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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [défi été 2014] Sale temps pour les chiens

Auteur Sujet: [défi été 2014] Sale temps pour les chiens  (Lu 2318 fois)

Hors ligne Zamy

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  • Girafe poutreuse
[défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« le: 31 Août 2014 à 01:22:39 »
Voici donc le récit tant attendu (ou pas), fruit d'un travail acharné (ou pas... :-¬?) de deux personnes, soit Kerena et moi-même, afin de répondre au défi d'été (au cas où vous auriez pas lu le petit encadré avant le titre)! Je tiens à préciser que j'ai eu un mal fou à vous sortir cette phrase, j'avais usé toute mon inspiration sur la nouvelle.
Enfin bref, bonne lecture à tous ceux qui oseront parcourir nos lignes!  :mrgreen:


Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché.

Mais tu vas avancer, oui, espèce de putain de bagnole ? Avec un gros gémissement, ce foutu tas de ferraille se décide enfin à redémarrer. Il parcourt l’allée de la maison et s’arrête en face du garage. Même monter un trottoir devient compliqué pour cette poubelle ambulante. Et merde ! Je reste quelques instants dans cette boîte de conserve infichue de se garer, et frappe le volant. Non, je dois me reprendre ; Anna et les enfants ne comprendraient pas. Je prends une grande inspiration, ferme les yeux et ouvre la portière. J’attrape la sacoche d’un mouvement vif, sors et ferme la voiture. Une dernière inspiration et je m’avance vers la porte de la maison pâle. Je sonne deux fois, deux petits coups rapprochés. Comme d’habitude lorsque j’oublie mes clés, je peux entendre des pas lourds s’approcher en se pressant légèrement, suivis d’autres pas, plus vifs, qui glissent sur le carrelage froid. La porte s’ouvre, et moi j’ouvre les bras. Ma femme se fourre toujours contre moi après le boulot. Je lui rends son étreinte, mécaniquement. Les paroles sortent de manière automatique : « Ça va chérie, tu as passé une bonne journée ? » Et tandis qu’elle minaude sa réponse contre mon torse, je réitère ma question aux deux enfants qui finissent de traverser l’entrée à ma rencontre.
Tandis que je me dérobe à ma femme, je sens un vague frémissement contre mon pantalon. Ce sale cabot tente encore de quémander quelques caresses. Il bave et laisse des traces grisâtres ; je réussis à m’en débarrasser en shootant dans un de ses jouets. Mais une fois de plus, je suis bloqué par mes enfants qui m’enlacent joyeusement. Je leur ébouriffe les cheveux en leur demandant leurs notes de la journée ; rien en-dessous de 15, comme d’habitude. Le York revient avec son jouet entre les dents, sous le regard ravi d’Anna. Je me penche et lui gratte les poils quelques secondes, histoire de dire. Avec un grand rire, Arthur, le plus jeune de mes enfants, se jette sur l’animal et lui arrache son jouet. Puis il disparaît, le York à ses trousses. Anna, elle, s’éloigne de quelques pas et commence son discours quotidien :
« Ohlàlà, ces enfants ! Arthur a encore tâché sa veste ! Enfin, heureusement qu’il en a une pour demain. Je me suis occupée de la maison aujourd’hui, c’était d’un sale ! Sais-tu que la voisine a une liaison ? Oh mon Dieu, je n’aurais jamais imaginé, c’est Rosa qui me l’a dit… »
Elle continue encore comme ça pendant cinq bonnes minutes, sur tout : les courses, les voisins, la maison, les enfants. Je n’écoute que d’une oreille : ce genre de chose ne m’intéresse pas, mais je préfère qu’Anna croie le contraire. Je la laisse donc débiter ses ragots, pendant que j’enlève ma veste et laisse ma sacoche plus loin.
« Le dîner est prêt, chéri. On mange quand tu veux. » Bien sûr. Comme d’habitude. Je m’installe en bout de table, et maintenant c’est mon tour de raconter ma journée par le menu : à quel point notre nouveau client est important, et combien mes collaborateurs sont mauvais ; entre autres. Anna m’écoute avec attention et semble réellement intéressée par mes paroles, qui sont pourtant à peu de choses près les mêmes tous les jours. Si Arthur regarde le rab de viande avec envie et ne se préoccupe pas des adultes, je vois que Tom nous écoute attentivement depuis tout à l’heure. Il commence à s’intéresser aux affaires des « grands ». Je ne vois pas pourquoi : ce que je raconte n’a vraiment rien de passionnant. Le débit insignifiant de paroles ne s’arrête qu’en fin de repas. Et là vient le Grand Moment : savoir ce qu’on va regarder à la télé ce soir. Les débats s’animent et hésitent entre un film d’action et une comédie. C’est le film d’action qui gagne.
Comme chaque soir, lorsque nous envoyons Arthur se coucher, il proteste vainement avant d’abdiquer. Tom allume la télé et s’installe sur le bord du canapé. Anna se pose au milieu, et j’occupe une large partie de l’autre bout de celui-ci. Ce soir plus que les autres, je suis las : le film du soir tant attendu n’est qu’une rediffusion d’une pâle imitation de grand film. Et encore, non seulement elle ne mérite pas de figurer au rang de film, mais en plus nous l’avons vu il y a à peine six mois. La vraie question est en fait : pourquoi je reste planté là ? Mais il faut faire bonne figure, tenir quatre-vingt-dix bonnes minutes, jusqu’à l’heure du coucher. Je souris d’un air complice à Anna, qui se love dans le bras que je lui ai mécaniquement offert.
L’heure et demie de film s’égrène trop lentement pour qu’il soit humainement possible de la supporter. Enfin, le générique bienfaiteur se fait entendre, et nous envoyons Tom au lit. Une fois dans notre chambre, je soupire de soulagement en voyant qu’Anna ne veut pas de galipettes ce soir. Je suis enfin tranquille. Je prétexte être fatigué afin d’éteindre après avoir feuilleté quelques pages d’un livre. Anna termine son chapitre, comme tous les soirs, et je devrai attendre encore une quinzaine de minutes avant qu’elle ne se couche. En attendant, je me tourne sur le côté. Qu'est-ce qu'elle en met, du temps, à lire! Je la sens enfin se coucher près de moi, après ce qui m'a semblé une éternité. Elle m'agace. Elle m'ennuie. Elle ne me connaît pas. Je crois que je ne l'aime plus. Ou que je ne l'ai jamais vraiment aimée. Putain, qu'est-ce que je me raconte? Bien sûr que je l'ai aimée! Mais ça, c'était dans une autre partie de notre vie. Peut-être devrais-je prendre l'air, m'éloigner un peu d'elle, des gosses et du clebs. Pour un temps au moins. Je n'ose imaginer la tranquillité, et surtout la liberté que cela me procurerait.
Et si je prenais une année sabbatique ? Après tous les services que j'ai rendus au boulot, le patron me devrait bien ça... Une année loin d'Anna et des enfants... Et ensuite ? Ensuite, tout reprendre comme avant ?
Non, non. Ca ne va pas. Je refuse. Et si je trouvais plus radical ? Et si je... divorçais ? Je suis fou. Papa ne me le pardonnerait pas. Mais d'un autre côté, c'est ma vie, pas la sienne...
Ou alors, essayer les deux ? Prendre d'abord une année sabbatique, et ensuite voir que faire à la fin de ladite année ? Mais comment ferait Anna, sans moi ? Bien sûr, la paye tomberait quand même, mais j'aurais besoin d'une partie pour partir... Le sommeil ne vient pas, éloigné par mes réflexions.                                             Je ne sais pas si Anna me permettrait de prendre cette année d'un coup. Surtout qu'elle m'en voudrait de ne pas l'avoir consultée. Et merde! Après cela, ce serait elle qui demanderait le divorce... Non. Elle n'y songera jamais. Cette vie lui convient. Je dois lui en parler, demain. Je dois trouver une solution. Qu'elle me comprenne, ou du moins qu'elle en ait l'impression. Qu'elle me laisse.
Je sens ma tête s'engourdir, maintenant que j'ai trouvé une solution. C'est avec un grand soulagement que je sens le sommeil venir. C'est décidé : demain, je parle à Anna. Mais pas le matin ; elle est trop grognon et trop peu réveillée.

