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05 Juin 2026 à 00:45:50
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La misère a des jambes, et elle court.

Auteur Sujet: La misère a des jambes, et elle court.  (Lu 1448 fois)

Nakenis

  • Invité
La misère a des jambes, et elle court.
« le: 09 Mai 2014 à 01:26:28 »
Je marche tranquillement dans une rue bruyante de Paris.

Je ne sais pas laquelle, il y en a bien trop pour que je puisse le savoir. Des rues, des boulevards, des avenues innombrables et aux noms des plus banals. C’eut pu être un jeu amusant : énoncer un nom de rue aléatoire et vérifier si cette dernière existe vraiment. "Rue des ananas". Tiens oui, celle-ci est dans le neuvième. "Rue de l'estropié". Tiens oui celle-là, c'est où habite Monsieur Untel, etc. Il n'y a que moi pour avoir des idées pareilles. Il faut dire que la vie d'une femme comme moi est plutôt ennuyeuse. Je passe mes journées dans la villa à ne rien faire : inutile de travailler, l'héritage que nous avons reçu de nos parents est amplement suffisant pour acheter de la nourriture pour quatre vies, au moins. Alors je ne fais que dormir, lire, manger, et dormir encore. Parfois je profite de Paris et de ses habitants.

Comme tous les matins, peu après l'aube, le centre de la capitale est bondé de Parisiens se rendant sur leur lieu de travail. Cette migration pendulaire incessante a quelque chose d'appréciable : c'est l'un des seuls moments de la journée où on peut profiter du vacarme de la ville, l'autre heure de pointe étant évidemment vers dix-huit heures, lorsque ces bons Parisiens finissent leur journée fatigante. Je ne me moque pas d'eux, je sais bien qu'ils m'envient, qu'ils me haïssent, moi qui ne fait rien de mes journées. Mais c'est à moi de les jalouser ! Qu'ils aillent donc passer leur vie à ne rien faire, et ils verraient à quel point ils devraient s'estimer heureux de travailler. Puisqu'ils parlent ainsi de moi, j'ai déjà eu plusieurs fois l'envie de trouver un métier. Mais quand ces Parisiens l’apprenaient, ils me répétaient : "Mais non, tu ne vas pas travailler, tu n'en as pas besoin !" Il faudrait savoir, je ne comprends pas.

Cette situation me permet et m'oblige à faire n'importe quoi. Enfin c'est ce qu'ils disent, moi je ne trouve pas que c'est "n'importe quoi". Il faut bien que je me divertisse, que je modifie mon quotidien redondant et infiniment soporifique. Une fois, je me suis amusée à écrire une lettre longue et détaillée du cycle de vie des pingouins du Groenland, que j'ai envoyée ensuite à ma voisine. Pas par la poste, ce n'est pas drôle. Je l'ai confiée à un jeune garçon téméraire, accompagnée d'un billet. Il a accompli sa mission avec courage et dignité. Le lendemain, je passai de manière innocente devant la maison de ma voisine. Elle était déjà là devant sa boîte aux lettres, lisant mon exposé avec étonnement. J'allai la saluer comme chaque matin et lui demandai ce que ce courrier avait de si particulier.

- Ça parle de pingouin.
- Oh.

La femme ne comprit pas pourquoi je ris si fort.

Ce matin, alors que je continue ma promenade journalière, j'aperçois un sans-abri assis au fond d'une ruelle. Il est emmitouflé dans une couverture qu'il a du trouver dans la benne à laquelle il est adossé. Quelques bouteilles et canettes d'alcool s'entassent près de lui. L'envie me prend d'aller lui parler.

- Bonjour, lui dis-je simplement en m'asseyant près de lui.

Il m'adresse un sourire. Il a l'air heureux que quelqu'un daigne lui parler. Il commence :

- Bonjour, qui êtes-vous ?
- Moi ? Je ne suis personne.
- Bien sûr que vous êtes quelqu'un.
- En effet je suis quelqu'un : je suis moi.
- Je ne demande que votre prénom, s'obstine t-il.
- Je n'en ai pas, insisté-je.
- Vous vous amusez ?
- Tu peux me tutoyer.
- Tu t'amuses ?
- Oui.
- Pas moi.
- Dommage pour toi.

