Cela fait un looong moment que je n'ai pas posté ici, commenté ni rien alors je viens timidement, avec la résolution de passer plus souvent, commenter à nouveau et éventuellement faire une fiche sur moi parce que je participe au swap alors ce serait cool pour celui qui va m'envoyer son swap.
J'ai peu écrit ces derniers temps, manque de motivation inside. Mais voilà, j'ai croisé un AT et j'ai eu une idée et là, vous avez le résultat. Bon, je n'ai pas d'idée pour le titre encore, c'est la première fois que ça m'arrive, d'habitude c'est ce que j'ai en premier. Je suis en pleine mutation
Ma chère Cornelia,
Cela fait déjà deux jours que je suis arrivé dans cette lointaine contrée et jamais le temps ne m'a paru si long loin de toi et loin de Rome. Ici, tout est rustre et sauvage, y compris les habitants. Ils me dévisagent sans aucune honte ni retenue. Leurs barbes sont hirsutes, leurs vêtements sales et odorants. Quelque chose de vicié flotte dans l'air de ces campagnes et les montagnes au loin ne font qu'étendre une ombre menaçante sur l'endroit où je suis installé. Figure-toi que les notables du village - si l'endroit où je me trouve peut être nommé ainsi - m'ont logé dans une ferme où je ne trouve pas même un bassin pour faire mes ablutions. Les esclaves mis à ma disposition m'ont regardé étrangement alors que j'installais mes pénates et ont même fait un geste dont la signification m'a échappé : ils ont touché leur front de leur index et majeur accolés avant de s'éloigner à reculons, comme si nos statuettes allaient s'animer et se jeter à leur cou pour les mordre. Les gens d'ici croient aussi en la puissance des dieux, mais leur pratique de la religion m'échappe encore. J'en apprendrai davantage, je l'espère, dans les jours qui vont suivre.
Leur chef - appelons ainsi l'homme qui semble diriger ce regroupement barbare - est cependant des plus agréables et fait de son mieux pour me faciliter la tâche. Il m'a aménagé un bureau et me sert d'interprète. Bien sûr, les hommes ne parlent pas latin. Ils baragouinent une langue à laquelle je ne comprends pas un traître mot. Les civiliser sera difficile et la tâche que m'a confiée notre empereur me semble, à ce jour, insurmontable. En effet, comment gouverner une province aussi éloignée de Rome ? Comment instaurer la paix et la concorde dans cette région où la nature impose encore ses lois ? Que les Dieux me viennent en aide. Heureusement que je ne suis pas seul et qu'une cohorte de vaillants soldats est à mes côtés. L'hostilité des autochtones est tellement palpable par moments que je ne me sentirais pas en sécurité sans eux.
Je ne sais pas, de fait, s'il est vraiment judicieux, Cornelia, que tu me rejoignes ici. Peut-être devrais-tu plutôt en profiter pour passer quelques temps dans notre villa à Ostie, en compagnie de tes sœurs. Je crains que la vie dans cette région ne te soit défavorable et que tu ne t'y déplaises fortement.
Je t'embrasse bien tendrement, ma chère épouse, et t'assure que ton absence me pèse chaque jour. Embrasse aussi nos enfants de la part de leur père qui les aime.
Ton Lucius.
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Mon bon ami Varrus,
J'ignore vers qui me tourner pour confier ma détresse. Depuis plusieurs jours que je suis arrivé dans ce village perdu de Dacie, je n'ai de cesse de m'inquiéter pour mon sort. J'ai l'impression désagréable d'être sans cesse épié. Alors que je me promène dans la ville, il me semble qu'un regard se pose sur moi à chaque virage que je prends, à chaque arrêt que je marque. Bien évidemment, je ne vois personne qui puisse être à l'origine de cette sensation. Pourtant, je sais que je suis suivi. La nuit dernière, alors que j'étais devant la ferme où je loge, j'ai vu une ombre se détacher au sol ; elle provenait de l'arrière de la demeure. J'ai couru vers l'origine de cette ombre mais n'ai rien vu, juste quelques corbeaux qui se sont envolés à mon approche. Les esclaves qui ont été alloués à mon service affirment avoir été occupés ailleurs et cela m'a été confirmé.
