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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les passagers

Auteur Sujet: Les passagers  (Lu 1557 fois)

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Les passagers
« le: 06 Janvier 2014 à 17:27:48 »
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« … déborde … »
« … enfin n… … nis autour… impérial »
« … autres temps, ils… »
« … quelques spécimens … »



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-   Des extraterrestres ! Mais bien sûr ! Vous vous foutez de ma gueule ou bien ? Je vous préviens, si vous me ramenez encore une plaisanterie du genre vous pourrez vous trouver un autre job. Non mais c’est quoi ces conneries ?
Leslie n’eut pas le cœur de contester. Après tout, lui-même avait pu se faire duper aussi bien que d’autres. Le chef Nantier n’y connaissait rien en vidéo-montage, et c’est tout le crédit que sa vidéo porterait à ses yeux. Le doute s’était d’ailleurs installé auprès de lui-même, lorsqu’il avait visionné à nouveau sa bande, et qu’il avait constaté en arrière plan de la ruelle un homme qui observait la scène d’un œil averti, presque complice. Il évitait généralement les raconteurs par fibre journalistique, et se montrait fier d’arborer les couleurs de sa profession avec un sérieux reconnu. On n’était pourtant pas en temps de paix, dans le secteur des médias. La désinformation battait son plein, entre autres contextes de la communication de l’époque, et de bons journalistes un peu critiques faisaient parfois office de cible de canulars éhontés.
‘Mais cet être’, se dit-il.
Un corps effilé, et grand, si grand et mince, qu’aucun homme n’aurait tenu dans un pareil costume. Ses formes adoucies sous un t-shirt et un short à poches l’avaient interpellé, tout comme son visage ovale et sa peau grise. Ses bras, ses jambes, son visage, toute son anatomie luisait d’une couleur matte et irrégulière. Ses doigts fins avaient semblé flotter en l’air avant qu’il les pose sur la barrière d’un parc, et franchisse celle-ci d’un pas léger, presque fantomatique.
‘Je venais de filmer la prestation d’une troupe d’art urbain itinérante, avait-il raconté à Nantier, c’est pourquoi ma caméra était allumée. J’avais bifurqué en partant derrière le paté de maison, dans une ruelle plus calme donnant sur l’un des squares de la ville. Je me hâtai à mon tour vers la grille verte donnant par delà des haies d’arbres ceignant le périmètre, et arrivai en trombe au milieu d’un pré d’herbe griffé de chemins joignant les différentes issues du lieu. Le parc était vide, et je restai pantois et essoufflé, cherchant des yeux et de l’objectif de gauche à droite, sans pouvoir imaginer où la chose aurait pu se cacher en si peu de temps.’
-   Non mais je vous assure, continua-t-il. Si c’était un humain, il était vraiment pas ordinaire, et je me demande comment il a réussi à disparaitre si rapidement. En tout cas désolé, je vous trouve autre chose.’ Ajouta-il finalement avant de raccrocher.



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-   J’ai fait un petit test, sur les ondes cosmiques. Des ondes radios. Je les ai téléportées dans le passé, et j’ai mis un capteur là où elles sont parties. Ca marche du tonnerre, on peut leur monter un petit puzzle. De quoi les intriguer un peu, les faire s’agiter du ciboulot pour nous retrouver. T’es pas d’accord ?
-   On est pas là pour faire du bruit je te signale, faut rester incognito dans cette mission, on n’a pas le choix. On est trop différents d’eux.
-   Mais t’as pas compris, on est rôdés. L’histoire le prouve. Tu sais pourquoi on est partis ? Parce que plein d’autres l’ont fait, et que c’était la seule solution. Parmi ces autres, y’en a qui se sont fait voir des gens. Qui ont construit le mythe. Alors je sais pas toi, mais moi je veux en faire partie. Je veux construire le mythe aussi.
-   La blague du siècle, je te jure. C’est des terriens tout simple, je…
-   Mais y’a rien de mal là dedans je te dis. Qu’est-ce qu’on risque ? Que vont-ils nous faire ? S’ils posent des questions nous leur répondront, et ça avancera au moins l’affaire. On sait ce qu’il va se passer, donc autant précipiter les choses.
-   Je suis pas sûr…