Je me réveille tôt. Trop tôt. Encore engourdi par un sommeil agité, je cherche fébrilement mes chaussons. Il ne faut pas énerver Anna, pas aujourd'hui. Faire tout ce qu'elle veut. Et elle déteste que nous marchions sans nos chaussons. L'eau fraîche de la douche sonne définitivement la fin de la nuit, et je descends, comme d'habitude, en faisant le moins de bruit possible. Les enfants se lèveront dans une demi-heure, tout juste à temps pour me voir avant que je ne parte. Je sors les céréales des enfants, ainsi que le lait. Le café n'est pas tout à fait prêt. Il n'est jamais prêt. Je laisse sortir le York. Un petit "bip" me fait savoir que mon breuvage est enfin prêt à me brûler la gorge. J'entends Anna qui descend. Bizarre, d'habitude je pars avant qu'elle ne soit réveillée. Je l'accueille et constate de suite que quelque chose ne va pas.
"Tu n'as pas entendu ? Tom a toussé toute la nuit... Je me demande si je vais l'emmener à l'école aujourd’hui..."
Je prends un air catastrophé. Oui, j'aime mes enfants, mais une toux, ce n'est pas la fin du monde...
"Tu as raison. Il faut le faire examiner au plus tôt, on ne sait jamais."
Je lui fais la bise, salue Tom et Arthur avant de prendre la voiture pour le travail. Une gratouille sur la tête de ce con de York, et me voilà parti.

La journée se déroule comme toutes les autres. Les heures passent toujours aussi lentement, entre les coups de téléphones de mon patron et mes collègues. Le premier me presse de finir un fichu dossier, les autres n'arrêtent pas de me gêner pour demander des conseils. Ou tout simplement pour parler. Comme si je n'avais que ça à faire! Déjà que je me tape ce boulot, en plus ils veulent que j'écoute leurs jérémiades sur tout et rien, et leurs histoires d'amour? Ils m'énervent. Non, je ne dois pas m'emporter. Tenir encore un peu. Ces phrases magiques me permettent de tenir jusqu'au soir. Enfin, je suis libre de quitter le bureau et me réfugie dans la bagnole.
J'arrive enfin à la maison. Faute d'autre chose, au moins elle est un havre de paix. J'entre et constate que tout est plongé dans le noir. Seule une petite lumière orange clignote par intermittence : le répondeur. Je m'y dirige et mets la messagerie en route : "chéri, c'est Anna. Je suis chez le médecin avec les enfants, mais le docteur n'a pas de place, alors nous allons passer en dernier... Peux-tu préparer le repas, s'il te plait ? Merci. A plus."
C'est le pompon. Le pompon. Une journée de MERDE, jusqu'au bout. Je me dirige vers la cuisine, tentant de me calmer… et manque de me casser la gueule.
CON DE CHIEN ! Toujours à me trainer dans les pattes ! Tiens, prends ça, espèce de saloperie !
C'est plus fort que moi : je prends de l'élan, et shoote un grand coup dans le York. A mon grand étonnement, il n'émet pas un bruit, pas le moindre "kaï" de protestation. En revanche, j'entends un craquement sinistre lorsque sa tête fait connaissance avec l'un des placards de la cuisine. Je reste planté là, comme un con. Je regarde le York en espérant bêtement le voir se relever pour revenir vers moi. Mais non, rien, pas même un petit couinement. N'empêche, il avait qu'à pas m'énerver. C'était pas le bon moment. Je sens mes jambes bouger. Je m'avance vers le clebs. Je sais très bien qu'il ne respire plus, mais je pose ma main droite sur son poitrail. Par acquis de conscience. Et merde, encore merde! Je prends la bête par la peau du cou et l'observe. On ne voit pas de blessure, il ne saigne même pas. Ce clebs a réussi à crever sans laisser de marque visible! Il était plus fragile que je ne le pensais. Je le repose dans son panier. On dirait presque qu'il dort, ce p'tit con. Et puis comme ça il ne gêne pas le passage. Un coup d'œil à l'horloge. Les enfants et Anna ne devraient pas arriver avant une heure, si le médecin a autant de retard que d'habitude. Mais peut-être qu'aujourd'hui ce sera différend. Cette journée merdique commence enfin à prendre une nouvelle tournure.
Tout d'abord, je me sens... serein. Etrangement serein. D'habitude, quand on s'énerve et qu'on shoote dans quelque chose, ça défoule... Mais là, c'est mieux que ça. Comme si le fait de ne plus avoir ce clébard dans les jambes avait changé la tournure de ma journée. Me voilà serein. Mes soucis de bureau me paraissent lointains, et la nécessité de parler avec Anna ressemble tout à coup à une vague plaisanterie.
Je sors une casserole du placard en sifflotant. Alors que le beurre grésille au contact du téflon, je réalise que je siffle l'Hymne à la joie.
Je termine de mettre la table lorsque j'entends du bruit à l'extérieur. Les enfants sont de retour avec leur mère.
Il faut que je me ressaisisse. Le sentiment d'ivresse et de bien-être qui m'occupait tout à l'heure me quittait peu à peu depuis déjà une dizaine de minutes.
J'y avais vaguement pensé, mais j'ai un problème. Ce clebs était vivant quand ils sont partis, et ils s'attendent à le trouver vivant en rentrant.
La porte s'ouvre, j'entends Arthur courir vers la salle à manger. Il crie à la fois "Bonjour, papa!" et "Biscotte ! Biscotte, viens !", ce qui donne de petits cris incompréhensibles. Anna et Tom sont juste derrière, je n'ai plus beaucoup de temps. Et je n'ai aucune idée de ce que je pourrai leur dire. "Au fait, les enfants, chérie, j'ai tué le chien ! Oui, je sais, j'aurais pu faire plus attention..."
Non, ils ne comprendraient pas. Même si c'est la vérité, et même si je n'éprouve aucun remords.
Je pose la dernière fourchette lorsque notre "cher" malade et sa mère entrent dans mon champ de vision. Et merde ! Je jure plusieurs fois mentalement. Je ne sais pas quoi leur dire.
- Bonsoir, chéri ! Oh, je vois que tu as tout préparé, comme c'est gentil !
Je souris à Anna. Un sourire glacé qu'elle ne semble pas remarquer. C'est elle qui m'a demandé de faire à manger, pourquoi est-elle aussi contente, et un peu étonnée, que le repas soit prêt ? Mais elle est stupide !
- Mais bien sûr, chérie. J'espère que notre grand garçon peut manger, car j'ai tout fait en pensant tout spécialement à lui !
Les mots sortent tous seuls, comme souvent, pendant que je jure de nouveau. J'ai trouvé quoi dire, quand ils s'apercevront, pour le York !
"Bonjour Biscotte !" hurle Arthur en voyant le chien dans le panier. Etonné du manque de réaction, il s'approche et caresse la tête du chien, avant de se tourner vers moi. "Papa... Papa, Biscotte ne répond pas..."
Evidemment, je pense, c'est un chien, il va pas te répondre ! Qu'est-ce que c'est con les enfants des fois ! Mais je m'approche, la cuiller en bois encore à la main.
''Bah, je sais pas, il est venu me saluer tout à l'heure, mais après il a été se coucher... Je pense qu'il est fatigué. C'est un vieux chien, tu sais..."
"Mais, papa, il ne bouge pas DU TOUT."
"C'est vrai, chéri", reprend Anna, et sa voix tremble. "Biscotte ne bouge pas du tout."
Je m'approche, l'air inquiet. Je passe la main sous le cou du chien et fais mine de chercher son pouls. Je ne sais pas si ça se fait sur les chiens, mais ça doit me donner du crédit.
- Mes enfants..." Ma voix tremble. "Biscotte est mort..."
Un concert de chouinements me déchire les oreilles. A mon grand agacement, il est composé d'Arthur, Tom ET Anna, qui pleure même plus fort que nos enfants. Je presse mes doigts sur mes yeux pour les rendre humides, et faire ainsi croire que je retiens mes larmes.
"C'était... C'était un vieux chien et il aura bien vécu, hein ? Il faut se dire qu'il est parti heureux..."
"Oui, chéri. Et puis, il est parti avec toi, il devait être content..."
Elle ne sait pas à quel point elle a raison. Il est pas seulement parti AVEC moi, mais GRACE à moi ! Et il était content. Il n'a pas eu le temps d'avoir mal, ni de m'en vouloir.
-Oui, certainement... dis-je en baissant la tête, pour avoir l'air plus triste encore. Et pour dissimuler le semi-sourire naissant sur mes lèvres.
- Je... Je vais le déplacer. Nous l'enterrerons ensemble demain, d'accord ?
- Chéri, mais...
Pourquoi se sent-elle toujours obligée d'en rajouter quand je dis quelque chose ? Et en plus, elle m'appelle toujours "chéri", même pour montrer son désaccord ! Cette fois, je ne lui laisse pas le temps de protester :
- Je pense que c'est actuellement la meilleure chose à faire. Je sais que vous n'avez plus faim, mais il faut manger. Et demain, il faudra aller à l'école, et au travail.
Les enfants chialent encore plus fort. Je croyais Tom malade, mais il pleure avec autant d'entrain que son frère, et je sens la colère monter.
- C'est dur, mais comme votre mère l'a dit, il était vieux, et il a eu une belle vie. Vous ne devez pas pleurer...
Surtout qu'il n'en valait pas la peine, ce sale clebs.
La soirée est, du coup, des plus mornes. Mais j'échappe au moins au sempiternel film du soir, car ce soir, personne (sauf moi) n'a l'esprit à se divertir. Les enfants vont se coucher, et même Tom monte sans protester. Dans le lit, Anna se recroqueville face au mur et renifle inlassablement.
Dès le début, ça m'agace. Au bout de cinq minutes, ça m'horripile. Après dix minutes, ça m'énerve au point que je ne pourrai bientôt plus retenir les mots cinglants qui j'ai en tête. Deux minutes de plus et je me demande si il n'y aura pas un autre "Biscotte" mort.
- Chérie ?
Elle ne répond pas. Au lieu de cela, j'entends un énième reniflement qui finit de bousiller ma sérénité gagnée tout à l'heure. Je me retourne et lui prend le bras. De justesse, je m'empêche de la retourner brusquement vers moi, et me contente de le secouer légèrement.
- Chérie ? Je sais que tu ne dors pas. Il faut moucher ce nez, et arrêter de pleurer comme ça !
J'ai pris mon intonation toute gentille, celle que j'utilise habituellement pour gérer les "gros soucis" des gosses.
Elle se tourne vers moi. Il n'y a pas de lumière, mais je n'en ai pas besoin pour deviner que ses yeux sont rouges et suintant de larmes, et que son nez et semblable à celui d'un clown.
"Oui... Oui, chéri, tu as raison. Mais, tu sais, Biscotte je l'aimais beaucoup... Je me demande si on ne devrait pas voir, pour les enfants, tu sais... Prendre un nouveau chien."
Je ne dis rien, je me force à ne rien dire, je souris du mieux que je peux...
"Oui, bien sûr. C'est vrai que c'est dur pour eux."
" Merci, chéri !"
Elle se retourne, et finis les reniflements, finis les hoquêtements, bientôt, de doux ronflements me parviennent. Incroyable. Ma femme est pire que mes gosses !
Je ne sais pas quand je me suis endormi, mais le réveil ne me paraît pas aussi chiant que d'habitude. En fait, la journée se déroule mieux que les autres, je crois. Les enfants sont descendus plus tôt pour rester plus longtemps avec moi, mais ça ne m'a pas dérangé. Enfin, pas autant qu'en temps normal. Mon boss est encore venu me voir pour me forcer à finir quelques putains de dossiers, mais je ne suis pas pour autant irritable. Même cette fichue bagnole ne parvient pas à me mettre hors de moi.
Ne reste plus que la soirée, et ce sera peut-être la meilleure journée de toute ma vie. La soirée se déroule nickel-chrome, malgré l’ambiance lourde de la perte de Biscotte. Une fois de plus, les enfants ne font pas de manières pour aller au lit.
Demain, c’est samedi. Je peux espérer passer une journée peinarde.

