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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un goût d'amertume *contenu explicite*

Auteur Sujet: Un goût d'amertume *contenu explicite*  (Lu 1112 fois)

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  • Tabellion
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Un goût d'amertume *contenu explicite*
« le: 20 Février 2014 à 08:55:57 »
Bonjour ! voila un de mes textes que j'ai décidé de retravailler dernièrement pour un concours de nouvelle dans ma fac, le thème est "amer' dites moi ce que vous en pensez ! désolée pour la longueur, j'espère que vous aurez le courage de le lire en entier  :-[

merci :)

Un goût d’amertume


Cela fait dix ans que je suis là. Une cellule sombre et humide, crasseuse. Dans un coin il y a une natte de paille et un drap, à côté un lavabo, et un pot. Les murs noirs suintent la moisissure et l’ennui.  Quand il pleut, l’odeur qui imprègne chaque recoin de la cellule est à la limite du supportable. Un mélange de solitude, d’urine humaine et de vomi.  Autant vous dire que je déteste les jours de pluie.
Je passe tout mon temps ici, je ne tiens pas à me mêler au reste des détenus. Je ne m’ennuie pas vraiment pourtant. J’ai cette fabuleuse capacité à m’évader dès que l’envie m’en prend, il me suffit pour cela de fixer les images qui sont là sous mon nez, que j’ai accrochées aux murs méticuleusement avec le temps.
Par exemple, lorsque je veux voyager, je me noie dans la savane africaine. Le lion qui me fixe de ses yeux noirs disparait d’un bond sous les hautes herbes et lorsque je tourne la tête, à la place de mon lavabo se tient une gigantesque girafe ! Je décide alors de participer à une course à dos de zèbre et discute quelque temps avec les chimpanzés avant de rentrer.  En revanche si j’ai le cœur plus mélancolique, je ferme les yeux et m’allonge alors dans un champ de coquelicots, un de ces champs qui s’étendent à perte de vue, et respire un grand coup. Il m’arrive alors parfois de sentir sous mes doigts les brins d’herbes frémir sous le vent.  Une envie d’aventure ? La jungle équatoriale recèle bien des mystères que je n’ai pas élucidés ! Mais je n’ai pas que cela pour me distraire. J’ai également accumulé quelques objets essentiels, comme un vieux livre ou un poste de radio, que j’allume rarement d’ailleurs. La seule station que je capte est une station de jazz, et pour être honnête je n’en raffole pas vraiment. C’est trop….trop profond. Je n’aime pas les choses qui me rappellent ma condition, ma vie actuelle. Et le jazz a le don de me rappeler que je suis ici alors que lui est encore dehors. 


La chose la plus importante qui me permet de tenir, ce sont ses lettres. Ma mignonne petite Mona. Elle m’en envoie chaque semaine depuis dix ans. Je bouillonne d’impatience à chaque fois que le courrier est annoncé par le détenu de service. Les autres se moquent de moi en disant qu’elle ne m’écrit que par acquis de conscience, mais je m’en fiche. Je sais que ce n’est pas vrai. Mona m’écrit par plaisir. Dans chacune de ses lettres elle me raconte sa semaine en détail, les gens qui l’ont énervée, ses amis, ses nouveaux jeux,  ses soucis et aussi ses joies. Ma petite Mona me raconte tout. Mais elle se soucie aussi de moi ! Elle me demande comment je vais, si je me nourris bien et si j’ai bien reçu ses cadeaux. Elle m’envoie souvent des cadeaux. Dès qu’elle le peut. Je me souviens de son premier colis… c’était six mois après mon arrivée, sa maman n’avait pas voulu qu’elle m’écrive plus tôt. Sûrement à cause de la grosse somme d’argent qu’il lui avait donné. Elle m’avait envoyé un dessin qu’elle avait fait en classe, avec ses tout nouveaux crayons de couleur. C’était une magnifique jacinthe, elle avait dû finir son crayon violet pour la colorier ! Je l’ai tout de suite accroché au plafond, au-dessus de mon lit, pour pouvoir l’admirer chaque fois que je ne trouvais pas le sommeil. Le dernier colis qu’elle m’a envoyé est pour moi le plus précieux. C’était il y a dix jours. Je n’avais pas reçu la lettre de la semaine et je commençais à m’inquiéter quand le préposé aux colis a toquer à ma porte. La joie m’a envahi immédiatement. Lorsque j’ai ouvert le paquet, mon cœur a failli cesser de battre. Il y avait un vieil ours, tout usé par le temps. Je l’ai reconnu tout de suite, c’était Lopi, son ours en peluche. Elle m’en avait parlé tant de fois dans ses lettres, son Lopi, son doudou, son ours adoré. Pourquoi ma petite Mona me donnait-elle ce à quoi elle tenait le plus ? Le mot qui allait avec disait :
 « Je te confie mon Lopi, et réunis ainsi les deux êtres qui me sont le plus chers.
Avec tout mon amour, Ta Mona qui t’aime »

