Laissez-moi vous parler du roman/conte fantastique de l'estonien Andrus Kivirähk.
"Il n'y a plus personne dans la forêt."
(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fwww.lespetitspoissontrouges.org%2Fpublic%2Fattila.jpg&hash=8714a6c73e129fe9870d5119f3b106c6a4bdd0ae)
Je pense qu'on peut déjà dire que c'est une belle couverture et qu'elle fait envie. :mrgreen:
De quoi ça parle ? Le narrateur revient sur son enfance dans la forêt estonienne. Il apprend avec son oncle la langue des serpents, une langue qui permet de converser avec les animaux qui la maîtrisent (comme les serpents) ou de les forcer à faire telle ou telle sorte de choses. Le monde de la forêt "s'oppose" au monde des villageois - ex habitants de la forêt - gagné par le christianisme en vogue (le swag, c'est Jésus). On suit le parcours du jeune garçon tiraillé entre ces deux mondes, tous deux aussi violents et fanatiques. L'histoire narre l'extinction progressive de ce monde de la forêt et, avec lui, de la langue des serpents.
Mais attention, ce n'est pas du tout un livre pro "avant, c'était mieux" ou "allons tous vivre dans la forêt". Les deux mondes ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients et développent un rapport complexe face à l'idée de tradition et de modernité.
On rit des histoires des petits serpenteaux, des coutumes étranges (dans la forêt, on peut parfois se mettre en ménage avec des ours), des regards amusés sur la religion chrétienne mais aussi sur les "sages" de la forêt. Toutefois, L'homme qui savait la langue des serpents reste un livre très triste non seulement à cause des péripéties mais aussi à cause du thème traité : l'extinction d'un monde, extinction irrémédiable, rodée comme une tragédie grecque. C'est le récit d'une impasse annoncée dès la première page mais on se laisse prendre à espérer parvenir avec le personnage à aviver les dernières braises. Bref, un livre qui donne aussi à réfléchir sous la fiction.
"Mais il n'était pas question de revenir en arrière. J'étais là, au coeur de la folie moderne, et mon destin était d'y demeurer jusqu'à la fin de mes jours."
Personnellement, j'ai vraiment bien aimé. Ca m'a rappelé un peu Hobb et Le Dernier homme de Cousin de Grainville (que j'avais étudié en master). L'écriture est fluide, souvent assez drôle, on se laisse facilement happer. Par contre, la fin du livre me semble abusivement sanglante sinon gore. L'auteur en fait peut-être un peu trop sur la fin type tragédie grecque.
Mais je le recommande, surtout que c'est assez rare d'entendre parler d'un auteur estonien ! Merci beaucoup, Lo, pour la découverte ;)
je l'ai fini hier soir :s
J'ai vraiment beaucoup aimé, je l'ai pas lu mais écouté en livre audio, je ne sais pas si ça a joué sur l'immersion mais j'étais complétement dedans :coeur: :coeur:
La narration est super fluide et agréable. La couleur est annoncée dès le début et pourtant je trouve qu'on s'accroche tout le long à l'espoir que c'était du bluff... Bon, pour le bluff on repassera, y a un basculement qui se fait à un moment
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et à partir de là c'est assez fou comme plongée. Franchement j'ai trouvé le mélange de barré drôle imaginaire (le pouvoir de la langue, le grand-père :coeur:, le poisson géant à barbe :coeur:, les anthropithèques et leur pou :coeur:, la personnalité de la mère, etc.) et du dramatique/triste super réussi. Sur la deuxième moitié, ça m'a carrément brassée, j'étais toute bouleversée. Pis j'ai trouvé que ça tombait pas du tout dans le simpliste, qu'il y avait une complexité et une multiplicité des points de vue assez fine, très chouette. Du coup, y a un truc émotionnel assez euh complet dans ce que ce bouquin m'a procuré, et c'était vraiment très chouette parce qu'au final c'est pas si souvent je crois.
Bref, à lire (ou écouter) absolument :coeur: :coeur: :coeur: