d'une cinquantaine d'année serrant encore dans sa main quelques billets, et qui ne laissait derrière lui que le vague souvenir d'un corps brisé.

Hors ligne Rémi

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Re : Vol de nuit
« Réponse #1 le: 25 décembre 2014 à 02:07:18 »
Salut Zenrail,

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Une voix grave, douce et quelque peu lasse me dit ces mots à l'oreille:
espasce avant les deux points

"quidam" ça fait bizarre pour nommer un agresseur.

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Une vulgaire victime, voilà ce que j'étais devenu en l'espace de quelques secondes, passer de l'état de promeneur nocturne à celui-ci me fit un  premier choc.
"à celui-ci" c'est pas beau...

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C'est mon agresseur lui-même qui me permit de reprendre mon empire sur moi-même
mon emprise (à moins que tu ne sois du côt obscur de la force)

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« Aller ! On se réveille ! Comme je te l'ai dit, fais ce que je te demande et il ne t'arrivera rien mon garçon. »
Allez

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Peu à peu, l'adrénaline aidant, ma vue se fit plus acérée, mon ouïe plus fine, je senti chaque frémissement dans l'air provoqué par la brise nocturne, chaque son m'apparaissait avec une clarté jusqu'alors inconnue.
sentis
Ce passage là est sympa

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Un fourmillement parcourut mes membres inférieurs, comme en en proie à un besoin irrépressible de se mettre en mouvement, une impatience grandissante, comme des chevaux s'apprêtant à s'élancer au galop.
tu as deux fois "en" (en en proie)
Qu'est-ce qui est en proie à un besoin... le fourmillement ?

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Tandis que nous cheminions sur ce trottoir, j'eus l'occasion de voir d'un œil nouveau l'héritage dantesque de l'ère industrielle.
   
   Bâtisses sales et grotesques, abandonnées au fil du temps puis finalement tombées en décrépitudes, livrées aux caprices du temps. L'image même d'une ville étouffant sous les nuages de poussière et de pollution. Rien ne pouvait y survivre, rien ne pouvait y pousser. Un paysage stérile, désolé, que la modernité nous avait laissé en cadeau.
cinq cents mètres un flingue dans le dos et le perso se fait sociologue urbaniste ?
Marrant comme ses pensées partent en vrille

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le parfum que tu porte,
portes
Ce passage là est pas mal aussi

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Certains de mes amis ont pu retrouver un job sous payé de temps à autre comme moi,
si tu mets le "certains" et le "comme moi", faudrait regrouper tout ça je trouve

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Et vous, vous faites parti de quelle catégorie ?h
c'est quoi ce "h" ?

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pour qu'ils puissent un jour manger et vivre, pas survivre comme moi pour finalement être écrasés comme des cafards
manque le point

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deux cent euros,
cents (s'accorde si on n'a pas de dizaine ni d'unités)
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Ce que je fis, je ne saurai dire pour quelle raison
saurais

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Je marchai lentement, laissant la tension et les tremblements se calmer.
imparfait non ?

Citer
Je recommençai à marcher
? il marche déjà !

Bien, je ne suis pas trop rentré dedans. Tu as de bonnes idées, un fond intéressant mais tu ne fais pas assez je trouve pour immerger le lecteur dans l'histoire. Tu racontes beaucoup sans laisser de place à l'imagination. Dans la bouche de l'agresseur, l'entendre donner avec détail et clairement ses explications, c'est peu crédible. S'il est en révolte, on le ressent peu. La fin est assez mal amenée je trouve aussi. Tu devrais faire marcher ton personnage un poil plus, pour que l'on comprenne que l'accident a eu lieu assez loin (sinon il l'aurait entendu). Et puis, ça fait super coïncidence quand-même.

Voilà, je te donne un avis franc, tu as là une base de travail mais il te faut travailler le point de vue, le déroulement et la crédibilité. Sinon, et je ne le dis pas pour être sympa, ton écriture est chouette par moment (exemple, les quatre premières phrases).

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Vir

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Vol de nuit
« Réponse #2 le: 25 décembre 2014 à 12:00:56 »
  Salut, j'ai trouvé ton écriture sympathique, on s'imagine très bien tout ce qui se passe.
  Une question cependant : as-tu essayé de faire passer un message ? Car c'est l'impression que ton texte me donne mais j'ai du mal à saisir... ça pourrait être le crime punit par le crime mais puisque ton narrateur excuse le voleur, ça pourrait être l'injustice de la société, ou ça pourrait être autre chose.

 


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