Le monde tourne en vrai. Je ne sens sous mes pieds
Qu’un instable béton, dans lequel je m’enfonce.
Les lumières m’aveuglent, et les sons me défoncent.
Je jette autour de moi un regard aviné.
Cette odeur dégueulasse qui m’agresse le nez,
Incommode les passants, donne envie de s’enfuir,
Ecœure même les chiens, un martyre à sentir,
Ce sont mes vomissures qui tachent le pavé.
Je ne suis qu’une épave, un énorme déchet,
Semblable à tous ceux qui me servent de lit.
Poubelles qui dégoulinent sont mes seules amies
Il n'y a vraiment vraiment qu'elles capables de m'aimer.
Amour, qui m'a quitté, Amours, tant espérées,
Dans cette fange ignoble où désormais je me traîne,
J'avoue, je me complais à ce que de ma peine
Vous deveniez vous-même les coupables accusées.
Je ponctue ma tristesse à grands coups de regrets
Pour oublier qu'encor je dormirai dehors
Pendant que vous jouez à réchauffer vos corps
Je noie dans les alcools mes abus du passé.
Haïssez-moi, pitié, autant que je vous hais,
Qu'enfin nous partagions un petit quelque-chose !
Même si je mendie, vous montrez porte close,
Alors détestons-nous dans une grande charité !
Le monde tourne en vrai. Je ne sens sous mes pieds
Qu'un auguste mépris, qui l'air de rien m'enfonce.
Les lumières m'aveuglent, vos regards me défoncent.
Je jette ce poème à votre indifférence.