C'est un petit texte que j'avais commencé cet été et que je n'ai jamais eu le courage de finir. J'aimerais savoir ce que vous en pensez.
Juste une petite prévention: ce texte est un dialogue, ce n'est qu'un long dialogue et normalement tout le texte ( si je le finis) ne devrait être qu'un dialogue.
********
" Tais-toi, je réfléchis.
- Ah oui ? Tu réfléchis à comment tu vas pouvoir manipuler un personnage. Mais, moi, tu ne me manipuleras pas !
- Tu es bien prétentieux. Toi aussi, tu es un personnage. Je peux faire de toi ce que je veux.
- La preuve que non puisque depuis tout à l’heure, je suis là à t’embêter et à t’empêcher de continuer ton horrible dessein.
- N’importe quoi.
- Mais si ! Tu es un tyran ! Un tyran !
- Non. Un auteur n’est pas un tyran, il ne peut pas être un tyran. Il écrit pour la liberté et ...
- Bien sûr ! Allez, arrête ton char. Le topos de l’écrivain ivre de liberté et de monde nouveau, je le connais bien.
- Bon, je dois avouer que c’est un cliché. Mais pourquoi dis-tu que je suis un tyran ?
- Et voilà ! Tu ne t’en rends même pas compte. Tous les écrivains sont des tyrans. Vous nous persécutez.
- Qui “nous” ?
- Nous, les personnages !
- Mais non ! On vous donne la vie. C’est plutôt merveilleux !
- Ah oui, quelle vie ! Nous n’avons aucun libre-arbitre.
- C’est vrai qu’on vous contrôle. Mais, c’est normal après tout, on est un peu comme des éducateurs.
- Discours d’un tyran.
- Oh, tu m’ennuies, je vais...
- M’effacer ? Me changer contre un personnage plus amusant ? Désolé, mon vieux, mais, je n’ai pas encore dit mon dernier mot.
- Mais enfin, voilà qu’un vulgaire personnage va faire la loi dans mon livre !
- Ton livre ? Laisse-moi rire!
- Bon. Autant en finir rapidement pour que je puisse me mettre sérieusement au boulot. Qu’est-ce que tu veux ?
- Un procès.
- Un procès ? Celui de qui ?
- Le tien.
- Quoi ? Tu dérailles mon pauvre ! De quoi pourrais-je être coupable?
- D’homicide volontaire avec préméditation, d’exploitation, de harcèlement et de non-assistance en personne en danger, et j’en passe !
- Tu es complètement fou.
- Au contraire, je suis parfaitement lucide, contrairement à toi. Je vais donc éclairer ta lanterne. Monsieur l’Auteur, vous êtes coupable d’avoir tué avec préméditation près d’une dizaine de personnages, je peux vous donner le nom des victimes...
- Tout ceci est ridicule...
- La parole n’est pas à la défense ! Je reprends. Vous êtes aussi coupable d’exploitation et de harcèlement sur l’ensemble de vos personnages, moi compris. Vous nous avez forcés à parler, à courir, à manger, à faire votre bon plaisir comme si nous étions de simples pantins articulés ! Vous êtes bien un tyran ! Enfin, vous n’avez pas secouru vos propres personnages que vous avez rendus malades, pourtant, il suffisait d’attraper un stylo et d’écrire quelques mots. Mais, vous avez préféré passer outre et les laisser dépérir. Vous êtes un monstre, un assassin, un...
- C’est bon, j’ai compris !
- Vas-tu enfin avouer tous tes crimes ?
- Non. Je suis dans mon droit, n’importe quel avocat me soutiendra.
- Un avocat peut-être. Mais, je suis sûr d’obtenir le soutien de tes lecteurs.
- Penses-tu.
- Et oui ! Mon pauvre, tu pensais que la première place dans le coeur de tes lecteurs t’était attribuée ?
- Qu’est-ce que tu racontes ? Qui t’a créé ? Moi ! Qui te fait personnage principal de mon bouquin ? Moi ! Tout le mérite m’en revient. Si on t’aime, on approuvera le génie du maître qui t’a créé. C’est-à-dire moi-même.
- Pauvre petit écrivain imbu de lui-même. Ouvre les yeux ! Les lecteurs s’identifient aux personnages et non à l’auteur. Ils souffrent avec eux et sont heureux de leur réussite. Mais si par malheur, un de leurs personnages préférés vient à mourir, ils en voudront à l’auteur et non aux personnages !
- Tu oublies que la mort d’un personnage peut les faire sourire. Peut-être ont-ils envie de te voir rendre l’âme ?
- Non, car sans-moi, tu n’aurais plus de personnage et une histoire a forcément besoin de plusieurs personnages.
- C’est vrai. Mais, tu oublies que je peux toujours prendre un nouveau personnage, tu l’as-dit toi-même !
-J e ne te laisserai pas faire ça ! Tu m’as donné la parole, je compte bien la garder pour te dire tout ce que j’ai sur le coeur.
- Désolé mais ceci est un bouquin et non “ Allô, 3615 my life”. Mes lecteurs se fichent de ta misérable vie, ce qu’ils veulent c’est de l’action.
