Ahem. Ce texte... se passe juste de commentaire de ma part. :mrgreen:
Assise sur sa chaise en métal, Line chantonne doucement. Elle regarde autour d’elle d’un air curieux. Il y a un miroir sur le côté, et elle peut se voir. Dans sa chambre, on lui a interdit les miroirs. Line ne comprend pas bien pourquoi, mais tant pis. De toute façon, elle n’a pas spécialement envie de se voir. Ses cheveux noirs glissent mollement sur ses épaules, laissées dénudées par sa curieuse chemise vert-de-gris, et jusqu’à ses hanches. Le haut de sa tête est broussailleux, et ce n’est pas son visage tranché comme du bois qui lui donnera envie de se mirer. Son regard descend sur ses épaules toutes fines, ses bras squelettiques, et ses mains… Line rougit et cache ses mains sous ses fesses. Elles ne la dérangent pas, mais il ne va pas être très content… Line reprend sa contemplation. Les murs blancs ne la changent pas beaucoup de sa chambre. Elle ne se sent pas mieux ici que là-bas ; cette pièce la laisse juste indifférente.
Enfin, la porte unique s’ouvre. Line sourit maladroitement. Le docteur préfère la voir sourire, elle le sait. Alors elle essaye de lui faire plaisir, mais c’est pas toujours évident. Le docteur lui demande globalement comment elle va. Ça, c’est facile, les réponses sont presque toujours les mêmes, il suffit de tricher un peu. Et puis le docteur lance un regard curieux à ses mains, toujours cachées.
- Line ? Pourquoi tu me caches tes mains ?
Rougissant encore plus que tout à l’heure, Line sort les objets du délit et les pose sur la table, comme chaque fois. Sa voix tremble lorsqu’elle demande pardon. Le docteur lui sourit doucement et lui dit qu’elle n’a pas à s’excuser. Il prend délicatement les doigts de la jeune fille dans les siens et les examine.
Leur état est encore pire que la dernière fois qu’il les a vus. La pulpe est rougie, elle suinte presque, et les ongles sont devenus violets. La petite doit souffrir le martyre. Il examine les côtés. Là… La preuve est là, encore toute sanguinolente : un petit sillon luisant au bord de l’ongle, dans lequel se forme une goutte de sang. La même crevasse se répète à tous les doigts, de chaque côté de chaque ongle, en vingt sillons écarlates.
Une fois de plus, le docteur pose la même question : pourquoi ?
Line ouvre des yeux grands comme les lunettes du docteur. Pourquoi ? Elle ne sait pas vraiment pourquoi. Elle ne saurait pas l’expliquer. Et d’ailleurs même si elle savait, elle est persuadée que le docteur ne comprendrait pas.
Le docteur ne veut pas voir que Line s'ennuie. Elle n'a donc pas grand-chose pour s'occuper dans sa chambre. À son arrivée, elle voulait dessiner mais s'est vite rendue compte qu'elle n’y arriverait pas. Elle a alors examiné ses doigts pour essayer de saisir l’origine de sa maladresse. Elle les a observés dans les moindres détails. Elle a alors vu ces affreuses pointes blanches le long de ses ongles et a compris que le problème venait de là. Dès lors, elle a entrepris de les éradiquer. Elle a d'abord essayé de les tirer avec ses propres ongles, mais a rapidement vu qu'ils n'avaient pas assez de force. Elle a alors utilisé ses dents, qui pénétraient la peau morte aisément. Une fois retirée, elle a aperçu ces horribles morceaux de peau solide qui la narguaient et lui faisaient mal. Elle a lutté pour les saisir avec ses dents.
C'est ici que le docteur ne comprendrait pas. Comment lui expliquer l'exultation qui lui vient alors qu'elle tire le morceau de chair ? Certes, elle a mal, mais cela n'est rien comparé au sentiment d'avoir vaincu la cuticule. Elle bataille ainsi parfois pendant des heures afin de saisir le minuscule morceau de peau. Lorsqu'enfin elle réussit à les extraire, la pensée de la douleur ne l’effleure même pas. Elle tire simplement, encore et encore, jusqu'à ce qu'enfin sa proie lâche prise. Elle croque alors avec délices son trophée, alors que la chair laisse s'échapper le liquide rouge. Lorsqu'elle en a terminé avec la cuticule, elle plonge son doigt dans sa bouche et guettait le goût métallique du sang.
Comment le docteur pourrait-il comprendre cela ? Comment pourrait-il comprendre que la vue de la moindre peau autour de ses ongles la révulse ? Comment pourrait-il comprendre le plaisir qu'elle a à éradiquer elle-même sa faiblesse ?
Line regarde toujours le docteur de ses yeux ronds. Il attend visiblement une réponse. Mais Line ne sait toujours pas quoi lui dire. Alors, comme à chaque fois, elle hausse les épaules. Le docteur soupire. Il aimerait l'aider, en tant que médecin il souffre de la voir ainsi, mais tant que Line ne voudra pas lui dire, il ne pourra rien faire. Il caresse doucement les petites mains à l'intérieur des siennes, sourit à Line et lui demande de prendre bien soin d'elle jusqu'à ce qu'ils se revoient. Le docteur se lève et sort de la salle.
Allongée dans son lit, Line observe ses doigts. Là, juste là, il y en a une qui a repoussé. Elle place le doigt coupable dans sa bouche et cherche la cuticule. Malgré la douleur qui envahit ses mains, Line pense avant tout au moment où elle extraira la chose comme on ôte une épine, et au plaisir qui l'envahira à ce moment-là.
Bientôt, les murs blancs de sa chambre répercutent les gémissements et les pleurs de Line. Ce n'est ni la première ni la dernière fois qu'ils leur font écho.