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Auteur Sujet: Pornographia (Jean-Baptiste Del Amo)  (Lu 2274 fois)

Anlor

  • Invité
Pornographia (Jean-Baptiste Del Amo)
« le: 04 Février 2014 à 18:31:17 »
Pornographia, Jean-Baptiste del Amo


J'ai découvert cet auteur il n'y a pas très longtemps. Jean-Baptiste del Amo (c'est un pseudo) est un toulousain d'un trentaine d'années. Il s'est fait connaitre principalement par son premier roman Une éducation libertine, chez Gallimard (ouais, direct).

Pour l'instant, j'ai seulement lu son dernier roman, Pornographia, et j'avais envie de vous en causer peu.
Dans ce livre, on suis un personnage/narrateur qui déambule dans une ville portuaire, une espèce de La Havanne fantasmé et dont on ne voit que les bas fonds, à la recherche d'un putain. En ça, le titre "pornographia" est assez révélateur puisque si on prend l'étymologie, il s'agit de "la peinture de la prostitution". Ici, donc, on voit plusieurs tableaux se succéder, c'est glauque, c'est envahi par le corps et par le corps pourrissant. On n'a pas trop de notion de qui est le personnage, comment se déroule le temps, on est juste trimbalé de scène en scène par un style assez puissant, à la fois, beau/un peu vieilli et complètement écœurant.
C'est un roman qui a reçu le prix Sade en 2013.

Et donc mon avis sur le texte : j'avoue que le bouquin qui s'ouvre sur le détail d'une scène de sodomie... je me suis demandée ce que je foutais là (sans mauvais jeu de mots). Après, vraiment, je me suis vraiment laissée entrainée par le style, à tel point que j'ai dévoré le roman en deux jours. On a un peu l'impression de se faire attraper la jambe par une main toute poisseuse qui nous gueule "Eh, regarde bien comme c'est dégueulasse mais joliment peint".
Donc voilà, c'est assez spécial et très, euh, lourd, glauque, je ne le conseillerais pas à tout le monde, mais pour ma part, c'est une lecture qui m'a beaucoup plu.

Un extrait :
"Rien ne m'est familier, ni les maisons assoupies, ni l'agencement des rues. Je titube, je porte une main à mon crâne, je tâte la masse hirsute de mes cheveux. Elle ne me dit rien. Je palpe mes bras et mon ventre, énigmatiques eux aussi. Ce corps en mouvement, à l'intérieur duquel je pense, je le fais donc bouger, et je l'ai mené jusque-là, mais il pourrait appartenir à un autre ou n'être qu'un tas de viande. Je tremble et la bave macule mon menton. Je porte mes mains à mon visage pour retrouver dans mon haleine, entre mes doigts, l'odeurs du giton, le relent de son sexe et de son cul sou mes ongles noircis de sueur et de crasse. Je l'accuse à voix haute de m'avoir enivré, d'avoir versé à mes lèvres des philtres ou des poisons. Des ombres aux fenêtres me gueulent de me taire. Des enfants que la nuit rend indistincts me jettent des pierres ou des gravats à la face. J'en sens le choc sourd et l'écoulement du sang sur ma joue, puis le goût de ferraille dans ma bouche. La ville se joue de moi et livre sous mes pas un visage inédit, des formes auxquelles je ne connais rien, entremêlant avenues et ruelles. Des ombres bleues et des nimbes glauques s'étalent sur les façades et liquéfient une nuit de pétrole. L'éclat des phares lève une aube rouge et esquisse d'autres marcheurs. J'aime cette ville la nuit, quand les travestis se glissent dans l'ombre des arcades où les lueurs empourprent la pierre et le hâle des cuisses, puis dessinent sur les visages des constellations brunes, lorsque les putains s'adossent à la grisaille des murs et plantent au sol des chaussures à talons d'où s'élève la toile arachnéenne de leurs bas résille. J'aime ces peaux harassées couvant des muscles courbatus et bandés sous la chair molle, les ombres cérulées aux bras des filles où les hématomes passent pour un effet de lumière, quand les gitons ondulent et serpentent, vont et viennent, laissant derrière eux un parfum d'ennui, un relent de foutre."

Hors ligne Aventador

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Re : Pornographia (Jean-Baptiste Del Amo)
« Réponse #1 le: 02 Avril 2014 à 11:25:53 »
Hello.

 Effectivement, le contenu a l'air pour le moins particulier et je ne pense pas que j'irais vers ce genre de bouquin.

Néanmoins, l'extrait que tu as posté démontre une grande maîtrise stylistique du genre, et si je n'en aime pas le propos, il y a quand mêmes quelques passages, quelques bribes qui ont vraiment retenu(e)s mon attention, notamment cette phrase tout simplement magnifique : "J'aime cette ville la nuit, quand les travestis se glissent dans l'ombre des arcades où les lueurs empourprent la pierre et le hâle des cuisses, puis dessinent sur les visages des constellations brunes, lorsque les putains s'adossent à la grisaille des murs et plantent au sol des chaussures à talons d'où s'élève la toile arachnéenne de leurs bas résille."

Donc je comprends que tu aies pu prendre du plaisir (sans mauvais jeu de mot) à lire ce roman.

Merci pour ce partage.

Avent'
"Nous ne disons rien, le silence parle pour nous deux. Le silence, et la pluie au-dehors peut-être."RN

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Re : Pornographia (Jean-Baptiste Del Amo)
« Réponse #2 le: 12 Avril 2014 à 11:03:04 »
Salut.
merci Anlor.  :)
effectivement ça a l'air chouette, y a quelques endroits où je trouve qu'il frôle le too much mais il ne fait que le frôler.
ça a l'air poétique.
il écrit un peu comme l'ami EloiR je trouve.  ;)

 


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