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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » une étude américaine (début(

Auteur Sujet: une étude américaine (début(  (Lu 1047 fois)

Hors ligne Rosace

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une étude américaine (début(
« le: 06 Juin 2014 à 16:54:33 »
J'ai changé quelques phrases mais l'essentiel de la première partie n'a pas beaucoup changé.



« Une étude américaine sur le comportement des tueurs en série a mis en lumière que le choix d’une victime n’était pas si aléatoire. Les psychopathes sauraient ainsi repérer dans la démarche et l’attitude générale d’une personne, les hésitations, les faiblesses et les fêlures qui feront d’elle une proie idéale. » Voici ce qu‘avait déclaré, un matin, le chroniqueur radio avant que l’information ne se noie dans le flot des autres nouvelles.

Emeline aime la voix de ce journaliste et les anecdotes souvent cocasses quelques fois effarantes qu’il relate alors qu’elle prépare son café.

Ce matin, la chronique avait été plus politique et elle n’avait écouté que d’une oreille l’histoire de ce député condamné pour corruption. Elle devait partir plus tôt. Colette arriverait dans moins d’une demi-heure sur le parking du hard-discount et il en fallait autant à Emeline pour l’atteindre à pied.

Le jour s’était levé depuis longtemps. C’était l’été et un léger vent faisait danser sa jupe de mousseline. Elle avait longtemps hésité à la mettre. La doublure avait tendance à remonter quand elle marchait et à dévoiler ainsi, grâce à la transparence du tissu, le bas de ses cuisses. Quatre points de couture avaient réglé le problème, et devant la glace elle put apprécier le joli ensemble que la jupe faisait avec le petit haut bleu qu’elle venait de s’acheter.

La matinée avait été parfaite. Elle s’était réveillée avec la douce clarté du jour. Malgré le gout mentholé du dentifrice dans sa bouche, elle pouvait encore se souvenir du sucré de son café. Le breuvage avait été à la bonne température et elle l’avait bu lentement en observant les rares va-et-vient dans la rue. Avant son départ, son chat s’était encore langoureusement frotté à ses mollets. Elle avait sautillé en descendant les trois étages et l’air frais avait béni son visage.

Quelques mètres après avoir quitté sa rue, elle commença la traversée du pont qui surplombait l’autoroute. Un message de Colette lui annonça qu’elle aurait un peu de retard et Emeline rangea son portable dans son sac puis modéra son allure. Ses ballerines dansaient presque sur le bitume du trottoir et elle croisa ses mains derrière son dos.

La voiture qui venait en face d’elle, Emeline était certaine de l’avoir déjà vu passer une minute plus tôt. L’automobiliste ralentit à son niveau et son ombre se pencha à la vitre ouverte. Une superette bio avait été inaugurée dans son quartier il y a peu, et nombreuses étaient les personnes qui demandaient leur chemin pour la trouver. Tout sourire, Emeline s’était déjà préparé à lui indiquer la route à prendre, mais fronça les sourcils à son étrange question :

- Voulez vous que je vous emmène ?

Des lunettes de soleil cachaient le regard de l’homme et Emeline se redressa pour décliner son offre avec une politesse étonnée. Les alentours étaient déserts, elle ne l’avait pas remarqué avant. Même la circulation sur l’autoroute lui sembla anormalement fluide et clairsemée.

L’automobiliste pris quelques secondes pour reprendre sa route et Emeline s’éloigna hésitante en inspectant la doublure de sa jupe.

- Mademoiselle ?

La voiture blanche était réapparue sur la voie opposée comme si elle était coincée dans une boucle temporelle et géographique. Emeline trébucha et fit semblant de ne pas l’avoir remarqué. L’homme était accoudé à la portière et avait ralenti pour s’accorder à l’allure de sa marche. Il y avait encore plus de dix mètres jusqu’à la fin du pont et le petit bosquet qui marquait la limite du calme quartier résidentielle.

- Vous ne voulez pas monter ? Je peux vous emmener où vous voulez ?

La voix douce et suave détonnait avec cette drague brutale et déplaisante.

- Non merci. Je ne vais pas loin.

Emeline se reprocha son demi sourire mais l’automobiliste exprima une déception résignée puis s’éloigna. Emeline souffla. Les doigts toujours cramponnés à la lanière de son sac, elle tenta de redonner à sa démarche un peu d’assurance. Elle pouvait voir au loin le feu tricolore du croisement et la circulation du boulevard. Ses jambes se crispèrent pourtant et son cœur sursauta. La voiture blanche s’était arrêtée au milieu de la route.

Le bruit de la circulation automobile s’était laissé surpasser par le gazouillement des oiseaux dans le feuillage dru du bosquet, un  claquement d’aile, un bruit sec et Emeline s’étonna de cette seconde suspendue dans le temps. Elle s’était arrêtée avant qu’elle ne se fasse happée par l’ombre des arbres. La rambarde du pont se prolongeait le long de la rue du chien rouge et Emeline hésita entre rebrousser chemin ou courir pour atteindre au plus vite le boulevard.