Les habitants sont certes farouches et parfois même ostensiblement défavorables à ma présence, comme tout peuple de vaincus, mais leur chef m'a assuré qu'ils ne me feraient aucun mal. Toutefois, afin de marquer l'exemple, j'ai fait fouetter en public un homme qui avait osé cracher au sol sur mon passage. J'ignore si cette méthode calmera celui ou ceux qui en ont après moi, car je suis intimement persuadés qu'il y en a, malgré les dénégations du chef.
La cohorte qui se trouve avec moi en ces lieux partage mes inquiétudes. Les hommes ne sont pas rassurés. Ce sont pourtant des soldats aguerris, choisis avec soin parmi les vétérans. Eux aussi ressentent l'atmosphère pesante qui règne ici et ils ont émis, en outre, le souhait de ne plus dormir sous les tentes. Ils craignent les loups, fort nombreux dans la région, qui se terrent dans les bois tout proches.
Tu dois te demander pour quelle raison je te détaille tout cela. Et bien, j'aimerais que tu intercèdes en ma faveur auprès de notre empereur bien aimé afin qu'il me fasse parvenir une ou même deux cohortes supplémentaires, ainsi que davantage d'esclaves pour nous servir. Je n'ai par ailleurs aucune nouvelle du personnel qui devait me rejoindre sur place. Je ne me sens pas en confiance en ces lieux et crains une révolte, si ce n'est une tentative d'assassinat sur ma personne directement.
Je te salue respectueusement,
Lucius Fabius Venator, procurateur gouverneur de la province de Dacie.
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Journal de bord de Caius Helius, préfet de la 3e cohorte cavalière de Raurica, en détachement en Dacie.Cette nuit, les loups ont encore rôdé auprès du campement. Les habitants nous ont mis en garde au sujet de leur présence, mais ne nous ont pas avertis qu'ils étaient aussi hardis. L'un d'eux s'est tellement approché de la tente dans laquelle je dors que j'ai entendu sa respiration. Mon sang s'est figé dans mes veines ; j'avais l'impression que mon cœur allait bondir hors de ma poitrine. Nous avons obtenu l'autorisation du gouverneur de monter un camp fortifié, à condition que son logement en soit au centre. Il semble que lui aussi craigne les loups, ou les dieux seuls savent quoi d'autre.
Cette région n'est aucunement accueillante. Je dirais même plus : cette région nous rejette violemment, de toute son âme. Les habitants ne sont pourtant pas ouvertement agressifs, mais je parierais qu'ils n'hésiteraient pas à nous poignarder dans le dos. Cela fait un mois que nous sommes ici, et déjà l'un des nôtres est mort de façon inexplicable. Nous avons retrouvé son corps exsangue à l'orée des bois, son visage était figé en un hurlement d'horreur. Les habitants ont fait un signe lorsque nous avons ramené son corps pour lui donner les dernières honneurs : ils ont touché leur front avec deux doigts, comme pour le saluer. Mais c'était différent d'un salut, cela avait quelque chose de mystique, d'inquiétant même.
Les hommes m'ont montré des empreintes près du corps de notre camarade : elles étaient bien trop grandes pour appartenir à un loup. J'ignore ce qui rôde dans ce pays, mais je compte l'empêcher d'approcher grâce aux fortifications. Depuis ce tragique accident, nous n'effectuons les rondes que par deux et nous ne nous éloignons du village que si cela est indispensable.
Lorsque la nuit tombe ici, la température chute brutalement. Il fait un froid mordant qui nous oblige à nous couvrir comme en plein hiver. Les animaux sont très souvent agités, les chevaux surtout. Ils piaffent de nervosité dans les écuries, à cause des loups je suppose. Il est regrettable que nous n'ayons pas l'autorisation de leur tendre des pièges. Quelle coutume étrange que de vouloir préserver ces prédateurs !
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Ma chère Cornelia, ma tendre épouse,
J'ignore si je reviendrai un jour de ce pays de barbares. Mes missives envoyées à Varrus demeurent lettres mortes et il semble que l'on n'écoute ni mes supplications pour des renforts supplémentaires, ni celles pour nous faire rentrer sains et saufs à Rome. Les nuits sont de plus en plus froides et de plus en plus longues, les ombres des montagnes sont de plus en plus menaçantes, comme si elles souhaitaient nous avaler, nous faire disparaître dans les Enfers.