Le plan du jour est simple : je vais faire des courses, pendant qu’Anna et les enfants vont au parc. No problemo, j’ai la liste des courses, c’est parti.
Le fiasco commence au rayon yaourts. La marque d’Anna est en rupture de stock, et si je ne lui ramène rien, PIRE, si je lui ramène une autre marque, ça va être un drame national. La suite prend place au rayon des conserves, où un sale gamin me bouscule. Je percute une pile de boîte, qui dégringole au sol. Loin de sermonner son gosse, la mère me hurle dessus que « je pourrais pas m’excuser, non ? » Je manque de lui coller mon poing dans la figure, mais le vigile est prêt à intervenir, et je ne me sens pas l’humeur à passer plusieurs heures au poste. Et l’apothéose est à la caisse : on est samedi, il y a une seule caisse d’ouverte, et l’ « hôtesse » de service ne trouve rien de mieux que de raconter sa vie à chaque client. Pour ne rien améliorer, j'arrive pas à ouvrir la portière de la bagnole. Je mets dix minutes à me rendre compte que j'utilise les mauvaises clefs, et cinq autres à trouver les bonnes.
Je rentre avant Anna et les gosses. Ils ont dû s'arrêter devant des magasins de vêtements et des confiseries. Comme si on n'avait que ça à faire. Les gosses ont assez à manger et tous ont déjà trop d'habits pour qu'on leur en reprenne. En plus, c'est aujourd'hui qu'on enterre le clébard. On n'a pas pu hier, je suis rentré trop tard. Et c'est qui qui va tout faire, encore ? C'est bibi, bien sûr !
Je pose brutalement le pot de confiture que je rangeai. C'est encore moi qui vais me taper tout le sale boulot ! Cette fois, c'est les chips que je balance dans le placard. C'est, évidemment, moi qui vais creuser le trou pour le clebs. Un deuxième paquet de chips atterrit violemment à côté du premier. La crasse, les petites cloques aux mains, la fatigue, tout ça c'est pas grave, c'est pour Biscotte, voyons ! Je referme d'un coup sec l'armoire. Et puis, bien sûr, il faut le mettre dans une belle boîte, que les enfants ont bien décorée et tout hier soir et ce matin ! Mais qu'est-ce qu'on s'en fout qu'elle soit belle, cette boîte ! Elle sera enterrée, avec le clebs et ses puces !
Anna et les enfants rentrent peu après que j’aie fini de ranger les courses. Je m’étais calmé devant l’ordinateur. Visiblement, la mort de Biscotte est déjà loin, parce que j'entends des éclats de rire alors qu'ils remontent l'allée. Je suis encore plus dépité à l'idée de cet enterrement à la noix. Je charge Tom de chercher la boîte, et je dispose avec un soin apparent le York dedans. Les gosses ont même mis une couche de mousse ou de je ne sais quoi pour lui fournir un coin douillet. Un vrai gâchis, à mon avis. Ils ajoutent ensuite quelques-uns de ses jouets préférés. Je me retiens de leur dire d’aller le jeter dans un sac, à la poubelle. Et de garder tout le tremblement inutile. Mais je ne dis rien, et cela créé une sorte de silence religieux.
Je dépose la boîte avec force précautions au fond du trou - et surtout avec la volonté de me retenir de balancer la boîte là-dedans vite fait-bien fait - et je vois Anna me lancer un regard en coin. Bah bien sûr, en plus il faut que je fasse son éloge funèbre !
"Au revoir, Biscotte, chien fidèle, toi qui avais toute la gentillesse possible. Tu vas nous manquer".
Aussi brefs que ces mots soient, ils sortent de ma bouche avec beaucoup de difficulté. Tant mieux, ils prennent ça pour de l'émotion. Je me recule et m'apprête à reprendre la pelle, mais je vois Anna s'avancer à son tour. Oh non, elle aussi ! C'est qu'il aura eu droit à un enterrement digne d'un roi, ce p'tit con de clebs ! Un sanglot d'énervement m'échappe, mais Anna commence à parler au même moment. C'est tout juste si Tom me jette un coup d'œil ; je crois qu'il l'a pris pour un reniflement de tristesse. Après Anna, évidemment, les deux gosses disent aussi quelques mots. Et versent quelques larmes.
- C'était très beau, les enfants, dis-je.
En fait j'en sais rien, je ne les ai absolument pas écoutés. Mais ça leur fera plaisir et je pourrai peut-être enfin en finir avec ça.
- Maintenant, laissons-le reposer en paix. Chéri, tu veux bien... enfin... tu comprends ? S'il te plaît, chuchota presque Anna en désignant la bêche.
Elle est hésitante en parlant. Elle a des lumières de tristesse dans les yeux.
J'acquiesce silencieusement. C'est plus sûr que je ne dise rien. Je commence à jeter les premières pelletées sur la petite boîte, avec des sanglots de plus en plus forts comme fond sonores. Vivement que ce soit fini, et ils retrouveront rapidement leur joie de tout à l'heure!
- Les enfants ? Venez, laissez papa s'occuper de Biscotte. Je... je crois qu'il a besoin d'être un peu seul avec lui, lui aussi, annonce Anna en prenant Arthur par la main.
C'est ça, fichez-moi la paix. J'attends qu'ils entrent tous dans la maison, et je peux enfin aller à mon rythme, c'est à dire balancer rageusement la terre sur la boîte, à grandes pelletées. Fichu clébard, jusqu'au bout ! Les mots rythment les pelletées. Putain - de - clébard !!!
Une fois cette tâche terminée, et une fois cette tâche de chien enterré, je prends le chemin de la maison. Je prends soin de passer mes mains crasseuses sur mes joues, qui laissent des traces comme-si-j'avais-pleuré. J'entre moi aussi dans la maison, et je les vois, autour du goûter, en pleine discussion enthousiaste.
Je demande ce qui peut bien leur remonter le moral comme ça :
"On sait quelle race on veut, papa ! Le prochain, ce sera un King Charles !"
Je  m'écroule sur la chaise, atterré par la nouvelle. Un autre clebs ? Version bébé, en plus ! Ah non, ça court partout, ça écoute pas, ça bouffe tout et n'importe quoi ! Je pensais qu'Anna attendrait quelques jours, et m'en reparlerait !
Les enfants se précipitent vers moi avec un nouvel entrain, et commencent à proposer des noms, tout en demandant où ils le prendraient, et comment il serait, et...
"Allons, allons, les enfants. Vous ne voulez pas attendre un peu avant de reprendre un animal ? Au moins pour laisser le temps à Biscotte de nous quitter..."
Concert de protestations. Je finis par hisser le drapeau blanc, comme toujours. J'annonce à Anna que je pars me promener un peu. Au moment où je franchis la porte, je l’entends dire aux enfants :
"Laissez papa, il a besoin d'aller se promener seul pour penser à Biscotte."
Je m'éloigne de la maison, et je peux enfin fulminer en paix. Un chien ! Un autre chien ! Mais bon sang, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter une journée aussi pourrie !!!
En parlant de journée, voilà la maison de ce sale gamin et son empafée de mère, que j'ai croisés à la supérette. Je les vois, ils sont dans leur jardin. Ce p'tit con joue au ballon. Sa mère le filme. Ou le prend en photo, je sais pas trop. En tout cas, le gosse fait le beau devant l'appareil, alors qu'il loupe chaque tir ! Ça me fait marrer.
Sans trop savoir pourquoi, je m'avance vers leur maison, et m'arrête devant. Je les regarde jouer, et eux, tellement absorbés, ne me voient même pas. C'est de sa faute si ma journée est aussi pourrie. Je suis certain que c'est lui qui a pris les derniers yaourts que ma femme aime. Et en plus, il avait fait exprès de me bousculer. J'ai bien envie de lui apprendre, moi !
Je m'arrête soudainement, et me rends compte que je m'étais avancé vers le portail, la main prête à l'actionner. La famille me regarde. Le ballon roule lentement à côté du gamin.
Je recule, regarde autour de moi d'un air perdu. Mais qu'est-ce que j'allais faire? J'en suis sûr, l'espace d'un instant, j'ai eu l'envie, et même la ferme intention, de... Non, c'est qu'un gamin pourri-gâté et une mère poule, pas un sale clébard !
Mais déjà son pôpa se lève et vient vers moi.
''Je peux vous aider, monsieur ?" Il a dit ça d'un air très décontracté, pourtant son visage indique qu'il ne veut pas m'aider, à part peut-être à m'éloigner de sa maison.
"Laisse, Matt', c’est l'abruti qui a bousculé ton fils au supermarché. Il en vaut pas la peine."
Le gars me jette un regard condescendant au possible, le regard qui dit tu-n'es-qu'une-merde et retourne vers sa famille, qui maintenant m'ignore royalement.
Je serre les poings. Ils m'ignorent. Ils ont pourri ma journée, accusé de tous les maux, traité comme une merde, et maintenant ils m'ignorent ! Je serre également les mâchoires. Je me force à aller plus loin, et sitôt hors de vue, je donne un grand coup de poing dans un mur. Ne recroise jamais mon chemin. JAMAIS.
Puis en fait, si. Je décide de l'attendre. Je sais que cet enfoiré part au boulot dix minutes avant moi, le matin. Je vais l'attendre, lundi, et je vais lui apprendre les bonnes manières.
Fort de cette idée, je reprends ma marche. Lorsque je rentre, je suis calmé, mais je pense toujours à la manière dont je pourrai aborder le père du gamin. Anna vient me voir et commence à me parler, mais je n'écoute pas vraiment ce qu'elle dit. Et elle ne parle pas longtemps : elle accourt vers moi après quelques mots. Elle me prend la main, et l'observe. Je la regarde également, et vois du sang, du bleu et du orangeâtre. J'ai du frapper trop fort le mur, mais je ne sens absolument rien. J'entends ses piaillements affolés, et je crois que je lui sors une excuse à la noix, du genre "j'ai glissé sur une peau de banane". Quelque soit mon explication, elle semble l'accepter, car elle me bande la main avec force précautions. J'ai envie de lui hurler que je ne suis pas en sucre et qu'elle peut me soigner normalement, mais je laisse couler. Je préfère penser au moyen d'aborder mon voisin. Je dois trouver une idée. J'ai tout mon dimanche, mais plus tôt j’aurai une idée, mieux ce sera.
Le temps passe sans que je ne m'en aperçoive. Je joue distraitement à l'ordinateur, puis avec Arthur, puis fait mine d'écouter Anna tandis qu'elle met le linge à sécher.
- Chéri ? Chéri, ça va ?
Retour à la réalité. Anna est face à moi, elle me regarde d'un air inquiet.
- Quoi, comment ? Excuse-moi, tu disais ?
- Tu es sûr que tu vas bien, mon chéri ? Tu ne t'es pas fait mal ailleurs en tombant ?
Elle s'approche en me prenant la tête pour l'ausculter. Je m'éloigne d'un pas vif.
- Non, tout va bien, je... je pensais juste à autre chose, un moment d'inattention. Je suis désolé.
Elle soutient mon regard contrit, puis me sourit et se détourne, un grand drap entre les mains.
- D'accord. Je disais, tu ne m'en veux pas trop pour le chien ?
Le chien ? Quel chien ? Ah oui, le futur sale clebs. Décidemment, je le déteste déjà celui-ci.
- Pourquoi t'en voudrais-je ?
- J'en ai parlé aux enfants trop tôt, tu n'étais pas prêt à tourner la page avec Biscotte, c'est ça ? Je suis désolée, je suis tellement égoïste...
Ça oui, tu l'as dit...
- Mais non, ça va, ne t'inquiète pas. C'est juste que c'est un peu dur à digérer pour moi, tout ça.
Formidable. Pour la première fois depuis des semaines, j'ai pu dire la vérité sans aucun remords !
- Je comprends. Tu sais, Biscotte va me manquer aussi, c'est juste que j'ai déjà du mal avec son absence...
Je hoche la tête sans y penser, mon esprit a déjà quitté la conversation. Je sais comment je vais aborder mon voisin, lundi. Le couillon gare sa voiture à l'entrée du lotissement, sur une avenue vide qui n'est pas encore vraiment reliée au centre-ville. Je vais l'aborder là, et lui demander comment il pense avoir éduqué son fils.
La soirée, ainsi que la journée suivante, se déroulent sans rien de particulier. Malgré la "disparition" du York, la vie semble de nouveau normale. Le train-train habituel et de retour, mais pour la première fois, cela ne me gêne pas de le subir. Je ne pense qu'à lundi. Plus le temps passe, et plus je me sens d'attaque. Je sens l'excitation monter, c'est presque aussi bon que la mort du clebs. Presque.
Anna a trouvé un bon chenil, et nous devrons y faire un tour mercredi. Il faudra que je pense à demander mon après-midi. Je me demande si un mot d'excuse comme "J'ai besoin d'aller au chenil pour racheter un chien. Le précédent nous a lâché la semaine dernière. Je l'ai cassé, donc les enfants en veulent un nouveau" passerait. Penser à ce genre de choses me fait du bien.
Après le dîner, comme d'habitude, je monte coucher le p'tit pendant que Tom et Anna allument la télé. Je crois que c'est une comédie, aujourd'hui. Parfait. Comme ça, mes rires passeront pour une réaction au film. Je pourrais penser à demain. Demain... Un frisson me parcourt à chaque fois que j'y pense.
La soirée semble passer en une heure. Pourtant, lorsque je m'allonge, je m'aperçois que plus de deux heures et demie se sont écoulées. Anna s'installe près de moi.
Je ne suis pas fatigué, malgré l'heure tardive. Anna a éteint depuis un quart d'heure, peut-être, mais l'excitation m'empêche de trouver le sommeil. Demain... Les multiples scénarios qui défilent dans mon esprits sont plus enivrants les uns que les autres. Presque jouissifs. Je ne sais pas encore pour lequel je vais opter. Mais, ce gars, je le connais pas vraiment. Je sais juste qu'il fait un peu archétype du vrai connard. Il va falloir que je m'arme. Juste au cas où. On sait jamais de quoi ces gens-là sont capables, n'est-ce pas ?
Je m'endors, le sourire aux lèvres. Le réveil est réglé pour 7 heures, soit une demi-heure plus tôt que d'habitude, comme ça j'aurai le temps d'aller voir ce cher voisin. J'entends un vague grognement s'élever alors que j'éteins le réveil. Anna ouvre de petits yeux, me regarde, puis se retourne. Je crois qu'elle s'est rendormie.