Un sentiment de honte m’avait envahi. Elle m’aimait tellement ! Pourquoi moi, un vieillard de cinquante-sept ans qui croupit en prison depuis dix ans ? Ma mignonne petite Mona….
Depuis ce jour, son ours trône en place d’honneur sur ma table de nuit. Je le regarde longuement et pense à ma petite Mona, cette pauvre petite chose condamnée à m’aimer. Comme j’aimerais qu’elle m’oublie et vive pour elle, pas pour moi.
Il m’arrive souvent de ne pas trouver le sommeil.  Je pense trop. Je pense sans arrêt à ce soir-là, il y a dix ans. Ce soir où tout a basculé. Je m’en souviens parfaitement. Il était vingt heures, j’étais sur le chemin du retour après une dure journée de travail. Encore une journée de merde qui finissait. J’allais bientôt retrouver mon appartement de célibataire, comme tous les soirs depuis la mort de ma femme dix ans plus tôt. La rue était déserte, il faisait chaud. J’avais ouvert les fenêtres avant de la voiture. Pas un bruit, pas un chat, pas âme qui vive aux alentours. Même les maisons semblaient vides. J’étais seul, désespérément seul.

Quand tout à coup, un cri avait éclaté dans la nuit. Un cri déchirant. Mon cœur avait pleuré en entendant ce cri. J’avais arrêté  la voiture, et j’avais couru. Couru vers ce cri qui m’appelait, qui me hurlait d’agir. Et c’est là que je l’ai vue pour la première fois, pauvre petite chose recroquevillée à ses pieds. Elle pleurait doucement. Et son tortionnaire riait de plaisir. J’avais failli vomir. Sans réfléchir je m’étais jeté sur lui de toutes mes forces, le cri de ma petite Mona résonnait encore dans mes oreilles. Je l’ai frappé encore et encore jusque sentir son sang couler entre mes doigts. J’ai agrippé ses couilles et j’ai serré, je les aie broyé pour plus jamais qu’il ne s’en serve. Ensuite, tout s’était passé très vite. Je me souviens de son visage. Il souriait encore à la barre, de ce même sourire vicieux qui avait blessé ma petite Mona. Il m’accusait de l’avoir agressé, lui, le fils de ce si haut dignitaire. J’étais devenu l’agresseur maintenant.
Je n’avais écouté que d’une oreille le verdict qui allait ruiner ma vie. Mon avocat m’avait soufflé qu’il avait fait ce qu’il pouvait, mais que je n’aurais jamais dû m’en prendre à une personnalité publique. Qu’importe. Je ne pensais qu’à ma pauvre petite Mona ce jour-là. Personne n’avait pris la peine de l’entendre. Elle avait hurlé au monde ce qu’il lui avait fait, mais personne ne l’avait écouté. Personne n’avait même pris la peine de l’examiner pour prouver ses dires. Elle fut envoyée voir des psychiatres, qui lui diagnostiquèrent un sévère choc psychique. Elle n’avait que huit ans. Ma mignonne petite Mona.

Aujourd’hui elle en a dix-huit. Dix-huit et au lieu de vivre sa vie comme toutes les jeunes filles de son âge, elle la gâche à s’occuper d’un vieillard comme moi, qui l’a sauvée il y a dix ans.
 Il reste comme un goût d’amertume, quelque chose d’inachevé. Demain je sortirai d’ici. J’ai payé ma dette à la société mais lui il ne voit pas les choses comme ça. Il veut me faire la peau, il me l’a promis il y a dix ans.


Qu’importe.


 En partant d’ici je n’emmènerai avec moi rien d’autre que son précieux Lopi. Elle m’a dit dans sa lettre d’hier qu’elle m’attendrait à la sortie. Vais-je la reconnaître ? Que va-t-il se passer ?



       Foutue prison. Foutue société de merde pourrie jusqu’à la moelle, j’en ai ras-le-bol de leurs embrouilles. Trois semaines, trois semaines qu’ils m’ont fait poireauter en prison avant de me laisser partir. Ils ne tenaient vraiment pas à ce que je m’en aille. Mona n’était pas là. Normal, elle a dû venir au rendez-vous, alors comme je n’étais pas là elle a fait demi-tour tout simplement. J’espère qu’elle va bien, qu’il ne lui est rien arrivé. Cette ordure de fils de pute a juré d’avoir ma peau, il pourrait bien passer par elle pour m’atteindre. Non. Ça ne sert à rien d’y penser, il ne sait même pas où elle habite, ni à quoi elle ressemble. Sauf si lui il l’attendait il y a trois semaines… Ma petite Mona, je n’ai plus de nouvelles depuis, Dieu j’espère que tu vas bien. J’espère que ce chien ne t’a pas touchée, pas encore !

