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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le petit chaperon rouge

Auteur Sujet: Le petit chaperon rouge  (Lu 2066 fois)

Hors ligne Julie

  • Troubadour
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Le petit chaperon rouge
« le: 29 Mars 2014 à 11:29:41 »
Je me suis éclatée à écrire ça (en même temps je m'éclate toujours quand j'écris... :D), j'espère que cette parodie vous plaira. Bonne lecture  :)


« Mère Grand a été assassinée le 25 mars, aux alentours de 21 heures. » Telle fut la première phrase du rapport que rédigea l’inspecteur Duconte chargé de la sombre affaire. Le corps de la vieille femme avait été retrouvé sans vie le soir même, recouvert de nombreux coups de couteau.
Le regroupement des témoignages avait permis de reconstituer les faits. Ce jour-là, Mme Vermeil avait envoyé sa fille Rouge, âgée de 19 ans, rendre visite à sa grand-mère qui était souffrante. La jeune fille était partie à 18 heures, et plusieurs passants avaient affirmé l’avoir aperçue, toute de rouge vêtue, comme à son habitude, et portant à son bras le petit panier d’osier dans lequel elle transportait la galette que lui avait donnée sa mère pour offrir à Mère Grand.
À moins d’être prêt à faire un détour de plusieurs heures en contournant entièrement la forêt, le chemin qui menait à la petite masure de Mère Grand traversait le bois. Rouge avait raconté, dans un état de choc suite à la sinistre découverte, avoir rencontré M. Wolf au détour d’un chemin. Il lui aurait proposé de faire une partie du trajet avec elle car il se rendait justement dans la même direction. Comme elle connaissait sa réputation douteuse, elle se méfia immédiatement. Elle lui  raconta qu’elle préférait prendre un chemin le long duquel elle pourrait cueillir les fleurs dont elle avait promis d’amener un bouquet à sa grand-mère. M. Wolf aurait rétorqué qu’elle avait tort, car son chemin à lui était bien plus court. C’est ainsi qu’il lui aurait lancé une sorte de pari, pour celui qui arriverait le premier.
Bien sûr, M. Wolf arriva à la maison de Mère Grand avant Rouge, et c’est celle-ci, en y parvenant à son tour près d’une heure après, qui trouva sa grand-mère décédée. M. Hunter, un chasseur, qui se trouvait à ce moment dans la forêt, a raconté avoir vu M. Wolf qui revenait de la direction de la maison de Mère Grand, marchant d’un pas tranquille. Il fut arrêté dans l’heure qui suivit par la police, aussitôt prévenue. L’arme du crime fut retrouvée sur lui. Il protestait, affirmait une autre version des faits, mais quoi de plus normal pour un coupable d’essayer de se trouver un alibi ? En l’occurrence, il n’avait aucune preuve suffisante.

L’inspecteur Duconte referma son dossier et le reposa sur sa bibliothèque, au milieu de tous les autres. C’était une affaire simple et classée, comme il les aimait, sans mystère ni complication.

***

Cet après-midi-là, le 25, Rouge avait vu en la demande de sa mère de rendre visite à Mère Grand l’occasion qu’elle attendait depuis longtemps, et dont elle avait préparé minutieusement chaque détail. Lorsqu’elle prépara son panier, elle prit soin de déposer, sous le torchon qui recouvrait la galette, un couteau qu’elle avait soigneusement aiguisé maintes fois avant de pouvoir passer à l’acte.
Elle enfila sa grande cape rouge, rouge comme le sang qu’elle allait verser.
Rouge vouait à M. Wolf une haine profonde. En effet, depuis qu’elle était petite, il se moquait bien de son accoutrement cramoisi et de son nom si bien assorti. Il avait commencé par rire lorsqu’il la voyait, et la ridiculiser, l’insulter. Puis, le temps passant, sa mère avait pris l’habitude de l’envoyer rendre visite à sa grand-mère, de l’autre côté de la forêt. Tandis que la petite traversait les chemins sombres des bois, effrayée par le soir qui tombait, M. Wolf s’amusait à la suivre, et à la terroriser, tantôt lui volant son panier, tantôt imitant des cris de loups.
Petit à petit, la fillette grandit, et son caractère s’endurcit. Supportant de moins en moins M. Wolf, elle se mit à souhaiter, voire même envisager sa mort. C’est alors qu’elle se dit que la mort n’était pas une peine suffisante. Elle voulait qu’il souffre toute sa vie, que son existence entière soit ruinée et qu’il sache pertinemment que c’était la faute de la petite Rouge qu’il avait martyrisée si souvent, sans pouvoir rien y faire.
Le faire accuser d’assassinat ne serait pas difficile. Des rumeurs couraient sur lui, d’enfants disparus, de cambriolages, mais rien n’avait jamais pu être prouvé contre lui, malgré toutes les recherches de la police. La moindre accusation un peu crédible le mènerait derrière les barreaux.
Il avait fallu pour Rouge choisir la personne qu’elle tuerait. Mère Grand était la victime toute trouvée. La jeune fille était assurée de rencontrer M. Wolf sur le trajet, et sa grand-mère était malade, une proie vulnérable. De plus, la tuer lui éviterait les visites régulières qu’elle détestait par-dessus tout, et pourrait peut-être même apporter un petit héritage à sa mère.

