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04 Juillet 2026 à 01:13:12
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"

Auteur Sujet: Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"  (Lu 1341 fois)

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Bonjour à toutes et à tous. Après une première escale sur "Terra Nostra", je vous invite donc à découvrir une seconde nouvelle, co-écrite avec Divaju. Il s'agit ici d'un récit initiatique d'inspiration orientale à deux voix. Ma complice d'écriture a apporté toute sa sensibilité féminine et sa poésie dans ce texte, encore très perfectible (nous en avons pleinement conscience elle et moi), qui je l'espère, et malgré sa longueur assez conséquente (plus de 5 000 mots), saura vous transporter. Son titre : "Quelque part, ensemble".

Avent'
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Quelque part, ensemble

Récit initiatique co-écrit avec Divaju


De grands yeux noirs, comme dessinés au fusain, une épaisse chevelure de jais, une silhouette sylphide... C'est toi que je devine à travers ce moucharabieh d'ébène, toi que je choisis sans que tu puisses me voir. Je te tends la main, te touche, caresse cette peau que j'épouse sur la méridienne en rotin... Un patio d'inspiration méditerranéenne où nous sommes venus chercher la fraîcheur à l'ombre d'un pin parasol, nos désirs naissants qui nous couchent et se conjuguent à l'infini. Ivresse enivrante de délectables pêchés, tu clos tes paupières dans un soupir...

Bip-bip-bip ! Je me réveille en sursaut, le corps encore moite d'un ébat fantasmagorique, et coupe l'alarme de mon smartphone. 6 heures 40. Merde, je suis à la bourre. Je bondis de mon lit, et cours vers la salle de bain attenante à ma chambre pour rattraper ce temps qui défile encore à contre-jour, ces minutes qui s'égrainent invariablement sur l'affichage numérique de la station d'accueil de mon I-pod. Je me laisse aller un bref instant sous le jet tiède de ma douche, puis me savonne énergiquement et me rince avec la même ferveur pour tenter de gagner cette course perdue d'avance. Je me brosse les dents en vitesse, m'asperge de One Million et enfile un costard à la hâte avant de me coiffer à la hussarde. Les aiguilles de l'horloge murale figée sur la cloison séparative de ma kitchenette me donnent le vertige. Il faut que je bouffe quelque chose... Je mords dans une viennoiserie à peine entamée la veille, avale une gorgée de jus d'orange premium avant de me saisir de mon attaché-case et quitter mon appartement. L'ascenseur me fait dégringoler de quatre étages pour rejoindre le parking souterrain. Je m'installe au volant de ma Maserati, le V8 s'ébroue, ses vocalises transalpines couvrant presque la voix fluette de Cindy Lauper. Time after time... Mon marathon journalier peut commencer.


Dans la chaleur humide d’une après-midi semblable aux autres, je parcours les couloirs sombres et silencieux de cette prison aux mosaïques chatoyantes. Des odeurs de thé mentholé ainsi que des arômes boisés flottent dans l’air telles de fines particules. Le lieu est paisible. Seuls quelques murmures parviennent à échapper à l’oreille vigilante de nos gardiens imposants. El Raya ne descendra pas voir ses épouses et ses concubines aujourd’hui. La veille déjà, il n’avait fait qu’une brève apparition. Son enveloppe corporelle était là, déambulant au milieu de cet écrin parfumé et de silhouettes soyeuses, mais son esprit voguait vers d’autres courbes. Celles du désert, et des territoires que le sultanat se dispute avec des groupes indépendants armés. C’est ce qui se raconte. Les conseils militaires lui prennent beaucoup de son temps et de son énergie, et, en ce moment, sa présence profite davantage à ses conseillers qu’à ses courtisanes.

Le hammam. Deux eunuques m’ouvrent la lourde porte et, sous leurs regards, je pénètre dans l’immense pièce chaude. La vapeur est épaisse et, tout en faisant transpirer les fresques murales aux pales couleurs beiges et bleues, elle enrubanne les corps de sa douce senteur d’eucalyptus. On m’attend sous l’une des arches de cette luxueuse étuve. La Validé Soultane et le Grand Eunuque ont mis des odalisques à mon service pour me préparer. Il y a quelques heures de cela, j’étais encore l’une des leurs. Après avoir traversé la coupole et atteint la fontaine qui trône en son centre, je rejoins les femmes qui patientent. Parvenue à leur hauteur, et sans un mot, mes sœurs circassiennes m’ôtent le tissu blanc qui recouvre ma peau et me font asseoir.

Une journée plus tôt, nous fumions ensemble le narguilé, et dansions insouciantes au son festif du tambourin. En tant qu’esclaves, nous ne sommes pas destinées à rencontrer le Sultan. Nous sommes là pour nous occuper des épouses et des concubines. Nous sommes les ombres du harem, ses fantômes vivants. Alors pour occuper le temps dans cette vie chaste et recluse, une fois nos activités domestiques achevées, nous fumons et dansons. Aux pulsations du même tambourin et sous l’euphorie des mêmes mouvements. Dans ce spectacle qui prend vie spontanément et sous les regards des mêmes spectatrices, deux yeux avisés s’étaient invités sans qu’on ne les remarquât. Et sans que je ne le susse non plus, ceux-ci m’observaient, me scrutaient, me jaugeaient. La Validé Soultane était là et avait autant été séduite par les traits fins de mon visage que mes courbes lascives. Elle avait voulu que son fils me rencontrât. A cette fin, elle m’avait placé sous la surveillance rapprochée du Grand Eunuque le temps qu’elle organisât la nuit de notre rencontre.