Ma nuit a été courte, mais je me lève avec entrain. Ce con va enfin payer ! C'est aujourd'hui que je vais le voir ! Il va voir ce qu'il va voir, je suis prêt ! J'ai l'impression d'avoir attendu cette journée toute ma vie. J'enfile rapidement mes vêtements, et descends les escaliers en boutonnant ma chemise.
Le café brûlant n'est pas encore prêt ? Mais comment... Et merde, il est programmé pour se mettre en route dans une demi-heure! Je peste et l'allume manuellement. Avec un peu de chance, il ne me fera perdre que quelques petites minutes.
Pendant ce temps, je mets mes chaussures, vérifie ma tenue et ma sacoche. Surtout, il faut paraître normal. Un jour comme les autres pour tout le monde. Sauf pour moi. Et lui.
J'entends des pas dans les escaliers. Anna. Merde. Elle n'est sensée se réveiller que dans une heure, pour emmener les enfants à l'école ! Vite, trouver un bobard, n'importe quoi...
- Chéri ? Tu es déjà levé ?
- Oui, je, heu... Je dois finir quelques dossiers urgents ce matin, donc je pars un peu plus tôt. Tu veux du café ?
- Non. Je vais aller me recoucher. Bonne journée chéri. A ce soir.
C'est ça. A ce soir. J'engloutis mon café et une tartine à toute vitesse, et sors de la maison. Je monte dans la voiture, la fais démarrer avec force précautions pour qu'elle ne me lâche pas comme vendredi, et sors de l'allée comme tous les jours. Sauf qu'au bout de la rue, au lieu de prendre à droite, je prends à gauche. Là, c'est sa voiture. Comme prévu. Je me gare à côté.
Et j'attends.
J'attends. Je regarde ma montre avec une impatience masquée. Il arrivera dans une dizaine de minutes.  Je regarde autour de moi. Rien. Personne. Ma montre. Il ne s'est même pas écoulé une minute. Les piles doivent être fatiguées. Je tapote le volant de la voiture d'un geste mécanique. Un mouvement stressant que font les personnes stressées. Je m'efforce d'arrêter. Je ne suis pas stressé. Juste... impatient. Et excité. Il ne devrait plus tarder...
 Il a peut-être peur. Peut-être qu'il a senti qu'il ne devait pas venir. Peut-être qu'il est malade.
Non. Ce genre de type ne ressent pas le danger. Sauf lorsqu'il est trop tard. Et ce genre de type n'est jamais malade. Ce genre de type est tout simplement chiant et insupportable.
Comme pour confirmer mes pensées, j'aperçois une silhouette dans l'ombre de la rue s'approcher. C'est lui. C'est forcément lui. Cette assurance, ces grandes enjambées, pressées de travailler, c'est lui. Je le tiens.
J'attends sagement qu'il arrive près de sa voiture. Il ouvre sa portière, il monte à bord. Moi, je descends, et je me poste juste devant la sienne, les mains dans les poches. Il est en train de fouiller dans sa sacoche, certainement pour chercher ses papiers. Alors qu'il se redresse pour tourner le contact, il me voit à travers le pare-brise. Je vois ses sourcils se froncer. Il klaxonne un coup, bref. Je souris. Ne joue pas à ça avec moi, connard.
Il se résigne - enfin ! - à sortir de sa voiture.
- Monsieur ? Je peux vous aider ?
Il s'arrête. Je crois qu'il m'a reconnu.
-Oui, justement, vous pouvez m'aider !
-Mais... vous êtes le type de l'autre jour ! Qu'est-ce que vous me voulez encore ? Dégagez d'ici, je ne veux plus vous voir ! Et ne vous avisez pas de vous approcher de ma famille !
C'est qu'il pourrait mordre, le con ! Il a pris la bête rapidement, j'avoue que je suis flatté. Mais il vient d'aggraver son cas.
-Ok, je crois que vous m'avez mal compris, dis-je en levant les mains. Je voulais juste qu'on s'explique...
Et te foutre quelques coups de poings dans ta sale gueule.
- Mais vous avez fait une grave erreur. Je ne suis pas que le "type de l'autre jour".
Je plonge une main dans ma poche en lui parlant et sors un canif.
- Je peux être méchant si on ne me respecte pas, tâchez de vous en souvenir...
Ce ne sera pas difficile, il n'aura pas le temps de m'oublier.
Je ponctue mes paroles d'un premier coup de couteau, trop vif pour qu'il puisse réagir. Je sens la lame s'enfoncer dans sa chair, je sens ses muscles se crisper de surprise et de douleur... et je sens son souffle, plus saccadé. Un frisson de plaisir me parcourt.
- Vous n'auriez pas dû me parler ainsi.
Je le pousse pour dégager la lame.
- Votre fils aussi parle mal aux inconnus, vous savez ?
Je ne peux m'empêcher de sourire en voyant son visage se décomposer.
- Mon fils ? Mais…
- Oui, votre fils. Cette grosse boule de graisse est tout sauf un modèle de respect. Et, puisque vous êtes son père, je me dois de supposer que le problème vient de vous…
Il prend un air catastrophé. Bien, je pense qu’il a son compte, il a compris la leçon. C’est incroyable ce qu’un petit coup de couteau de rien peut apprendre aux gens. Maintenant, il va gentiment remonter dans sa voiture, et détaler la queue entre les patt…
Mais ? Mais qu’est-ce qu’il fait ?
Ce con s’est jeté sur moi, de tout son poids. Nous roulons au sol tous les deux, et je sens son sang qui imbibe ma chemise. Merde… ça devait pas se passer comme ça ! Il est sur moi, et je vois son poing monter, pour redescendre en piqué. J’ai l’impression que ma pommette gauche explose. Je n’ai qu’un seul réflexe, malheureux… Je lève la main droite pour me défendre. Elle atterrit en plein dans sa tronche.
Sauf que j’ai oublié un détail. Ma main tenait toujours le canif.
Je repousse le poids – mort, merde, merde ! – qui m’est tombé dessus, et je me relève. Je le secoue. Debout, debout, sale con ! Il est – mort, merde, merde, il est mort ! – totalement immobile.
Il est mort.
C'est pas comme le clebs, là, merde ! C'est un homme – mort, merde, merde ! – Un con, mais un homme quand même !
Je ne pense plus qu'à une chose. Une phrase qui tourne en boucle dans ma tête. J'ai tué un homme – con, mais un homme. Mes membres bougent tous seuls.
Je porte le corps dans sa voiture, l'installe. Je tourne la clé et la voiture démarre, le pied du mort appuyé sur l'accélérateur. J’enclenche la première. Ma main referme la portière, et laisse la bagnole avancer. Je la regarde s'encastrer dans un arbre. Assez violemment. Juste ce qu'il faut.
Je me précipite, le cœur battant. J'espère que le résultat est convainquant. Je dois faire vite, le bruit a dû alerter les voisins proches, qui ne vont pas tarder à arriver.
 J'ouvre la portière, la main rentrée dans la manche  - je ne voudrais pas laisser mes empreintes ! Ca craint. Sa tête a fait connaissance avec le pare-brise - forcément, a ceinture de sécurité n'était pas mise - et le résultat est franchement horrible. Par contre, on voit clairement l'entaille faite par le couteau. Je saisis une branche qui a traversé la vitre, et la dirige vers la blessure, pour la rentrer dans la chair.
Je réprime un haut-le-cœur. Si je vomis ici, je suis foutu.
C'est bon. Je pense que cela passera pour un accident, maintenant. Je m'éloigne. Le plus loin possible. Je ne dois pas me retrouver dans les parages quand les voisins le trouveront. Dans une petite ruelle, je ralentis enfin. Et je vomis. Deux fois, sur le bord de la route. En m'essuyant le coin de la bouche, je remarque le sang. Plein de sang. Partout. Il macule mes vêtements, et commence à sécher sur mes mains. Nouveau haut-le-cœur.
Je ne peux pas aller travailler. Je retourne chez moi, en longeant les haies, prêt à me cacher au moindre mouvement. Je me cache dans un buisson et j'attends qu'Anna parte avec les enfants. Par chance, elle ne remarquera pas la voiture, au bout de la rue, puisqu'elle part dans l'autre sens. L'attente me semble interminable. Est-ce qu'elle sortira jamais ??