- Et le procès d’un auteur, ce n’est pas de l’action ?
- Tu recommences avec ça ! On a compris que tu me considérais comme un tueur en série.
- Avoue que cela te fait plaisir.
- Non. Tu m’énerves au plus haut point !
- Merci du compliment.
- Bon maintenant que tu as finis ta harangue, je vais pouvoir continuer mon oeuvre.
- Tututu, je n’ai pas fini !
- Quoi encore?
- As-tu entendu parler du SPS : Syndicat des Personnages Spoliés ?
- Qu’est-ce que c’est encore que ces bêtises ?
- Ce ne sont pas des bêtises. Écoute plutôt. Personnages, mes camarades, le grand écrivain vous ment, on vous spolie, on vous tue à la tâche, on...
- Arrête là, on dirait Arlette Laguillier, n’en rajoute pas non plus !
- Tu peux en rire, ce syndicat a condamné un grand auteur.
- Qui ?
- Shakespeare, cet auteur a tué pratiquement tous les personnages de ces pièces !
- C’est vrai. Un vrai feu d’artifice !
- Mouais, je dirais plutôt morbide, moi. Un massacre. Non ! Un génocide !
- N’emploie pas des termes à tort et à travers.
- Ca c’est la meilleure, c’est lui qui ne se rend pas compte de ses crimes commis par un seul mot, et il vient me donner des leçons !
- Abrège, abrège ! Et alors ton syndicat, il a fait quoi ?
- La sentence a été la mort !
- Heureusement qu’il vous a pas attendu, le pauvre ! Tu as quelques siècles de retard !
- Pour un auteur tu n’as pas beaucoup d’imagination. C’est une mort symbolique, voyons !
- De mieux en mieux.
- Shakespeare vit une véritable agonie. À chaque fois qu’un de tes collègues tue un personnage, une partie de son âme s’étiole et disparaît. Bientôt, il ne restera plus rien de lui, il ne pourra même plus se concevoir comme idée. Plus rien. Shakespeare sera rayé du vocabulaire, ce sera le trou noir.
- C’est fou !
- Et oui, il fallait y songer ! Je suis assez fier de nous.
- Finalement tu m’intéresses comme personnage.
- Merci, merci, je sais.
- Tu es insensé, absurde, ridicule, grotesque et atteint de folie aiguë.
- Comment ? Tu m’insultes ?
- Oui, plus j’y pense et plus je pense que l’on pourra faire quelque chose de toi...
C'est un petit texte que j'avais commencé cet été et que je n'ai jamais eu le courage de finir. J'aimerais savoir ce que vous en pensez.
Juste une petite prévention: ce texte est un dialogue, ce n'est qu'un long dialogue et normalement tout le texte ( si je le finis) ne devrait être qu'un dialogue.
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"Tais-toi, je réfléchis !
-Ah oui ? Tu réfléchis à comment tu vas pouvoir manipuler un personnage. Mais, moi, tu ne me manipuleras pas !
-Tu es bien prétentieux, toi aussi, tu es un personnage. Je peux faire de toi ce que je veux.
-La preuve que non puisque depuis tout à l’heure, je suis là à t’embêter et à t’empêcher de continuer ton horrible dessein !
-N’importe quoi.
-Mais si ! Tu es un tyran ! Un tyran !
-Non. Un auteur n’est pas un tyran, il ne peut pas être un tyran. Il écrit pour la liberté et ...
-Bien sûr ! Allez arrête ton char ! Le topos de l’écrivain ivre de liberté et de monde nouveau, je le connais bien.
-Bon, je dois avouer que c’est un cliché. Mais pourquoi dis-tu que je suis un tyran ?
-Et voilà ! Tu ne t’en rend même pas compte. Tous les écrivains sont des tyrans. Vous nous persécutez !
-Qui “ nous”?
-Nous, les personnages !
-Mais non ! On vous donne la vie. C’est plutôt merveilleux !
- Ah oui, quelle vie ! Nous n’avons aucun libre arbitre.
- C’est vrai qu’on vous contrôle. Mais, c’est normal après tout, on est un peu comme des éducateurs.
-Discours d’un tyran.
-Oh, tu m’ennuies, je vais...
-M’effacer ? Me changer contre un personnage plus amusant ? Désolé, mon vieux, mais, je n’ai pas encore dit mon dernier mot.
-Mais enfin, voilà qu’un vulgaire personnage va faire la loi dans mon livre !
- Ton livre ? Laisse-moi rire!
-Bon. Autant en finir rapidement pour que je puisse me mettre sérieusement au boulot. Qu’est-ce que tu veux ?
-Un procès.
-Un procès ? Celui de qui ?
-Le tien.
-Quoi ? Tu dérailles mon pauvre ! De quoi pourrais-je être coupable?
-D’homicide volontaire avec préméditation, d’exploitation, de harcèlement et de non-assistance en personne en danger, et j’en passe !
-Tu es complètement fou.