10 heures. Cette réunion hebdomadaire avec mes collaborateurs me fait chier. J'ai envie de tout envoyer valser.
- Martin ? Martin ?
- Hein ? Tu disais ?
- Qu'est-ce que tu en penses, de ce nouveau plan marketing ?
- Rien, Stan ! J'en pense rien...
Je me lève et quitte la salle de travail sans avoir validé un seul des projets qui m'ont été présentés. Stan me rattrape dans le hall.
- Putain, Martin, qu'est-ce que tu fous ? Tu peux pas nous planter comme ça avec les chinetoques. Ils débarquent de Shanghaï cet aprèm' ! Alors qu'est-ce qu'on fait ?
- Toi tu fais ce que tu veux, moi j'me tire. J'en ai marre de tout ça...       
- Quoi ? Mais attends, c'est toi le boss ! Martin, fais pas l'con...
- Ecoute Stan, ça fait dix ans que je suis l'boss, dix ans que je prends toutes les décisions, dix ans que cette société m'étouffe dans son carcan. J'ai besoin de respirer, tu comprends? Respirer...
- Mais tu n'peux pas partir, pas maintenant! Le contrat avec Chihiro Entertainment est capital pour l'entreprise... Martin !
- Ca n'a plus d'importance, non plus aucune espèce d'importance pour moi. J'ai besoin de me tourner vers autre chose...
- Tu décartonnes complètement! Te tourner vers quoi d'abord?
- J'sais pas. Autre chose. Quelque chose de différent. De moins inutilement strictement mercantile.
Stan n'en revient pas. Dans son esprit, ces paroles ne peuvent pas être les miennes, pas celles de son ami d'enfance. Celui avec lequel il avait grandi, dragué les premières nanas au seuil d'une insouciante adolescence, descendu les premières bouteilles, partagé les premières teufs et usé les bancs de la fac. Il en reste bouche bée et me laisse m'éloigner sans aucun autre geste pour me retenir.

Il ne peut plus me comprendre. Non, il ne peut pas comprendre que la superficialité de mon existence m'asphyxie. Je ne vis que pour mon job, et si on me l'enlève, qu'est-ce qui me reste ? Rien. Ma femme m'a plaqué il y a bientôt trois ans parce que la multinationale que je dirige était plus envahissante qu'une maîtresse, ma fille est trop accaparée par ses occupations d'adolescente pour passer une soirée avec moi sans avoir préalablement pris rendez-vous sur Twitter... Mon appartement est désespérément vide, je n'y fais que de courtes escales pour éviter de penser à ce que j'ai foiré ici.

Via mon smartphone, je réserve un billet d'avion low cost en roulant vers Roissy. J'ai un besoin impérieux, immédiat de changer d'air. Destination Nowhere. Les hasards d'une opportunité de dernière minute. J'ai deux heures à tuer avant mon enregistrement au terminal d'Easy-jet. Pour une fois que j'ai du temps devant moi.


Recouverte d’un onguent musqué, alors que certaines de mes sœurs massent longuement mes formes arrondies, d’autres s’affairent sur mes épais cheveux noirs, les recouvrant d’huile et de miel. Les rumeurs, de même que les nouvelles, vont vite dans un pareil lieu confiné où ne se côtoient que des femmes. Très vite, on a su que je devais être présentée à El Raya, avant la prochaine lune, et que je quittais ainsi ma position d’odalisque pour prendre celle de concubine. De simple esclave intendante, je passe à celle de rivale potentielle, encourant l'infortune d’abriter en mon ventre un des futurs héritiers du sultanat. Les courtisanes ne peuvent rencontrer El Raya dans l’alcôve d’un lit qu’une fois dans leur vie, et alors que certaines se meurent d’ambition de n’avoir pu tomber enceinte, d’autres, plus romantiques, se meurent d’amour de n’avoir pu être honorées que quelques heures dans une nuit. Pour avoir été au service de différentes concubines, j’en connais le destin, et je n’en veux pas. Dès que la Validé Soultane eût décidé de me soumettre à son fils, ma décision de fuir fut prise, m'exposant ainsi à la mort. Il existe une porte dissimulée dans le harem :  seules les défuntes courtisanes l'empruntent. C’est par cette porte dérobée, dans un des longs et sinueux couloirs du sérail, que l’on fait disparaître ces corps qui n’ont plus d’utilité au plaisir et au divertissement. C’est par là que je prévois de disparaître à mon tour. Je ne veux pas soupirer après l’amour, je n’ai pas le courage de cette attente, de ce devoir auquel on m’oblige. L’amour, je veux le vivre, l’éprouver. Et quitte à ne le connaître jamais, vivre alors ne m’intéresse pas.

Habillée, coiffée et parfumée, je suis prête. Je longe la coursive qui mène à la cour des esclaves. C’est là que je dois attendre le Grand Eunuque une heure après le service du thé pour être conduite jusqu’à la chambre d’El Raya. Et avant qu’on me laisse y entrer, la Validé Soultane examinera mon apprêt. Mais je ne me dirige pas vers la cour. Plutôt que de tourner à droite et d’emprunter les quelques marches qui y conduisent, je continue tout droit vers la réserve. J’ai peu de temps. Le service du thé a commencé alors que l’on tressait mes cheveux. A mesure que je hâte mon pas, mon cœur s’accélère. Malgré tous les risques et dangers que j’ai pu me figurer, malgré la conscience de pouvoir mourir, ma fuite s’avère plus difficile à supporter qu’à imaginer.  Après avoir dépassé la réserve, et m’être assurée du silence des lieux, je m’engouffre dans un couloir. Grâce à lui, je contourne le quartier réservé aux esclaves et accède directement à l’hôpital du harem, sans avoir à franchir le patio. D’y avoir vécu toute mon adolescence, sans jamais pouvoir en sortir, cet ingénieux labyrinthe n’a plus de secrets pour moi. Le vrai mystère est dehors, au-delà de ces murs et de ses gigantesques fresques défraîchies. La question que souvent je me pose est à quoi peut bien ressembler un ciel non morcelé, non borné par les frontières d’une cour intérieure. Enfant, je le savais mais lorsque l’on me prit ma liberté, c’est comme si l’on avait volé mes souvenirs avec. Peut-être reviendront-ils lorsque je la recouvrerai ? J'atteins la porte donnant sur l’hôpital. Je ne peux m’y attarder, elle est visible depuis le patio. Avant de la pousser, j’aperçois brièvement l’ombre du Grand Eunuque. Il m’attend déjà, et dans quelques minutes, ne me voyant toujours pas venir, il enverra des esclaves me chercher. Je pénètre dans une autre coursive, et avant de m’y engager complètement, j’écoute. Mon cœur bat tellement fort que j’ai l’impression d’entendre l’écho de son tambour.