L'homme ne semble plus vouloir répondre. Alors j'enchaîne :

- Et toi, es-tu quelqu'un ?
- Non.
- Tu n'as pas de prénom ?
- Non, puisque vous n'en avez pas.
- Si, je m'appelle Anne.

Content d'avoir obtenu mon prénom, le sans-abri me sourit.

- Moi c'est Aurélien.
- En fait je ne m'appelle pas Anne.
- Tu m'as eu.
- Effectivement.
- Alors, comment tu t'appelles ?
- Olaf.
- Olaf ?
- Oui. Ça ne te plait pas ?
- Non.
- Fais avec.

Mon nouveau prénom me plait bien. Ce dialogue m'amuse.  Je décide d'achever les présentations :

- Qu'est-ce qui t'as amené jusqu'ici ?
- Ça te regarde ?
- Non.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ?
- Très bien, je pars, annoncé-je.
- Non, reste, me supplie-t-il.
- Pourquoi ?
- Je suis heureux de vous parler. Je n'ai pas étudié quand j'étais jeune. Vivre à Paris sans diplôme, tu sais ce que sais.
- Non je ne sais pas.
- C'est difficile.
- Pourquoi n'es tu pas parti ? le questionné-je.
- Je n'ai pas eu la force ni l'argent nécessaire pour m'acheter un billet de train ou d'avion.
- Oh. Et vous n'avez pas trouvé de travail, ou de petite amie pour vous aider ? De la famille ?
- Personne ne m'accepte. Ma famille m'a laissé tomber quand je suis tombé dans la misère. Et je n'aime pas les filles.
- Les garçons alors ?
- Je n'aime pas les gens, m'avoue-t-il.
- Et moi tu m'aimes ?
- Oui.
- Très bien, alors prends ça.

Je sors un billet de cent euros de ma poche et le tend à Aurélien. Il semble ne pas en croire ses yeux. Il le saisit avidement.

- Tu vas aller t'acheter de quoi t'habiller, puis tu iras t'inscrire dans une école pour obtenir un diplôme.
- Ce n'est pas si facile.
- Pourquoi ?
- Je n'ai plus l'âge, prétend-t-il.
- Il n'y a pas d'âge pour étudier.
- Je n'en ai pas les capacités.
- Il n'y a pas d'âge pour apprendre.

Je ne sais pas si j'ai réussi à convaincre l'homme. Quoi qu'il en soit, je m'éloigne et adresse un dernier regard à Aurélien :

- Au fait, je m'appelle Roxanne.
- Merci, Roxanne.

Je rejoins la rue principale et m'éloigne. Je tourne à la première intersection mais m'arrête pour observer en direction de la ruelle. Aurélien ne tarde pas à en sortir et se dirige dans la direction opposée. Curieuse de voir ce qu'il va faire, je le suis discrètement. Il finit par rentrer dans un grand supermarché. J'attend alors à quelques pas du magasin. Aurélien finit par ressortir du magasin, deux grandes bouteilles de whisky et plusieurs paquets de cigarettes entre les mains. Il ne lui reste que quelques misérables pièces. Outrée, je m'approche de lui sans qu'il ne me voie et je saisis violemment ses deux bouteilles d'alcool. Je les fracasse contre le mur près de moi en regardant Aurélien dans les yeux.

- Il n'y a pas d'âge pour vivre non plus, Aurélien. Tant pis pour toi.

L'homme, choqué, fait volte-face et s'enfuit en courant.



« Modifié: 04 Juin 2014 à 23:44:11 par Nakenis »

Hors ligne Didiera

  • Tabellion
  • Messages: 44
Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #1 le: 09 Mai 2014 à 11:07:11 »
Bonjour,
personnellement j'aimerais bien être à la place de cette femme! Un peu d'oisiveté, ça doit être agréable.

Drôle d'idée que cette lettre sur les pinguoins. L'événement reste inachevé, se terminant par un 'Oh'. Texte en suspens, comme sa vie en suspens.

Une petite fôte au début :
Citer
pour les moins... ennuyeuses.
Singulier.

