Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de lecture => Romans, nouvelles => Discussion démarrée par: letrehumaine le 11 Juillet 2013 à 16:10:04

Titre: Le rivage des syrtes (Julien Gracq)
Posté par: letrehumaine le 11 Juillet 2013 à 16:10:04
J'ai regardé l'ensemble des romans... sauf erreur, pas de trace du surréel Gracq.

A rectifier, me semble-t-il, non?
Qui l'a lu?

Je cite wikipedia dont la présentation me convainc:
Le Rivage des Syrtes est avant tout un roman de l'attente, avec un personnage essentiellement seul, dans un lieu désert et quasiment abandonné. Aldo, un jeune homme issu d'une des plus vieilles familles d'Orsenna, une république (de type cité-état) jadis puissante, est envoyé comme "observateur" dans une forteresse des provinces du sud érigée sur le rivage des Syrtes. Cette forteresse surveille la mer qui sépare Orsenna du Farghestan, pays mystérieux avec lequel la cité-état est dite en guerre depuis trois siècles, bien qu'une paix de fait se soit établie il y a longtemps et règne toujours entre les deux contrées.

Le récit a posteriori de l'attente d'un événement qui dénouera cette situation en suspens est l'occasion pour le narrateur de discerner toutes les possibilités du destin : l'histoire se met en marche au moment où le roman s'arrête ; le narrateur n'a d'autre raison d'être que dans l'expression paradoxale d'une non-histoire (forme de prétérition), l'histoire d'une immobilité devant l'inconnu du rivage d'en face et devant l'inconnu du destin. Que croire face au néant ? Que faire face aux forces de destruction qui nous menacent obscurément ? Doit-on agir ? Ou au contraire, comme le voudrait le supérieur d'Aldo, faire comme si de rien n'était, profiter du monde tel qu'il est, le laisser en l'état, sans intervenir, sans essayer de donner plus de sens à sa propre vie ?

Le récit se construit autour du mouvement de l'attente vers l'évènement. Le rivage, figure centrale du récit, délimite l'espace licite de l'espace illicite. La frontière réaliste qui existe entre les deux pays en guerre devient à travers les yeux du personnage un seuil limite, métaphorique, l'ouverture vers un monde poétique et onirique.
Titre: Re : Le rivage des syrtes - Julien Gracq
Posté par: Meilhac le 11 Juillet 2013 à 17:41:46
J'aime bien Gracq.
J'ai commencé Un beau ténébreux.
langue un peu précieuse, presque trop par moments (ça devrait te plaire lêtrehumaine  ;) ).
quel dommage, cette manie de mettre, presque une fois par page, un mot en italique. on se sent un peu pris pour un neuneu, genre "attention, ce mot est important et subtil". et ça n'apporte vraiment rien, ça affaiblit plutôt la force et la beauté du propos.
mais à part ça, c'est pas mal.
il a écrit aussi sur son expérience de la guerre.
il était géographe de métier, et plutôt de l'ouest, moitié balzac/moitié jean rouaud/moitié bégaudeau :--).
mais là où il était le meilleur (y en a des comme ça : wilde, houellebecq, peut-être mauriac, et donc gracq, qui sont meilleurs je trouve quand ils parlent de la littérature que quand  ils en font), c'était dans la critique et les réflexions sur la lecture et l'écriture. en lisant en écrivant, très bon. lettrines, très bon.  critique et réflexions sur l'art et sur l'écriture.
il écrit dans ses bouquins des trucs justes voire puissants. il parle beaucoup de proust (pas toujours de manière très juste ceci dit, je suis pas trop d'acc' avec lui souvent quand il parle de proust ; par exemple il dit que le côté de guermantes est un tunnel un peu chiant) ; il dit que trotsky écrivait très très bien (ce qui est assez évident je pense et peut-être banal comme opinion, mais qu'on ne lit pas tous les quatre matins quand même); il dit "le procédé, c'est ce qui ne se décide pas", je trouve ça très bien vu. etc.
problème : tous ses livres sont à 12, voire 15, voire 20 euros, rien en poche, because son testament, sa fidélité à son premier éditeur.
je le rattacherais (époque, et style qui par moments tend un peu vers le précieux/guindé/engoncé) à des gars comme gide ou mauriac.
Titre: Re : Le rivage des syrtes - Julien Gracq
Posté par: letrehumaine le 24 Juillet 2013 à 12:47:22
Merci Meilhac pour ces quelques informations.

Pour ma part, je ne suis pas fan des romans de science fiction ou de mondes imaginaires. Je me suis surpris à lire avec autant de passion cette écriture hors du temps et de l'espace.
Souvent, j'ouvre ce livre au hasard et commence à lire quelques phrases... à chaque fois, quelque soit le passage, je suis estomaqué par l'abondance de sens, d'image, d'atmosphère que dégage cette écriture.
C'est un livre essentiel pour moi, qui m'a notamment amené à toujours recherché l'adjectif le plus juste et en même temps le plus rêveur.

J’apprécie sa fidélité éditoriale. Et pour moi un livre se mérite... Son refus du Goncourt, avant même de l'obtenir, me le rend également sympathique.

Pour ce qui est de ses critiques littéraires, je ne les connais pas. Les critiques littéraires en général ont souvent un effet soporifique sur moi... mais je n'ai pas à ce jour trouver le bon auteur pour cela. Peut-être Gracq alors effectivement. Peut-être as-tu un de ses ouvrages en particulier à me recommander?
Titre: Re : Re : Le rivage des syrtes - Julien Gracq
Posté par: Meilhac le 24 Juillet 2013 à 17:25:48
c'est déjà fait  ;) (titres en italique ci-dessous):
mais là où il était le meilleur (y en a des comme ça : wilde, houellebecq, peut-être mauriac, et donc gracq, qui sont meilleurs je trouve quand ils parlent de la littérature que quand  ils en font), c'était dans la critique et les réflexions sur la lecture et l'écriture. en lisant en écrivant, très bon. lettrines,(deux tomes) très bon.  critique et réflexions sur l'art et sur l'écriture.
il écrit dans ses bouquins des trucs justes voire puissants. il parle beaucoup de proust (pas toujours de manière très juste ceci dit, je suis pas trop d'acc' avec lui souvent quand il parle de proust ; par exemple il dit que le côté de guermantes est un tunnel un peu chiant) ; il dit que trotsky écrivait très très bien (ce qui est assez évident je pense et peut-être banal comme opinion, mais qu'on ne lit pas tous les quatre matins quand même); il dit "le procédé, c'est ce qui ne se décide pas", je trouve ça très bien vu. etc.
Titre: Re : Le rivage des syrtes - Julien Gracq
Posté par: letrehumaine le 24 Juillet 2013 à 18:03:37
Oups, toutes mes excuses!
J'ai lu ton texte il y a quelques jours mais ne l'ai pas relu aujourd'hui en répondant... Carton rouge!
Bonne soirée, merci!