Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 octobre 2026 à 04:42:56
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Le Monde de L'Écriture » Messages récents

Messages récents

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Défis Tic-Tac / Re : Les défis tic-tac
« Dernier message par Luna Psylle le Hier à 14:05:13 »
Salut,

Promis, je passerai te lire, Aléa, sitôt que mes sinus me laisseront un répit (ils se sont bouchés dans la soirée d'hier et la réflexion est lente depuis ce matin ><) et que je n'aurai plus le nez dans les devoirs de mon loulou :calin:

Une bonne journée,
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Défis Tic-Tac / Re : La maison hantée [Défi Tic-Tac 22.10.26]
« Dernier message par Aléa le Hier à 14:00:07 »
L'idée est trop cool franchement, tu pourrais en faire un texte plus long si tu l'aimes bien ca marcherait  ^^ ca donne envie d'en savoir plus pour savoir comment ca fonctionne tout ca
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Défis Tic-Tac / Re : Les défis tic-tac
« Dernier message par Aléa le Hier à 13:58:46 »
Enfin fait quelques jours après  :mrgreen:
C'était bizarre jsuis une mamie de l'écriture, mais c'était chouette ca m'a fait trop plaisir d'écriture aaaah, merci pour la session c'était sympa aussi de vous lire !!
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Textes courts / Flora
« Dernier message par Dian le Hier à 13:40:11 »
L’admiration que Titien vouait à Leonardo était sans bornes. Son désir était ni plus ni moins que de faire sa version personnelle de la Joconde.
Il opta finalement pour Flora, la déesse du printemps.

L’amateur dit au conservateur :
« Vous ne trouvez pas que Marcel Duchamp a un peu exagéré ?
- Expliquez-vous.
- Je veux dire que, tout novateur qu’il était, c’était aussi un très bon commercial, qui savait flirter avec les tendances.
- Allons donc ! »

Titien se mit en quête d’un modèle, mais n’en trouva pas.
On était justement au printemps. L’air vibrait. Quelqu’un frappa à la porte de l’atelier. Titien alla ouvrir. C’était une femme.
« Tu cherches un modèle, Titien, me voici. Je suis Flora, ta fille, ta sœur, ta mère et ton amante, si tu veux bien. »

« Je pense que l’art contemporain n’aurait jamais pris s’il n’avait été la conséquence d’un coup de poker.
- Il est clair que, d’une certaine manière, Duchamp a misé. C’est une caractéristique de l’innovation.
- Léonard de Vinci ou Poussin furent aussi des novateurs en leur temps. Et ils n’ont misé sur rien tu tout ».

La surprise de Titien fut extrême, et sa joie aussi.
Titien peignit le portrait de la vraie Flora, la déesse du printemps – celui que tout le monde connaît.
Entre les séances, ils allaient se promener par les rues et les jardins.
Titien se promenait avec une déesse.

« A chaque époque son esthétique. En exposant sa cuvette dans un musée, Duchamp créait un art interactif, à mi-chemin entre l’art et l’industrie.
- OK, je vous suis pour la forme, mais le contenu ?  Critiquer le contenu pour lui-même ne constitue pas un contenu. Duchamp aurait-il couché avec une femme en béton armé sous prétexte que, dans sa tête, il aurait s’agit d’une femme ?
- Vous raisonnez en dualiste. Chez Duchamp, les concepts de forme et de contenu sont interdépendants. A la limite, ils n’existent plus ... »

Le merveilleux tableau de Titien n’eut pas le succès escompté, bien que ce fut le portrait d’une vraie déesse.
Flora dut repartir dans son étrange pays, situé entre le ciel et la terre.
Titien mourut vieux et comblé d’honneurs.
Après cela, Flora ressuscita son corps et l’emmena dans son jardin éternel, où il jouit encore d’une liberté sans limites.
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L'Aire de jeux / Histoire puzzlée
« Dernier message par Dian le Hier à 10:45:18 »
Saurez-vous reconstituer ce conte démodé ?