Les dialogues avec le SDF sont bruts, sans verbe du genre : 'Répondit-elle', 'Dit-il'. Mon problème : au bout d'un moment je ne sais plus qui dit quoi !

J'ai pris plaisir à lire ce texte; il y a de la simplicité, du descriptif finement observé, pas d'emphase ni d'excès - mis-à-part la 'déflagration' finale des bouteilles sur le mur.

Merci  :)
Mille mots, mille lettres

Nakenis

  • Invité
Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #2 le: 09 Mai 2014 à 11:51:42 »
Merci pour ce commentaire. Cette forme assez particulière de dialogue est voulue : je voulais que le rythme soit rapide et percutant. J'ai quand même essayé d'arranger ça pour que cela soit plus compréhensible. Merci pour avoir repéré la faute.  :D
« Modifié: 09 Mai 2014 à 11:56:04 par Nakenis »

Aahraz

  • Invité
Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #3 le: 04 Juin 2014 à 22:57:55 »
Allez hop !
En vert, c'est cool.
En rouge, j'aime pas trop.
(En italique), je commente.
En bleu : répétitions.
En gras : fôteuh.

Je marche tranquillement dans une rue bruyante de Paris.

Je ne sais pas laquelle, il y'en(pourquoi l'apostrophe?) a bien trop pour que je puisse le savoir. Des rues, des boulevards, des avenues innombrables et aux noms des plus banals. C’eut pu être un jeu amusant : énoncer un nom de rue aléatoire et vérifier si cette dernière existe vraiment. "Rue des ananas". Tiens oui, celle-ci est dans le neuvième. "Rue de l'estropié". Tiens oui celle-là, c'est où habite Monsieur Untel, etc. Il n'y a que moi pour avoir des idées pareilles. Il faut dire que la vie d'une femme comme moi est pour les moins... ennuyeuse(pourquoi les ...? La phrase fonctionne mieux sans à mon avis : le fait d'arriver sur ennuyeuse sans respiration approfondit l'effet de surprise) Je passe mes journées dans la villa à ne rien faire : inutile de travailler, l'héritage que nous(qui, nous? J'en déduis qu'elle a des frères, soeurs, proches, mais pourquoi, comment? Ca embrouille un peu. Un "je" serait plus concordant) avons reçu de nos parents est amplement suffisant pour acheter de la nourriture pour quatre vies, au moins. Alors je ne fais que dormir, lire, manger, et dormir encore. Parfois je profite de Paris et de ses habitants.

Comme tous les matins, peu après l'aube, le centre de la capitale est bondé de Parisiens se rendant sur leur lieu de travail(un peu lourd. Au travail? On se doute qu'ils se rendent sur un lieu). Cette migration pendulaire(ça c'est cool, et ça amplifie le fait de devoir retoucher le "sur le lieu de travail") incessante a quelque chose d'appréciable : c'est l'un des seuls moments de la journée où on peut profiter du vacarme de la ville, l'autre heure de pointe étant évidemment vers dix-huit heures, lorsque ces bons Parisiens finissent leur journée fatigante. Je ne me moque pas d'eux, je sais bien qu'ils m'envient, qu'ils me haïssent, moi qui ne fait rien de mes journées. Mais c'est à moi de les jalouser ! Qu'ils aillent donc passer leur vie à ne rien faire, et ils verraient à quel point ils devraient s'estimer heureux de travailler. Puisqu'ils parlent ainsi de moi, j'ai déjà eu plusieurs fois l'envie de trouver un métier. Mais quand ces Parisiens l’apprenaient, ils me répétaient : "Mais non, tu ne vas pas travailler, tu n'en as pas besoin !" Il faudrait savoir, je ne comprends pas.
(le fond de ce paragraphe est bon, j'aime bien l'idée d'oisive qui aimerait entrer dans le rythme. Seulement, la formulation est un peu floue : le "il faudrait savoir, je ne comprends pas", mérite d'être explicité, mieux formulé. Là, on en arrive à se dire qu'elle n'est jamais contente, ou du moins on se demande où elle veut en venir.)

