Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: nanettevitamines le 24 Septembre 2013 à 00:28:48

Titre: La mort de l'enfant
Posté par: nanettevitamines le 24 Septembre 2013 à 00:28:48
Toujours dans la joie et la bonne humeur  :mrgreen:, je poursuis ma publication des textes sur la maternité. Le manuscrit compte maintenant 35 pages. Celui-ci, je l'aime car une femme m'en a fait le récit, comme ça. Un cadeau de douleur, de ceux qu'il faut savoir accepter...
Je voulais savoir s'il était "lisible"...

Elle attend.
Le médecin l'a dit. Il n'y a rien d'autre à faire, rien d'autre à espérer. Ses poumons. . .son cerveau. . .  Rien. Plus rien déjà. Plus rien dans ce corps qui a quitté le sien.
Elle attend, son enfant dans les bras.
C'est l'infirmière qui, en silence, l'a assise dans le fauteuil.
C'est l'infirmière qui l'a arrachée à son immobilisme, entre la fenêtre et le lit aux barreaux de fer. Elle était restée debout après le départ du médecin.
C'est l'infirmière qui, en silence, a pris l'enfant inerte, abandonnée au mauvais sommeil.
C'est l'infirmière qui en silence, dans le grand silence qui va accompagner ses prochains jours, ses prochains mois, a posé ce petit corps sur son ventre.
Elle revit le premier corps à corps, si proche encore. L'exaltation, la chaleur, le tumulte.
Elle le revit à l'envers. Comme un tricot qu'on défait, en tirant maille après maille.
Dans le silence, le froid, le désespoir.
Le médecin l'a dit, il faut faire ses adieux.
Alors, elle dit au revoir à son enfant.
Elle dit au revoir à tout ce qu'elle avait rêvé pour elle.
Des noëls au premier vélo, des jours du bac au premier boulot.
Elle dit adieu aussi à une certaine insouciance, à un destin heureux, un destin sans heurt.
Le médecin est à nouveau là.
Il a expliqué la procédure. Il a répété les mots, s'est assuré qu'elle a bien compris.
Maintenant, il regarde les machines qui maintiennent en vie ce corps malmené.
Il a de la peine, comme tous les autres, bien sûr.
Il fait ce qui doit être fait.
Elle revit la naissance de son enfant, à l'envers.
Sa fille sur son ventre râle. Un dernier souffle, qu'elle cueille comme elle avait cueilli le premier, dans un cri. Maintenant, c'est le silence.
Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: Musyne le 24 Septembre 2013 à 13:28:35
Coucou Nanette,

C'est lisible oui :) C'est un sujet difficile à évoquer, mais je trouve que tu n'en fais pas trop, c'est émouvant mais pas larmoyant.
Quelques petits ressentis :

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Ses poumons. . .son cerveau. . .
Ils sont bizarres tes points de suspension  :D

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C'est l'infirmière qui l'a arrachée à son immobilisme, entre la fenêtre et le lit aux barreaux de fer. Elle était restée debout après le départ du médecin.
J'enlèverais presque la 2ème phrase.

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C'est l'infirmière qui, en silence, l'a assise dans le fauteuil.
C'est l'infirmière qui l'a arrachée à son immobilisme, entre la fenêtre et le lit aux barreaux de fer. Elle était restée debout après le départ du médecin.
C'est l'infirmière qui, en silence, a pris l'enfant inerte, abandonnée au mauvais sommeil.
C'est l'infirmière qui en silence, dans le grand silence qui va accompagner ses prochains jours, ses prochains mois, a posé ce petit corps sur son ventre.
C'est probablement volontaire de ta part, mais ça fait beaucoup de "silence" martelé. Comme tu as déjà une anaphore, c'est un peu lourd, non?

Citer
Elle revit le premier corps à corps, si proche encore. L'exaltation, la chaleur, le tumulte.
Elle le revit à l'envers. Comme un tricot qu'on défait, en tirant maille après maille.
Je trouve que le verbe "revivre" sonne mal dans la phrase. Mais je n'arrive pas à te proposer d'autres solutions.
Pour la 2nde ligne, je mettrais une virgule plutôt qu'un point : ce serait moins haché et rappellerait davantage le tricot qui se défait (Je sais pas si tu vois ce que je veux dire  :-\)

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Le médecin l'a dit, il faut faire ses adieux.
Plutôt deux points.

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Alors, elle dit au revoir à son enfant.
J'aurais joué sur les mots ici, mais c'est un ressenti très perso. Un truc du genre : Alors elle dit "À Dieu" à son enfant.

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Elle dit au revoir à tout ce qu'elle avait rêvé pour elle.
Un peu lourd comme structure.