Je dois te raconter ce qui m'est arrivé, même si coucher cette histoire par écrit me donne l'impression d'être en train de devenir complètement fou. Cela remonte à plusieurs jours maintenant, peut-être même une semaine. Alors que le soleil était sur le point de se coucher, j'ai vu au loin, à l'orée du bois, la silhouette d'un homme. Elle était complètement immobile et j'ai eu la sensation, la certitude même, qu'elle m'observait malgré la distance qui nous séparait. Je sentais son regard me scruter aussi sûrement que le vent me fouettait le visage. J'en ai eu la chair de poule, c'était incontrôlable.
Mais le plus abominable, ô Cornelia, est que cette silhouette a disparu dans une bourrasque de vent. Un nuage de terre et de feuilles s'est levé et l'a effacée de ma vue, comme emportée ! Je suis resté pétrifié, incapable de bouger alors que ce nuage s'approchait de moi et me survolait. J'ai eu la sensation qu'il était animé de sa propre vie et qu'il m'observait ! Je deviens complètement fou, ne crois-tu pas ? Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. Le nuage a ensuite disparu au loin, me laissant tremblant devant le camp fortifié. J'y suis rentré aussi vite que j'ai pu, et j'ai dormi avec les hommes cette nuit-là, dans la tente. Leur présence m'a rassuré. Je n'ai pas osé leur parler de ce que j'avais vu, mais j'ai bien senti qu'ils avaient compris que quelque chose n'allait pas.
Le lendemain matin, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai raconté ce que j'avais vu à Kozon, leur chef. Il m'a signifié que je devais avoir vu leur prophète - eux aussi ont leur prophètes, comme les chrétiens, tu vois - du moins son âme puisqu'elle erre parfois sur leurs terres pour les surveiller, et les protéger. Il ne semblait pas inquiet, je gage même que je l'ai vu sourire. Me mentait-il ? Il a refait le geste que j'avais déjà vu, à mon arrivée, avant de s'éloigner. Le soir même, il nous a conviés , les hommes et moi, à assister à un de leur rituel religieux.
Leurs croyances sont bien étranges : même si les Daces, comme nous, reconnaissent la puissance de multiples divinités, ils estiment que l'âme s'incarne parfois sous la forme d'un loup. C'est la raison pour laquelle ils refusent de les tuer, ou uniquement lors de rituels bien particuliers. Ce fut le cas ce soir-là : ils avaient capturé un loup et l'ont emmené sur un autel improvisé. L'animal a été écorché vif, ses hurlements surpassant largement les chants et tambours rituels. Sa peau a été remise à l'un des hommes qui s'en est recouvert alors qu'elle dégoulinait encore de sang. Il semble que c'était un honneur suprême, il était visiblement ravi de se barbouiller de chairs encore chaudes. Il a ensuite quitté l'assemblée et s'est dirigé vers les bois, au loin. Depuis ce jour, nous n'avons pas revu cet homme.
Quant au loup, les hommes s'en sont partagé la viande. C'est la seule occasion lors de laquelle je les ai vus en manger. De la viande, je veux dire. Ces hommes semblent ne consommer que les légumes qu'ils cultivent, habituellement. Une fois la cérémonie terminée, chacun est rentré chez soi et nous avons regagné notre camp fortifié. Le lendemain matin, les hommes m'ont juré qu'un loup était entré dans le camp et m'en ont même montré les traces. Elles étaient énormes, bien trop pour un simple loup. Elles étaient toute proches de l'entrée de ma demeure. Pour ma part, j'ai dormi d'un sommeil des plus agités. J'ai fait d'effrayants cauchemars dans lesquels la silhouette que j'avais vue entrait dans ma chambre et étendait son ombre sur moi. Je me suis réveillé à plusieurs reprises en sueur, malgré la température hivernale.
Je ne sais pas ce que j'ai vu à l'orée du bois. Je ne sais pas ce qui est entré dans le camp cette nuit-là. Mais je peux te promettre, Cornelia, que pour tout l'or du monde, je ne resterai pas ici.
Je souhaiterais être à tes côtés, sentir ton parfum et entendre le rire de nos enfants. Je t'embrasse avec toute mon affection.
Ton Lucius.