Maintenant que je suis sorti elle va pouvoir reprendre sa vie. Il suffit que je parte, n’importe où, cette ordure veut ma peau, il va me poursuivre, mais cette fois je ne le louperai pas, une balle entre les deux yeux, comme les chiens.
 Avant ça il faut que je vérifie que ma petite Mona va bien. Je sais où elle bosse, Callaghan me l’a dit hier quand je suis passé le voir. Il dit qu’elle est venue toutes les semaines à son bar pour déposer ses lettres, c’est pour ça qu’elles provenaient de ce vieux loup les enveloppes. Il dit aussi qu’elle a du tempérament, qu’elle en a dans le ventre. Ma mignonne petite Mona… Je passerai juste pour t’apercevoir, pour voir que tu vas bien. Après je file. Il ne faut pas que tu me vois, c’est trop dangereux.


Je marche dans ces allées puantes et sombres et j’me sens pas bien. Y’a un truc qui cloche. Je suis presque arrivé jusqu’à ton bar et je me dis que ça sent l’embrouille tout ce merdier. Le mec derrière moi  a pas l’air de vouloir me lâcher le cul et s’il continue il va s’en prendre une sévère. Je sais pas trop quoi faire. Je peux plus faire demi-tour, le bar est là, il faut au moins que je rentre dedans. Mona je t’en supplie ne me regarde pas. J’entre.
Tu es là, sur scène, magnifique. O ma mignonne Mona comme tu as grandi ! Je n’aurais jamais dû venir, quel gros con,  tu es là, tu vas bien mais maintenant ils se demandent ce que je fous là. Il faut que je fasse demi-tour tout de suite, que je sorte d’ici avant que tu m’aperçoives. Trop tard. Tes cheveux sentent le miel. Tu t’es jeté dans mes bras dès que tu m’as vu, et j’ai vu dans les yeux du mec que t’étais foutue. Il sait maintenant où tu es et ce que tu vaux pour moi. Il faut partir Mona, pas le temps de discuter. Je suis tellement désolé de te foutre dans ce merdier mais ce chien, celui qui t’as volé ta vie, il veut finir son boulot, il veut ma peau et il veut te voir crier. On a plus le temps, il faut déguerpir.



" une goutte d'eau est peu de chose. Mais, unie à un lac, quand séchera-t-elle? "

Ananda Dhvaja Sri Badhra


"Quand on est dans la merde jusqu'au coup, il ne reste plus qu'à chanter"

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Re : Un goût d'amertume *contenu explicite*
« Réponse #1 le: 20 Février 2014 à 11:36:14 »
Un texte plutôt bien écrit! Je suis assez adepte des changements d'ambiances radicaux dans un même texte et je trouves que tu manies bien ta plume. J'ai été assez émue de cette petite Mona et de l'histoire horrible qui lui est arrivée. Un peu déçue par la fin (ou plutôt horrifiée ^^), sans doute parce que je voulais que ça se passe bien, pauvre romantique que je suis! ^^. Si le thème pour ton texte est "amer", j'ai un peu l'impression par moment qu'il était forcé, ou une fois de plus, c'est parce que j'aurais voulu voir autre chose peut-être... Enfin bref, en tout cas, c'était un  plaisir de te lire!
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Re : Un goût d'amertume *contenu explicite*
« Réponse #2 le: 21 Février 2014 à 15:40:21 »
Merci beaucoup :) tu pense qu'l y a des choses à améliorer et/ou changer ? comme c'est pour un concours je vais essayer de le finaliser un maximum  ;D
" une goutte d'eau est peu de chose. Mais, unie à un lac, quand séchera-t-elle? "

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Re : Un goût d'amertume *contenu explicite*
« Réponse #3 le: 21 Février 2014 à 19:15:19 »
Bonsoir !  ^^
Alors alors, j'ai le don de ne pas faire de commentaires constructifs quand il s'agit d'un texte que j'aime plutôt bien! Donc tu peux en conclure que là, c'est le cas! Ton texte à beau être un peu 'long' franchement ça ne dérange en rien. Ton écriture est fluide, ça se lit tout seul. On veut arriver au bout de ton texte. Pour le reste, en ce qui concerne les changements d'ambiances, mon avis rejoint un peu celui de Humo'! Enfin voilà, au plaisir de te lire une prochaine fois!  ;)
Toujours plus c'est encore mieux. ( http://waspiration.blogspot.fr/ )

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  • Tabellion
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Re : Un goût d'amertume *contenu explicite*
« Réponse #4 le: 22 Février 2014 à 17:21:17 »
Merci beaucoup  :-[ une idée quand même de ce que je pourrais améliorer ?  ><
" une goutte d'eau est peu de chose. Mais, unie à un lac, quand séchera-t-elle? "

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Re : Un goût d'amertume *contenu explicite*
« Réponse #5 le: 05 Mars 2014 à 14:11:23 »
Oui effectivement je me suis inspirée de ce personnage ! :P C'est un film que je trouve magnifique et j'avais envie de rentrer un peu dans la tête du personnage de Buce Willis, et puis j'ai adoré m’approprier l'ambiance et le personnage.
" une goutte d'eau est peu de chose. Mais, unie à un lac, quand séchera-t-elle? "

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