Cette situation me permet et m'oblige à faire n'importe quoi. Enfin c'est ce qu'ils disent, moi je ne trouve pas que c'est "n'importe quoi". Il faut bien que je me divertisse, que je modifie mon quotidien redondant et infiniment soporifique. Une fois, je me suis amusée à écrire une lettre longue et détaillée du cycle de vie des pingouins du Groenland, que j'ai envoyée ensuite à ma voisine. Pas par la poste, ce n'est pas drôle. Je l'ai confiée à un jeune garçon téméraire, accompagnée d'un billet. Il a accompli sa mission avec courage et dignité. Le lendemain, je passai de manière innocente(si c'est ironique, puisqu'elle lui a envoyé la lettre, il faut l'appuyer plus, à mon avis. "alors que je passais de manière tout à fait innocente?" Là, c'est un peu wtf) devant la maison de ma voisine. Elle était déjà là devant sa boîte aux lettres, lisant mon exposé avec étonnement. J'allai la saluer comme chaque matin et lui demandai ce que ce courrier avait de si particulier.

- Ça parle de pingouin.(pluriel, nan?)
- Oh.

La femme ne comprit pas pourquoi je ris si fort.
(Quel est le lien entre la première et la deuxième partie? Je veux dire, tu sèmes des éléments intéressants, enfin, ça intrigue un peu, cette femme oisive qui cherche à s'occuper, alors on part bien dans le truc de chercher ses voisins, de trouver un écho, un sens à sa vie. Ok, soit, les pingouins. Et PAF ! tu passes sur autre chose. C'est un moyen de perdre certains lecteurs, du moins, c'est assez peu filé et pas mal WTF)

Ce matin, alors que je continue ma promenade journalière, j'aperçois un sans-abri assis au fond d'une ruelle. Il est emmitouflé dans une couverture qu'il a du trouver dans la benne à laquelle il est adossé. Quelques bouteilles et canettes d'alcool s'entassent près de lui. L'envie me prend d'aller lui parler.


- Bonjour, lui dis-je simplement en m'asseyant près de lui.

Il m'adresse un sourire. Il a l'air heureux que quelqu'un daigne lui parler. Il commence :

- Bonjour, qui êtes-vous ?
- Moi ? Je ne suis personne.
- Bien sûr que vous êtes quelqu'un.

- En effet je suis quelqu'un : je suis moi.
- Je ne demande que votre prénom, s'obstine t-il.
- Je n'en ai pas, insisté-je.
- Vous vous amusez ?
- Tu peux me tutoyer.
- Tu t'amuses ?
- Oui.
- Pas moi.
- Dommage pour toi.
(je ne sais pas si c'est voulu, mais le ton de réponse "d'elle" fait très, très froid et hautain. De même, c'est très rapide, comme mise en dialogue. C'est frappant, peut-être voulu, je dis juste que ça marque très fort. Ca fait très superficiel, franc, froid.)


L'homme ne semble plus vouloir répondre. Alors j'enchaîne :

- Et toi, es-tu quelqu'un ?
- Non.
- Tu n'as pas de prénom ?
- Non, puisque vous n'en avez pas.
- Si, je m'appelle Anne.


Content d'avoir obtenu mon prénom, le sans-abri me sourit.

- Moi c'est Aurélien.
- En fait je ne m'appelle pas Anne.
- Tu m'as eu.
- Effectivement.
- Alors, comment tu t'appelles ?
- Olaf.
- Olaf ?
- Oui. Ça ne te plait pas ?
- Non.
(là, avec la répétition du "olaf?", ça sonne plutôt juste. Contrairement à mes prédécesseurs, je n'ai pas de mal à suivre l'alternance des interlocuteurs : ils ne sont que deux et c'est plutôt bien structuré. C'est très peu narratif, très théâtral, si c'est voulu, ça colle. D'autres pourraient reprocher que c'est très schématique, peu enrobé)
- Fais avec.(là, je vois mal quelqu'un dire ça. "Faudra faire avec?" "C'est comme ça"? Ce "Fais avec" fais trop impératif pour moi.)