Mais l’étroit et sinueux passage est désert. Je perçois juste les bruits venant de la cour de l’hôpital. Au bout de quelques secondes d’une marche empressée, j’atteins une autre porte. L’issue se rapproche. Mêlée à l’angoisse, l’excitation me fait trembler : une fois la dernière pièce traversée, le monde s’offrira à moi.



Le ronronnement fatigué d'un antique ventilateur, les perles d'une délectable sueur qui gouttent sur la douceur cuivrée de ton épiderme, l'amour que nous faisons ensemble...

Je te rêve encore. Malgré le climat de ma suite tempérée par le climatiseur, je suis en nage. Il faut que je sorte, vite. La rue, la misère qui contraste avec le luxe tapageur de mon hôtel cinq étoiles... Des prostituées tapinent là. Depuis longtemps sans doute. Je loue les services de Naïma, la plus jolie d'entre elles, la suis dans un recoin lugubre, prévu pour une baise tarifée sur des matelas crasseux, à même le sol. Elle se déshabille, mais je l'arrête d'un geste, lui fait comprendre que ce n'est pas ce que je veux.
- Qu'est-ce que tu attends de moi?
- Je n'sais pas, Naïma, une présence peut-être. Oui, juste une présence... Tu viendrais avec moi?
- Pour quoi faire?
- Pour découvrir, se découvrir, se poser aussi.
- Tu as refusé que je me découvre...
- Parce que c'est ton âme que je souhaite découvrir...
- Je n'peux rien te donner d'autre que mon corps. C'est dans mes absences qu'il trouve son salut. Pour trouver ce que tu recherches, tu devras aller là-bas, vers l'Est. Parce que c'est à l'Est que le gens vont pour entrer en communion avec la foi, avec cette présence qui te manque tant, celle d'Allah.

Je m'exile alors des bas-fonds de la luxure sans m'y être adonné. Je rejoins le hall marbré de mon palace, ses faïences bleu piscine. Une fête bat son plein sur la terrasse, une sono crache ses décibels de techno insupportable. Avant, je me serais mêlé aux convives jet-set, j'aurais joué les pique-assiettes et fini ma nuit dans les draps d'une blonde siliconée. Mais je ne m'attarde pas. Je monte la volée de marches qui conduit à cette chambre presque trop grande, même pour deux. J'y rejoins ma solitude. Je m'avachis comme une loque sur un paddock king-size aussi demesuré que le reste, sans même prendre la peine de me dévêtir de mon costume de lin, informe d'avoir trop voyagé. Depuis ma couche, je contemple les heures sombres qui s'étirent sur les murs couverts de chaux ocre. Quelques toiles matinées d'odalisques s'y exposent impudiquement, elles pourraient m'entraîner dans de voluptueux songes. Seulement, je ne laisse pas Morphée me border. Il se dispute mes faveurs avec Allah.

Allah... Les lettres composant son nom dansent devant mes yeux. Athée de naissance et de culture, les méandres de la religion ne m'avaient jamais attiré jusqu'à présent. Il a suffi que cette fille me l'évoque pour que je m'y intéresse. Dès demain, je foulerai les dunes, je m'en irai vers l'Est, vers ceux qui savent, ceux qui croient : les sages.


Combien de temps ai-je couru ? Je l’ignore. Mes genoux en tremblent encore et je peine à retrouver mon souffle. J’ai eu peur. J'avais à peine franchi les murs arrières du palais que l’alerte fut donnée. La voix vociférante du Grand Eunuque transperça alors tout le harem. Alors je me mis à courir plus vite, traversant échoppes, rues étroites et sinueuses, luttant contre la lourdeur de ma parure galante de concubine. Sur mon passage, plusieurs personnes m’ont dévisagée, scrutée. Mon apprêt trahissait ma provenance et si ces témoins venaient à être interrogés par la garde du Sultan, ils pourraient indiquer sans difficulté mon lieu de fuite : le désert. L’angoisse m’étreint : je n’ai ni vivre, ni eau, ni destination particulière, si ce n’est celle de la liberté d’aimer et d’être aimée. Je suis si facile à retrouver et emprisonner ! Le sable s’étend à perte de vue, et le vent de la nuit qui se profile balaie doucement les traces qu’ont pu laisser mes pieds dans leur hâte. Au fur et à mesure des minutes qui s'égrainent, et dans cette obscurité qui colore le ciel et s’opacifie, je deviens incapable de dire d'où je viens. A cette heure-ci, à en juger le timide éclat de la lune, je devrais être dans les draps d’El Raya. A cette pensée, je suis secouée de spasmes qui m'enserrent la poitrine et me nouent la gorge. Je pleure. Bruyamment. Mon envie m’apparaît folle, démesurée, et je m’en veux de n’avoir pu me satisfaire de ce qui m’était offert ; je m’en veux d’autant plus que, le pas entamé, la frontière franchie, tout retour en arrière est impossible. Mes jambes, déjà affaiblies par la fuite, ne parviennent plus à me porter. Je m’écroule. Je me sens seule, tellement seule que, sous cet air qui fraîchit, les bras d’El Raya m’apparaissent comme un foyer sécurisant. Mes sanglots redoublent. Je ne  veux pas de ce foyer-là, non car, sans même le connaître, je l'ai toujours exécré. Mais cette nuit où mon idéal d’amour prend lentement les formes d’une illusion qui se dessine dans le sable et s’efface sous le balai d’Allah, cette nuit où je me retrouve emprisonnée parmi des centaines de dunes semblables sous l’empire de mon propre caprice ; cette nuit-là, j’aurais accepté leur étreinte artificielle.