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Des noëls au premier vélo, des jours du bac au premier boulot.
De Nöels aux vélos, je ne vois pas vraiment le lien. Des premiers pas au premier vélo? De Nöel en anniversaire? Ché pas trop.

C'est bien écrit, comme d'hab. Je trouve celui peut-être moins fluide, mais le thème évoqué n'aide pas à faire couler les mots.

Bonne journée :)
Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: nanettevitamines le 24 Septembre 2013 à 16:12:28
C'est trop fort ce forum. Toujours des relectures justes ! C'est très pertinent tout ça Musyne. Merci encore
Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: holden5 le 24 Septembre 2013 à 17:50:14

Hello,

De la bonne humeur, en effet! Bon, tu as réussi à me mettre mal à l' aise, alors je suppose que c'est un texte réussi — mais par pitié n'écris plus sur un sujet pareil, c'est un sujet trop triste... Je plaisante, bien sûr, c'est très louable de s'attaquer à des situations aussi délicates en littérature.

Juste une remarque sur la forme:

Musyne a parlé de l'anaphore "C'est l'infirmière qui"... Je n'ai rien contre les anaphores, c'est un procédé qui a sa place dans un texte de ce genre, mais je trouve que le défaut de cette répétition là, c'est d'insister sur l'infirmière, alors que ce n'est pas un élément très important. Insister sur le silence, par contre, aurait plus de sens. ex: "C'est dans un silence profond que etc."

Merci pour ce texte,
H.
Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: Deleatur le 24 Septembre 2013 à 22:22:13
Bonjour Nanette,
encore un beau texte. Voici mon lot de remarques.

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Elle attend, son enfant dans les bras.
C'est l'infirmière qui, en silence, l'a assise dans le fauteuil.
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C'est l'infirmière qui ...
Elle revit le premier corps à corps
Dans ces deux passages, on ne sait pas immédiatement qui est désigné par les pronoms. Dans "...l'a assise...", on peut penser au premier abord que "l" se réfère à l'enfant. Et dans "Elle revit", que c'est l'infirmière. Bien sûr on comprend ensuite, mais du coup cela freine la lecture. Enfin voilà, c'est une chose que j'essaye de traquer dans mes textes, dont je te soumets l'idée.

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Le médecin l'a dit, il faut faire ses adieux.
Tu as un texte plein de subtilités et du coup je trouve dommage ces deux ou trois passages opposant le médecin à la mère. Ce n'est pas parce que le médecin l'a dit qu'il faut faire ses adieux, c'est parce que l'enfant est mort. Un peu plus loin, "il fait ce qui doit être fait" me semble plus juste, plus vrai.

Sinon je suis d'accord avec holden pour dire que l'anaphore ne devrait pas trop insister sur l'infirmière. (En fait, je crois que j'aimerais voir l'infirmière et le médecin comme des ombres anonymes qui s'agitent en arrière plan autour de la mère et de l'enfant.)
Et une dernière chose : sur la deuxième ligne le "Rien. Plus rien déjà" m'a fait croire que l'enfant était déjà mort, d'où une certaine confusion par la suite.

Mais sinon bravo pour le thème et la manière.
Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: Eveil le 24 Septembre 2013 à 23:25:27
Salut !

Ouai, je salue le choix des mots, c'est très court, ya  quelque chose qui passe quand même, j'ai aimé ce passage-ci :

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Elle dit au revoir à tout ce qu'elle avait rêvé pour elle.
Des noëls au premier vélo, des jours du bac au premier boulot.
Elle dit adieu aussi à une certaine insouciance, à un destin heureux, un destin sans heurt.

et la fin,

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Un dernier souffle, qu'elle cueille comme elle avait cueilli le premier, dans un cri. Maintenant, c'est le silence.

J'ai aimé la simplicité, tu pourrais même en faire un poème, j'veux dire, en supprimant tout ce qui n'est pas vraiment essentiel et en gardant que le meilleur des mots et des images. Fin, c'est le sentiment que j'ai eu.

a+ nanette ! ;)

Titre: Re : La mort de l'enfant
Posté par: nanettevitamines le 25 Septembre 2013 à 06:47:37
@Muzyne, je relis et corrige ce matin les textes soumis a vos avis. J'ai corrigé
Le médecin l'a dit  : il faut faire ses adieux.
Tu as raison c'est mieux, cependant, à ton avis, je suis obligée de mettre des guillemets. J'hésite car il s'agit d'un discours indirect libre. Je ne suis pas certaine. Merci de ton avis.
@ deleatur : je crois que le médecin doit garder son rôle. Il s'agit d'une euthanasie. Lorsque cette inconnue m'a fait le récit de la mort de sa petite fille, en me racontant la douleur de sa propre fille, j'ai découvert que cette pratique illégale  était pourtant existante chez les tout petits. Et heureusement ...
Je vais relire encore mon texte pour voir si c'est bien clair.