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C’est en 2086 qu’on a réellement vu les premiers Passagers. Le scandale s’est passé presque de manière précipitée. Des dizaines, puis des centaines de vidéos furent postées sur le net, montrant en scène les mêmes personnages, de longs humanoïdes à la peau grise, se dérobant dans des lieux hétéroclites. Au détour des rues de Paris, sur le pont de San Fransisco, dans les rizières de Chine, et partout ailleurs.
En raison de la prolifération de ces images, une cellule d’interpol ouvrit une enquête ayant pour principal suspect les logiciels de montage domestiques d’une qualité soit disant intraçable, et ils furent surpris de constater que mêmes les mouchards intégrés dans les appareils indiquaient la probable authenticité des prises de vue.
Rien ne fut engagé contre le mouvement, qu’on suspecta malgré tout d’être organisé, puis mis sous faible surveillance, mais l’opinion publique ne s’en trouva pas pour autant bouleversée. Elle-même se confondait en accusations sur ‘le canular du siècle’, et un crédit incertain courrait à propos de quelconques certitudes au sujet de la trivialité de l’histoire.
Ce fut le temps aux sbires du gouvernement de constater par eux-mêmes quelques cas, le temps  que la situation se soulève. Alors, le sujet entra dans la politique nationale. Il fut pris comme décision d’ordre général de cerner les tenants et les aboutissants du sujet, et avec quelques mots bien ficelés de plus, les figures emblématiques ordonnèrent la chasse au mystère. Il n’était plus question d’observer, mais de passer à l’action à l’encontre d’une éventuelle maladie, ou d’un simulacre terroriste visant à démanteler la population et la bousculer dans l’opprobre. Il fallait à tout prix parvenir à un contact avéré avec la vérité drapée sous la surprise initiale.
Deux divisions professionnelles furent donc mises sur pied, comprenant pour l’une des diplomates armés, des médecins et divers biologistes, ainsi que d’éventuels experts en symboles et communication extra humaine, et pour l’autre une équipe de fins limiers qui tenta dans sa direction de soulever le potentiel réseau sous le masque de ces semblants d’extraterrestres.



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-   Bon… On peut rétrécir le temps, mais on ne peut pas l’étendre. C’est pas grave, considérons simplement que c’est le contrat. Donc il faut y aller de manière progressive. Pas tout bouffer d’un coup, sinon on se retrouve trop vite coincés.
-   Mouais. Mais en même temps on n’a pas trente-six endroits où aller. Mais je vois où tu veux en venir. Et sinon, tu y connais quelque chose toi, à leur géographie ?
-   Non, pas vraiment. Enfin, c’est tout des petites villes disséminées un peu partout avec quelques grandes assez bien réparties, je crois. On devrait pas trop se planter.
-   Ouais mais comment on fait pour aller aux bons endroits. Y’a pas de transports de masse qu’on pourra utiliser une fois là-bas. Du coup faut déjà prévoir où on va, et pour ça faut connaitre leur géographie.
-   Mais on s’en fout de où on tombe. C’est partout pareil.
-   Non non, je t’assure, c’est pas partout pareil. Dénichons quelques cartes, observons un peu ce qui serait le meilleur endroit, et ensuite on y va.





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Jamais ils n’ont pu les coincer. Parmi la bonne centaine de milliers apparus en début quatre vingt six, aucun ne fut jamais attrapé, ni même approché à moins d’un mètre. Tous parvinrent à s’enfuir, et on s’aperçu rapidement qu’ils avaient la capacité de disparaitre à volonté, ce qui expliqua que plus jamais on ne les revit. Enfin, plus jamais ne fut pas le mot. On continua à rapporter des apparitions, mais elles se raréfièrent à un tel point que plus jamais le gouvernement ne fut en mesure d’approcher ces spécimens. Impossible de dire non plus où ils disparaissaient.
Comme aucun incident ne survint à leur propos, on en vint à les considérer comme presque naturels. Plus personne ne s’indignait de ces manifestations et des rapports parfois méticuleux les concernant, ceux des rares qui avaient l’occasion de les voir. ‘Les Passagers’ fut donc leur nom en dépit du fait qu’on ne savait absolument rien de ces êtres, ni de ce qu’ils faisaient ‘sur la terre’. De nombreuses histoires naquirent à leur sujet. Plusieurs évoquaient l’existence d’un vaisseau mère caché derrière la Lune, et des prélèvements scientifiques élaborés par une espèce supérieure. On entendait parler d’espèce pacifique lorsqu’on écoutait les discours logiques suivant l’inactivité des observations, et d’extraterrestres sournois dans des racontars pour faire peur, quoique ceux-ci ne fussent également prouvés ou réfutés. Comme personne n’avait pu les approcher, les spéculations allaient bon train. On entendait également parler de mutants, de monstres, et de diverses théories presqu’irrationnelles qu’on voyait ressurgir sans explication ni contre-exemple, laissant au compte de la procrastination l’assurance d’une quelconque définition à l’encontre de ces créatures.
Au bout d’un siècle, on ne parlait plus que comme d’un fait divers, de ces incidents du passé, qui restaient absolument sans conséquence avec les réalités de la population. Le suproductivisme et les nouvelles technologies et ressources battaient leur plein, ce qui assurait un train dynamique à un monde sur lequel la paix semblaient s’être installée, du moins du côté des armes. La course effrénée soulevait bien différents protagonistes, mais pas un des états ne se valait, et les inégalités s’effaçaient peu à peu face à l’expansion de l’espèce.
On eut plus tard à remettre le plat sur le coup du canular, et il fut admis qu’en dehors de toute certification, le sujet restait à classer. Pas de preuves, encore moins d’impact réel. Les gouvernements avaient lâché l’affaire depuis bien longtemps lorsque l’opinion publique n’en entendit plus abondamment parler, mais cela survint malgré tout, une bonne centaine d’années après les événements de quatre vingt six.
C’est quand on entendit parler d’événements similaires survenus à plusieurs personnes avec ces humanoïdes, qu’on en vint à suspecter le voyage dans le temps.



