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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une scène un peu strange...

Auteur Sujet: Une scène un peu strange...  (Lu 1129 fois)

Hors ligne Thyerik

  • Plumelette
  • Messages: 15
Une scène un peu strange...
« le: 02 Mai 2014 à 00:21:06 »
Bonjour,
Voici une scène un peu "strange" qui se passe dans une Carthage complètement fantasmatique ! En espérant que certains d'entre vous arrivent à supporter... :o
Bonne lecture !

(Une vaste geôle dont les dalles vermoulues sont couvertes d'ossements épars, de paille,
de toiles géantes d'araignées accrochées aux tentures moisies. La scène est plongée dans une
demi-obscurité. Au fond de la scène se dresse une paroi de barreaux derrière laquelle on
aperçoit un segment de couloir. Des prisonniers couchés sur le sol ou debouts dans un angle. La princesse et le garde passent dans le couloir et s'arrêtent devant la geôle. La princesse tient un flambeau.)
LE GARDE : Enfin, voici la geôle que vous cherchiez. Princesse, je ne puis vous
quitter ! Je ne puis vous laisser seule parmi ces dégénérescences de la Conscience humaine ;
princesse, Carthage vous aime trop, Carthage craint trop pour vous !
LA PRINCESSE : Tais-toi. Et achemine-toi vers la surface de Carthage tandis que je m'enfonce encore en ces profondeurs rougeâtres. Donne-moi la clef de cette geôle, vite, (il lui donne la clef)
laisse-moi enfin...
(Il sort. La princesse entre dans la geôle puis fermant la porte derrière elle.)
LA PRINCESSE : Silence, tout est silence.
On ne perçoit aucun son, même pas celui de ces créatures
infernales déchirant les chairs, décomposées par l'air qui stagne en ces lieux ou la Mort
s‘unit à la Vie, depuis le commencement des Temps. Mais tout est mort dans cette geôle!
Mais tout est mort dans les sombres souterrains de Carthage! Et cette mort est le diamant du plaisir inondé par la lune!... C'est étrange. Ce sont dans, ces profondeurs que s'évanouissent, noyées, les silhouettes des oiseaux de l'air... Quand ils sentent leur fin approcher, ils viennent disparaître en cette lueur déserte! Je les observais, et souvent j'ai vu leurs sillages qui s'inclinaient lentement vers le néant des entrailles de Carthage...
D’immenses toiles tapissent les murs! Ces araignées durent être des hydres titanesques, des étoiles de crépuscule. Et ces ruines sont leurs antres passés!
Bâtie sur l'Enfer, Carthage vit-elle encore? Est-ce que cette torpeur éternelle ne va pas
s'insinuer dans les murailles du palais, dans les pierres sacrées du temple? Est-ce que cette hideuse léthargie ne hante pas déjà le miroir osseux? Carthage lentement se métamorphose en fossiles couronnés de luxure agonisante! Les ciels tourmentés sont compacts, le soleil est une sphère de glace au travers de laquelle l'Univers unique et vrai transparaît! La lune est une sphère de feu insensé brûlant sa substance de sa pureté bleue et creuse !
Oui, Carthage est supportée par les ténèbres qui vont s'effondrer et boire Carthage ?
Alors, seul, le néant se mirera dans le lac intemporel de mercure, là où jadis j'avais
contemplé mon reflet enflammé. Mon reflet enflammé, l'image de mon coeur, de ma passion, qui irrigue mon coeur de sang, qui purifie des outrages ma chevelure de givres...
Toi, l'amant, où es-tu ?...Je ne veux pas qu'il soit mort!
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : Souffrance...Souffrance...
LA PRINCESSE : Quelles sont ces voix qui déchirent le silence? Qui sont ces êtres qui gémissent sous la torture? Je voudrai m'enfuir ! Toi, l'amant je t'en supplie, réponds-moi enfin ! Ne m'abandonne pas à l'affreux murmure de ces voix! Mes yeux te cherchent mais l'air est si glauque !
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : On nous a pendus à une croix qui s'étend plus loin encore qu'à l'infini! Et l'on nous a plongés dans le brasier; nous avons senti nos chairs qui crépitaient et depuis nous brûlons!
Le brasier a consumé nos corps et bientôt il consumera nos âmes, le brasier de Carthage.
LA PRINCESSE : Dieux! Serait-ce dans les profondeurs de la mère de l'Univers, leurs gémissements de poison? Sont-ce les morts qui hurlent ainsi? Les parias que nous avons jeté dans le feu éternel du volcan rocailleux?...Cher amant, viens, viens! Sauve mon cœur !
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : Souffrance...Souffrance...
LA PRINCESSE : Mon onyx voudrait sectionner mon coeur !
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : Souffrance...
LA PRINCESSE : Ces voix je les ai déjà entendues dans un autre univers, sous un vaste portique plutonique vers lequel, à toute heure, j'élevais séraphique, de longues incantations hyperboliques...
Mais cet autre univers où je crus être autre, je l'ai oublié! Toi, l'amant, sors de l'ombre!
Sors de l‘ombre!
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : La flamme qui brûlait nos corps a infecté les citernes d'or, dévorant de Carthage les fondations immenses et souterraines. Son reflet s'est élevé au fond des ostensoirs. La flamme sinistre a donné aujourd'hui leur éclat venimeux aux bijoux de la couronne impériale. La flamme infernale dévore Carthage. La luxure de Carthage émergée est le sombre délire nocturne de l'Empereur, de la Cour, de la princesse aux cheveux de feu.
LA PRINCESSE : Un faisceau oblique traversant l'espace venant du stellaire portique avait illuminé les yeux de la princesse dans cet autre univers si profond, si profond.
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : Bientôt Carthage va sombrer dans le gouffre, qu'instrument de son châtiment futur, elle fora. Dans le gouffre et ses ténèbres où il n'y aura plus que souffrance...Souffrance...
LA PRINCESSE : Dans les entrailles de Carthage, se dessine l'ombre croissante du portique. Sors de l'ombre !  Eloigne mes songes de ces souvenirs de souffrance! Sors de cette ombre affreuse !
Viens m'amener en rêve sur les rivages langoureux du Nil où les papyrus fleurissent, protégés du soleil brûlant par les ailes flottantes des ibis...
LE CHOEUR DES PARIAS INVISIBLES : Souffrance...Souffrance...(Les voix du Choeur s'éloignent et disparaissent.)
Souffrance...Souffrance...
LA PRINCESSE : Ces voix ont été absorbées par l'ombre...Silence, tout est silence... La nuit même a été absorbée par l'ombre...Tout est ombre. La mort est en tout lieu; et le sol sombre semble cacher des sables ou nagent enlacés des serpents. Cher amant! Elève-moi jusques aux bornes de ce monde impur ! Hors de ce monde impur élève-moi! Elève-moi!
(On entend un bruit de froissement presque imperceptible.)
J'ai entendu...Un bruit...Quelqu'un vit dans cette geôle ou est-ce un mort qui a roulé
dans la fange? Ah, ombre, je te hais! Laisse-moi pénétrer ton abîme! Quelqu'un vit en cette geôle, quelqu'un vit! Quelle est cette amphore qui brûle contre ma main? Quelle chaleur étrange!
Vite, réponds! Réponds, ta princesse se jettera à tes genoux! N'es-tu pas certain que je t‘aime, viens enfin, viens!
Je ne puis supporter cette attente, tu comprends je ne puis la supporter cette attente!
Je vais peut-être plonger mon visage dans l'huile bouillonnante de l'amphore. Je veux souffrir pour ne plus sentir l'oppression du silence, de l'ombre, de la mort, sur mon coeur...
"Il faut varier les plaisirs, changer de peau, de caractère, d'âme.
Il faut chercher en étonnant les autres, à s'étonner soi-même." - Svetla VASSILEVA

