Petite présentation d'un personnage ermite que j'ai crée dans le but de développer une nouvelle.
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Colin Hareault était un vieil homme solitaire, et fort avancé en âge, qui s’appuyait sur une canne rude et sans apprêts ; tout juste il s’y était formé un pommeau comme se forme un mauvais nœud, une gangue, tant la solide poigne du vieillard suffisait à faire sens, à rendre chose utile à ses besoins.
Rude, sa main l’était davantage, et son œil, et tout son corps en vérité ; il n’était que rudesse et d’aspect brut, ne cherchant à s’adoucir qu’à la contemplation de son immense jardin : « A quoi bon entrer dans un bain d’eau fraîche si l’on n’est pas au moins brûlant ? »
On ne lui connaissait ni femme ni enfant, rien qui ait pu lui donner l’assurance et le tact d’un époux ou bien d’un père ; il avait alors gardé quelque chose d’enfantin, d’un peu grièche, et dans ses méditations, les quelques instincts d’une bête sage et divine.
Colin Hareault ne riait pas, il n’était que l’homme éprit de la terre, l’homme qui ressemblait à la terre.
S’il fut un jour l’enfant de quelqu’un, on s’en questionnait tout à propos, en médisances et en suppositions douteuses ; avait-il était bon ou mauvais, angelot fleuri ou mauvaise graine ? Pour sûr, le garnement le plus solide et le plus méchant, abandonné par les siens pour avoir manqué à son devoir de fils, pour ses excentricités, ses lubies. Hélas, et comme il ne parlait jamais à personne, toutes ces questions restèrent sans réponses. Seule la nature de son jardin pouvait sans doute en rendre compte ; mais les fleurs ne parlent pas, elles émanent.
On ne voyait que très peu le vieil homme, c’est tout juste si on l’apercevait, mais de jour comme de nuit, toujours affairé en grommelant dans son enclos de rêves. Par quelques endroits de son vaste potager, derrière la haute clôture qui le séparait des hommes, on voyait de temps à autre une tête emmêlée de terre et de cheveux, une main délicate et dure près d’un rosier colossal, le regard férocement appuyé sous d’étranges pétales.
Bougon, et pour l’avoir entendu se plaindre dans sa barbe en quelques enjambées dans le jardin, il n’en perdait pas moins le goût des cultures, des floraisons. Il était tel un Sucellos grincheux et méfiant, préférant à la célébration des hommes et à leurs réussites la compagnie passive des végétaux, des plantes, des fleurs, des comestibles.
Colin Hareault portait en lui une crue ancestrale, une génération éperdue dans une jeunesse éternelle qui déclinait peu à peu. Il était comme ses fleurs mais avec une peau durcie, il était comme ses plantes mais avec une sève impure.