Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Cauzart le 05 Juillet 2013 à 20:40:21
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Toute la journée à trainer. C’est plein d’Humains dehors. Ils filent, ils se parlent entre eux ; je ne comprends rien à ce monde-là. Je suis écœuré. La transition est trop brutale. Hier, c’était si beau hier ; tes yeux, ta bouche. Une rengaine du cœur que j’adore écouter. Il me faudrait quelque chose comme une drogue forte, histoire de m’évaporer un peu de tout ça. Une belle fumée verdâtre, des papillons calcinés, un carton acide. Ou une poésie. Au secours Beauté ! Je t’appels de mes doigts moites, ma pauvre gorge gorgée de sueur. La voix d’une sœur opéra. Une trompette de jazz, un rythme qui ne ment pas. Je ne trouve qu’un chat. Ca me dégoûte de me sentir si loin, si proche de vous tous. Un verre d’alcool. Je vous porte dans ma cervelle. C’est l’insolation de l’existence. Trop de bruits, trop de pas, trop de couleurs. Dans un film des années trente, voilà où il me faudrait poser mes pas. Le reste ne vous regarde pas.
J’ai la nausée de vous voir exister. Dans mon monde, il n’y a que moi. Et je vous parle à vous, là-bas, je vous parle à moi, ici, sans toit, sans toi, toi, toi. Où es-tu ? Que fais-tu ? Pourquoi est-ce si difficile de se regarder longtemps sans sourciller ? Nos regards vacillent. Je me pardonne.
Tout ce soleil, ami, si tu pouvais voir tout ce soleil. Il fait briller la comédie de la vie. C’est le manque crucial d’éternité qui me foisonne le ventre. Haché.
Mes racines sont plantées. Je creuse. Je me perds. Je me mens. Loin d’être meilleur, je partage vos tourments. Les rues sont pleines d’affiches et d’échelles. Ils se montent, les Hommes, les uns sur les autres pour porter au plus haut leur petit bout de prestige. Quitte à marcher sur les autres. On se prête un tourne-vice, on s’échange un brin de fraternité, mais alors juste un brin, pas le temps de te donner plus. On est tous dans le même pétrin, alors pourquoi je ferais d’avantage, moi ? On est seul. Chacun sa merde ; et si par inadvertance je t’écrase un orteil, rien à foutre. Fais gaffe à toi, m’énerve pas, je suis crevé. Je t’éclate ta tongue ; c’est pas ma faute, je t’ai pas vu. J’ai mon truc à moi. Trouves ta place, j’ai rien contre, mais moi d’abord. On est trop nombreux dans cette ville, y a pas assez de place pour contenter tous les égos. La frustration nous consolide dans nos mépris. Emmerdons-nous les uns les autres.
Ami, pose ton pinceau, lave ta colle. Je m’en fous de tes qualités terrestres, et les autres venues d’ailleurs. Viens, on s’assoit à l’ombre de tout ça. La terrasse est déserte et la serveuse est sympa. Arrêtons de gesticuler sous les rayons. Parlons. Comme ça, pour le plaisir. Je te prends en stop, on s’installe à une table. Les autres poursuivent leur chemin, face à nous. Ils remplissent la rue. Regarde-les, c’est très drôle vu d’ici. Ils courent, ils parlent fort, ils se poussent du coude en s’excusant. La belle hypocrisie. Ne sois pas si pressé de les rejoindre, reste un peu avec moi où il ne se passe rien. Faut pas avoir peur d’être flemmard. On ne rate rien. Je te le dis : ils se trompent. Plutôt que de se dévorer pour ramener un spectateur, ils feraient mieux de se dédaigner un peu. Ils se bécotent pour se faire admirer. Souffle, inspire. N’est-on pas mieux ainsi ? Un cul, une chaise, c’est le bonheur. Y a la rivière qui coule dans le caniveau. Avec un peu de chance, demain, ça sera la pluie. Tout sera vide. Ils se recroquevilleront derrière leurs rideaux fermés et lampe de chevet. Je pourrais sortir alors. Main dans la main avec le vide qui taraude mes sens.
Ami, j’aime la plus belle femme du monde. C’est éternel. Elle peut partir demain. Je peux me jeter par la fenêtre. Ça change quoi ? C’est éternel je te dis. Hier, c’était la mer, l’océan. Les vagues, l’horizon sans ligne de brouillard. Le sable, le vent. Le silence de notre amour. C’est pour ça le dégoût de vous tous. Le dégoût de l’Humain, et de moi au milieu de vous. C’est pas le soleil, c’est pas la vie, c’est juste le mauvais jour pour vous voir vous battre.
J’ai vu une vieille dame, toute fripé. Elle frappait les cartons avec son balai pour les faire disparaitre. Elle gueulait sur les tracteurs, avec son gilet bleu, ses yeux bleus, ses cheveux blancs. C’était la folle du quartier. La folle qu’ils disaient tous. La folle qui comprend pas la nécessité que nous avons, nous autres artistes, à recouvrir la ville d’une publicité navrante. La folle. Pourquoi, elle, la folle. Et si c’étaient nous, les fous ?
Ami, je ne sais plus ce que je pense. Les mots me frappent. Je les jette, ils me reviennent en boomerang. Ce que je dis n’a aucune importance. Intéresses-toi au vide qui règne, ligne à ligne. Le vide d’entre chaque seconde, d’entre chaque battement de cœur. Les sensations, je les portes trop hautes dans mes poumons. Elles me mâchent la respiration.
Voilà. J’ai tout jeté. Je suis parti dans mes étoiles. Je me sens mieux. La nausée s’en va. Et toi aussi ami, tu peux disparaitre. Il ne restera qu’elle dans ma mémoire. Et un texte impubliable.