Mon nouveau prénom me plait bien.
Ce dialogue m'amuse.  Je décide d'achever les présentations :

- Qu'est-ce qui t'as amené jusqu'ici ?
- Ça te regarde ?
- Non.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ?
- Très bien, je pars, annoncé-je.
- Non, reste, me supplie-t-il.
- Pourquoi ?
- Je suis heureux de vous parler(peut-être que les balbutiements "tutoitement/vouvoiement" sont voulus, c'est une bonne idée d'ailleurs, mais c'est trop peu marqué et on se demande si c'est une erreur). Je n'ai pas étudié quand j'étais jeune. Vivre à Paris sans diplôme, tu sais ce que sais.
- Non je ne sais pas.
- C'est difficile.
- Pourquoi n'es tu pas parti ? le questionné-je.
- Je n'ai pas eu la force ni l'argent nécessaire pour m'acheter un billet de train ou d'avion.
- Oh. Et vous n'avez pas trouvé de travail, ou de petite amie pour vous aider ? De la famille ?
- Personne ne m'accepte. Ma famille m'a laissé tomber quand je suis tombé dans la misère. Et je n'aime pas les filles.
- Les garçons alors ?
- Je n'aime pas les gens, m'avoue-t-il.

- Et moi tu m'aimes ?(WTF? Le sdf semble assez peu travaillé : il change de ton rapidement. Il n'aime pas les gens, il devrait être méfiant).
- Oui.
- Très bien, alors prends ça.

Je sors un billet de cent euros de ma poche et le tend à Aurélien. Il semble ne pas en croire ses yeux. Il le saisit avidement.

- Tu vas aller t'acheter de quoi t'habiller, puis tu iras t'inscrire dans une école pour obtenir un diplôme.
- Ce n'est pas si facile.
- Pourquoi ?
- Je n'ai plus l'âge, prétend-t-il.
- Il n'y a pas d'âge pour étudier.
- Je n'en ai pas les capacités.
- Il n'y a pas d'âge pour apprendre.
(je reviens sur ça dans la conclusion)

Je ne sais pas si j'ai réussi à convaincre l'homme. Quoi qu'il en soit, je m'éloigne et adresse un dernier regard à Aurélien :

- Au fait, je m'appelle Roxanne.
- Merci, Roxanne.


Je rejoins la rue principale et m'éloigne. Je tourne à la première intersection mais m'arrête pour observer en direction de la ruelle. Aurélien ne tarde pas à en sortir et se dirige dans la direction opposée. Curieuse de voir ce qu'il va faire, je le suis discrètement. Il finit par rentrer dans un grand supermarché. J'attend alors à quelques pas du magasin. Aurélien finit par ressortir du magasin, deux grandes bouteilles de whisky et plusieurs paquets de cigarettes entre les mains. Il ne lui reste que quelques misérables pièces. Outrée, je m'approche de lui sans qu'il ne me voie et je saisis violemment ses deux bouteilles d'alcool. Je les fracasse contre le mur près de moi en regardant Aurélien dans les yeux.

- Il n'y a pas d'âge pour vivre non plus, Aurélien. Tant pis pour toi.