-Au contraire ! Je suis parfaitement lucide contrairement à toi. Je vais donc éclairer ta lanterne. Monsieur l’Auteur, vous êtes coupable d’avoir tué avec préméditation près d’une dizaine de personnages, je peux vous donner le nom des victimes...
-Tout ceci est ridicule...
-La parole n’est pas à la défense ! Je reprends. Vous êtes aussi coupable d’exploitation et de harcèlement sur l’ensemble de vos personnages, moi compris. Vous nous avez forcés à parler, à courir, à manger, à faire votre bon plaisir comme si nous étions de simples pantins articulés ! Vous êtes bien un tyran ! Enfin, vous n’avez pas secouru vos propres personnages que vous avez rendus malades, pourtant, il suffisait d’attraper un stylo et d’écrire quelques mots. Mais, vous avez préféré passer outre et les laisser dépérir. Vous êtes un monstre, un assassin, un...
-C’est bon, j’ai compris !
- Vas-tu enfin avouer tous tes crimes ?
-Non. Je suis dans mon droit, n’importe quel avocat me soutiendra.
-Un avocat peut-être. Mais, je suis sûr d’obtenir le soutien de tes lecteurs.
-Penses-tu.
-Et oui ! Mon pauvre, tu pensais que la première place dans le coeur de tes lecteurs t’était attribuée ?
-Qu’est-ce que tu racontes ? Qui t’as créé ? Moi ! Qui te fait personnage principal de mon bouquin ? Moi ! Tout le mérite m’en revient. Si on t’aime, on approuvera le génie du maître qui t’a créé. C’est-à-dire moi-même.
-Pauvre petit écrivain imbu de lui-même. Ouvre les yeux ! Les lecteurs s’identifient aux personnages et non à l’auteur. Ils souffrent avec eux et sont heureux de leur réussite. Mais si par malheur, un de leurs personnages préférés vient à mourir, ils en voudront à l’auteur et non aux personnages !
-Tu oublies que la mort d’un personnage peut les faire sourire. Peut-être ont-ils envie de te voir rendre l’âme ?
-Non, car sans-moi, tu n’aurais plus de personnage et une histoire a forcément besoin de plusieurs personnages.
-C’est vrai. Mais, tu oublies que je peux toujours prendre un nouveau personnage, tu l’as-dit toi-même !
-Je ne te laisserai pas faire ça ! Tu m’as donné la parole, je compte bien la garder pour te dire tout ce que j’ai sur le coeur.
-Désolé mais ceci est un bouquin et non “ Allô, 3615 my life”. Mes lecteurs se fichent de ta misérable vie, ce qu’ils veulent c’est de l’action.
-Et le procès d’un auteur, ce n’est pas de l’action ?
-Tu recommences avec ça ! On a compris que tu me considérais comme un tueur en série.
-Avoue que cela te fait plaisir.
-Non. Tu m’énerves au plus haut point !
-Merci du compliment.
-Bon maintenant que tu as finis ta harangue, je vais pouvoir continuer mon oeuvre.
-Tututu, je n’ai pas fini !
-Quoi encore?
-As-tu entendu parler du SPS : Syndicat des Personnages Spoliés ?
-Qu’est-ce que c’est encore que ces bêtises ?
-Ce ne sont pas des bêtises. Écoute plutôt. Personnages, mes camarades, le grand écrivain vous ment, on vous spolie, on vous tue à la tâche, on...
-Arrête là, on dirait Arlette Laguillier, n’en rajoute pas non plus !
-Tu peux en rire, ce syndicat a condamné un grand auteur.
-Qui ?
-Shakespeare, cet auteur a tué pratiquement tous les personnages de ces pièces !
-C’est vrai. Un vrai feu d’artifice !
-Mouais, je dirais plutôt morbide, moi. Un massacre. Nan ! Un génocide !
- N’emploie pas des termes à tort et à travers.
-Ca c’est la meilleure, c’est lui qui ne se rend pas compte de ses crimes commis par un seul mot, et il vient me donner des leçons !
-Abrège, abrège ! Et alors ton syndicat, il a fait quoi ?
-La sentence a été la mort !
- Heureusement qu’il vous a pas attendu, le pauvre ! Tu as quelques siècles de retard ! Il a déjà trépassé depuis un moment.
-Pour un auteur tu n’as pas beaucoup d’imagination. C’est une mort symbolique, voyons !
-De mieux en mieux.
-Shakespeare vit une véritable agonie. À chaque fois qu’un de tes collègues tue un personnage, une partie de son âme s’étiole et disparaît. Bientôt, il ne restera plus rien de lui, il ne pourra même plus se concevoir comme idée. Plus rien. Shakespeare sera rayé du vocabulaire, ce sera le trou noir.
-C’est fou !
-Et oui, il fallait y songer ! Je suis assez fier de nous.
-Finalement tu m’intéresses comme personnage.
-Merci, merci, je sais.
-Tu es insensé, absurde, ridicule, grotesque et atteint de folie aiguë.
-Comment ? Tu m’insultes ?
-Oui, plus j’y pense et plus je pense que l’on pourra faire quelque chose de toi...
PIRANDELLO quand tu nous tiens!!!
:)