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-   Et bien nous sommes contents de tomber sur vous ! A vrai dire, il parait d’après les livres qu’on a choisis le bon temps, et on se comprend quand je parle aussi de votre excellente météo. Donc, voici le théâtre du règne des rétrogrades. Quel monde vous avez ici alors ? Parce qu’ils vont tout changer dans…
-   C’est la crise. Toujours et depuis maintenant des siècles.
-   Et ça va continuer, restez pas inquiets.
-   C’est le principe. On se ratatine par l’oisiveté. On n’a plus rien à faire alors on ne fait plus rien. On est là, et plus rien ne nous donne envie, car tout à été fait. Le précieux décompte a commencé. Nous en sommes à 10 sur l’échelle de Vinci, l’échelle des inventions à découvrir avant de pouvoir nous échapper de ce monde. L’aléatoire de l’ennui qui nous incombe dépend d’on ne sait quelle machinerie, et il nous est impossibles d’y découdre.
-   On est au courant… C’est le temps. Voilà pourquoi on part se réfugier dans le passé.
-   Oui, d’ailleurs on se demandait, vous qui venez du futur… est-ce que le trop plein démographique est dû aux rétrogrades ?
-   Ah bin ça effectivement, on peut dire que ça pollue, tous ces trucs, mais qu’est-ce tu veux.
-   Il y en a qui disent que c’est pas bien mieux au final, de vivre caché dans cette époque.
-   Mais vous êtes pas au courant… les rétrogrades prennent d’assaut le gouvernement dans quelques décennies. C’est un peu pour ça que c’est maintenant le paroxysme, parce qu’après c’est devenu de plus en plus impopulaire. On y vient justement. Sauf que nous on part vraiment pour le passé. Parce qu’au final, fuir la crise pour se retrouver dans la crise, la même, je vois pas ce que ça avance, sinon l’intérêt de savoir quels trucs de l’échelle ont avancé.
-   Ah oui, vous êtes de loin vous ?
-   Echelle 1, mais ça fait six cent ans que ça dure.
-   L’échelle 1 ! Mais vous avez quoi ? Et il vous reste lequel ?
-   Bin disons un et demi, en fait. Parce que le voyage dans le temps, comme on l’avait sur nous, on a pu commencer à le théoriser, mais le truc c’est, comme vous le savez… qu’on peut pas aller dans l’avenir.
-   Et ça dure depuis le quatre celui là !
-   Moi je dis qu’on devrait aller suggérer nous même l’idée de l’échelle de Vinci au gouvernement responsable… c’est quelle page, Nigel ?