« Ranae… ». Cette voix grave qui m’appelle, il me semble la connaître. Serait-ce celle de mon père ? Non, dans mon souvenir, elle est plus rauque, davantage marquée du sceau de la misère. Ce timbre que j’entends est doux et rassurant. Il chantonne à mon oreille comme une tendre berceuse. Il m’apaise. Deux mains s’emparent des miennes. Elles m’entraînent, m’attirent, m’enlacent. Je suis bien. Je m’y sens à ma juste place. Je le sais maintenant : c’est là que je dois aller…

Mes pieds me chatouillent. Dans un demi-sommeil qui ne veut être interrompu, j’essaie de chasser le désagrément en les bougeant par grands à-coups. Mais fidèle et persévérante, cette sensation finit par revenir. Ce jeu dure ainsi plusieurs minutes jusqu’à me réveiller complètement. Je me redresse brusquement, agacée, ayant dans l’idée de me débarrasser définitivement de cette chose gênante, au moins par vengeance. A ma stupeur, je me rends compte que je ne suis plus dans le désert. Dans ces quelques secondes de confusion, l’angoisse d’avoir été retrouvée et ramenée au harem m’oppresse. Mais je n’en reconnais pas les murs. Ceux-ci sont beaucoup moins décorés et moins bien entretenus, ils se fissurent de toute part.Le sol n’est pas recouvert de beaux tapis turcs, aux dimensions démesurées, mais de simples paillasses de fortune, que le sable salit. A mes pieds, la sensation désagréable persiste. J’en découvre la cause : une petite chèvre blanche me lèche avec entrain tantôt la voûte plantaire, tantôt les orteils. A ce même moment, un homme pénètre dans la petite pièce où je me trouve.
- Ah, tu es réveillée.
L’homme porte un turban taupe sur la tête et une longue toge de lin blanc. La couleur pâle de ses habits fait ressortir le cuivre de sa peau et l’ébène de ses yeux.
- Où suis-je ? demandé-je à la fois inquiète et curieuse. Suis-je ta prisonnière ?
L’inconnu rit.
- Si tu l’étais, je ne t’aurais pas laissée dormir dans ma maison, et je n’aurais pas laissé ma chèvre te lécher les pieds.
- Où suis-je alors ?
- Je t’ai trouvé allongée dans le sable hier au soir, en faisant ma patrouille quotidienne. Je suis chargé de surveiller les abords de notre village. Nous craignons les indépendantistes. Et toi, que faisais-tu ? Ne sais-tu donc que l’on ne s’engage pas dans le désert seule et sans provision ? D’où viens-tu ?
- Je me suis enfuie, me contenté-je de répondre.
- D’où ?
- Je me suis enfuie, c’est là tout ce que tu dois savoir.
- Très bien. Et pourquoi t’es-tu enfuie ?
- Parce que j’étais une esclave, et que je veux goûter à la liberté. Parce que je suis jeune.
- Oui, peut-être trop jeune pour avoir sérieusement réfléchi aux conséquences de tes actions. Tu sais, ce n’est pas parce qu’une situation est nouvelle qu’elle vaut mieux que la précédente.
- Sans doute as-tu raison. Moi j’ai fui parce que ce que je vivais ne correspondait pas à ce que je voulais.
- Mais a-t-on le choix ?
Le visage de l’homme s’était assombri.
- Bien-sûr ! m’exclamé-je. Sinon nous ne serions pas en train de parler !
- Nous sommes en train de parler parce que je t’ai sauvée. Tu serais sûrement morte, entre le froid de la nuit et les scorpions qui rôdent.
- On t’a mis sur mon chemin !
- Quelle délicieuse innocence. J’aimerais avoir la même.
Avec une tendresse paternelle, l’homme s’approche de l’animal et l’étreint. L’image de cet instant me renvoie à la douceur de mon propre rêve. Je l’avais oublié.
- Je l’ai recueillie il y a trois mois lors d’un marché aux bêtes, raconte l’inconnu. Comme toutes les chèvres de ces marchés, elle était destinée à l’élevage et la reproduction. Et moi, j’en suis tombé amoureux. Je l’ai acheté avec mon maigre salaire, et j’en ai fait une chèvre domestique. Depuis trois mois, je la chéris comme ma propre fille.
- Ne sois pas triste, villageois ! Elle te le rend bien. Elle a l’air de te considérer comme un père aussi !
- Une des femmes du village doit mettre un bébé au monde dans les heures qui viennent, selon les anciennes, continue-t-il, mais elle souffre beaucoup. Le bébé a peu de chance de survivre. Et c’est de ma faute.
- Tu en es le père ?
- Non. Les anciennes disent qu’avoir élevé un animal au rang d’humain a vexé les Dieux, et qu’il faut leur donner réparation pour que l’enfant survive. Seulement, elle n’y est pour rien.
- Qu'est-ce que cela veut dire ?
- Ca veut dire que, ce soir, ma petite chèvre sera sacrifiée.
L’inconnu refoule un sanglot. Mais une grimace de douleur vient trahir son effort. Je bondis hors des étoffes m’ayant servi de lit.
- Veux-tu venir avec moi ? demandé-je avec brusquerie.
L’homme fronce ses sourcils. Il ne me comprend pas.
- Tu aimes ta chèvre comme ta fille, et tu ne veux pas la voir sacrifier, ce que ne semble pas vouloir entendre les gens de ton village. Viens avec moi, et emmène ta chèvre. Tu lui éviteras la mort, et toi son deuil.
L’homme semble réfléchir.
- Non, se ravise-t-il, ce serait une fuite, et ce serait lâche. Même si je ne crois pas que ma chèvre soit à l’origine des douleurs de l’enfantement, je dois en assumer la responsabilité malgré tout. Je fais partie d’une communauté, et j’ai un devoir envers elle.
- Mais cela ne va-t-il pas à l'encontre de ton propre bonheur ?
- Mon bonheur ne peut être égoïste, il est forcément relié à celui du peuple auquel j’appartiens.
- Tu ne peux accepter de souffrir à cause d’une décision qui n’a de fondement que dans une croyance !
- Ca suffit maintenant ! s’énerve le villageois. Je t’ai ouvert ma maison, ne m’y insulte pas. Tu peux partir si tu le désires, rien ne te retient ici. Je te conseille de marcher vers l’Est, et de continuer toujours tout droit, tu devrais finir par rejoindre la ville d’Agradaba. Là-bas, je ne sais pas si tu y trouveras ton bonheur, mais plus probablement du travail.