Enfin, les enfants embarquent dans l'Espace, et la voiture sort de l'allée. J'attends encore une minute avant d'aller à la porte et de me réfugier à l'intérieur. Là, je me déshabille en entier. Je dois tout brûler. Tout.
Je laisse les vêtements par terre et me précipite dans la salle de bain. La douche froide me permet de me remettre les idées en place. Tandis que je frotte frénétiquement chaque parcelle de ma peau, je réfléchis. Il faut avoir l'air normal, surtout ne pas attirer l'attention. Pour commencer, il me faut une excuse pour le boulot. Un pneu crevé ? Ensuite, faire brûler discrètement les vêtements. Je ne suis plus aussi certain que les faire disparaître dans ma cheminée soit une bonne idée. Mais quelque part, je n'ai pas le choix... Il faudra juste s'assurer que tout a bien brûlé. Réconforté par cette idée, je me dirige vers la cheminée, j'y fourre ma chemise, mon pantalon, ma cravate, même mon slip et mes chaussettes, et je frotte une allumette. Je regarde les flammes ronger le tissu. Pendant que ça brûle, je vais me rhabiller. Quand je redescends, les vêtements se sont consumés, mais il reste un paquet de fibres. Merde ! Qu'est-ce que je vais en faire ? Je rajoute un peu d'alcool dessus, je re-gratte une allumette et la jette dessus. Le mélange explose en un grand "wouf !" qui monte dans la cheminée. J'ai eu chaud – littéralement.
Je me permets encore cinq minutes de repos avant de partir, prends un petit verre d'alcool pour me remettre de ces derniers événements. C'est parti. Je sors, monte dans la voiture, hésite avant de démarrer. Mes mains tremblent encore, et ma respiration n'est pas naturelle. J'inspire fort, une fois, deux fois. La bagnole démarre. Je roule normalement. La route me permet de retrouver mon calme.
J'arrive au boulot avec une bonne heure de retard, et je salue mes collègues comme si de rien n'était. Etrangement - mais c'est un soulagement ! - aucun d'entre eux ne semble vouloir connaître la raison de mon retard. Je commence donc enfin ce qui ressemble à une journée normale. Les heures s'écoulent, et je tente de rester concentré. Je fais tout pour ranger cet épisode loin, loin dans ma tête. Mais, je ne peux pas l'empêcher : je revois le voisin dans sa voiture, le crâne brisé... Ou encore debout, regardant le coup de couteau qui coule rouge, si rouge...
Impossible de me retenir : je cours aux toilettes pour retourner vomir. Je respire autant que je peux pour me calmer avant de ressortir. Je tremble de partout...
"Ah, c'est vous !"
Merde ! C'est mon patron...
"Vous avez l'air vraiment mal, vous savez. Vous devriez rentrer chez vous, allez voir le médecin. Je vous donne votre journée".
Je le remercie : j'en ai vraiment besoin. Mais, ce n'est pas le médecin que je veux voir. Une fois dans ma voiture, je prends le téléphone et je compose le numéro de mon meilleur ami : Jim.
La voix posée de mon ami me fait immédiatement du bien.
- Je... Je voulais te parler...
Je crois qu'il a senti que j'avais quelque chose d'important à lui dire. Et surtout que quelque chose d'important s'était passé.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as des ennuis ?
- En quelque sorte, je crois qu'on peut dire ça comme ça... en fait, j'ai fait quelque chose que... que j’aurais pas du faire, et je...
Je me perds au milieu de ma phrase.
- Tu n'as qu'à passer, ce soir, après le boulot. On pourra discuter de tout cela ensemble, tranquillement.
- Justement, je me demandais si... si je pouvais passer maintenant. Mon patron m'a donné ma journée, alors si tu n'es pas occupé...
- Non, bien sûr que non. Tu sais bien que je suis toujours là. On se voit tout à l'heure.
- Merci, Jim.
Je raccroche. Je m'en fous, de Dieu. Je veux parler à mon meilleur ami, et le confessionnal est parfait pour ça : il ne verra pas mon visage couvert de honte...
La route me paraît longue, surtout avec la déviation qui ajoute encore quelques kilomètres. Je me gare rapidement et me dirige vers l'église. Le grand bâtiment ne m'a jamais impressionné, mais aujourd'hui, un frisson me parcourt alors que j'entre.
- Tu as fait vite, dis-moi !
Jim s'avance vers moi et pose sa main sur mon épaule. Il m'entraîne au fond de la salle, puis s'assied sur un banc.
-Si ça te dérange pas, j'aimerais autant qu'on en parle... ailleurs. Dans le confessionnal.
Je n'ose pas le regarder en parlant, et observe mes chaussures. Il se relève et va vers le confessionnal sans un mot. Jim est super, pour ça : il n’a pas posé de question, il n’a pas relevé. Il sait que j’ai surtout besoin de lui parler, à LUI, mais j’ai demandé le confessionnal, alors il m’y accompagne sans rien demander.
Nous nous installons dans nos compartiments. Jim attend que je parle.
- Dis-moi, Jim… Le secret de la confession est fort à quel point ?
- Qu’as-tu donc fait, mon fils et ami, qui te perturbe à ce point ?
Je n’ose rien répondre. Jim soupire, et me répond :
- Rien ne peut briser la confession. Je ne suis qu’un intermédiaire entre toi et Dieu, et Dieu garde pour lui les confessions de ses fidèles. Allons, Jim, mon fils et ami, raconte-moi ce qui pèse si lourd sur ton âme.
- Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché.
- Raconte-moi, fils.
- Jim… Mon Père… J’ai honte… J’ai honte d’avoir aimé ce que j’ai fait. J’ai honte de n’éprouver aucun remords. J’ai peur de recommencer.
Jim ne répond rien. C’est à moi de parler. C’est à moi d’avouer.
- Jim, je… J’ai tué quelqu’un.
Un bruit étouffé retentit de l’autre côté du grillage.
- Tu as fait QUOI ?
- C'était un accident !
Je ne sais pas trop si je disais cela pour me défendre ou pour le calmer.
- Tu n'en a donc pas parlé à la police, ni à qui que ce soit d'autre ?
Je ne réponds pas, trop honteux pour articuler le moindre mot.
- Tu reconnais tes péchés devant Dieu, mais tu sais qu'il faut également être en paix avec la justice terrestre ?
Il marque une pause, et semble se calmer.
- Allons, mon fils, mon ami, raconte-moi ce qu'il s'est passé, et ensuite nous irons voir la police. Je suis certain que tout va bien se passer. Dieu...
- Dieu n'a rien à voir avec tout ça ! C'est... C'est moi, pas lui !
- Je le sais, mais...
- Je voulais juste lui apprendre les bonnes manières, c'est lui qui s'est jeté sur moi ! Je n'ai pas réfléchi, sur le moment...
- Il est donc légitime que tu te sois défendu. Mon fils et ami, Dieu te pardonnera si...
- Non, ce n'est pas le pire ! J'ai... j'ai maquillé la scène, je voulais pas finir en taule...
Je marque une petite pause, mais Jim ne dis rien.
- Je... Je l'ai remis dans la voiture, et... Aux yeux de tous, ça aura l'air d'un accident, il sera simplement rentré dans un arbre... Oh, Jim, je l'ai tué !
Jim ne me répond pas. Il semble réfléchir à ce qu'il va bien pouvoir me dire.
- Dieu pourrait te pardonner, peut-être, si... Si tu avais une conduite absolument exemplaire le reste de ta vie.
- Jim, tu ne comprends pas... Comment pourrait-on me pardonner le plaisir que j'y ai pris ?
- Dieu sait amnistier...
J'entends sa voix trembler. Jim ne sait plus quoi dire.
- Tu sais quoi, je... J'aurais pas dû venir te voir. Je suis désolé te t'avoir dérangé, Jim.
Je sors du confessionnal en courant, et je quitte l'église aussi sec.
C'est dans la voiture que je réalise : je n'ai pas reçu l'absolution. J'hésite, mais décide de ne pas y retourner. Jim a certainement déjà prévenu la police, et je le comprends. Je ne vais pas le torturer davantage. La bagnole démarre brusquement, et roule rapidement.