Cet été-là fut le dernier de notre idylle. Ma cousine passait pour être riche. Elle avait un tailleur gris, un chignon et des lunettes d’institutrice. Lucie habitait près du village de Boismont un manoir rose et gris flanqué d’une tour ronde au sommet de laquelle oscillait une girouette en forme de sagittaire – une vraie tour d’ivoire. Difficile d’oublier un tel nom, surtout quand on l’a tourné et retourné tant de fois dans son coeur qu’il est devenu peu à peu le refrain d’une chanson sans fin qui parle de campagne, de collines, de bourgs posés de loin en loin dans la brume estivale, de petits murs de pierre ... Mon père obtient une mutation qui m’entraîna bien loin du manoir magique de ma cousine. Elle me montra un album de photos qui datait de notre époque bénie. Ses yeux verts brillaient d’une étrange lumière. Nous nous écrivâmmes avec passion au début, puis les courriers s’espacèrent... Le nom des villages sonnait doucement à mes oreilles (une trentaine de kilomètres nous séparaient) : « Regarde la tête qu’on aura quand on sera vieux ! », et elle éclate de son rire de cristal, sa chevelure rousse de fillette fouettant mon visage d’ado … Ses yeux verts brillent d’une étrange lumière. La première fois que je l’ai embrassée, c’était un jour de grand vent. Ce que j’adorais surtout, c’était venir la retrouver chez elle, dans son jardin. L’existence l’emporta. Penché sur la bicyclette rouillée prêtée pour l’occasion par mon grand-père, je traversais comme un oiseau la campagne verte et jaune qui ondulait harmonieusement sous mes yeux. Je pris la photo dans mes mains : Verteuil, Dampierre, Cheaulois, Le Sentière, Maisnières, Meaucourt … Quant à moi, je l’aimais passionément – en secret, cela va sans dire. Ce fut par le plus grand des hasards que je la revis, en 20… Elle me répond brusquement : « C’est fou comme le temps passe », dis-je, un peu ému. C’est un jour de grand vent. Nous nous perdîmes de vue, Lucie et moi, pendant cinquante ans. C’était dans la banlieue parisienne. En particulier, une photo qui nous représentait, perchés tous deux sur l’escarpolette de la balançoire rouge. J’étais éreinté à l’arrivée, mais la beauté rousse de Lucie et la fraîcheur bleue de son grand jardin avaient bien vite raison de ma fatigue. Mais son regard de jade était le même que jadis. Ma cousine se nommait Lucie, Lucie Damercourt.
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Textes courts / Le Trésor de Kaatje
« Dernier message par Arsinor le Hier à 08:20:23 »
Le Trésor de Kaatje

Chapitre I

Le 14 décembre 1582, vers sept heures du matin, au Petit Cygne, l’auberge de Haarlem, en Hollande, à trois heures de marche d’Amsterdam, dans son lit de sapin sous la croisée fleurie, Kaatje se réveilla d’un sursaut, éblouie. Une brume enchantée inondait tendrement la pièce de sa tiédeur de songe, en transportant dans ses flux de blanc fluide quelques lueurs féeriques de couleurs qui surnageaient sans bruit, dans l’air, sereinement, contournant les obstacles, tourbillonnant doucement autour de la poutre comme un essaim de papillons.
En un clin d’œil, le nuage s’était envolé. Mais il y avait quelque chose derrière elle, au dos. Une surprise. Une boîte. C’était génial. C’était comme si elle venait de naître. Elle essaya de se retourner, pour voir. Se retourner, pour voir. Voir, mais elle n’y arrive pas. Elle réessaie, essaie…
Et pof ! la chambre est vide. Kaatje ouvrit ses yeux bleu ciel et alluma les deux bougies. Ce que la nuit peut être fraîche à cette heure-ci !… Quelle nuit inoubliable ! Quelle nuit resplendissante ! — Que s’était-il passé ? Un rêve. Un simple rêve. Kaatje avait rêvé. C’est à ce moment que Kaatje se réveillait vraiment ; elle n’avait fait en fait que rêver qu’elle se réveillait et qu’elle voyait cette incroyable vapeur blanche étoilée de lucioles magiques. Mais le rêve, lui, était réel, et avait bel et bien été réellement rêvé !
Kaatje songea à toute cette joie de vivre qui l’attendait au cours de la journée. Elle regarda le ciel. L’espérance embellissait l’ombre d’un pin. Des nuages se promenaient dans le tout petit matin ; quelques perdreaux piaffaient… Comme elle était heureuse ! D’habitude, elle considérait sa chambre vide, le bois cassé du vieux coffre, le triste potager, et puis, elle se levait et chaussait ses pesants sabots. Ce matin-là, un petit vent d’amour très froid soufflait en courant sur les murs, faisant sourire la chance.
Kaatje se lève, pimpante et toute allègre, toute fraîche comme une fleur. Puis, elle commence à s’affairer, aussi légère qu’une abeille ou un papillon des îles. Il y avait du travail. Depuis une semaine, elle faisait tourner l’auberge à elle seule. Willem travaillait au chantier naval.
Tout en vaquant à ses tâches, Kaatje revoyait sa vie, comme si elle allait quitter cette auberge pour toujours, et comme si elle allait devoir goûter aux moindres instants de cette journée, car ce devait être les derniers. Nourrir les oies et les cochons, ramener des paniers entiers de légumes à la maison tous les jours, passer son existence dans la cuisine, servir clients, sourire, nettoyer les assiettes à n’en plus finir. Tout cela serait donc terminé. Son époux, Willem, le troisième fils d’un paysan, et elle, la deuxième fille du marchand d’ustensiles de Haarlem, allaient enfin connaître le bonheur.
Le bonheur. De quoi s’agissait-il, au juste ? Elle pensa aux béatitudes de Jésus sans croire à la réalité de ces choses évanescentes. Elle voulait de l’argent. La richesse : tout le bonheur en découlait. Avec tout cet argent, ils pourraient s’acheter un commerce à Amsterdam et devenir de riches boutiquiers. Elle se voyait avec Willem chez le notaire, acheter le local avec une somme considérable. Le notaire se confiait à elle, lui parlait de son fils gérant de l’auberge Le Grand Cygne à Hambourg. Elle se voyait remarquer l’analogie avec son Petit Cygne à eux. Elle se voyait serrant la main à Monsieur Smet, venu chercher des épices rares à sa boutique unique. Elle se voyait prêter cent florins à Mademoiselle van der Meer. Rue des Pénitents, elle surprenait les Pieters, surpris, gênés, bien obligés de la saluer bien bas, rouges de honte, et leur faire un petit signe de considération, avec une feinte simplicité. Elle imaginait le prénom de leur petite fille. Leur adorable petite fille aux joues roses, avec son capuchon tout blanc. Riant toujours, applaudissant toujours de joie, irrésistible dans ses petits habits tout bleus et ses petits souliers cirés, parlant déjà comme une institutrice, mariée à un patron. Et le garçon, reçu à l’université, ingénieur des bateaux, épousant une marquise ! Et elle se rappela leur premier sourire, quand l’azur était plus bleu encore. Chaque pas amenait un souvenir, et chaque songerie un clair nuage ensoleillé, planant au-dessus la plaine.
Et c’est ainsi que Kaatje, tout en songeant ainsi aux choses du futur, se retrouva sur le chemin du marché, balançant gaiement ses deux paniers, à la manière de ces poupées pomponnées qui s’amusent à tue-tête et babillent à cœur joie dans les cours d’Amsterdam. Ce qu’ils étaient bien conçus, ces intérieurs, avec des porcelaines de Chine, alignées sur les bahuts d’Allemagne, ses tapisseries de Perse…
Et c’est ainsi que commença la plus belle des journées de la vie de Kaatje.