En chemin, Rouge se délectait de ce qu’elle allait accomplir, presque avec jubilation. De temps à autres, elle glissait ses doigts dans son panier, effleurant la lame qui lacérerait bientôt la chair humaine.
Quand elle croisa M. Wolf, son délice fut à son comble.
« Tu te rends chez ta Mère Grand, petit chaperon rouge ? » lui demanda-t-il avec toujours le même air moqueur.
« Je lui apporte une petite galette », répondit comme à chaque fois Rouge.
Ils se rendirent ensemble à la masure de la vieille femme. Mais, alors qu’ils allaient se séparer, arrivés devant la porte de la maisonnette, Rouge demanda à M. Wolf s’il aurait l’amabilité de couper un peu de bois pour la cheminée de sa grand-mère. Celui-ci accepta, quoiqu’un peu étonné de l’attitude de la jeune fille.
Rouge pénétra dans la maison et ferma la porte derrière elle. En avançant jusqu’à Mère Grand allongée dans son lit, elle tira les rideaux des fenêtres pour que personne ne puisse la voir.
« Comment vas-tu, Mère Grand ? » demanda-t-elle comme toujours, déposant le panier au pied du lit.
Sa grand-mère répondit qu’elle allait bien, malgré sa grande fatigue. Rouge souleva le torchon qui recouvrait le panier, sans que la vieille femme ne puisse voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Elle resta un moment à caresser le poignard.
« Que fais-tu mon enfant ? » demanda Mère Grand. « Ne me donnes-tu pas la galette qu’a préparée ta maman ? »
Rouge hocha la tête d’un air détaché.
« Mon enfant, que tu es silencieuse… » dit la vieille femme.
« C’est pour ne pas te brusquer, Mère Grand. »
« Mon enfant, que tu as l’air changée… »
« C’est que je grandis vite, Mère Grand. »
« Mon enfant, que tu es étrange… »
Rouge sortit le couteau de son panier. La lame étincela à la lueur faible de la bougie.
La vieille femme n’eut pas le temps de crier. Un premier coup la toucha au cœur, la tuant immédiatement. Puis de nombreux autres suivirent, déchirant sa peau, ses membres. Le sang coulait, tâchait les draps, les mains de la tueuse.
Rouge contempla quelques instants son œuvre. Elle reprit lentement son souffle, puis baissa les yeux vers ses mains ensanglantées. Machinalement, elle s’essuya dans sa cape. Le liquide rouge n’était pas visible sur le tissu de la même teinte.
Puis elle sortit, tenant son couteau dissimulé sous son vêtement. Elle retrouva M. Wolf, qui en avait fini avec le bois et, comme elle l’avait prévu, l’avait attendue pour pouvoir rire d’elle une dernière fois avant de la quitter.
Il avait toujours une espèce de besace pendante à l’épaule, ballotant au rythme de ses pas. Elle était encore posée sur une souche d’arbre quand Rouge s’en approcha. Tout en parlant à M. Wolf, elle glissa son couteau discrètement dans le sac.
Lorsqu’ils furent chacun repartis de leur côté, Rouge attendit un petit moment avant de se mettre à crier, appelant la police comme le ferait une fille venant de retrouver sa grand-mère morte.

Lorsque la police eut arrêté M. Wolf, elle croisa son regard entre les barreaux qui le séparaient d’elle, et il vit toute sa haine et son malin plaisir. Il sut qu’elle n’avait fait ça que dans le but de se venger de lui.
Rouge quitta la prison avec contentement. Elle s’était vengée, personne ne saurait jamais la vérité. Et, par-dessus tout, plus jamais personne ne se moquerait de son petit chaperon rouge.
« Modifié: 30 Mars 2014 à 18:08:50 par Julie »

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #1 le: 29 Mars 2014 à 13:00:58 »
Bonjour Julie,
Continue de t'éclater!
Pas grand chose à dire peut être recoupement au lieu de regroupement.
Au plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne Julie

  • Troubadour
  • Messages: 295
  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #2 le: 29 Mars 2014 à 13:58:02 »
Merci :)
Comment ça "recoupement" ?