Je cours comme un fou jusqu'à la voiture. Je me cale derrière le volant et démarre aussitôt. Bon sang, quelle peur je me suis fait ! Il s'en est fallu de peu... Depuis le temps que je suis parti, c'est bien la première fois que c'est aussi juste.
A un feu rouge, je remarque un petit détail assez gênant : mes gants sont rouges, et d'un rouge assez vite reconnaissable... Zut. Je les retire et les range dans la boîte à gants. Bon. Elle est où, l'église, ici... ?
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Hors ligne Kerena

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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #1 le: 31 Août 2014 à 01:34:44 »
Moi, j'étais ultra-partante pour ce défi de l'été. Mais voilà, y'avait quand même une question cruciale : avec qui écrire ?  :mrgreen: Et voilà qu'arrive un message dans ma boîte à mp : "tu veux bien écrire avec moi ?" Mais bien sûr ! Zamy, c'est une mine d'or sur pattes ! Si je voulais écrire avec elle ? Nul besoin de me poser la question... Nous voilà donc parties dans notre défi, avec pour seul motif : écrire un truc inhabituel pour l'une comme pour l'autre. Le texte que voici a été écrit sur skype, à tour de rôle. Personnellement, je me suis beaucoup amusée ! Zamy, ça a été super d'écrire avec toi !