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Argh! Ta prose est toujours aussi flippante. :)
Cauzart, j'ai jamais lu personne manier avec une légèreté aussi magistrale l'impertinence poétique. Même Baudelaire, qui passait son temps à insulter son lecteur, était plus timoré que toi. Ton personnage est si sincèrement malade et puant, qu'il en est attendrissant. Joli tour de force. ;)
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C’est plein d’Humains dehors.
majuscule très utile ?
Ils filent, ils se parlent entre eux ;
euh je pige pas bien la précision "entre eux" vu que "se parler" est déjà une construction pronominale impliquant une réciprocité ???
(désolée, j'ai des restes de grammaire qui remontent |-|)
Je t’appels de mes doigts moites, ma pauvre gorge gorgée de sueur.
Je t'appelle
sinon gorge/gorgée c'est bof quand même. Surtout que les définitions de gorger (http://www.cnrtl.fr/definition/gorger) correspondent pas vraiment à ce que tu veux dire...
On se prête un tourne-vice,
jsais pas si c'est une faute ou pas (tournevis), mais l'idée de se prêter une façon de vicier, je trouve ça méga cool !
Trouves ta place, j’ai rien contre, mais moi d’abord.
Trouve
Intéresses-toi au vide qui règne, ligne à ligne.
Intéresse
(Y a eu bien pire que Baudelaire quand même, Brico, niveau je me fous ouvertement de mon lecteur, y avait déjà ne serait-ce que Diderot et niveau poésie (mais en prose), si ça t'intéresse, Brico, essaye Lautréamont, ça déménage :P)
Sinon, Cauzart, je sens beaucoup de rage en toi, jeune padawan. :mrgreen:
Plus sérieusement, j'aime bien les brefs passages où le Tu surgit, ça crée un peu de tension dans tout ça. Pour le reste, j'ai plus de mal, la rage contre la société, ça fait couler beaucoup d'encre mais je sais pas, jtrouve que tu dis pas tellement de choses plus personnelles que ce que d'autres ont déjà dit, du coup jtrouve que toute cette "haine" fait vachement pose en fin de compte et le retour à un "je vous aime" me semble aussi peu convaincant que son inverse. Donc, je pige pas très bien ce que tu cherches à susciter chez ton lecteur en fait. J'arrive pas à savoir si tu es sérieux dans ce texte ou pas, en fait. :\?
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Salut !
Je suis globalement d'accord avec ce qu'a dit ernya... et aussi, je ne comprends pas ce que vient faire dans ton texte qui se veut dénonciateur l'histoire de "j’aime la plus belle femme du monde"... à moins que ça soit la Beauté, comme tu le dis dans ton premier paragraphe ? Si oui j'ai pas trouvé ça très clair :)
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Hum... C'est compliqué de parler de ce qu'on écrit. Ce genre de textes, c'est vrai que je me fous un peu du lecteur. Ils sont justement inspiré par une nécessité d'écriture d'avantage que par un message à faire passer. A l'occasion je posterais des choses un brin plus construite ^^
Merci de votre lecture camarade !
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Hello Cauzart,
J'ai pas trop ressenti cette impression que tu te fichais du lecteur, en fait. Et j'ai pas non plus trouvé ton personnage détestable. J'ai l'impression qu'il balance sans cesse entre la haine et de la tendresse pour l'humanité.
Sinon, je suis d'accord avec ernya pour la majuscule à Humains, j'aime pas. Même à Beauté, en fait, je crois.
Loin d’être meilleur, je partage vos tourments
J'aime pas cette phrase, non plus. Je trouve que la construction "loin d'être" est moche, ça fait un peu fausse modestie maladroite.
C'est curieux, ce que tu vois dans le festival. Cette hypocrisie, tout ça. C'est tellement doux, pourtant, la place de l'horloge, une nuit de juillet.
Et j'aime bien ton style, aussi.
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C'est curieux, ce que tu vois dans le festival. Cette hypocrisie, tout ça. C'est tellement doux, pourtant, la place de l'horloge, une nuit de juillet.
Et j'aime bien ton style, aussi.
C'était d'avantage cette journée d'affichage hier qui m'a dicté ce texte. Tout dépend des jours. Cette haine de l'Humain (et je persiste dans cette majuscule, excusez-moi mais elle m'est habituelle ^^), m'a été influencé par la différence ressenti entre le calme d'une après-midi avec celle que j'aime et ces rues bondés. C'est pour cela que je parle un peu d'elle dans ce texte.
Un autre jour, j'aurais peut-être adoré. Tout est relatif et paradoxal (facile). Je connais bien le festival, on y trouve de très bon moment aussi. C'est une partie du festival que je décris, heureusement, tout n'est pas là. Mais cela me dégoûte.
Merci de ta lecture ^^
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J'ai trouvé ça très beau. Tu décris vraiment bien l'état dans lequel on peut se sentir après des moments "rares", des moments d'" éternité".
Merci.
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Salut
C'était d'avantage cette journée d'affichage hier qui m'a dicté ce texte.
Comme je te comprends :huhu:
Du coup ,pour avoir vécu sensiblement la même chose le texte m'a pas mal parlé. J'aime bien
Un cul, une chaise, c’est le bonheur
ç'est très juste ( mais un demi en plus c'est pas du luxe ;))
Merci pour ce texte
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Ho wow. Merci encore option du texte au hasard...
Je n'ai aucune critique constructive à faire, je trouve ce texte simplement génial. Le rythme, le style et le sens viennent tout à fait me rejoindre.
Impubliable ? Et pourtant...