Hors ligne Julie

  • Troubadour
  • Messages: 295
  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #3 le: 29 Mars 2014 à 19:52:40 »
Merci, tu veux dire encore moins respecter l'histoire d'origine ?

Hors ligne Julie

  • Troubadour
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  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #4 le: 29 Mars 2014 à 21:38:12 »
Mouais... Justement, le but n'était pas vraiment que ce soit "fun", je cherchais à faire quelque chose de noir, de sordide, où le chaperon rouge est un meurtrier qui se délecte de son crime, une sorte de gros psychopathe, alors qu'on a l'habitude d'un gentil chaperon rouge un peu naïf. :\?

Hors ligne Giluny

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #5 le: 30 Mars 2014 à 13:36:00 »
J'ai beaucoup aimé. Pas de fautes, c'est fluide. C'est décalé et plein d'humour. J'aime beaucoup.
Désolée, ce n'est pas très constructif mais c'est mon premier commentaire de texte sur ce site alors je vais m'améliorer :D

Hors ligne Julie

  • Troubadour
  • Messages: 295
  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #6 le: 30 Mars 2014 à 15:11:58 »
Merci beaucoup :) Moi ça me va comme premier commentaire  :D
Bonnes lectures sur ce site, alors, puisque tu es nouvelle. ^^

Hors ligne Kerena

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 675
  • Schrödinger cat
    • Dans les nuages
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #7 le: 30 Mars 2014 à 15:31:30 »
Citer
De temps à autres

De temps à autre

Citer
« Mon enfant, que tu es silencieuse… » dit la vieille femme.
« C’est pour ne pas te brusquer, Mère Grand. »
« Mon enfant, que tu as l’air changée… »
« C’est que je grandis vite, Mère Grand. »
« Mon enfant, que tu es étrange… »

J'aime  :mrgreen:

J'ai bien aimé ! Ça se lit tout seul, c'est cool. Sauf que... Ça manque encore d'un brin de folie... Je sais pas trop comment dire. Tu aurais pu faire encore plus barré que ça.

Mais c'est bien écrit en tout cas !
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Julie

  • Troubadour
  • Messages: 295
  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #8 le: 30 Mars 2014 à 16:57:54 »
Merci  ^^
Alors toi et Cassandre êtes d'accord...

Hors ligne Marygold

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 235
  • marmotte aphilosophique
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #9 le: 30 Mars 2014 à 17:36:32 »
L’idée me fait penser à la série Once upon a time, tu connais ?
Par contre, c’est vrai que je m’attendais à quelque chose d’un peu plus décalé (peut-être qu'on a tendance à penser ça quand on lit "parodie de conte") mais en lisant tes réponses, je comprends mieux.

Ceci dit, il y a un manque de suspens à partir du début de la 2e partie, et c’est un peu dommage. Ce qui devrait être la chute (lorsqu’on comprend que c’est Rouge la coupable) arrive au milieu du texte, et la suite ne surprend donc pas. Or il y a un très bon passage (la parodie du dialogue entre la Mère Grand et le Loup) qui pourrait justement être le point culminant du texte, le moment où on comprend que ce n’est pas le loup le coupable.

Sinon, deux-trois remarques de forme :
Citer
la galette que lui avait donné sa mère pour offrir à Mère Grand.
donnée ?
Citer
Il avait commencé par rire lorsqu’il la voyait, la ridiculiser, l’insulter.
J’ai été gênée par ce passage, j’ai eu l’impression que « la ridiculiser, l’insulter » était la suite de « la voyait ». En relisant la phrase, j’ai compris mais du coup ça a coupé ma lecture. 
Citer
Pendant son chemin, Rouge se délectait de ce qu’elle allait accomplir
« Sur le chemin », « alors qu’elle cheminait », ou « pendant son cheminement » (ou un autre mot plus joli) mais « pendant son chemin » ça ne va pas.

Oh yeah ! 8)

Hors ligne Julie

  • Troubadour
  • Messages: 295
  • Scribo ergo sum.
Re : Le petit chaperon rouge
« Réponse #10 le: 30 Mars 2014 à 18:04:33 »
Je ne connais Once upon a time que vaguement, j'ai vu les pubs mais je ne l'ai pas regardé. En écrivant cette parodie je me doutais bien que ça y ressemblait.

Oui, moi aussi je trouvais qu'il n'y avait pas de chute, que la coupable était dévoilée trop tôt, mais en même temps, j'avais vraiment envie de décrire longuement ce qu'il s'est passé dans le cerveau tordu de Rouge, et de raconter son crime en détails. J'ai dû faire un choix, je ne sais pas si c'était le bon.

Merci pour les corrections :)

 


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