L'homme, choqué, fait volte-face et s'enfuit en courant.
***

Commentaire sur le fond et un peu sur la forme : ton texte manque, à mon avis, de liant et d'enrobage. On passe trop rapidement de la situation basique (une femme qui s'ennuie dans Paris, qui aime la vie normale des gens, et qui veut s'occuper), à la lubie d'envoyer la lettre sur les pingouins aux voisins (qui peut-être drôle si mieux approfondie et si elle découle sur quelque chose qui change un peu son quotidien, ou du moins mieux amené, tu peux rester sur la blague simple mais essaye peut-être de l'amener plus subtilement de façon à ce que ça fasse moins remplissage), à la rencontre avec ce SDF.
Il faut également savoir, pour avoir un peu connu le milieu, que les SDF sont très méfiants concernant les dialogues avec les gens "de société" et qu'il semble bien peu crédible qu'un dialogue comme celui-ci se fasse : on tente souvent de les voler, piéger, et autres joyeusetés, et, de même, un SDF n'a que peu d'attaches, ainsi, qu'il étudie ou non, Paris, Bordeaux, Lyon ou watever, la situation sera la même : le passage sur le billet d'avion semble donc un peu alambiqué. De même, il ressort surtout de ce texte un caractère très hautain de la femme, qui se permet des choses assez violentes : dire à un homme ce qu'il doit faire de l'argent qu'on lui donne, lui dire d'aller étudier, ça semble très violent, parce qu'elle ignore parfaitement tout de son vécu, de ses lacunes, etc. Ainsi, ce que je ressors principalement de ce texte est que l'ennui la pousse à trouver un sens à sa vie, qui est au final aussi vide que celle de l'homme qu'elle critique, et, qu'au final, ses conseils sont bons à jeter : si elle a étudié, tout ça ne lui sert à rien : elle erre dans les rues comme l'homme qu'elle critique. De même, les dialogues, s'ils manquent d'enrobage; sont parfois peu crédibles de par leur froideur et leur forme : je visualise mal, sans vraiment pouvoir poser le doigt sur le pourquoi, des gens parler de la sorte. L'alternance "vouvoiement/tutoiement" est très rapide, et l'on aurait presque envie de dire à cette meuf de se calmer un peu et de faire preuve d'un peu plus de tolérance.
Connaissant à peu près ton âge, ta narration et ta façon d'écrire sont plutôt bonnes et tu as de bonnes capacités, à mon avis : il faudrait, et c'est surement le plus plaisant à écrire, essayer de dresser des fiches de personnages et de les faire sortir de leurs carcans, de leurs sièges, afin de les pousser à agir, changer, autrement qu'en donnant des leçons.

Bien évidemment, ceci est parfaitement subjectif et je t'invite à continuer, perséverer, modifier, parce que ce serait dommage de laisser en jachère de bonnes bases qui manquent juste un poil de structure et d'approfondissement.

Bonne continuation, Bryan le plus gentil des petits garçons ! ;)
« Modifié: 04 Juin 2014 à 23:34:39 par Aahraz »

Hors ligne Doctor Grimm

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Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #4 le: 05 Juin 2014 à 11:51:33 »
Coucou !

Citer
La misère a des jambes, et elle court.
J'aime bien ce titre, même si il est un peu long. :)

Citer
Je ne sais pas laquelle, il y en a bien trop pour que je puisse le savoir.
sais/savoir dans la même phrase me gêne un peu, mais je sais pas trop comment l'améliorer. Disons qu'ils donnent tous les deux exactement la même information, du coup c'est redondant.

Citer
"Rue des ananas". Tiens oui, celle-ci est dans le neuvième. "Rue de l'estropié". Tiens oui celle-là, c'est où habite Monsieur Untel, etc.
Rue des ananas ça me paraît pas si banal comme nom de rue  :D (quoi qu'à Montpellier il y a une Rue des Scarabées alors je peux parler)
Répétition de "tiens oui, celle".

Citer
Je passe mes journées dans la villa à ne rien faire : inutile de travailler, l'héritage que nous avons reçu de nos parents est amplement suffisant pour acheter de la nourriture pour quatre vies, au moins. Alors je ne fais que dormir, lire, manger, et dormir encore. Parfois je profite de Paris et de ses habitants.
Elle est quand même un peu cloche ton héroïne (je reviendrai sur ça plus tard).

Citer
Cette migration pendulaire
Y a quelqu'un qui a appris ses cours de géo  :D

Citer
l'autre heure de pointe étant évidemment vers dix-huit heures,
Pourquoi "évidemment" ? Je trouve que ça casse un peu l'ambiance du texte : ta narratrice se parle à elle même, de choses qu'elle connait, donc pas vraiment besoin d'un "évidemment" non ?

Citer
Qu'ils aillent donc passer leur vie à ne rien faire, et ils verraient à quel point ils devraient s'estimer heureux de travailler.
Mélol xD

Je suis d'accord avec Aahraz pour ce paragraphe, il y a un peu trop de répétitions de "Parisiens" et "travailler", même si ça choque pas énormément.

Citer
Cette situation me permet et m'oblige à faire n'importe quoi
Pourquoi"m'oblige" ?

Citer
mon quotidien redondant et infiniment soporifique.
Habituellement ton personnage a un niveau de langue assez élevé, mais ce vocabulaire surprend un peu quand même.