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Journal de bord de Caius Helius, préfet de la 3e cohorte cavalière de Raurica, en détachement en Dacie.Deux autres soldats sont morts. La sauvagerie de ces accidents - ou crimes, comment savoir ? - était telle que j'en ai vomi mon repas. Les corps ont été retrouvés déchiquetés, à tel point que pour leur offrir le repos nous avons dû fouiller les bois. Pénétrer dans ces épais fourrés pour rechercher les membres de nos camarades fut une épreuve pour nous tous. Les hommes avaient tellement peur que le moindre craquement de brindilles les faisait sursauter. Ces bois sont maudits, j'en suis désormais certain. Et que je sois mille fois écorché si je n'ai pas aperçu au loin, courant à quatre pattes tel un animal, l'homme qui a revêtu la peau de loup lors de ce sacrifice rituel auquel nous avons assisté.
Nous n'avons pas retrouvé tous les ... morceaux des soldats morts. La nuit, qui tombe désormais très tôt, nous a contraints à rentrer. Nous n'y aurions rien vu dans cette forêt si dense qu'elle est déjà en permanence plongée dans les ténèbres. Et quoiqu'il en soit, personne ne voulait rester en ces lieux. Les créatures qui s'y terrent sont sûrement monstrueuses, abominables. Notre expédition s'est déroulée sous le regard impassible des barbares. Tellement impassible que je me questionne sur le rôle qu'ils ont joué dans ces drames.
Désormais, même notre gouverneur a un comportement plus qu'étrange. Il ne sort quasiment plus de son logis. Lorsque nous avons la chance de l'apercevoir, il se montre perdu, le regard rougi par la fatigue, ou bien la peur. Je l'ai entendu hurler à plusieurs reprises, en pleine nuit, des cris à vous glacer le sang. Les hommes commencent à le craindre, lui aussi. Bien que j'ignore pourquoi, il nous évite. Lorsque j'ai voulu lui prêter main forte pour nettoyer la vilaine plaie qu'il a au bras, il m'a chassé rudement. Je me demande bien quand il a été mordu. Sûrement un de ces fichus loups.
Je ne souhaite plus qu'une chose : rentrer au plus vite, quitter cette terre pour ne plus jamais y retourner. Jamais la moindre étincelle de civilisation ne pourra parvenir en ces lieux.
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Varrus, je te salue,
Je sais que cette lettre parviendra jusqu'à toi, comme toutes les précédentes auxquelles tu n'as jamais répondu. Quoique tu décides désormais, il est trop tard. Cette terre où nous avons été envoyés sera notre tombeau. De la cohorte qui m'accompagnait, il ne reste qu'une poignée d'hommes qui ne survivront pas aux jours prochains. Cette terre, c'est la bouche des Enfers qui s'ouvre sur notre monde. Il n'existe aucune issue, aucun secours n'est possible. Les créatures qui vivent ici se nourrissent du sang des hommes ! Oui, tu as bien lu ce que j'ai écrit ! Ce peuple de barbares qui se prennent pour des loups n'est pas humain ! C'est une armée de stryges qui dévore la chair humaine, s'en repaît comme l'on s'enivre de vin lors des banquets. Par tous les Dieux, j'ai vu des horreurs dont le simple souvenir me fait trembler comme un enfant ! Je les ai vus saigner un homme vif et laisser le sang ruisseler sur leurs bouches avides, et les ai entendus rire, rire comme des déments alors qu'il mourrait en hurlant !
Par pitié, Varrus, si tu as eu un jour un tant soit peu d'estime pour moi, n'envoie plus personne en ces lieux. Tout Romain qui viendra ici sera condamné à une mort atroce, si jamais il meurt. Car à moi, ils m'ont réservé un sort bien pire que cela. Ils me font payer, j'en suis sûr, mes vaines tentatives pour asseoir notre domination. J'entends les chants rituels au loin et je sais ce qu'il va m'arriver. Les Champs Élysées me seront à jamais fermés, les Enfers même ne m'accueilleront jamais. Je vais errer ici, éternellement, condamné à être une bête parmi les Bêtes. Ceci est ma dernière missive, ô Varrus, et le messager qui te la portera sera le dernier à quitter ces lieux. Le chef me l'a confié : leur prophète, ou que sais-je, veut que la toute puissance de Rome s'incline face à lui ! Il faut l'écouter, Varrus, il faut lui obéir. Nous ne sommes rien face à ces créatures.