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Hors ligne Chat-noir

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Re : Une scène un peu strange...
« Réponse #1 le: 02 Mai 2014 à 23:06:28 »
Et bien, déjà ça fait plaisir de lire du théâtre sur ce site... :)
J'aile beaucoup la façon dont tu écrit... On a à la fois un sentiment de dégout et de fascination suivant la descente aux enfers de cette princesse... Ces images et cette poésie me fait quelque peu penser à Edgar Allan Poe...
Toute fois, il manquerait tout de même une histoire, ou plutot une chute... Effectivement, l'héroïne semble chercher son amant, rencontre des morts puis...plus rien... Il nous manque une fin, un effet de surprise ou juste une action qui clore cette scène et ne nous laisse pas sur notre faim...
Donc j'ai apprécié mais ça serait encore mieux s'il y avait une suite... :)
" Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. " - Edgar Allan Poe

Hors ligne Thyerik

  • Plumelette
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Re : Une scène un peu strange...
« Réponse #2 le: 03 Mai 2014 à 22:30:17 »
Bonjour Chat-noir, merci pour ta lecture. C'est vrai qu'il manque une "chute" à cette scène mais c'est un extrait d'une histoire plus longue qui m'a semblé "lisible" séparément (dans la suite cela bifurque très vite), un peu comme une poésie.
Sinon, quand il m'arrive d'écrire, c'est presque toujours du théâtre.
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Hors ligne Chat-noir

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Re : Re : Une scène un peu strange...
« Réponse #3 le: 04 Mai 2014 à 00:52:19 »
Bonjour Chat-noir, merci pour ta lecture. C'est vrai qu'il manque une "chute" à cette scène mais c'est un extrait d'une histoire plus longue qui m'a semblé "lisible" séparément (dans la suite cela bifurque très vite), un peu comme une poésie.
Sinon, quand il m'arrive d'écrire, c'est presque toujours du théâtre.

Je comprend donc mieux... Dans ce cas, ce n'est pas un problème alors... :)
Et je t'encourage à continuer le théâtre : c'est tellement rare ! ^^
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