Chapitre II

Lorsque Willem fut de retour, par la charrette de La Haye à Alkmaar, Kaatje se jeta à son cou, et lui promit de lui raconter quelque chose d’extraordinaire, le soir venu. Personne ne devait être au courant. Après avoir servi les dîners, et lorsque le dernier client eut fini, payé, devisé, et fut parti, Willem ferma la porte et s’adressa à Kaatje :
—   Alors ?
— Patience ! Asseyons-nous d’abord à cette table !
Elle courut ranger le dernier couvert, essuya la table avec frénésie, se hâta de poser le chiffon, s’assit face à Willem, un grand sourire sur tout le visage, et le regarda longtemps.
— J’ai fait un rêve.
— Ah ?
— Oui. J’ai rêvé que nous étions riches, bientôt, toi et moi. Que nous allions pouvoir rembourser Monsieur Abrabanel, et acheter tout ce que nous voudrions, visiter l’Espagne. Et que pour cela, je devais me rendre à Amsterdam à minuit, ce soir, et faire six fois le tour de la Waag, sur la grande place.
Il la considéra. Elle était rouge comme une rose, et chuchotait très fort. Elle paraissait au comble de la joie. Soudain elle se mit à rire à cœur joie d’une joie si éclatante, qu’elle finit par pleurer, au point de se lever pour donner de la place à ses hoquets. Willem observait sa jeune épouse jubiler comme une folle.
— Tu n’es donc pas heureuse ?
— Quoi ? Comment ça ? Pourquoi dis-tu cela ? Réponds ! Pourquoi ? Mais c’est tout le contraire, enfin ! Je vais aller à Amsterdam et faire six fois le tour de la Waag, et nos problèmes seront réglés.
— Ça n’a aucun lien avec l’argent !
— Je t’ai dit que j’avais fait un rêve !
— Mais qu’est-ce que tu dis ?
Willem s’était dressé sur ce mot, en renversant le banc et en donnant un coup si enragé contre la table qu’il manqua de la casser, en criant comme ces hommes qui donnent des ordres aux esclaves. Un air de désolation remplaça le sourire de Kaatje. On aurait dit qu’il était prêt à attaquer. L’un comme l’autre ne savait que faire. Et comme Willem se mit à songer qu’il se trouvait debout sans raison, et qu’il devait effrayer sa femme qu’il était censé protéger, il avait l’air penaud devant sa propre colère. Il ramassa le banc, but un verre, et soupira.
— Eh bien ! reprit Kaatje. Tu auras au moins prouvé qui était le chef dans cette maison. En attendant que tu sois calmé, je vais à Amsterdam par le bateau de dix heures. Ainsi, je pourrai m’y promener toute la nuit, et visiter toutes les ruelles en attendant minuit.
— Tu sais bien, je me fâche toujours, j’ai beaucoup travaillé au chantier, je suis moulu !
— Oui, tu es moulu. Bonsoir.
— (L’empêchant de sortir.) Les rues ne sont pas sûres.
— Pas plus qu’ici, apparemment.
—   Il y a des brigands, dehors.
—   J’en ai un devant moi.
— Tu ne vas pas sortir à minuit.
— Pour sortir il faut passer.
— Explique-toi, au moins.
— J’ai tout dit !
— Kaatje ! Je travaillerai dur et je rapporterai beaucoup d’argent pour notre auberge et nous aurons autant d’enfants que tu veux ! J’arrêterai de boire ! Je ne jouerai plus aux dés !
— Je ne te demande pas de te comporter comme un père de famille. Pour ma part, je m’en vais et je reviens au lever du soleil, par le premier coche d’eau de demain.
— Je t’accompagne. Je peux y aller à ta place. Je te promets de faire six fois le tour de la Waag. J’irai avec un ami.
— Un compagnon de beuverie ?
— Mais qu’est-ce que tu as, à la fin ? hurla Willem.
Et il se saisit d’une chaise et en la tapant contre une table, elle se brisa en plusieurs morceaux dans un vacarme de tous les diables. Il regrettait déjà son geste. Il baissait la tête et disait :
— Pardon…
Kaatje ne répondit pas. Ils étaient mariés depuis deux mois seulement. Déjà, il se conduisait comme un barbare. Willem en avait conscience, puisqu’il demandait pardon. Il ne voulait plus faire barrage plus longtemps.
Il s’écarta, et la vit s’enfoncer dans le noir avec sa lampe à huile, comme une apparition fantomatique, ou plutôt une disparition fantomatique. C’est la première fois qu’il remarquait l’instabilité des bougies dans la salle commune. Angoisse et colère s’insinuaient dans sa gorge, comme pour l’étouffer. Comme une main invisible et horriblement moite se plaquait sur son front, pour y verser des gouttes glaciales, qui descendaient dans ses yeux mouillés d’angoisse. Mais c’est un homme : il se frappe le torse, pour se donner bonne contenance, ricane, ferme la porte, et commence à mettre la salle en ordre pour le lendemain.