Ranae, symphonie aussi lyrique qu'hypnotique. Un prénom féminin que je ne connais pas, et qui pourtant m'obsède. Ton prénom. Es-tu une déesse, la fille d'un prophète, le fruit de la terre et du soleil ? Une reine, une princesse, une muse? Ou plus prosaïquement une simple mortelle, une odalisque ?  Cette musique onirique tourne en boucle dans mon esprit jusqu'à m'en donner le vertige. Elle résonne en moi comme un chant sacré psalmaudié par une chorale gospel. Je suffoque en murmurant ce psaume, la gueule écrasée de poussière aveuglante. J'ouvre mes paupières scellées par mes quelques larmes, celles qui me brûlent la rétine d'avoir essuyé tantôt une tempête de sable. J'ai la gorge sèche, l'estomac noué. Je porte une main tremblante à ma gourde et m'hydrate du peu de liquide qu'elle contient.

Je suis fou... Fou d'avoir tenté seul ce vain voyage. Je suis paumé, complètement paumé. Ca fait trois jours que je marche vers l'Est, à la recherche d'un quelconque Eden peuplé de sages... Rien. Rien que cette putain d'étendue désertique à perte de vue. A perte de vue...  Il ne me reste qu'une modeste barre énergétique, unique relique de cette civilisation occidentale que je veux fuir. Si je continue comme ça, je vais finir par crever. De faim, de soif, de solitude...

Après avoir rebouché ma gourde, je tente de me relever. La trop forte luminosité me fait plisser les yeux. Mais je réussis à l'apercevoir. Une cité saharienne, ceinturée de contreforts. L'image tremble, se floute. Péniblement, je pose un pied devant l'autre, mes pas s'enfonçant à chaque fois un peu plus dans le sol meuble. Une ombre danse devant moi, elle s'approche.
- Ranae?
- Non, je m'appelle Isbiah. Et toi?
- Martin, Martin Cortège. Pourquoi te caches-tu, pourquoi dissimules-tu ton visage sous ce morceau de tissu?
- Parce que les hommes de mon village l'ont décidé. Ils disent que la beauté d'une femme est un trésor qu'il faut à tout prix préserver de la convoitise. Elle se doit d'être une offrande, une dot réservée à l'époux de sa promise.
- Tu ne peux pas rester ainsi recluse sous cet habit toute ta vie ! N'as-tu aucune liberté?
- La liberté d'aimer mon mari, d'enfanter ses fils, d'honorer Allah.
- Et les femmes n'ont-elles jamais leur mot à dire?
- Qu'auraient-elles à dire? Ce sont les hommes qui décident. Toujours. Pas chez toi?
Je souris, presque désabusé.
- Non... Non, pas chez moi. Chez moi, les femmes ont le droit de quitter leur époux comme bon leur semble. Tu n'veux pas venir avec moi ? Tu n'veux pas de cette liberté ?
- Non. Ce n'est pas dans l'ordre des choses. Mon dessein est ici, et le tien est ailleurs.
Isbiah me tend un baluchon qu'elle portait jusqu'alors à l'épaule.
- Prends ces provisions, Martin Cortège, tu en auras besoin. Tu n'as sans doute pas assez foi en Allah pour t'intégrer parmi nous, mais il saura te guider vers l'horizon qui te sied.
Sur ces dernières paroles, elle me salue, tourne les talons et s'éloigne. Elle disparaît comme elle m'est apparue. La cité fortifiée n'est plus. Il ne subsiste rien. Etait-ce un mirage?


Je marche vers l’Est, comme me l’a conseillé l’homme à la petite chèvre. Je comprenais difficilement cette notion « d’Est ». Il m’a alors expliqué comment me repérer grâce à la position de mon ombre. Elle m’a toujours suivie, et aujourd’hui c’est moi qui la suis. On ne prête pas toujours attention à ces trésors qui nous constituent. L’homme m’avait aussi débarrassée de mes habits de courtisane, lourds, épais et sombres. Je suis tout autant couverte, mais la toge et le voile que je porte sont davantage adaptés à la violence du soleil et à la marche dans le désert. Enfin, à la porte du village, tel un père, l’inconnu m’avait donné quelques vivres : « Si tu survis à la nuit, tu devrais pouvoir tenir jusqu’à ton arrivée à Agradaba », m’avait-il dit en me remettant un petit sac en toile. En partant, j’eus un pincement au cœur de savoir l’épreuve qui l’attendait, et de l’y voir condamné à la subir. Puis en m’enfonçant parmi les dunes, j'avais éprouvé de la colère : sa chèvre n’était pas condamnée, seulement en ne tentant rien pour la sauver, c’était lui qui la condamnait ! Enfin, après quelques heures de marche et un bout de viande séché avalé, j’avais eu pitié. Autant de lui que de moi : lui de n’avoir pas le courage d’affirmer l’unicité de son cœur, et moi celui d’assumer mon projet démentiel. Est-ce le soleil couchant qui, dans son déclin, emporte avec lui toutes mes certitudes ? Je ris. Au moins, je les verrai reparaître à l’aube… si je survis. Je repense aux quelques paroles échangées avec l’inconnu à la chèvre. Peut-être est-elle là ma jeunesse : faire des choix que je ne parviens pas à assumer ; et peut-être est-elle là sa vieillesse : avoir peur de ses propres choix. Et peut-être la sagesse naît-elle de ces deux extrémités : faire des choix à la mesure de son courage.

