Bonjour
Voici un petit paragraphe sur une catastrophe maritime.
Toujours un peu étrange mais c'est le but !
Bonne lecture !
"On embarque...On embarque." Ils regardent la rive qui s'éloigne lentement. Ils se détachent du monde. Ils ont quitté la mer et sont étrangement à la merci du fleuve maintenant. Ils se dévisagent sans innocence. Leurs curiosités respectives sont depuis longtemps désabusées. Les chapeaux haut de forme des messieurs, les longues robes de velours des dames, une dernière mascarade. Dans la lumière étourdissante du soleil couchant, ils fixent en silence leurs yeux sur le détroit du fleuve. Mais d'ici-là, les attend la cascade d'où personne ne doit réchapper. Le vaisseau cirque avance dans le fleuve, se laissant simplement aller aux jeux des courants. La nuit va bientôt tomber. Ils sont allés dîner dans la salle de bal. Ils boivent des vins précieux dans des verres de cristal. Il s sont silencieux. Ils sont presque déjà des ombres. On entend le froissement des tissus de leurs habits. Ils ne se regardent pas. Leurs paupières sont baissées. Ils seraient en eux-mêmes, si cela était possible. Leurs doigts caressent les arêtes des coupes de cristal. D'autres sont revenus sur le pont; ils se regardent gravement, les yeux dans les yeux, assis sur une terrasse. Le vent effleure leurs visages et le crépuscule entre dans leurs yeux. Ils retiennent leurs soupirs. Il n'est plus temps cette fois. Ils vont enfin cesser de soupirer. Le voyage arrive à son terme. Ils se rendent à leurs cabines et se préparent à dormir. Et ils dorment effectivement, d'un lourd sommeil. Cette fois, leurs rêves sont sans visages, ils n'ont pas de noms, ils sont faits de plomb. Au lever du jour, certains goûtent l'air frais sur le pont, d'autres regardent le soleil du hublot de leur cabine. Il revit et va revivre. Ils le regardent à s'en rendre aveugles. Mais ce ne sera qu'un jour de plus dans la nuit. Ils occupent leur dernière journée. Dans la grande salle, on donne un festin de silence. Certains jouent au badminton avec les ombres qui commencent à venir les visiter. Ils y a beaucoup d'ombres qui passent et repassent dans les couloirs du bateau avec on ne sait quelle angoisse. Enfin, c'est la nuit. Les flots viennent frapper mornement les flancs du navire. Au loin, on voit les flambeaux allumés pour signaler la cascade. Imperceptiblement, ils se sont rapprochés de la proue du vaisseau. Ils sont sur le pont supérieur. Ils regardent les flambeaux qui s'avancent. Dans la nuit noire, on ne voit plus les eaux du fleuve. On ne sait pas exactement quand la cascade sera atteinte. Cette fois, ils n'ont vraiment plus aucun mouvement. On n'entend plus le froissement des vêtements, ils attendent. Etait-ce ce qu'ils avaient attendu ? Les ombres qui les ont accompagnés jusqu'ici passent à toute vitesse de l'un à l'autre, traversent en tous sens la masse des passagers. Leurs regards de l'autre monde sont frappés d'un voile effrayant.
Cette fois, c'est bon. Le vaisseau bascule. Est-ce qu'il y a des cris ? En tout cas, il y a du fracas. Ils disparaissent dans les trombes d'eau. Leur matière humaine se déchire et se disperse.
Adieu absurdes aventuriers du Néant ! Adieu !