Chapitre III

Quand Kaatje arriva à Amsterdam, le 14 décembre 1582, il était onze heures du soir. Elle tourna un peu dans les rues, éclairées par la lune et par les bougies des intérieurs, observant les silhouettes des bâtiments sur le ciel clair, avançant en direction de la Waag, là où tout devait arriver. L’impatience l’y conduisit en quelques minutes. Elle se tint près d’une brouette abandonnée.
Il n’y avait personne, à cette heure-ci, à la Waag. Personne ne s’aventurait dans les rues de la ville par peur de faire de mauvaises rencontres, aussi, aucune mauvaise rencontre n’était possible. Pas un mendiant, pas un brigand. Les gens invitaient les mendiants à dormir chez eux, et les brigands n’avaient personne à détrousser. Finalement, la place de la Waag n’était pas si effrayante.
Les heures passèrent. Quelle attente ! Kaatje se disait que cela faisait partie de la chose, et prit presque plaisir à s’effrayer pour un chuchotement derrière un mur, un cri de chien au loin, un nuage sous la lune.
Toutes les horloges d’Amsterdam à ce moment sonnèrent à l’unisson les douze coups de minuit, et ce concert ordinaire sembla extraordinaire. Son cœur battit très fort. Le moment était venu. Au comble de tout, Kaatje, aveugle, commença à marcher. Fallait-il faire les tours par la gauche ou par la droite ? Elle confondait le sens des aiguilles d’une montre, et elle le savait. Cela signifiait probablement que droite ou gauche, cela revenait au même.
Kaatje fit son premier tour, dans le sens qu’elle attribuait aux aiguilles d’une montre. Un homme l’observait, à un détour, et elle n’était pas tranquille. Mais elle pensait au trésor plein de pièces qu’elle trouverait. Elle continua ses tours, et termina le sixième. Il n’y avait plus qu’à revenir au quai et à attendre le coche du petit matin. L’homme s’avança vers elle.
— Madame, pardon de vous aborder de la sorte, à cette heure-ci. Je m’appelle Cornelis et j’ai remarqué que vous aviez fait le tour de la Waag. Six fois, n’est-ce pas ?
— C’est exact.
— Je croyais que tout cela n’était que superstition, mais force est de constater que les éléments concourent à une véritable cohérence. Je suis à la recherche d’une vérité qui me rendra heureux, et je suis sûr que cela viendra de vous. Je suis venu spécialement d’Allemagne pour confirmer mes intuitions.
— Je ne sais que vous dire.
— Moi, si. Êtes-vous une aubergiste mariée il y a deux mois ?
— Absolument !
— Alors c’est bien vous ! Il y a un trésor de pirates enterré dans votre jardin, au pied de votre pommier dans la direction du poulailler.
Kaatje jubilait, car la coïncidence et le surnaturel de la phrase qu’elle venait d’entendre confirmaient définitivement tous ses espoirs. Elle voulut récompenser Cornelis, et lui donner la réciproque, la vérité qui le rendrait heureux. Que lui dire ? Ma foi, c’était évident.
— Êtes-vous un notaire de 46 ans ?
— Absolument !
— Alors, votre fils n’est pas mort à la guerre. Il habite en Allemagne, à Hambourg, dans une auberge appelée Le Grand Cygne, avec sa nouvelle famille. Il a été touché à la tête et ne se souvient plus de l’adresse de votre domicile. C’est la raison pour laquelle, après avoir exploré sa mémoire, il a décidé d’abandonner ses recherches.
— C’est miraculeux ! Oh, je connais Le Grand Cygne à Hambourg ! Oh, merci Madame.
— Tout le plaisir est pour moi !
— Savez-vous que nous sommes le 25 décembre ? Car nous changeons de calendrier et les jours du 16 au 24 ont été supprimés. C’est par le calcul que je vous ai trouvée ! C’est une nuit magique !

Cornelis et Kaatje, coincés à Amsterdam, devisèrent toute la nuit. Au petit matin, Kaatje était exténuée. Non sans avoir chaleureusement salué Cornelis et lui avoir souhaité bonne chance, elle trouva la force de se rendre au quai, avant de prendre le coche d’eau pour Haarlem.