Soudain, sous mes pieds, le sable se met à vibrer. J’entends un bruit qui s’intensifie, comme si le vent vrombissait. Quelque chose se rapproche… il me semble que c’est une auto. Mon cœur se fige. Serait-ce la garde royale ? La panique me saisit alors et je commence à courir. Dans l’amas de sable et les dunes qui l’habillent, mon corps est lourd et peine à se mouvoir rapidement. Ma course est vaine, je le sens. Mais une force me pousse à courir malgré tout. La fierté sans doute, celle de s’être battue jusqu’au bout. L’auto ne s’arrête pas loin de moi et des hommes aux visages cachés me poursuivent. Sans grand effort, l’un d’eux me rattrape. Alors qu’il m’emmène, je crie et me débats. Si je dois mourir, je veux mourir d’avoir résisté. Encore cette fierté sûrement. Sur la banquette arrière, les hommes qui m’entourent sont armés. Leurs uniformes ne ressemblent pas à ceux de la garde royale. Qui sont-ils ? Que vont-ils me faire ? Je me remets à crier et tente à nouveau de m’enfuir. Certainement jugée trop bruyante et gênante, je sens que l’on m’assène un coup derrière le crâne. Je m’écroule.

« Ranae… ». Cette voix qui revient et me pénètre... Et ce souffle qui me caresse… Ces bras qui se tendent et m’attendent… Il me semble y percevoir derrière le scintillement de l’océan et le son éternel des vagues s’abattant et léchant le rivage sablonneux… Oui, c’est là qu’il est, et c’est là que je dois aller…

De l’eau me réveille, et le bruit d’un seau qui s’écrase près de ma tête me fait sursauter. Je me redresse. Je me trouve dans une pièce désaffectée, aux murs peints en vert. Le sol est poussiéreux et parsemé de déchets. Je suis dans un des angles, menottée à la tuyauterie. Un homme cagoulé, portant une mitraillette, me fait face. C’est lui qui m’a réveillée.
- Hamza veut te voir, dit-il avec dureté.
- Hamza ? l’interrogé-je surprise.
A peine ma phrase s'achève-t-elle qu’un second homme cagoulé entre dans la pièce, et ordonne au premier de déguerpir. Il ne parle et ne bouge pas. Il semble concentré. Au bout de quelques secondes d’immobilité totale, l’homme découvre son visage. Hamza… Mon grand frère.
- Nous ne risquons plus rien, je leur ai demandé de me laisser m’occuper de toi, dit-il. Que faisais-tu dans le désert ?
La honte m’envahit. Je respecte tellement mon frère. Comment lui expliquer la poursuite d’un idéal amoureux ? Je baisse les yeux.
- Réponds ! s’énerve-t-il.
Je demeure muette. A cet instant précis, mon projet m’apparaît être le plus grand déshonneur porté à ma famille.
- Réponds, j’ai dit ! me menace-t-il de sa main.
- Je… je me suis enfuie du palais ! m’écrié-je.
- Tu t’es enfuie ? me regarde-t-il déconcerté. Comment as-tu réussi ? Pourquoi ?
Je me recroqueville.
- Ranae, quand je te pose une question, tu me réponds !
- Ils voulaient que je devienne courtisane, et je ne le voulais pas ! Alors la nuit où je devais être présentée au Sultan, j’ai pris la fuite en passant par la chambre mortuaire du palais !
- Pourquoi ne voulais-tu pas devenir courtisane ? Tu préfères crever de faim et agoniser dans un bidonville comme nos vieux, c’est ça ?!
- Non, dis-je misérablement.
- Tu préfères mendier toute la journée, accoucher de gosses au milieu de déchets qui pourrissent et les vendre comme esclaves de ne pouvoir les assumer ?!
- Non, commencé-je à sangloter.
- Alors pourquoi t’es-tu enfuie ?!
- Parce que je n’étais pas heureuse ! Parce que j’aspire à autre chose !
- Quand on vient d’un bidonville, Ranae, on n'espère jamais le meilleur, mais le moins mauvais ! Quand on vient d’un bidonville et qu’on a été vendu comme esclave, on se contente d’une situation qui aurait pu être pire !
- Je ne vois pas les choses comme ça !
- Moi oui, et j’ai raison !
- Et toi, pourquoi es-tu cagoulé et armé, Hamza ? Tu voudrais que je prenne exemple sur tes principes alors que tout le sultanat est à la poursuite de ton groupe ! Tu as rejoint les indépendantistes, n’est-ce pas ?
- Ce ne sont pas des affaires de femmes, et la seule loi que je respecte, c’est celle d’Allah.
- Et moi, celle que je m’édicte.
- Qui es-tu pour faire des lois ?!
- Une personne plus réelle que l’idole pour laquelle tu prends les armes ! Et plus fidèle aussi !
- Comment ça ? grogne-t-il. Je te rappelle que je suis fidèle au Coran.
- Et moi, à moi-même ! Tu as toujours détesté la guerre, Hamza ! Tu voulais être épicier dans un petit village, avoir une femme et des enfants que tu aurais pu élever, envoyer à l’école ! Pas un fugitif qui s'échine à survivre dans des barraquements insalubres et à massacrer des gens ! A quoi bon suivre les préceptes d’autrui quand tu ne respectes même pas les tiens ! Comment peux-tu être un bon fidèle lorsque tu te trahis toi-même… Comment fais-tu ça Hamza? Explique-moi !
Il me gifle.
- Petite insolente ! Tu as oublié qui je suis ! Tu me dois le respect ! Tu as de la chance que je sois recherché par les hommes d’El Raya, sinon je t'aurais reconduite au harem ! Et j’aurais demandé à assister à ta punition !
- Seulement, tu ne l'peux pas. Laisse-moi partir.
- Non.
- Tu vas me tuer ?
- Non, répond-il en serrant les dents.
- Vas-tu demander à un de tes hommes de le faire ?
- Non !
- Alors laisse-moi partir. Si tu n’étais pas recherché, tu aurais pu venir avec moi.
- Non. Ca aurait été contraire à mon engagement.
- Ton engagement de guerrier ou celui de frère ?
- Lève-toi, m’ordonne-t-il alors qu’il me détache, je vais faire en sorte qu’on te conduise à Agradaba.
- Non ! m’exclamé-je. Il faut que j’aille près de l’océan ! Il faut qu’on me dépose près de l’océan !
- Sur les côtes du Kiri-Koo ? Pourquoi ?
- Oui, là-bas ! On m’y attend.
- Qui? Qui peut bien t'y attendre?
- Je n'sais pas. Quelqu'un...
Hamza soupire.
- Inch’Allah.