On a été un peu gourmandes, du coup : 1) on a fini juste à temps et 2) le texte est long : 13 pages word  :mrgreen:

Bon courage à ceux qui liront jusqu'au bout !
 Je vous souhaite bonne lecture !
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


MillaNox

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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #2 le: 22 Septembre 2014 à 11:43:19 »
Salut !

Citer
Et tandis qu’elle minaude sa réponse contre mon torse, je réitère ma question aux deux enfants qui finissent de traverser l’entrée à ma rencontre.
Tandis que je me dérobe à ma femme, je sens un vague frémissement contre mon pantalon.
bof bof l'enchainement des deux "tandis que"

Citer
Je n’écoute que d’une oreille : ce genre de chose ne m’intéresse pas, mais je préfère qu’Anna croie le contraire. Je la laisse donc débiter ses ragots, pendant que j’enlève ma veste et laisse ma sacoche plus loin.
« Le dîner est prêt, chéri. On mange quand tu veux. » Bien sûr. Comme d’habitude. Je m’installe en bout de table, et maintenant c’est mon tour de raconter ma journée par le menu : à quel point notre nouveau client est important, et combien mes collaborateurs sont mauvais ; entre autres. Anna m’écoute avec attention et semble réellement intéressée par mes paroles, qui sont pourtant à peu de choses près les mêmes tous les jours. Si Arthur regarde le rab de viande avec envie et ne se préoccupe pas des adultes, je vois que Tom nous écoute attentivement depuis tout à l’heure. Il commence à s’intéresser aux affaires des « grands ». Je ne vois pas pourquoi : ce que je raconte n’a vraiment rien de passionnant.
répétitions

Citer
Bien sûr, la paye tomberait quand même
une année sabbatique payée ???

Citer
Les enfants se lèveront dans une demi-heure, tout juste à temps pour me voir avant que je ne parte. Je sors les céréales des enfants
"leurs céréales" serait + fluide

Citer
Le café n'est pas tout à fait prêt. Il n'est jamais prêt. Je laisse sortir le York. Un petit "bip" me fait savoir que mon breuvage est enfin prêt à me brûler la gorge.
les deux premiers passent mais pas le troisième

Citer
Enfin, je suis libre de quitter le bureau et me réfugie dans la bagnole.
J'arrive enfin à la maison.
double enfin

Citer
Mais peut-être qu'aujourd'hui ce sera différend.
différent

Citer
Il n'y a pas de lumière, mais je n'en ai pas besoin pour deviner que ses yeux sont rouges et suintant de larmes, et que son nez et semblable à celui d'un clown.
est

Citer
Le train-train habituel et de retour, mais pour la première fois, cela ne me gêne pas de le subir.
est

Citer
Les multiples scénarios qui défilent dans mon esprits sont plus enivrants les uns que les autres.
esprit

Citer
forcément, a ceinture de sécurité n'était pas mise
la

Citer
J'arrive au boulot avec une bonne heure de retard, et je salue mes collègues comme si de rien n'était.
ce qui est bizarre c'est que l'autre l'a frappé quand il s'est défendu, il devrait avoir des marques de coup au visage, je crois vous avez parlé de pommette gauche
et autre question tant que j'y pense, qu'est-ce qu'il a fait du canif ?

-si j'ai bien compris la fin, il recommence son action un peu partout et va de confesse en confesse à chaque fois ? en fait le saut dans le temps se voit pas trop et comme depuis le début ça se suit ça fait drôle.

Alors sur la globalité, j'ai pas du tout senti que c'était écrit à deux, votre "lissage une seule voix" est nickel ! Le scénario m'a fait pensé à ça par moments, pour le côté petite vie gentille qui se transforme en pétage de plombs  :D
Bon sinon c'est fluide, par contre un peu long, on voit les ficelles se mettre en place et ça dure trop à mon gout, on a envie que ça se passe au bout d'un moment, ça traine.

merci pour votre boulot en tout cas !

Milla

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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #3 le: 22 Septembre 2014 à 12:59:18 »
Hello.

Dans l'esprit, mais peut-être en plus cynique, ça m'a fait un peu penser au film "chute libre" dans lequel Michael Douglas, un type tout ce qu'il y a de plus normal, pète un câble et tire sur tout ce qui bouge (autant que je me souvienne).

Mais bon, ici c'est quand même très différent. Ca commence doucement avec cette lassitude du train-train quotidien qui agace, qui insupporte, et le mensonge pour donner le change, toujours. Et puis vient ce premier "passage à l'acte" avec le clebs. Puis le second, qu'on voit venir d'assez loin.

Là où j'ai commencé à tiquer sérieusement, c'est lors de la simulation de l'accident de voiture pour maquiller le meurtre. Ca ne fonctionne que si c'est un véhicule avec boîte auto (je crois qu'il aurait été bon de le préciser, qu'il mettait le sélecteur de vitesse sur drive et déserrait le frein à main. Là à la limite, la voiture avance même toute seule sans avoir besoin d'accélérer). Avec une boîte mécanique, c'est beaucoup plus compliqué... Puis, c'est quand même assez étonnant que personne au bureau ne remarque rien du coup assez violent qu'il a reçu sur la joue.

Et puis arrive l'évocation de Dieu, comme un cheveu sur la soupe. J'ai pas compris sur le moment. Rien n'indique que Jim est un homme d'Eglise. Du coup ça fait décousu et presque incohérent à ce moment-là puisque rien n'indique dans leur conversation qu'ils se donnent rendez-vous à l'Eglise. Ce n'est qu'après qu'on comprend pourquoi le lieu de rendez-vous coulait de source.

Et puis le dénouement... J'ai pas compris, il y a comme un saut temporel j'ai l'impression mais sur la forme, ça cafouille beaucoup et ça manque de clarté à cet endroit précis. D'après ce que j'ai compris, il est revenu sur ses pas pour tuer Jim et l'empêcher de parler? Cette fin est trop vite expédiée (par rapport à la taille du texte) et mal exécutée. Décevante j'ai envie de dire.

En dehors de ces problèmes de cohérences relevés, vous avez fort bien dessiné la personnalité du narrateur (assez détestable il faut bien le dire) et vos plumes se sont bien mariées, au point de ne pas déceler le fait qu'il y ait deux auteurs distincts.

Dernier point de forme, j'ai noté pas mal de répétitions, même dans certaines formulations (forte précaution, mécaniquement). Mais ce n'est pas trop gênant vu que le narrateur se parle à lui-même.

Voilà, en résumé j'ai tout de même passé un bon moment de lecture (vu que j'ai lu jusqu'au bout). Je pense juste que votre texte aurait gagné à être plus rigoureux dans sa construction même.

A bientôt.

Avent'
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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #4 le: 22 Septembre 2014 à 18:52:50 »
Coucou !

Tut d'abord, merci à tous les deux pour votre lecture !

Je suis assez soulagée de savoir que l'écriture à deux ne se voit pas, pour moi ça se voyait direct (mais évidemment, quand on est directement concerné, ça saute aux yeux).

Je vais voir avec Zamy pour qu'elle édite pour corriger les fautes et les répétitions, et puis en relisant y'a des ptits trucs qui me gênent.

Pour la fin, c'est vrai qu'on a été un peu pressées par le temps ! Il faudrait ajouter un signe pour l'ellipse temporelle, genre : ***

C'est cool de voir que vous avez quand même apprécié le texte ! Merci !
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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #5 le: 22 Septembre 2014 à 22:59:58 »
Hey!

Y'a pas d'raison, moi aussi je vous remercie pour être passé lire notre texte!
Je vais corriger tout ça demain, et puis pour la fin on va voir avec Kerena, on va se débrouiller pour proposer une correction et une amélioration à la hauteur de vos commentaires! ^^
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Re : [défi été 2014] Sale temps pour les chiens
« Réponse #6 le: 10 Décembre 2014 à 15:30:18 »
Citer
Je reste quelques instants dans cette boîte de conserve infichue de se garer, et frappe le volant.
j'enlèverais la virgule


Citer
La porte s’ouvre, et moi j’ouvre les bras.
wouahouh :o triple répétition (ouverture porte bagnole plus haut) et phrase trop lourde (au pire, virer le 2° verbe)

remarque générale : beaucoup de "et" dans ce § (si c'est partout pareil, faudrait alléger le style peut-être)


Citer
Ma femme se fourre toujours contre moi après le boulot.
humm... "se fourrer contre" :???: Je trouve cette usage du pronominal bizarre, j'ai pas trouvé dans la définition


Citer
Arthur a encore tâché sa veste !
tacher, verbe sans accent (tout comme la tache d'encre quoi ;))


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« Le dîner est prêt, chéri. On mange quand tu veux. »
y'a-t-il une féministe dans la salle :mrgreen: ?