Chapitre IV

Eh bien, cher lecteur, je vous ai tout dit !
Munis de pioche et de tenailles, Willem et Kaatje découvrirent trente pièces d’or dans le coffre enterré au pied de leur pommier. C’était trop peu pour acheter une maison, et vivre de rentes, mais ils réglèrent leurs dettes, achetèrent des tables supplémentaires pour l’auberge, et firent trois enfants. Willem rendait désormais toute leur valeur aux pensées de Kaatje. Il était très doux et très gentil, et lui donnait toujours raison.
Chose miraculeuse : Haarlem ne cessa plus de s’embellir et de s’enrichir, depuis cette nuit-là. Kaatje se demandait si ses voisins avaient, eux aussi, trouvé des trésors. Mais elle ne doutait pas que Cornelis était tout aussi heureux qu’elle.

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Défis Tic-Tac / Une culotte dans les tomates [Défi Tic Tac 22/10/26]
« Dernier message par Aléa le Hier à 02:39:20 »
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Désolée pour la montagne de fautes, j'ai trop écrit et pas eu le temps de relire en 1h, j'essaye de faire ca plus tard
J'avais pas écrit depuis trèèèès longtemps, je pensais ne pas remplir mon heure et au final tout l'inverse, j'ai plus l'habitude de gérer mon temps !






Tout commença précisément à ce moment là :

" Pourquoi il y a une culotte dans les tomates ? "
Madame Lisa Gerlinger venait, comme à son habitude du jeudi matin, faire ses courses au primeur de la rue Jaurès. Petite rue un peu enclavée du centre ville, mais non dépourvue de commerces, ce qui en faisait un veritable petite village dans la ville, un quartier dans le quartier. Tout le monde s'y connaissait, en bien ou en mal par ailleurs car il serait bien hypocrite - de leur part comme de la notre - de raconter une histoire ici idyllique du charmant voisinage un jour troublé par quelques... troubles.

Les voisins du numéro 10, par exemple, se détestaient tous. On ne sait par quel magie ou maléfice, mais c'était pourtant une constante dans le quartier depuis au moins trente ans. Habiter au numéro faisaient automatiquement détester ses voisins. La bonne volonté des derniers en date, arrivés il y a deux ans et demie, avait disparu à hauts noms d'oiseaux en à peine six moi. Les dossiers de plainte à la mairie poussaient aussi vite que les géranium du troisième étage, sous les yeux et surtout les soupirs de Gisèle, l'employée communale. Qui elle habitait au 25, pour cela d'ailleurs qu'elle se retrouvait avec ces éternels dossier du 10 maudit - comme on l'appelait. Elle avait bien proposé de faire venir un médium, pour tenter, au moins tenter, un petit désenvoutage du grenier - qui avait vu quelques pendus, quelques tortures au long des 200 dernières années de vie de l'immeuble en brique. Taulé ou au mieux septisicme à l'assemblée des propriétaires de la rue Jean Jaurès. Saleté de citadins, s'était dit Gisèle, dans son village de montagne dont elle était origine, on aurait essayé, au moins essayé ! Les esprits sont beaucoup plus fermés en ville, les fenêtres sont moins hautes que dans les petites villes de campagne, ca laisse moins passer la lumière et les idées - c'est en tout cas sa théorie, à Gisèle. Enfin, même si tout cela n'a aucun rapport avec notre culotte dans les tomates - quoi que ? - Gisèle avait tout de même un plan grâce à la petite du rez de chaussée,qui bien qu'elle passait seulement son bac relevait de bonnes disposition vis à vis de la lithothérapie. Son médium - elle lui avait déjà demandé - ne voyait aucun problème à se faire passer pour un électricien en repérage pour d'hypothétiques et très flous travaux de rénovation. Une petite session de sauge en douce n'avait jamais fait de mal à personne, ça se saurait.

Des histoires il y en avait bien d'autre. On pourrait parler de la guerre des clans des enfants du haut de la rue contre ceux du bas, querelle qui n'a rien eu à envier à la guerre des boutons. Mais aujourd'hui, étant tous au lycée, les choses s'étaient tassées, des rancoeurs bien sûr étaient restés - surtout entre des parents, d'ailleurs - l'affaire avait animé la rue pendant plusieurs années. Jusqu'à des boites aux lettres vandalisées et des oeufs jettés au fenetres, c'est dire ! Non aujourd'hui, cela n'existait plus, il paraitrait même qu'il y ait des couples inter-clans qui se soient crées depuis - vraiment, c'est dire ! La petite du rez-de-chaussée du 10, justement, qui en seraient impliqué dans ces adolescentes roucoulades réconciliants le passé et qui sait, un futur. Toujours aucun rapport avec notre culotte dans les tomates, mais quelque part on s'en rapproche.