Les vagues s'échouent sur le rivage sablonneux. La mer ondule sous la houle et se pare d'un bleu nuit irisé. C'est la fin du voyage, je suis au bout de cette terre. Des arabesques se dessinent sur ta silhouette ambrée et s'y fondent dans un halo solaire. Je sais qu'c'est toi...
Je sais qu'c'est toi qui m'attends assis sur cette plage, le regard perdu. T'es-tu perdu, Martin ?
Non, Ranae, je n'me suis pas perdu puisque tu es là, tu me rejoins, tes pieds nus épousant le sable, tes bijoux tintant de ta démarche féline.
Tu es différent, différent des hommes que j'ai pu rencontrer jusqu'ici. Les yeux et la peau clairs, les mèches cuivrées, rebelles s'échappant d'un turban de fortune, la barbe naissante, ombrant à peine ton visage.
Tu es belle. Tu habites mes songes depuis si longtemps...
Tu ne parles pas. Tu me tends juste la main pour m'attirer à toi...
A moi... Tes cheveux s'agitent au gré d'un vent salé, un zest d'écume nappée d'embruns ruisselle sur ton corps qui me charme et m'enivre.
Tu te lèves et plonges tes prunelles dans les miennes, on n'se parle toujours pas...
Toujours pas...
Langage des signes, je sais qu'c'est toi qui m'apprendras l'amour.
Langage des signes, je sais qu'c'est toi qui m'apprendras à vivre. Je m'accroche à ton regard. Parce que je t'aime, parce que tu es mon sauveur.
Je ferme les yeux, je prends ta main, tu me guides...
Oui, je te guide. Tu n'veux pas que le rêve s'achève, tu n'veux pas rouvrir tes paupières et découvrir qu'en réalité, tu n'as peut-être jamais quitté ta prison dorée.
Je te suis à tâtons, portée par l'inconnu, et toi tu m'entraînes. Où allons-nous?
Quelque part, ensemble.

FIN
« Modifié: 26 Février 2014 à 13:59:01 par Aventador »
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Hors ligne Alex

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Re : Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"
« Réponse #1 le: 26 Février 2014 à 18:01:41 »
Alors, alors  :)

Je suis passée sur le forum en me disant : "Allez, je regarde ce qu'il y a de nouveau 5 min et je travaille." Donc quand j'ai vu la taille de ton texte, je ne m'attendais vraiment pas à tout lire  :P Et pourtant...
J'ai vraiment beaucoup aimé : l'écriture est fluide, envoûtante, avec ce qu'il faut d'exotisme pour attiser la curiosité et faire rester le lecteur.
Les personnages sont vrais, un peu stéréotypés bien sûr, mais pas excessivement.
On suit bien le cheminement de la réflexion de Martin, celle de Ranae.
Je trouve que c'est un texte "parfumé", comme un thé paisible sur un terrasse avec un léger souffle de vent pour atténué la morsure du soleil ^^

Voilà pour les compliments, et je pourrais m'arrêter là parce qu'il y a vraiment peu à redire. C'est un très beau travail  :coeur:

Mais ce ne serait pas juste parce que je ne donnerais rien en échange d'un si beau cadeau, alors voilà ce que j'ai relevé :

Sur la forme tout d'abord, j'ai noté ces fautes d'orthographe (il y en a peut-être d'autre que je n'ai pas vu   :-¬?) :

 
Citer
m’exclamé-je

M'exclamais-je. Et il y a plusieurs fois la même à la suite.

Ensuite je ne comprends pas bien pourquoi il y a plein de mots mangés à la fin du texte, quand ils se retrouvent : je trouve ça dommage, le moment est très poétique, alors pourquoi briser la langueur du rythme en les faisant marmonner comme ça ?
Exemple :
Citer
Je sais qu'c'est toi

Sur le fond, dans le but de le perfectionner, je dirais qu'il faudrait peut-être développé la naissance du mal être de Martin. S'il se réveille juste un matin comme ça, il faudrait le préciser, s'il marine dans sa lassitude depuis longtemps, tu pourrais aussi le mentionner. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire  ><
De même pour Ranae, on a un peu l'impression qu'elle prend confiance en elle tout d'un coup : d'esclave terrorisée, elle devient une rebelle qui tient tête à son frère sans que l'on comprenne bien comment. Même si c'est effectivement soudain comme transformation, peut-être pourrait-elle préciser qu'elle partage l'étonnement du lecteur face à cette transformation ?

Voilà, c'est tout.  :) Merci beaucoup pour ce voyage.

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Re : Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"
« Réponse #2 le: 26 Février 2014 à 21:21:40 »
Hello! Waouh! Que dire devant d'aussi beaux compliments sinon merci. Merci de t'être abandonnée à notre texte, d'avoir voyagé à travers nos mots.
Concernant les petites remarques de forme :
-"m'exclamé-je" est me semble-t-il la conjugaison exacte du verbe au présent lorsque le sujet est inversé. Notre récit étant essentiellement au présent, l'imparfait n'irait pas au niveau concordance des temps.
-Les contractions (mots mangés) font partie de l'oralité. C'est ainsi que s'exprime Martin, et même si le dialogue final est "télépathique" (mental si tu préfères), il continue de s'exprimer comme il en a l'habitude.
En tout cas, je suis très touché par ton com. Merci à toi. A bientôt.