Il ne ferma pas la portière de sa voiture, enleva ses lunettes de soleil et s’avança vers elle d’un pas assuré. Il n’était pas laid. Les deux boutons de col de sa chemise blanche étaient ouverts et les manches retroussées. Ses cheveux blonds étaient fins et son visage plutôt arrondi. Son sourire, elle dut bien l’avouer, était même engageant mais Emeline ne s’estimait pas « jolie » au point de provoquer une telle réaction. Elle était quelconque, une passante parmi d’autre, à part que ce matin elle avait été isolée sur un pont désert. Mais l’homme était maintenant à moins de dix pas d’elle et Emeline espéra qu’il remarque son visage effrayé et se retire avec courtoisie.

- Venez avec moi.

Le ton de la phrase n’avait rien d’un ordre et le léger haussement de son épaule droite pouvait exprimer qu’elle ne risquait rien, que la proposition était tout à fait innocente.

- Je vous emmène ? Insista t’il encore,  les mains sur les hanches dans une posture tout en décontraction.

Il lui aurait été facile d’accepter et de s’asseoir dans sa voiture. Pourquoi d’ailleurs ne pas le faire ?

                                                 

« Modifié: 10 Juin 2014 à 15:39:05 par Rosace »
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

Hors ligne holden5

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Re : une étude américaine
« Réponse #1 le: 06 Juin 2014 à 17:55:35 »
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« Une étude américaine sur le comportement des tueurs en série a mis en lumière que le choix d’une victime n’était pas si aléatoire. Les psychopathes sauraient ainsi repérer dans la démarche et l’attitude générale d’une personne, les hésitations, les faiblesses et les fêlures qui feront d’elle une proie idéale. » Voici ce qu‘avait déclaré, un matin, le chroniqueur radio avant que l’information ne se noie dans le flot des autres nouvelles.

Emeline aime la voix de ce journaliste et les anecdotes souvent cocasses quelques fois effarantes qu’il relate alors qu’elle prépare son café.

Ce matin, la chronique avait été plus politique et elle n’avait écouté que d’une oreille l’histoire de ce député condamné pour corruption. Elle devait partir plus tôt. Colette arriverait dans moins d’une demi-heure sur le parking du hard-discount et il en fallait autant à Emeline pour l’atteindre à pied.

Quelque chose m'a gêné à la deuxième lecture dans ce passage. Tu évoques d'abord l'enquête dont  le présentateur radio a parlé plusieurs jours avant, puis tu reviens au temps de la narration et tu indiques qu'aujourd'hui, le sujet de l'émission n'est pas très intéressant.  Du coup on ne voit pas bien pourquoi tu as parlé en premier lieu de l'info sur les serial killers... Il aurait été plus simple sans doute de faire en sorte que la fille écoute l'émission sur les serial-killer, la trouve intéressante et soit obligé d'éteindre son poste par manque de temps.


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et il en fallait autant à Emeline pour l’atteindre à pied.
l'expression "atteindre à pied" ne me semble pas très naturelle.

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Le jour s’était levé depuis longtemps. C’était l’été et un léger vent faisait danser sa jupe de mousseline. Elle avait longtemps hésité à la mettre. La doublure avait tendance à remonter quand elle marchait et à dévoiler ainsi, grâce à la transparence du tissu, le bas de ses cuisses. Quatre points de couture avaient réglé le problème, et devant la glace elle put apprécier le joli ensemble que la jupe faisait avec le petit haut bleu qu’elle venait de s’acheter.
C'est marrant, je ne suis pas très jupon en tant qu'homme, mais ce passage me semble particulièrement bien écrit, visualisable, et il crée une sorte d'intimité avec la narratrice.  +  L'érotisme discret qui se dégage lui donne sa raison d'être par rapport au reste du texte.

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La matinée avait été parfaite. Elle s’était réveillée avec la douce clarté du jour. Malgré le gout mentholé du dentifrice dans sa bouche, elle pouvait encore se souvenir du sucré de son café. Le breuvage avait été à la bonne température et elle l’avait bu lentement en observant les rares va-et-vient dans la rue. Avant son départ, son chat s’était encore langoureusement frotté à ses mollets. Elle avait sautillé en descendant les trois étages et l’air frais avait béni son visage.
Moins convaincu par les références au café... 1) Se "souvenir" du sucré du café me paraît bizarre. 2) Préciser que le "breuvage avait été à la bonne température" est un détail superflu à mon goût.
"L'air frais avait béni son visage" : le mot "béni" est trop connoté religieusement par rapport au style général. Et c'est un peu excessif je trouve !
Sinon, j'aime bien le fait que tu parles de sa matinée ordinaire et délicieuse (par opposition à ce qui pourrait lui arriver plus tard), mais l'intention est peut-être un petit peu trop évidente en l'état.  C'est peut-être un petit peu trop "parfait" ^^