Citer
Je l'ai confiée à un jeune garçon téméraire, accompagnée d'un billet.
Boh, y a pas vraiment à être téméraire pour pour donner une lettre à quelqu'un  ^^

Citer
Il a accompli sa mission avec courage et dignité.
Idem

Citer
Elle était déjà là devant sa boîte aux lettres,
Ben... Si elle voulait pas passer par la poste, pourquoi pas la faire donner en mains propres ? C'est plus rigolo que le gamin sonne à la porte plutôt qu'il glisse l'enveloppe dans la boîte aux lettres, sinon ça revient aux même...
Tu peux peut-être préciser que la lettre était anonyme. On le devine ensuite mais ça paraît un peu étrange sur le coup.

Citer
alors que je continue ma promenade journalière
Ah bon, c'est tous les jours ? Plus haut tu as dit qu'elle profitait "parfois" de Paris, et que la plupart du temps elle passait la journée enfermée à lire et dormir. Il faut choisir entre les deux ;)

Le premier bout de dialogue me paraît plutôt bien, même si ta personnage m'es de plus en plus insupportable. Par contre je trouve ça dommage qu'il y ait si peu de marques d'oralité et aucune description des gestes/regards/intonations qui accompagnent leurs paroles.
Le deuxième est un peu mieux, vu qu'il est plus court j'ai l'impression qu'il a moins besoin de ce dont manque le premier.
Citer
- Moi c'est Aurélien.
- En fait je ne m'appelle pas Anne.
- Tu m'as eu.
- Effectivement.
- Alors, comment tu t'appelles ?
Là, je trouve ue ça fait pas vraiment naturel ça s'enchaîne beaucoup trop vite, on n'a pas le temps d'imaginer la réaction d'Aurélien.
Citer
- Olaf.
- Olaf ?
- Oui. Ça ne te plait pas ?
- Non.
- Fais avec.
Là c'est déjà mieux grâce à la reprise de "Olaf". Par contre, comme Aahraz, le "fais avec" me dérange un peu.

Citer
- Qu'est-ce qui t'as amené jusqu'ici ?
- Ça te regarde ?
- Non.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ?
- Très bien, je pars, annoncé-je.
- Non, reste, me supplie-t-il.
- Pourquoi ?

De nouveau ça va trop vite. Je comprend les réactions d'Aurélien, mais tu devrait les décrire un peu plus je pense.

Citer
- Je suis heureux de vous parler.
Pourquoi le vouvoiement soudain ?

Citer
Et vous n'avez pas trouvé de travail, ou de petite amie pour vous aider ? De la famille ?
Idem

Citer
- Je n'aime pas les gens, m'avoue-t-il.
Il est drôlement loquace et avenant pour quelqu'un qui aime pas les gens.

Citer
- Et moi tu m'aimes ?
- Oui.
Un peu WTF mais pourquoi pas.

Citer
Je sors un billet de cent euros de ma poche et le tend à Aurélien.
Wow. Je sais pas pourquoi, mais la monnaie en euros m'a vraiment choquée. Ça inscrit ton texte dans une époque hyper moderne alors que jusque là j'imaginais plutôt un fin XIXè/début XXè, rapport à l'oisiveté de ton personnage, les gamins qu'on dépêche pour faire porter une commission, tout ça. Tu pourrais peut-être inscrire des éléments un peu plus modernes dès le début ? Parler de voitures bloquées dans les embouteillages, du métro bondé, tout ça ? Juste les mentionner aiderait vachement plus à situer je pense.

Citer
puis tu iras t'inscrire dans une école pour obtenir un diplôme
Un peu facile. D'autant que souvent, s'inscrire dans une école coûte bien plus que 100 euros et ça se fait sur concours. Plutôt une fac non ?

Citer
Quoi qu'il en soit, je m'éloigne et adresse un dernier regard à Aurélien :

- Au fait, je m'appelle Roxanne.
- Merci, Roxanne.

Je rejoins la rue principale et m'éloigne.
éloigne/éloigne

Citer
J'attend alors à quelques pas du magasin.
J'attends

Citer
Aurélien finit par ressortir du magasin, deux grandes bouteilles de whisky et plusieurs paquets de cigarettes entre les mains.
magasin/magasin avec la phrase précédente
Je sais pas pourquoi, mais ça me rassure un peu qu'il fasse pas ce qu'elle lui a ordonné. Ça aurait vraiment fait happy end mièvrounet.

