Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Marcel Dorcel le 01 novembre 2019 à 07:31:26

Titre: Le mirador des miradingues
Posté par: Marcel Dorcel le 01 novembre 2019 à 07:31:26
Vos pieds vous traîneront et vous livreront à une solitude infinie.
Dans le mercantilisme iconolâtre…


« Au premier cadavre j’ai souri, au deuxième cadavre j’ai souri, au troisième cadavre j’ai fait semblant de m’évanouir. Puis, à la fin de la guerre, je m’en suis retourné sur le dernier pour le saluer et sourire, et j’ai fait semblant de mourir. J’étais seul. Ils étaient tous morts… Je n‘étais plus vivant. » Jöe Bousquet

La chiure des mers tristes.
Et ne venez pas me parler du balai-brosse de Baudelaire.
Je ne suis pas un artiste. Je suis un enfant. Tout simplement, un enfant triste.
Un autiste des Etats-Tristes Oecumeniques.

Un enfant et ses draps mouillés de pisse. Et pour la rime ou la littérature qui fait ses derniers tours de piste.
Je swingue, je singe.
Je joue à la tour de Pise.
En tombant.
Je me noie dans le Lot.
I’m Lucky ! A Lucky-Love.

Des grabataires qu’on abat à la petite cuillère.
L’homme nie impotent.

Fais-moi voir les gratte-dingues qui montent, qui montent…
Ah ! Nom de dieu, encore, encore, je monte, je monte, je viens, je vais venir !

Je ne parviens plus à me freiner dès que j'aperçois un gratte-dingues.
Faut que je m’agglutine, que je m’engloutisse encore.
Que nenni ! Pas de trêve encore qui n'abatte cet absolu.
Encore un cul, encore un coup !

Le miradingue des miradors.
Je t’aime.
Au-dessus.
Et au-dessous,
Tout ces ors qui dorment et ces orchidées, ces lavandes.
Pourritures lentes.
Dans le gratte-dingues, l’ascenseur monte. Je deviens dingue.
Je ne pense plus à rien.

Il y a des mots que j’ai ensevelis partout, jusque même dans la gamelle du chien.
Des soupirs.
Une chose tangible m’a guidée tout à l’heure.
J’ai eu un petit hoquet de solitude et j’ai tout vomi par terre. Mon ventre avait une telle amertume...

On a frappé à ma tête. J’ai fait un bond et j’ai sursauté. J’ai bien cru te voir derrière la fenêtre mais il y avait trop de buée.
Les gens me conseillent de me diriger vers un établissement spécialisé. Je crains que là-bas je ne puisse plus fumer de cigarettes ni voir mon chient. C'est inquiétant. J’ai peur.
Très peur.
Tu le sais, non ?
J’ai horreur des maisons qui n’ont pas de fenêtres. Tu sais, des maisons avec des portes. Des portes où je me cogne la tête parce qu’elles ne s’ouvrent jamais.
Peut-être parce que....
Je me suis toujours menti et ( les autres ont fait pareil mais je ne les ai jamais crus); c'est un défaut éternel.
Titre: Re : Le mirador des miradingues
Posté par: Feather le 01 novembre 2019 à 10:20:52
Marcel,
heureuse de pouvoir te lire à nouveau,
La noirceur de ton thème sur les tromperies des apparences et la façon de l'aborder m'ont plu,
L'ironie des faux-semblants, la peur de s'enfermer mais aussi l'humour avec lequel la distance est nécessaire et utile pour faire la grimace à notre condition. Voici ce que m'évoque ton texte. Et une profonde sympathie pour le narrateur.
Titre: Re : Le mirador des miradingues
Posté par: Marcel Dorcel le 11 novembre 2019 à 10:05:27
Merci de ce retour auquel je ne m'attendais pas.