Nous ne sommes que de la nourriture, nous ne sommes que son garde-manger.
Prie pour moi, il ne reste que cela à faire.
Lucius Fabius Venator.
***
Ma chère Cornelia, mon soleil perdu,
Ceci est probablement ma dernière missive car mon âme est aujourd'hui vouée aux Furies, aux Stryges ou que sais-je. Ma main tremble alors même que je tente d'écrire ces quelques lignes pour t'adresser mes adieux. Demain, je ne serai plus le même homme, j'ignore si je serai encore un homme. Demain, je deviendrai un loup, ou une créature s'en approchant.
Tu me diras qu'une telle chose est impossible, mais je l'ai vue, de mes propres yeux, ici, en Dacie. Leurs prophète, leur dieu, j'ignore quel nom donner à cette créature qui les dirige, peut se transformer en loup, en brume, en corbeau. C'était lui qui me suivait depuis le début, m'épiait, me jaugeait. Et aujourd'hui, il va faire de moi l'un des siens, l'un de ses enfants. C'est un grand honneur, pour ces barbares qui le servent et l'honorent. Ils me saluent avec respect et pourtant ils me gardent prisonnier dans cette demeure qu'ils m'ont offerte. Ils ne veulent pas que je lui échappe, mais comment le pourrais-je ?
J'ai bien pensé m'enfuir, mais où aller ? Nous sommes si loin de tout, ici, aux confins de notre Empire. La moindre ville digne de ce nom est à des lieux et d'immenses forêts nous en séparent. Les montagnes qu'ils nomment Carpates sont infranchissables et hostiles. Et leur prophète sait, j'ignore comment, où je me trouve, tout le temps. Il hante mes nuits dans des cauchemars affreux, je me sens perverti par sa présence alors même qu'il n'est même pas près de moi. Sais-tu qu'il se nourrit du sang de mes soldats ? Il les a tués, les uns après les autres, et s'en est repu... Je l'ai vu faire, dans mes cauchemars. Il m'invitait à en faire de même, tendait vers moi ses mains rouges de leur sang...
Ce soir, il vient me chercher. Le chef me l'a dit, en épongeant la sueur sur mon front. Je suis désormais trop faible pour opposer une quelconque résistance. Je suis complètement perdu ; soit fou, soit malade, ou peut-être même mourant. Hélas, que la mort serait douce !
Adieu ma douce, adieu ma bien-aimée. Surtout n'essaie pas de prendre de mes nouvelles et encore moins de me rejoindre. Pleure-moi, honore mon nom, élève bien nos enfants. Demain, je ne serai plus qu'un loup parmi les autres.
Bien à toi, ton Lucius.
***
À Rome, les lettres de Lucius furent soigneusement rangées et oubliées. Aucune ne parvint jusqu'à son épouse. Le préfet Varrus en référa à l'empereur Trajan qui jugea qu'il en était assez de ces barbares rebelles.
En 105 après Jésus-Christ, Trajan lança une campagne militaire contre la Dacie. La lutte fut âpre et violente, les légions romaines vainquirent. La tête du roi dace, qui avait fui dans les montagnes pour échapper à l'ennemi, fut rapportée à l'empereur ; il se murmura que son corps n'avait jamais été trouvé.
De la troisième cohorte et du gouverneur Lucius, on ne détecta pas la moindre trace, comme s'ils n'avaient jamais existé.
La Dacie, région peuplée de loups particulièrement agressifs qui, d'après la rumeur, se retranchèrent dans les montagnes lors de la défaite, était foncièrement hostile. La domination romaine s'installa cependant, mais les révoltes furent fréquentes et mobilisèrent énormément de légionnaires. Cette "pacification" coûta cher à l'Empire, en hommes et en argent. D'après les récits rapportés à Rome, qui étaient fortement enjolivés, les abords de la chaîne des Carpates étaient dangereux, voire maudits.
Après une longue période de prospérité, les batailles reprirent, les invasions barbares débutèrent. L'Empereur Aurélien abandonna alors définitivement cette région jugée trop hostile. Cette domination romaine pourtant brève laissa son nom au pays : la Roumanie.