Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de lecture => Théâtre et poésie => Discussion démarrée par: HB le 10 Juillet 2013 à 19:30:06
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Je voudrais être loin de moi
Je suis trop près
Je me rapproche
Ces mots de lui sont les premiers qui me viennent à l'esprit. J'essayerai de me retenir d'aller sur wiki pour la suite de cet exposé succinct.
En vrac :
Né vers la fin du 19ème siècle à Narbonne, un peu plus vieux qu'Apollinaire, je crois. Au moins autant reconnu que ce dernier par les surréalistes. Breton a dit un truc genre : " Reverdy est le meilleur poète du moment il tue sa race et aussi le temps qui passe. "
Il est "monté" à Paris, comme on le faisait autrefois. Ses amis ont été Picasso et toute la clique.
Et pis il s'est "recassé" dans le sud, tout seul comme un grand, pour y vivre, y vibrer de sa vie de créateur, entre Nietzsche et Foi mais surtout avec sa Poésie.
Voilà comment je terminerai, aussi pauvrement que j'ai commencé, avec, presque au pif, un poème de lui, en prose :
Reflux
Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'est encore inscrit. Toute la distance de vous à moi — de la vie qui tressaille à la surface de ma main au sourire mortel de l'amour sur sa fin — chancelle, déchirée. La distance parcourue d'une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille — cette rouille affamée qui déforme mon coeur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres. Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans des fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort. Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserraient ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les coins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs — où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie — où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les décisions tranchantes de l'esprit.
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Il y a dans le retour des choses pas à pas
Dans le cadre mal conformé à ma figure
Un profil inconnu
Un fil
Une bavure
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Si vous entendez derrière
vous faire Psst et qu’en
même temps passe un taxi
ne vous retournez pas…
c’est pour le taxi.
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ah, quel délice de reposer les yeux sur du Reverdy !
juste pour le plaisir, un de mes poèmes préférés
La lampe
Le vent noir qui tordait les rideaux ne pouvait soulever le papier ni éteindre la lampe.
Dans un courant de peur, il semblait que quelqu’un pût entrer. Entre la porte ouverte et le volet qui bat – personne ! Et pourtant sur la table ébranlée une clarté remue dans cette chambre vide.
Ou deux
Figure
Contre le mur des places vides. On risque de glisser sur ce pan qui remue. L’ombre soutient le poids, les doigts percent le nombre. Il y a un temps pareil à l’autre, au bout du monde. On pense à quelqu’un d’autre, et, sur le marbre, on laisse un simple nom, sans préface ni point. Le portrait de sa vie. Mémoire. Il est content – Tout ce qui reste encore à faire en attendant.
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Salut Gaj et tout le monde.
J'ai pas de livre de Reverdy sous les yeux, alors voici un copié-collé... en espérant que tout est y bien retranscrit.
Toujours là
J'ai besoin de ne plus me voir et d'oublier
De parler à des gens que je ne connais pas
De crier sans être entendu
Pour rien tout seul
Je connais tout le monde et chacun de vos pas
Je voudrais raconter et personne n'écoute
Les têtes et les yeux se détournent de moi
Vers la nuit
Ma tête est une boule pleine et lourde
Qui roule sur la terre avec un peu de bruit
Loin
Rien derrière moi et rien devant
Dans le vide où je descends
Quelques vifs courants d'air
Vont autour de moi
Cruels et froids
Ce sont des portes mal fermées
Sur des souvenirs encore inoubliés
Le monde comme une pendule s'est arrêté
Les gens sont suspendus pour l'éternité
Un aviateur descend par un fil comme une araignée
Tout le monde danse allégé
Entre ciel et terre
Mais un rayon de lumière est venu
De la lampe que tu as oublié d'éteindre
Sur le palier
Ah ce n'est pas fini
L'oubli n'est pas complet
Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître
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J'aime beaucoup celui là. :coeur:
Je n'ai jamais entendu parler de Pierre Reverdy, c'est vrai que ca dechire sa race comme dirait l'autre, merci HB d'avoir créé un sujet sur lui. ^^
Si tu en as d'autres comme ça je suis preneuse!
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En Attendant
Des lignes trop usées par les rigueurs du temps
La flaque d'eau sous la gouttière
Le reflet timide qui danse
Et la nuit qui descend
Aucun essor
Aucun effort
Pour détacher l'esprit de cette ritournelle
Il faut marcher tout droit sans condition
Vers la vie plus réelle
Plus bas se contenter des plus maigres rayons
Au passage émouvant d'une aile
Tout s'évapore et sèche
Et même l'illusion qui rendait l'aube moins amère
Les mains retiennent l'air
Le soleil broie la tête
On retrouve le meilleur temps
L'image à la poitrine et l'œil sur le cadran
La vitre avec le feu
La vague sous le vent
Et l'heure étouffée dans sa gaine
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Pour le moment
La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée
Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson
Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles
Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous
C’est aujourd’hui que je vous aime
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Magnifique.
Ma tête est une lampe rallumée :coeur:
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Reverdy est un des poètes que j'ai aimés assez tôt. En effet ce pourrait être une "sorte" de maillon entre Rimbaud et les surréalistes qu'il a inspirés mais jamais tout à fait rejoints. René Char le tenait en grande estime. C'est à vrai dire une personnalité extrêmement attachante. Un petit zoom sur lui est bienvenu dans la mesure où son nom est quand même moins familier que celui d'Apolinaire, Breton ou autre... Avec pourtant une oeuvre qui mérite de perdurer. Merci de le rappeler à notre bon souvenir. Et pourquoi pas à notre curiosité ?
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J aime particulièrement ce Reflux que tu as mis en premier post. S il y en a d autres en prose dans le même genre ^^
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Poissonflou a tout dit.
Ras le bol du plagiat par anticipation !