Avent'
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Re : Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"
« Réponse #3 le: 26 Février 2014 à 21:27:18 »
Ah oui, c'est du présent ! Oh pardon, je suis un peu distraite  :-[
Pour ce qui est de l'oralité je comprends bien ce que tu veux dire, mais je la trouve un peu maladroite. Jusque là, l'oralité était ben ressentie puisqu'elle sonnait vraiment comme si il parlait mais là il y a des choses qui me dérange. Et notamment, il ne me semble pas que Ranae ait parlé comme ça avant, si ? (Désolée, pas le courage de tout relire).

Edit : Je crois que c'est le "je sais qu'c'est toi" qui me dérange vraiment. Je le trouve péjoratif...
« Modifié: 26 Février 2014 à 21:29:53 par Alex »

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Re : Deux plumes pour un voyage - seconde escale : "Quelque part, ensemble"
« Réponse #4 le: 27 Février 2014 à 09:05:20 »
Tu as raison, Ranae ne contracte pas les mots dans ses répliques précédentes, mais ici "Je sais qu'c'est toi" est comme un écho à ce que vient de dire Martin. Et puis, influence "Paradisiaque" inconsciente (ou pas), "Je sais qu'est toi" renvoie implicitement aux paroles d'une chanson de Vanessa : "Dès que j'te vois" (album Divinidylle, 2007), dans laquelle les contractions sont légions.
"Dès que j'te vois, je sais qu'c'est toi...". Donc pour moi, ça n'avait rien de péjoratif. Mais je comprends que tu puisses le ressentir comme ça.

Concernant les "prises de conscience" de Ranae et Martin, le fait qu'ils décident de ne plus accepter de subir, oui c'est assez soudain mais effectivement pas suffisamment explicité ou mis en avant.

Merci pour tes remarques constructives et ton com.

A bientôt.

Avent'
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Hors ligne Loïc

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moucharabieh

J'aurais appris un mot !
(Même si je ne m'en souviendrai plus une fois arrivé à la fin).

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Un patio d'inspiration méditerranéenne où nous sommes venus chercher la fraîcheur à l'ombre d'un pin parasol, nos désirs naissants qui nous couchent et se conjuguent à l'infini. Ivresse enivrante de délectables pêchés, tu clos tes paupières dans un soupir...

C'est sans doute perso mais j'ai vraiment du mal avec ce type de phrases. J'ai toujours l'impression qu'elles font posées là presque au hasard, sans lien entre elles.

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fantasmagorique, et coupe

Bouh les virgules avant "et"
(Oui bon, j'en mets aussi).

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rattraper ce temps qui défile encore à contre-jour

J'aime bien ! Moins ce qui suit.

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Je m'installe au volant de ma Maserati

Et genre il n'a qu'une kitchenette !

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Des odeurs de thé mentholé ainsi que

Ainsi que est un peu lourd dans cette phrase.

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le temps qu’elle organisât la nuit de notre rencontre.

J'aime bien les subjonctifs passés mais là c'est un peu moche. Le temps d'organiser ?

Ton héros me faisait un peu penser à Patrick de American Psycho, sauf qu'en fait non.

Citer
Très vite, on a su que je devais être présentée à El Raya, avant la prochaine lune, et que je quittais ainsi ma position d’odalisque pour prendre celle de concubine.

Trop de virgules, faudrait travailler la ponctuation de cette phrase.

Le grand paragraphe quand elle déambule dans le palais pour se barrer est bof et à vraiment retravailler je pense.

Citer
Je te rêve encore.

Spotted :mrgreen:

Citer
La voix vociférante du Grand Eunuque transperça alors tout le harem. Alors je me mis à courir plus vite, traversant échoppes,

Deux fois alors

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part.Le sol n’est pas recouvert de beaux tapis turcs, aux dimensions démesurées

manque une espace après le point, la virgule est en trop.

Citer
- Non... Non, pas chez moi. Chez moi, les femmes ont le droit de quitter leur époux comme bon leur semble. Tu n'veux pas venir avec moi ? Tu n'veux pas de cette liberté ?
La blague  |-|

Dans le dialogue de Ranae avec son frère : pourquoi les "?!" Le point d'interrogation suffit...

La fin me fait penser à Mannhatan-Kaboul (ouais, du haut niveau dans les références).

Alors. Je ne saurais pas vraiment dire si j'ai aimé ou pas. En soi, je trouve que le texte comporte son lot de cliché (la fin, la partie sur le voile) et que la fuite de Ranae manque vraiment d'intensité et de suspense. Je veux dire, on sait qu'elle craint pour sa vie pendant une bonne partie du texte mais la tension n'est pas là, faudrait vraiment que ce soit plus fort. Si j'aimais bien le héros au début, ses passages étaient percutants, après ça devient juste bof, le style lasse un peu.
Au final, pas convaincu je pense, même si ça restait une lecture agréable.
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Aventador

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Hello. Tout d'abord, merci beaucoup, Loïc d'être venu nous lire. Notre conte ne t'a, semble-t-il, pas convaincu sur la longueur (peut-être est-il trop long d'ailleurs...). Il y a certains aspects poétiques/lyriques qui ne t'ont peut-être pas parlés plus que ça (Divaju étant avant tout une poétesse).

Ce texte à deux voix est effectivement très perfectible à de nombreux endroits, Diva et moi en sommes parfaitement conscients.

Je te remercie pour tous les points que tu as soulevés, ça nous sera utile le jour où nous retravaillerons ce récit.

Je reviens juste sur deux détails :
-dans mon esprit, la kitchenette désigne une cuisine ouverte sur une pièce à vivre. C'est en tout cas comme ça que j'ai visualisé son grand appart.
-J'ai remarqué après coup les deux "alors" dans deux phrases successives. Sans parvenir à trouver un moyen d'éradiquer cette vilaine répétition.

Voilà, au plaisir de te croiser à nouveau, éventuellement sur un de mes textes (en solo ou duo).

A bientôt.

Avent'
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