Citer
Je les fracasse contre le mur près de moi en regardant Aurélien dans les yeux.

- Il n'y a pas d'âge pour vivre non plus, Aurélien. Tant pis pour toi.

L'homme, choqué, fait volte-face et s'enfuit en courant.
Mais O_o Mais pour qui elle se prend cette nouille ?



Bon. Ressenti global : J'ai bien aimé.
 Au niveau de la forme, pas grand chose à reprocher, il y a très peu de fautes d'orthographe, la syntaxe est bonne... J'ai peut être un peu gênée par le style un peu scolaire qui en découle mais ça, 1 - c'est subjectif et 2 - ça s'améliore avec le temps. J'ai juste eu un problème avec tes dialogues : même si on suit bien l'alternance des paroles et des persos, je trouve que les répliques s'enchaînent trop vite, sans nous laisser le temps de réaliser, et il manque un peu de marques d'oralités.
Au niveau du fond, c'était sympa aussi, même si je DÉTESTE cette fille (1 - quand on a du fric et du temps, on reste pas enfermée comme une nèque, on en profite, zut et 2 - mais pour qui elle se prend avec son fric ? Si elle le donne, c'est pas à elle de décider de ce que les gens vont en faire hein...). Par contre, j'ai l'impression qu'au vu du titre et du texte, le sujet principal du texte est cette rencontre avec Aurélien et ce qui en découle, mais du coup je trouve l'introduction un peu longue, quand elle explique qui elle est, ce qu'elle fait, là encore ça va, mais le passage sur la lettre aux pingouins est un peu long et n'apporte pas grand chose à l'intrigue : il donne peut être une image un peu loufoque de ton personnage, mais ça lance des pistes qu'on ne retrouve pas vraiment dans la suite du texte, et si c'est facilement acceptable dans un roman où tu as du temps pour construire un personnage et rajouter plein de détails, dans une nouvelle je pense que c'est obsolète. Du coup je pense que tu gagnerais à réduire ce passage à la simple anecdote, en deux/trois phrases, plutôt que d'en faire toute une partie de ton texte alors que le propos est ailleurs.

Voilà voilà. N'hésite pas à le retravailler, il le mérite :)
A bientôt !
Toute ma peau est maladésir.

Nakenis

  • Invité
Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #5 le: 05 Juin 2014 à 13:06:50 »
Merci à vous deux pour vos commentaires constructifs. Du coup je prends note de toutes vos remarques et je ferais sûrement une deuxième version du texte, sur ce même topic. N'hésitez pas à venir check pour voir si c'est mieux, hum. Merci encore !  :D

Hors ligne Rémi

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Re : La misère a des jambes, et elle court.
« Réponse #6 le: 05 Juin 2014 à 21:19:00 »
Bonjour,
je souscris aux excellents commentaires que tu méritais bien !
Je suis nouveau sur le site et j'apprécie la qualité des remarques et voies d'amélioration proposées.

Beau texte, à fignoler selon les conseils avisés des collègues.

Mes conseils :
1/ si c'est une nouvelle, si tu ne prévois pas de suite, ça me semble intéressant de finir encore plus brutalement.
Que peut-il se passer lorsqu'elle fracasse la bouteille ? Aurélien doit-il s'enfuir tout de suite ?
Exemple de fin (avec une chute, c'est le cas de le dire) :  Une petite ellipse après la bouteille fracassée suivie d'un dénouement avec Roxane qui s'ennuye en fauteuil roulant ou dans un lit d'hôtital.
2/ Si tu gardes les pingouins, il me semblerait intéressant que le doute sur la méchanceté de Roxane soit plus présent.

Structure : 1/ qui elle est, elle s'ennuye 2/ elle se désennuie en se moquant de ses voisins 3/ elle s'occupe en faisant la leçon à un SdF    4/ La chute

Bon voilà, je ne sais pas si cela peut t'aider.

Continue, ça promet !
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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