Nous aurions beaucoup, beaucoup d'autres histoires à passer en revue pour faire une liste exhaustives de tous les faits marquants de la rue Jaurès, pour qu'au moins vous compreniez son charme - qui ne réside pas ses pierres, sommes toutes assez quelconques. Et contentons nous de l'époque contemporaine, les 70 dernières années car au delà le souvenir se perd un peu trop et des sombres évenemnets historiques de notre histoire avec un grand H prendraient bien trop le pas sur notre petite histoire, beaucoup plus pittoresque, de la rue Jaurès.
Nous parlions amour. Il y a un petit couple, la trentaine, tout en haut de la rue au soixante quand la route commence à monter vers la butte du cimetière et que le village s'arrête - ils ont tendance à faire ça dès qu'un cimetière s'amène. Ils étaient dans le même lycée local - comme je disais tout le monde se connait - bien que ne s'étant jamais parlé - ou presque, s'entend - à vrai dire ils n'avaient aucun souvenir de s'être entrapercu, comme un charme les ayant éloignés. Jamais dans les mêmes classes, pas la même fillière ni les mêmes options, jamais les mêmes horaires de repas ni de bus. Un acharnement hasardeux assez hors normes pour que deux personnes qui, si elles s'étaient ne serait-ce que plongé une seule fois le regard au fond l'une de l'autre, seraient instantanément tombées sous le charme de l'autre, à 14 ans comme à 78. Eh bien ils s'étaient rencontré juste là - non, pas devant la culotte, de l'autre côté du trottoir à la boulangerie. Aucun ne vivait pourtant dans cette rue. Une soirée l'avait lui amené ici et elle une vieille tante et, pour tout deux, le besoin de croissant au matin. Après autant d'années d'orfévrerie d'évitement, le hasard s'était relaché une seconde et ca n'avait pas manqué - à moins qu'il l'aient fait exprès, il joue parfois à des jeux de casino qui pour nous autres mortels semblent incompréhensibles - si seulement on avait plus de six sens... Ils vivent désormais à 200 mètres du lieu de leur rencontres, après avoir passé leur vie à tourner autour sans le savoir.

Il y a des histoires d'amour moins belles. L'immeuble juste en face des tourtereaux contient un des appartements les plus triste de la ville. Une femme, seule, qui regarde par la fenêtre - impossible de savoir si elle donne sur le cimetière, nous n'avons jamais pu entrer. Son mari est parti. Oh il n'est pourtant pas loin : au numéro 2, tout en bas de la rue. Vous imaginez bien qu'elle n'ose plus vraiment descendre, faire ses courses au primeur, par exemple, de peur de le croiser. Parce que lui, ah oui, il vit la plus belle vie qu'il n'a jamais vécu - et il vous le dira, d'ailleurs, au café de la place. Alors ca a fait grogner au début, au café, justement, mais bon les moeurs changent. Parce que ce mari, enfin cet ex mari - les papiers du divorce sont sur la petite table, en dessous de la fenêtre, d'où elle regarde la rue et parfois les tourtereaux à l'étage en face, la main pleine de stylos et la tête pleine de reflexion sur l'amour - même si elle ne peut évidemment pas savoir que le hasard avait pour eux un sort bien particulier, qu'ils seraient en réalité enterrés ensemble quelques 50 ans plus tard au cimetière juste au-dessus - elle hésite sur quel stylo choisir, elle aime les stylos et son ex-mari lui en offrait plein, qu'en fera elle maintenant qu'il - est parti avec un autre homme. Un homme qui était lui aussi marié, d'ailleurs, et tous avaient des enfants, assez actifs dans la guerre des gosses, le petit du haut de la rue était même chef - il est à la fac maintenant, loin. Un couple gay dans la rue Jaurès, c'était une première. Sauf pour deux personnes : la patronne du bar, qui savait très bien qu'il y a eu d'autres personnes homosexuelles dans cette rue, et Veronique, la voisine de pallier de Gisèle et amante régulière de la dite patronne de bar. En réalité il y en avait eu d'autres et quelques enfants actuels se trouvaient être eux aussi gays, mais pour le moment ils n'avaient que 4 ans et nous avons, selon un code de déontologie assez absurde sur vous voulez mon avis - notre avis, excusez moi - excusez-nous, enfin excusez-la elle est nouvelle dans la narration - bref pas le droit de raconter le futur - elle sera sacntionné pour avoir raconté la fin de couple béni du hasard, ne vous en faites pas, on ne tolère pas le spoil ici.
Nous parlions donc de Christian et Cédric. La femme de Christian - du bas de la rue - n'avait pas trainé, elle, avait pris enfants et bagages et filé rejoindre ses parents en ville : le village l'avait toujours horripilé. Elle disait qu'elle aimait l'anonymité qu'offrait les grandes agglomérations, la réalité étant qu'elle détestait la personne qu'elle devenait dans ce genre de petite intimité de quartier : c'était la plus grande commère du coin. Une véritable fouine. Elle avait aidé Gisèle plus d'une fois à comprendre les querelles entre voisins contre un modique café et une boite de chocolat à noel. C'est d'ailleurs elle qui avait débusqué quelques autres histoires de tromperies survenues dans la rue Jaurès. Et nous aurions bien eu besoin d'elle cette fois-ci. Pour élucider, vous savez, le mystère de la culotte. Mais la brave femme soupirait actuellement en faisant tourner un stylo entre ses doigts, papiers du divorce sous les yeux et station de métro bien bruyante par la fenêtre.