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Lorsque les premiers témoignages de voyages dans le temps affectèrent la population, on ne fit pas immédiatement la relation avec les hommes gris. Quelques personnes s’étaient présentées sous l’appellation de ‘rétrogrades’, et ils avaient démontrés, preuves à l’appui, que leur métabolisme avait développé la faculté d’agir sur le temps en parvenant à un stade de vibration superluminique, les entrainant à remonter la courbe du temps. Ainsi ils étaient capables d’aller plus vite que le temps lui-même, ce qui leur faisait observer la machine inverse de celui-ci, le temps d’un voyage d’un point B à un point A.
Et lorsqu’on interrogea ces personnes, elles avouèrent venir d’une période de l’humanité en crise, et que leur pouvoir leur avait offert une sortie de secours salutaire. Les quelques siècles qu’ils avaient d’avance ne leur avait pas profité et ils avaient préféré revenir ‘à l’ancien temps’. Parmi eux se trouvaient des hommes d’un futur si lointain que leurs corps ne ressemblaient plus à l’an deux mille, et arborait une peau vieillie par les lumières artificielles. Ainsi fut évoquée la date du premier janvier deux mille quatre vingt six, date du rendez-vous des plus anciens face à la population du passé, la Vague grise. D’autre part, les gens furent au regret d’apprendre qu’il leur faudrait encore quatre siècles et demi avant de voir les premières manifestations surnaturelles d’ordre psychique. Tous ceux qui se prétendaient rétrogrades venaient donc forcément d’un autre temps, et cela inquiéta la population, qui se sentait étrangement envahie. La confiance ne régna pas envers ces personnes qui limitaient la plupart de leurs réponses, soit disant pour ne pas gâcher le plaisir, et quelques fois avec des termes du genre ‘paradoxes temporels’, allusions rapidement réprimandée par l’ironie malsaine non sans rapport avec une certaine jalousie éprouvée par les gens normaux.
Mais comme pour tout, on finit par s’y habituer, et on savait que les rétrogrades ne faisaient pas non plus légion, quoi qu’on puisse en dénombrer beaucoup sur les plus de mille ans de leur existence. ‘Les passagers’ resta leur nom par le bien trouvé du terme. En effet, constamment en voyage vers on ne sait vraiment quelle époque, on était donc au courant que certains devaient probablement se cacher dans la plupart d’entre elles, puisqu’on n’avait encore jamais entendu parler d’eux.
Les hommes gris constituèrent le déclencheur de l’intérêt qu’on porta aux rétrogrades. La curiosité pris rapidement le dessus des chercheurs, biologistes et autres anthropologues, et alors qu’ils étaient très difficiles à approcher, une réputation les précéda qui amplifia le phénomène, le mystère entretenu par ces êtres qu’on prétendait supérieurs et qui se refusaient à tout contact avec la population. Ce fut d’ailleurs le mot d’ordre pour tous ces réfugiés. Pas un ne parlait de son temps, et il était impossible de les faire fléchir là-dessus. Mêmes les plus jeunes d’entre eux, entendant là leur jeunesse générationnelle.



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-   Les premiers rétrogrades. Nous étions curieux de vous rencontrer voyez-vous. Nous nous demandions comment cela avait pu commencer.
-   Comment nous nous sommes penchés là-dessus ? Mais comme pour tous les psychiks, par l’ennui. Les premiers télé-kinésistes restaient des heures immobiles à ressentir les choses autour d’eux. Les premiers télépathes se focalisaient sur les gens. Pour le temps j’imagine que c’était l’ennui lui-même, qui nous ennuyait. Là ça fait quelques années que le pouvoir tourne, on commence à bien s’en servir.
-   Vous avez déjà rencontré des nôtres ?
-   Oui, on s’est rapidement habitué au fait d’être visités. Le début du voyage dans le temps, ça nous paraissait pas anormal que des gens du futur viennent nous voir. Il parait que c’est en trois mille sept cent quarante deux que la Crise de l’Ennui a prit fin.
-   Ah oui ? C’est pas si loin de nous que ça au final, on avait juste un petit siècle à attendre.
-   La moitié de nos vies ouais, mais c’est vrai que c’est frustrant d’avoir pu voyager déjà sur un millénaire alors que la petite centaine d’années qu’on aurait vraiment voulu voir nous aurait à jamais été inaccessible.
-   Comment a changé la planète, chez vous ?
-   Et bien comme on se faisait tous chier à mort avec nos gadgets et nos trucs des années folles, on a décidé que vivre était un calvaire certes honorifique, mais dispensable à beaucoup de personnes. On a détruit beaucoup de choses, en laissant juste des traces d’un peu de tout, et on s’est rassemblés dans d’énormes mégapoles. Avec des transports comme les nôtres, la terre est devenue un peu plus sauvage, et donc attrayante, mais comme pour tout, ça a fini par lasser. On a également une ville sur la Lune, c’est sympathique. Quant à Mars, les premières missions de terraformations s’agitent encore dessus. Pour les autres planètes on a que ça, mais des satellites ont pu être approchés. Parmi eux Europe, bien évidemment. On y achemine de la glace et de l’eau pour la terraformation de Mars, justement.
-   Ow, ça a l’air intéressant malgré tout.
-   Oui, avec la plupart des inventions, on a déjà pu s’atteler à des travaux d’envergure qui nous motive, c’est probablement l’époque du début de l’activité humaine à travers le système solaire, et plus loin. Reste les formes de voyages dans l’univers à placarder et nous pourrons nous barrer, et peut être trouver une autre terre avec de la vraie vie, et non celle de synthèse qu’on est obligée de se coltiner à partir des siècles vingt-huit et vingt-neuf.



