Explication :
Texte :
La peur ne m'avait pas encore quittée, et je restais blottie dans ma situation propre aux fœtus. Je me sentais protégée de mon monde, ainsi recroquevillée, mes genoux ramenés vers ma tête. Mes bras restaient immobiles, au dessus de mon ventre, me protégeant ainsi de l'inconnu. Je sentais déjà l'importance de celui-ci, sans comprendre pour autant son utilité. C'était le symbole de la vie, de ma vie. Bizarrement, malgré mon ignorance, je savais que je devais le protéger, me protéger. Ce corps, inapproprié, devait être préservé. Je le touchais et il m’intriguais. Mes petits pieds restaient suspendus au-dessus de ma tête, en pleine situation d'impesanteur. Je me pris rapidement à les regarder, en me demandant si ces membres difformes m'appartenaient réellement. Je voyais des formes allongées et munies de boules monstrueuses à leurs extrémités. Je n'avais aucune envie d'être en possession de ces extensions grotesques. Avais-je seulement envie d'exister ? Cette réflexion fut la première qui émergea dans mes pensées. On pourrait parler de première naissance. On pourrait...
Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Ici, tous les instants se ressemblaient. L'obscurité était partout, et ce néant aurait pu être la vie. Comment vouloir vivre sans connaître la lumière ? Je ne connaissais que cette peur qui me tenaillait, qui me serrait le cœur. Ces secousses pareil à des tremblements de terre restaient des épreuves terribles. Et puis, ce monde restait identique, il n'avait pas encore suscité mon attention. Je ne savais rien de lui et je me moquais bien d'en savoir davantage. Je n'avais pas encore compris sa complexité ; la comprendrais-je un jour ? Je restais persuadée que j'étais le seul être vivant, et je me plaisais dans cette idée. Je me voyais unique ; je me voyais extraordinaire.
A quoi bon ouvrir les yeux ? A quoi bon se donner la peine de le faire ? Je les gardaient malgré tout entrouvert sans trop en connaître les raisons. Je voulais voir mais l'image restait flou et sombre. J'attendais de voir avec excitation, seulement … ici, tout se ressemblait. Les fissures sur les parois n'étaient pas symétriques mais elles restaient similaires. Comme si elles ne voulaient pas trop se distinguer. Je voulais la différence, la surprise, l'émerveillement. Je voulais des arcs en ciel de couleurs posés sans logique sur les murs. Je voulais un coucher de soleil ici, et des arbres centenaires par là. Je voulais voir le beau, simplement pouvoir admirer la beauté des choses. Je voulais l'émotion, les larmes sur mes joues. Je voulais la vie.
Je n'avais pas imaginé ce qui allait m'arriver, là dans quelques phrases. Comment aurais-je pu ? Je me pensais libre, je croyais en la motivation triomphante, en la volonté absolue. J'avais tort. Bientôt, une bulle et une corde me retint à m'en faire mal. Dans un premier temps je ne compris pas ce qui se passait. Je ne pouvais donc pas décider de mes mouvements ? La violence animale me pris, surgit de mes instincts primitifs. J'entrepris alors à détruire cette maudite corde, à coup de poing, à coup de tête. Sans succès. Mes pieds tapèrent dans la bulle sans plus d'effet. Pour la première fois j'étais confrontée à l'échec. Cette péripétie m'apprit que ces extrémités d'un esthétisme rudimentaire m'appartenaient bel et bien. Deux raisons de sombrer dans la dépression aiguë.
Je retournais à ma place, dans ma position initiale et je me mis à méditer, à analyser la situation. Si j'étais attachée, je n'étais pas seule. Pouvez t-il m’empêcher de voir ? Pouvez t-il m'empêcher de penser ? La vraie question que je mis un temps à trouver était : pourquoi m'empêche-t-il de me déplacer ? Il fallait que je tente ma chance à nouveau. Je m'approchais le plus près possible de la bulle tirant au maximum mes liens. J'ouvris les yeux un peu plus grand. Ça me faisait un mal de chien mais je voulais savoir. J'observais ce qu'il y avait de l'autre côté. Je ne pouvais rien imaginer, j'étais encore privée de rêves pour quelques secondes.
J'aurais pu penser à un simple dessein mais je n'en avais jamais vu. Alors je n'ai pensé à rien en voyant ces inscriptions quasi effacées. Une simple forme. Mon cœur se serra, fort, fort, fort, si fort. Un choc esthétique me submergea. Mon cœur finit par bondir dans ma poitrine et je crus qu'on allait m'empêcher de voir et de penser. Ces signes étaient tantôt élégant, tantôt colérique, terrible et doux. Je voyais là l'émotion, la souffrance et la vie. Immédiatement je compris que c'était l'acte de quelqu'un. Ces signes je les gardais en mémoire. Je savais qu'ils finiraient par prendre sens. J'allais bientôt ressentir et comprendre celui que je me mis à appeler « celui qui écrit ». Le sentiment de solitude me prie, je voulais le rencontrer. J'avais trouvé ma mission, ma quête chevaleresque.
Mon existence n'était qu'ennuie. Il ne se passait rien. J'étais lasse, je ne comprenais pas l'intérêt d'attendre. Je n'avais pas d'horloge et pourtant je sentais passer le temps. J'attendais un moment fort, de l'action. Un ou deux tours d'horloge plus tard on répondit à mon attente. Mes oreilles se mirent à bourdonner. Je compris qu'on me parlait. La voix ne me voulait pas de mal. Elle savait tout de moi et commença à m'expliquer qui j'étais. En y réfléchissant cette voix était une figure divine pour moi, alors je l'écoutais. Cependant, ces mots me déconcertèrent rapidement. Elle affirmait que je n'existais pas. Je ne comprenais pas et je restais persuadée du contraire. J'appris que Dieu avait tort. J'avais vu, j'avais entendu, j'avais bougé, j'avais pensé ; j'existais. Ce n'est pas moi qui l'ai inventé mais un joueur de cartes qu'on appelle philosophe. Si Dieu avait raison pourquoi me parlait-t-il ? Incohérence totale ! Ce premier contact avec un être de conscience me parut bien étrange. Plus tard, il m'apprit autre chose. Il m'affirmait que j'allais bientôt franchir une porte me menant à lui. Je remis évidemment ces mots en cause. Je ne savais même pas ce qu'était une porte ! Décidément, Dieu était un être fort étrange.
L'horloge tournait et j'attendais toujours cette fameuse porte. L'ennui était tel que je n'étais pas contre me rendre ailleurs. J'avais envie de me déplacer et d'entrer dans une forme d'action. Petit à petit je me mis à distinguer une ouverture. Dieu avait donc dit vrai ? Il n'était peu être pas si fou. Je m'y dirigeais à pas prudent, observant une dernière fois les inscriptions, tentant de les inscrire à jamais dans ma mémoire. La porte m'attirait sans que je sois maître de mes gestes. Encore une fois j'étais privée de liberté. Ce nouveau monde s’annonçait bien mal...