Un peu tôt pour parler d'enquête, certes, mais pour le moment nous nous retrouvons bien avec sur les bras une culotte dans les tomates du primeur de la rue Jaurès. Et bien malin serait celui pouvant dire à qui elle appartient - sauf pour la personne concernée, enfin nous esperont en tout cas.

" Etrange, on dirait qu'elle est pleine de cendre en plus ? "

Madame Lisa Gerlinger donc, pour ceux qui suivent, 28 ans, vendeuse à la boutique de vetement du centre ville, habitant au 14 de la rue, premier étage. Penchée sur la culotte, le visage rictusé par l'effort moral que demande de se pencher sur une culotte inconnue - en plein milieu des tomates. Le patron lui, étonné, la face aussi rouge que ses tomates. Elle le constate curiesuement, toujours penchée sur la culotte.

"Bon, fait elle en remettant ses lunettes en place, au moins elle n'a pas de... enfin de traces disons quoi. C'est à... ?
- Non non non, ah non, haha, non du tout, non. Je... Une culotte dans les tomates ?! Merde je sais pas réagir excusez-moi je rougis de honte parce que merde, vous comprenez c'est mes tomates. Je me sens salis ! J'ai honte ! Je jette ca tout de suite. Si vous pouviez ne rien dire, ça m'arrangerait, vous savez comment les nouvelles circulent vite ici... Ca me ferait vraiment...

Elle n'entendit pas bien la moitié de sa phrase car un gamin venait de crier juste derrière elle.

- Maman t'as entendu, la dame a trouvé une culotte dans les tomates !
-... une sale réputation."

Le vide dans l'échange de regard entre les deux, pendant que la mère, derrière, s'offusquait et allait faire trottiner plus loin ses regards inquisiteurs envers le couple improbable formé sous ses yeux.

" Et merde. Lisa, je vous jure que ce n'est pas à moi. Je vous en supplie, aidez-moi à trouver à qui appartient cette culotte. "

C'était la première fois, en quinze années de service dans sa petite boutique de primeur, que Sylvain était impliqué dans une affaire quelconque le faisant remarquer. Lisa n'avait qu'une envie : exploser de rire devant la panique du gérant.

" Ok, je vous promets de vous aider, chef. Couleur léopard, en plus, on a affaire à une sacrée femme, je vous le dis. Le motif est à la mode en ville, peut-être qu'on pourrait lancer une tendance ici aussi ? "
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Textes courts / Re : Laisser couler les mots
« Dernier message par WynnScribe le 24 octobre 2026 à 20:55:56 »
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Ici commence l’exploration d’un travail en cours : l’immersion dans la tête d’un personnage fictif à travers un exercice quotidien d’écriture libre.
Le principe est brut, simple et sans filtre : chaque jour, pendant 10 minutes, mon personnage prend son clavier et laisse simplement couler les mots. Sans chercher à faire du beau, sans censurer les sauts du coq à l’âne, les contradictions, les agacements du quotidien, ni les pensées qui s’entremêlent. Dans la vie réelle comme dans la fiction, nos pensées ne forment jamais un long fleuve tranquille. Elles se bousculent. En laissant la plume déambuler pendant dix minutes, l’objectif est d’attraper la pensée sur le vif. De retranscrire une voix authentique, vulnérable, parfois râleuse, souvent sincère. Celle d’un être humain qui cherche son chemin. Explorons la façon dont ces bribes du quotidien se tissent peu à peu pour composer le portrait et l’histoire de ce personnage.

24 octobre 2026

Les images du groupe de parole d’hier matin me reviennent en boucle.

     On était assis en cercle, dans un silence attentif. Un petit groupe : on était dix au départ, mais on n'est plus que neuf. Chacun triturait sa tasse en plastique, son écharpe, ou cherchait une position confortable sur sa chaise. C'est moi qui avais ouvert le bal, la voix hésitante, racontant comment la moindre remarque au boulot me faisait me figer sur place comme un animal surpris dans les phares d'une voiture.
      Ils m’écoutaient. Je sentais qu'ils savaient exactement de quoi je parlais.
— Ça commence comme une tempête qui me frappe de plein fouet, avais-je expliqué. Ça me laisse sidérée, mais à l’intérieur... à l'intérieur, ça s’infiltre partout. D’abord dans mon estomac qui se serre, qui brûle.
— De l'hypervigilance ? avait murmuré doucement Dimitri, le psychologue. Votre corps se met en mode survie avant même que votre tête ait pu analyser quoi que ce soit.
— Oui, avais-je repris. Ça bouillonne dans ma tête. Une vraie tornade, les pensées tournent en rond. Je me fige, je me referme. Tout devient agression. Ces émotions me bouffent toute mon énergie et le peu de sérénité qu'il me reste.
      Viviane, assise en face de moi, avait froncé les sourcils. Éducatrice spécialisée avec des adolescents de l’ASE, elle trimballe une rage sourde contre son quotidien : elle aime son métier, mais la violence de ce milieu la ronge. Très anxieuse, elle a besoin de parler, de s’épancher sur sa vie et ses problèmes pour relâcher la pression.
— Mais tu n'as pas l'impression qu'on cherche tous des armures impossibles à enfiler ? avait-elle lâché en animant ses mains. Moi j'aimerais juste... je ne sais pas, une barrière invisible. Quelque chose qui encaisse à ma place. L’institution est beaucoup trop violente.
      J'avais hoché la tête.
— C'est ça. Moi j'imagine la protection comme une bulle bleue. Sa surface est savonneuse, traversée par des reflets de lumière comme des arcs-en-ciel.
— Une bulle ? avait souri Lucie, un brin attendrie.
      Dans la trentaine, fine et grande, c'est le portrait que je me fais de la Parisienne discrète. Elle parle très doucement, le regard fuyant, cherchant la bienveillance de tout le monde en cachant parfois son visage, esquissant un petit rire discret pour désamorcer son malaise.
— Mais ce n’est pas solide, une bulle... Forcément, ça éclate, avait-elle murmuré en se ratatinant dans son écharpe.
— Peut-être bien, mais justement ! avais-je lâché dans un sourire complice. Elle est impénétrable, mais j’ai envie qu’elle soit malléable. Elle englobe mes mouvements. Elle est vivante, souple. C’est mon compagnon de route, quoi. Je lui fais confiance, et elle me connaît.
      À ma gauche, Eva triturait son mouchoir en papier. Elle doit avoir la cinquantaine. Marquée par les douleurs au dos qui la rendent toute raide, elle souffre de ce burn-out causé par l'isolement du télétravail. Elle a un besoin vital d'être entourée, de voir du monde, et parle souvent sans s'arrêter, répétant les mêmes choses en boucle à chaque interlocuteur.
— Moi, de toute façon, dès qu'on me parle un peu trop fort, je me décompose, avait-elle lâché entre deux reniflements, laissant retomber ses phrases sur ce « humaaanh » traînant, avant d'embrayer : La bulle, elle explose direct... je l’ai déjà dit à certains, mais j’ai vraiment besoin des autres. Je n'arrive pas à l’expliquer, mais c'est plus fort que moi.
     Eulalie s'était aussitôt penchée en avant, en posture d'attaque.
—  Mais ce n'est peut-être pas d'une bulle en savon dont tu as besoin ! avait-elle lancé d'un ton tremblant un peu décalé mais tranchant, presque inquisiteur.
    La cinquantaine, elle nous avait confié qu’elle était bipolaire en désinsertion professionnelle depuis longtemps. Elle garde toujours soigneusement ses distances avec elle-même, plutôt que de s'épancher.
— Il faut poser des limites claires dès le départ ! Moi je pense que ce qu'il vous faut, c'est un mur en béton qui se dresse face à la violence que l’on s’inflige les uns aux autres au quotidien. Il faut se faire respecter !
      Dans son coin, Théo n'avait pas sorti un mot. C’est le seul homme du groupe depuis qu’Arthur a décidé de ne plus venir, la thérapie de groupe était trop compliquée pour lui. Théo restait immobile, les bras verrouillés sur son torse, muré derrière sa carapace. Mais ses yeux glissaient de l'une à l'autre, traversé lui aussi par une tempête silencieuse. Il dégageait une forme d'inaccessibilité, une distance polie mais impénétrable, comme si la vie se jouait toujours derrière une vitre invisible. Impossible de savoir ce qu'il ruminait, mais ce mur-là, il le portait avec lui.
— Et pour avoir cette confiance, vous auriez besoin de quoi ? avait demandé Dimitri, ramenant l'attention sur nous avec bienveillance.
      J'avais regardé mes mains posées sur mes genoux, puis j'avais soufflé :
— J'ai besoin d’avoir confiance en moi. D’accepter mes imperfections pour ne pas qu’elles soient utilisées comme des armes contre moi. Accepter, … , de ne pas être parfaite.
      Dimitri avait incliné la tête avec un sourire approbateur.
— C'est un beau programme. Mais ne soyez pas trop exigeants envers vous-même, car on ne décide pas du jour au lendemain qu'on est protégé et en sécurité. Cela va prendre du temps avant de vous sentir de nouveau en sécurité. On ne peut pas aller plus vite que la musique. 
      Le groupe se regardait, à l’écoute. Les larmes montaient.

J’ai dépassé les dix minutes aujourd’hui, c’est pas facile d’écrire les images que je vois ! Mais j’avais besoin de garder sur papier cet échange.
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Textes courts / Re : Dieu est-il le Destin : ? Texte philosophique
« Dernier message par Dian le 24 octobre 2026 à 15:53:29 »
L'image du bon Dieu qui rassure les inquiets a fait loi. Si Dieu existe, il est indescriptible et inimaginable, sinon il n'est pas Dieu. Et puis la science est aussi un dieu, avec ses dogmes et ses croyances. Nous ne savons même pas ce qu'est, au-delà de la représentation qu'on nous en fait, la réalité. Peut-être un rêve.
Merci pour ton texte.
Dian
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Penser le MdE / Re : Re : Calcul et crise
« Dernier message par Robert-Henri D le 24 octobre 2026 à 14:42:44 »
(D’ailleurs, j’ai dû chercher « fesses de bouc » sur Internet, je me suis dis « Tiens un autre site ? » !)

M'enfin ! même la Maria des Bodin's, sait de quoi il s'agit !  :viviane:

 :lecon: Bravo pour votre bonne humeur !
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