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puis modéra son pas.
Non, non, personne ne "modère son pas". Il faut trouver une autre expression, là! lol

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Ses ballerines dansaient presque sur le bitume du trottoir et elle croisa ses mains derrière son dos.
C'est très joli, là, par contre. :-)

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Emeline était certaine l’avoir déjà vu passer une minutes plus tôt.
certaine de

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et nombreuses étaient les personnes qui demandaient leur chemin pour la trouver
Bonne idée d'évoquer cette possibilité-là, mais l'inversion "nombreuses étaient" me paraît un peu moyen-âgeuse.

Citer
La rambarde du pond
pont

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avec une politesse étonnée
hmmm, pourquoi pas...

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tellement incompatible avec cette déplaisante et lourde drague.
pour la fluidité, j'aurais mis "drague" avant "déplaisante". Je trouve "incompatible" un peu trop technique.

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Ses jambes se tétanisèrent pourtant et son cœur sursauta.
Ce n'est pas ma phrase préférée ! Des jambes qui se tétanisent... Pour moi, seule une personne peut être tétanisée et elle ne peut pas se tétaniser... Faudra trouver aut' chose :-D

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Le bruit de la circulation automobile avait été surpassé par le gazouillement des oiseaux dans le feuillage dru du bosquet
"surpassé" n'est pas beau. "étouffé", peut-être ? "dru du" n'est pas très élégant non plus.

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Emeline espéra qu’il remarque son visage effrayé et se retire avec courtoisie.
problème de concordance des temps. Avec le conditionnel, ça sonnerait mieux. "espéra qu'il remarquerait".

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Pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi le faire ? Pourquoi ne pas avoir confiance ? Pourquoi avoir confiance ?...
Un peu trop de questions je trouve.

***

Bon, si je fais toutes ces remarques de détails, c'est que je trouve que le texte est très efficace et fort bien maîtrisé dans l'ensemble. Le sujet est classique, mais traité sans mièvrerie, et tu parviens à installer un vrai suspense en quelques paragraphes seulement. Pas de détails inutiles, et ça c'est très chouette.
Alors : la suite !
Merci pour ce texte.
H.


Hors ligne Rosace

  • Scribe
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Re : une étude américaine
« Réponse #2 le: 07 Juin 2014 à 07:15:27 »
Merci pour tes remarques.

Pour le début je suis tout à fait d'accord, mais je voulais que la première chronique soit autant dans la tête du lecteur que dans l'esprit de mon héroïne même si elle n'y pensa pas sur le moment. Normalement elle doit l'évoquer dans la suite.

Je suis contente que le paragraphe sur la jupe te plaise. J'ai du le modifier plusieurs fois, j'avais un peu peur de la longueur de la dernière phrase mais apparemment elle fonctionne.

Pour le paragraphe sur la matinée parfaite, ce sont des sensations très personnelles. Je me suis un peu entêté avec la description du café. Je sais que "se souvenir du sucré de son café" est un peu tarabiscoté mais le groupe de mot traduit bien ce que j'ai voulu dire. En utilisant "béni" par contre je n'ai pas pensé au sens religieux, enfin si, mais plutôt au sens païen.(Tout va bien, Émeline est en osmose avec elle-même et même le dieu du soleil la béni.)

Maintenant pour le vocabulaire:
"Modérer son pas" d'accord ça ne se dit pas, je voulais éviter "ralentir" que j'utilise souvent après. Les autres synonymes me paraissait encore plus inadéquat.

Pour "nombreuses étaient les personnes qui demandaient leur chemin pour la trouver" je ne vois pas comment le dire autrement, je n'aime pas "beaucoup de personnes demandaient leur chemin pour la trouver". c'est le mot "personne" qui ne fonctionne pas , je trouve.

" La voix était douce, tellement incompatible avec cette déplaisante et lourde drague." est une phrase que j'ai ajouté en dernier. Je la trouvais importante mais pas très efficace. Je tiquais plus sur le mot "tellement". A retravailler!

Les questions de la fin sont un peu lourdes, je le sais. C'est juste pour avoir une sorte de fin. S'il doit y avoir une suite il est évident que je dois transformer ce paragraphe.

Je vais essayer de faire une suite. J'ai la trame des prochaines lignes mais ne suis pas encore certaine du dénouement et dans ce genre de sujet c'est important de savoir où on va. Comme dit, cela devait devenir un roman avec beaucoup de rebondissement. Je pense que pour le forum je devrais aller à l'essentiel. Ce serait peut-être bien de raconter l'histoire en 4 ou 5 chapitres de la même longueur. J'y réfléchis.
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

 


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