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En raison des rares indications des rétrograde, personne n’en vint à se douter de ce qui allait se passer. On ne les vit quasiment plus au détour des années deux milles deux cent, et alors que le dynamisme de l’espèce commençait à décroitre par la répétition, certains audacieux tentèrent de défier leurs dires, et se mirent en quête de capacités surnaturelles. Il n’avait jamais été question de ceux qui perceraient, mais tous ceux qui tentèrent se firent leurs propres espérances, parmi le panel des plus probables. Certains amateurs créèrent rapidement un parti, qui ne ressemblait ni à une secte, ni à une religion, mais dont la foi inébranlable se fit remarquer. Les membres passaient le plus clair de leur temps en méditation profonde, enfermés dans des lieux retirés et propices à leurs expériences.
Tous étaient persuadés que l’idée se devait d’être travaillée pour parvenir à un résultat. Ils disaient que le seul moyen de s’exercer aux défis psychiks passait par la pensée. Certains se nourrissaient donc de formules scientifiques, de données physiciennes, de théories quantiques. Ils cherchaient le moyen pratique et logique de parvenir à leurs fins.
Ils furent rapidement sur le point de reconnaitre que les savoirs sur le cerveau humain étaient déficients, mais aucun des médecins qu’ils contactèrent ne purent leur fournir d’indices avant des décennies. Ils se heurtaient à des problèmes d’algorithmes du vivant et du non-vivant, généralement formulées par des questions ésotériques tentant d’agripper des problématiques de philosophie, d’alchimie, et de physique quantique. La passerelle ainsi soulevée était friable, mais on poursuivait une certitude affirmée par la présence des rétrogrades, ce qui fut l’atout de sa viabilité.
Ces débuts revêtirent parfois la consistance des véritables déboires humains. Les adeptes finissaient par perdre la tête à se concentrer sur des expériences aussi vaines, et on ne compta plus leurs exploitations de la médecine psychiatrique, au début à titre d’enquête, puis de réel suivi.
Une grande masse de désespoir s’abattit alors sur la partie active du système. Lorsque d’autres attendaient patiemment le temps venu, les concernés, qui avaient tentés de surpasser le temps, en venaient à se demander s’il n’était pas possible qu’on s’attarde, et qu’on perde le fil à tout jamais. Leurs tentatives si dérisoires et leurs échecs soldés n’attendaient plus qu’un miracle pour se soulever, et c’est pour ça qu’avant la Crise de l’Ennui, personne ne parvint à des résultats concrets.
Pas même la division secrète du gouvernement, dont les multiples pointures s’écrasèrent sur le mur de l’incompréhension.



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-   Alors c’est comme ça, avant la Crise. C’est la première fois qu’on croise des gens de notre époque, vous êtes partis il y a longtemps ?
-   Oui, on a pas mal sillonné les années trois mille, pour s’amuser à monter les quelques lois de Vinci, modestement bien sûr. Et on ne s’est pas cantonné à des visites rapides, ça fait plus de cinquante ans maintenant, qu’on vit dans le passé. On a pas mal rencontré d’autres voyageurs d’ailleurs, vous n’êtes pas les premiers et ça ne m’étonnerait pas que vous soyez allé un peu vite. Vous allez vous faire tout autant chier, si vous remontez trop loin. N’oubliez pas que si eux sont contents des découvertes qu’ils font, nous on les a déjà.
-   Oui, c’est vrai, mais être là quand ça arrive et voir l’impact que ça a, c’est une toute autre expérience. Au final on ne sait rien d’avant les années deux milles.
-   Mais on aura bien le temps, avec la longévité qu’on a.
-   On fait bien comme on le sent, vous privilégiez l’histoire vieille, nous la jeune, c’est pas si grave que ça.
-   Vous avez raison. A ce propos il y a un meeting, je vous en parle parce que c’est pour nous, les Gris. Comme c’est tout nouveau pour l’humanité, cette couleur de peau, on s’est dit qu’on leur ferait une petite blague. On a donc tous rendez-vous le premier janvier quatre vingt six, on fait une petite apparition de masse ce jour là sur toute la planète, et ensuite on va se réfugier au pôle sud. Comme on est presque les seuls à avoir également des machines qui voyagent dans le temps, certains ont décidé de se faire un énorme bunker secret là bas. Ils l’ont planté à notre époque et ont enclenché une supermachine. Du coup on a déjà notre hôtel là bas, c’est pas génial ?
-   C’est même parfait !