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Les débats s’animent et hésitent entre un film d’action et une comédie.
formulation bizarre, j'ai du mal à voir un débat hésiter... :\?


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Comme chaque soir, lorsque nous envoyons Arthur se coucher, il proteste vainement avant d’abdiquer. Tom allume la télé et s’installe sur le bord du canapé.
je sais pas, mais peut-être préciser ou donner un détail sur l'âge des 2 enfants aiderait à suivre un peu mieux (je sais pas à partir de quel âge ET différence d'âge on peut vraiment séparer les 2 enfants sans générer de jalousie :\?). Et aussi par rapport au contenu du film (s'il y a ou pas limitation d'âge)...


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Enfin, le générique bienfaiteur
"salvateur" serait plus indiqué dans ce contexte :kei: (et encore un ", et" disgracieux :()



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Anna termine son chapitre, comme tous les soirs, et je devrai attendre encore une quinzaine de minutes avant qu’elle ne se couche.
"avant qu'elle n'éteigne", non ? En lisant ça, et au vu de la description de la scène, j'ai cru comprendre qu'elle lisait debout pendant qu'il était au plumard :D


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Je la sens enfin se coucher près de moi, après ce qui m'a semblé une éternité.
en plus de la répétition "coucher", je verrais plutôt "se rapprocher" ou "se coller" (vu qu'il s'était "tourné de son côté" ::))


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Je refuse.
ça sonne bizarre pour un solliloque ; "je m'y refuse" passerait mieux, je pense.


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Et elle déteste que nous marchions sans nos chaussons.
gné :o ? j'la comprends pas celle-là (je veux dire le bien fondé de cette "décision/habitude", je vois pas l'intérêt... :D )


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Je sors les céréales des enfants, ainsi que le lait.
répétition "enfants"


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Un petit "bip" me fait savoir que mon breuvage est enfin prêt à me brûler la gorge.
très bon :D


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Une gratouille sur la tête de ce con de York, et me voilà parti.
re-lol :D


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entre les coups de téléphones
bouhh le pluriel ><


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Le premier me presse de finir un fichu dossier, les autres n'arrêtent pas de me gêner pour demander des conseils.
pour l'effet comique, j'aurais bien vu "Le premier me presse de finir un fichu dossier, alors que les seconds ne se gênent pas pour m'empêcher d'y arriver à coups de bavardages inutiles et jérémiades incessantes." ^^


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Faute d'autre chose, au moins elle est un havre de paix.
je déplacerais la virgule après "moins" (ou au pire une 2° après "moins" ? :/)


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Seule une petite lumière orange clignote par intermittence : le répondeur.
"seul" sans virgule ou "seule" avec virgule :\? ?? (chui pas très sûr de l'accord, sur ce coup re :/)


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Je m'y dirige et mets la messagerie en route :
si y=répondeur, juste c'est pas possible quoi :viviane:


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CON DE CHIEN ! Toujours à me trainer dans les pattes ! Tiens, prends ça, espèce de saloperie !
C'est plus fort que moi : je prends de l'élan, et shoote un grand coup dans le York. A mon grand étonnement, il n'émet pas un bruit, pas le moindre "kaï" de protestation. En revanche, j'entends un craquement sinistre lorsque sa tête fait connaissance avec l'un des placards de la cuisine. Je reste planté là, comme un con.
C'T'EPIC FAIL !  :viviane:  ("PUTAIN DE CLEBARD" aurait été plus libérateur, non  ;D)


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Mais peut-être qu'aujourd'hui ce sera différend.
d ? :o


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Mes soucis de bureau me paraissent lointains, et la nécessité de parler avec Anna ressemble tout à coup à une vague plaisanterie.
Je sors une casserole du placard en sifflotant. Alors que le beurre grésille au contact du téflon, je réalise que je siffle l'Hymne à la joie.
c'est monstrueux :D


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J'y avais vaguement pensé, mais j'ai un problème. Ce clebs était vivant quand ils sont partis, et ils s'attendent à le trouver vivant en rentrant.
well done sherlock :ronchon:


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"Biscotte ! Biscotte, viens !"
aahh oké, d'où le craquement :viviane:


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"Au fait, les enfants, chérie, j'ai tué le chien ! Oui, je sais, j'aurais pu faire plus attention..."
re-re-lol  :D énorme


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et même si je n'éprouve aucun remords.
piti problème d'accord si je ne m'abuse... :-¬?


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Evidemment, je pense, c'est un chien, il va pas te répondre ! Qu'est-ce que c'est con les enfants des fois ! Mais je m'approche, la cuiller en bois encore à la main.
y devient vraiment sarcastique :D


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Elle ne sait pas à quel point elle a raison. Il est pas seulement parti AVEC moi, mais GRACE à moi ! Et il était content. Il n'a pas eu le temps d'avoir mal, ni de m'en vouloir.
XPTDRRR :viviane: :viviane: j'adôre ce type !!


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mais je ne suis pas pour autant irritable.
répétition "autant"


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Le fiasco commence au rayon yaourts.
je sens encore une grôôsse poilade rien qu'au verbe :mrgreen:


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Et c'est qui qui va tout faire, encore ? C'est bibi, bien sûr !
mdr :D


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Les mots rythment les pelletées. Putain - de - clébard !!!
ah ! vous voyez que ça fait du bien :D (promis, je savais pas, j'ai commenté au fil de la 1° lecture ; comme quoi, les grands esprits se rencontrent :calin: )


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Une fois cette tâche terminée, et une fois cette tâche de chien enterré
c'est surtout la répétition de l'accent circonflexe sur le "a" qui me chagrine :(
 :D


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J'ai du frapper trop fort le mur
j'inverserais "trop fort" et "le mur"


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avec force précautions
expression bizarre... :\? c'est pas "avec force de", normalement  :???: ?


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Je sens l'excitation monter, c'est presque aussi bon que la mort du clebs. Presque.
...et sadique en plus :D


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Je me demande si un mot d'excuse comme "J'ai besoin d'aller au chenil pour racheter un chien. Le précédent nous a lâché la semaine dernière. Je l'ai cassé, donc les enfants en veulent un nouveau" passerait. Penser à ce genre de choses me fait du bien.
mdr :D (mais répétition de "demande")


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Tom et Anna allument la télé.
y s'y mettent à 2 !? :???: Le bouton doit être gros :D


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avec force précautions
répétition de truc bizarre ;)


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Je repousse le poids – mort, merde, merde ! – qui m’est tombé dessus, et je me relève. Je le secoue. Debout, debout, sale con ! Il est – mort, merde, merde, il est mort ! – totalement immobile.
Il est mort.
C'est pas comme le clebs, là, merde ! C'est un homme – mort, merde, merde ! – Un con, mais un homme quand même !
c'est quoi au-dessus d'Epic Fail, déjà ? :D


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Sa tête a fait connaissance avec le pare-brise
vous l'aimez bien cette expression, hein :D


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forcément, a ceinture de sécurité n'était pas mise
"la" ceinture, je pense


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Si je vomis ici, je suis foutu.
mélol, il est déjà trop foutu, j'adôôre comme il part en sucette :D


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Merde ! Qu'est-ce que je vais en faire ? Je rajoute un peu d'alcool dessus, je re-gratte une allumette et la jette dessus. Le mélange explose en un grand "wouf !" qui monte dans la cheminée. J'ai eu chaud – littéralement.
trop génial :viviane:



Ouf fini. Bien rigolé, rien que pour ça grooos  :bisou: à vous deux :D


Bon jusqu'à l'enterrement du clebs, tout roule ; mais après quand le type part en sucette et en guerre contre le voisin, j'avoue avoir pas trop saisi la raison exacte (à part le côté part en sucette qui est très bien rendu), surtout que l'arc de l'année sabbatique/divorce n'est pas résolu, c'est dommage. Mais à part ce passage là, après ça reste bien en ligne, les réflexions du persos sont délicieuses. Il est complètement barré et c'est super.
Quelques répétitions, mais surtout un peu trop de coordination "et" à mon goût. Pour le reste, c'est du style "pensé"/"parlé", ça passe super bien !

Merci pour ce texte bien marrant :D

EDIT : la fin, ça me rappelle trop Memento :coeur:
« Modifié: 10 Décembre 2014 à 15:40:30 par Viviane »
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

 


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