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La Crise de l’Ennui survint en deux mille quatre cent trois. A vrai dire, le dynamisme de l’espèce avait rencontré un mur des décennies auparavant. Ce fut la remarque d’un apolitique mondialement suivi pour ces diverses chroniques. Constatant le déclin de l’activité humaine, il houspilla au scandale, sans savoir que sa trouvaille n’était pas aussi aisément corruptible qu’elle en avait l’air. Ainsi débuta la longue période de vacuité que rencontra l’humanité.
Les produits phares de la société se reposaient sur d’anciennes idées que les publicitaires essayaient de remettre au gout du jour. La mode avait creusé tant de sillons dans son cycle que plus personne ne s’y attardait sans finir par penser au conformisme qui se mettait peu à peu en place. Plusieurs anthropologues certifièrent que toute l’histoire n’était que question de cycles, et qu’à une période d’hyperactivité suivait généralement une autre emprunte de stabilité.
Mais l’opinion publique était trop habituée à entendre des termes comme ‘révolution’, ‘nouveauté’, et tout ce qui entendait le mouvement. Elle plongea donc dans une profonde léthargie lorsque se profilèrent les horizons identiques et moroses d’une période à vide.
C’est à partir de cette période que l’humanité se rassembla autour d’elle-même. On mit sur place un gouvernement international censé diriger l’espèce entière, et celui-ci se mit à l’élaboration d’un cahier des charges très strict, celui de toutes les contraintes humaines à subvenir. Des départements tels que ceux de la morale, de la culture, de l’identité, des ressources, des relations, entre autres, firent leur apparitions et commencèrent à brasser des idées qui se voulaient le plus durables possible dans leur exactitude.
Ainsi débuta donc la longue guerre des idées.
Les premiers psychiks se manifestèrent quelques centaines d’années plus tard.
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Hors ligne Kathya

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Re : Les passagers
« Réponse #1 le: 18 Janvier 2014 à 22:04:51 »
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Après tout, lui-même
C'est bizarre de dire "lui-même" alors qu'à ce moment-là on sait pas trop de qui on parle. Ça aurait été plus fluide de dire "le chef lui-même..."

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Le doute s’était d’ailleurs installé auprès de lui-même, lorsqu’il avait visionné à nouveau sa bande
En fait Leslie est un homme ? O.o Y a trop de "il" et de "lui-même" je vois pas de qui on parle.

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entre autres contextes de la communication de l’époque
Lourd.

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luisait d’une couleur matte
Mat signifiant "qui ne brille pas", luire d'une couleur matte, ça m'évoque rien.

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Ses doigts fins avaient semblé flotter en l’air avant qu’il les pose sur la barrière d’un parc
Un humain standard qui pose la main sur quelque chose a aussi les "doigts qui flottent dans l'air".

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le paté
pâté

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un pré d’herbe griffé de chemins joignant les différentes issues du lieu.
Un pré y a souvent de l'herbe, des chemins moins souvent. C'est un parc ?
Edit : Oui en fait c'est un parc dans la phrase suivante.

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on est rôdés.
rodés

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terriens tout simple,
simples

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nous leur répondront
répondrons

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soit disant
soi-disant

Citer
Ce fut le temps aux sbires du gouvernement de constater par eux-mêmes quelques cas
Lourd

Citer
on s’aperçu
s'aperçut

Y a de l'idée mais j'accroche définitivement pas à la forme. Le style "encyclopédie" devient rapidement pesant, et, même s'ils sont blasés, ces fameux passagers qui ne s'expriment qu'en mode discussion de comptoir ne trouvent pas grâce à mes yeux.  ><

Dommage, car j'en attendais plus...  ::)
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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