Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: GuillaumeLoveWriter le 05 Juillet 2013 à 20:32:28
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Cela fait... longtemps que je ne me suis pas connecté ici, mais je profite d'avoir écrit quelque chose que j'aime bien, pour le partager, dans le but d'avoir vos avis les plus constructifs possible !
Alors voilà, "Le Seigneur du Temps", dont la première partie s'intitule "Anthrax Corporation" et est divisée en quatre chapitre. Bonne lecture ! :3
L'Inconnu sur le Toit.
Il était l'heure de la soirée à laquelle les ombres étaient dix fois plus grandes que leur propriétaire, quand Aurore Deschamps entra dans le bureau de son patron.
Celui-ci l'avait invitée à son office, afin de "Faire connaissance avec ses employés les plus compétents", comme il l'avait écrit dans le petit mot qui avait été laissé sur le bureau d'Aurore.
Selon ses collègues, personne n'avait jamais vu le grand Président Directeur Général de la société : c'était un homme qui ne quittait jamais son bureau, à croire qu'il vivait dans son entreprise de téléphonie, Anthrax Corporation. C'était donc un grand honneur que de le voir, un honneur un peu grand pour une si petite employée. Sur un effectif de plus de cinq cents personnes, c'était elle que Monsieur N. avait voulu voir. Cela l'étonnait, mais elle ne s'en inquiétait pas.
Et elle ne s'en inquiéta pas plus, quand, toquant à la grande double-porte en bois ornée de clenches en or massif, deux gardes armés l'accompagnèrent dans la grande pièce, vers le grand bureau flanqué d'un imposant fauteuil en cuir, tournant le dos à Aurore.
« Monsieur, vous... vous vouliez me voir ? » Elle bégayait un peu, et semblait effrayée. Elle dut attendre trente secondes avant d'entendre une réponse. La voix qui sortit du fauteuil retourné était une fausse voix. Une voix électronique, qui devait provenir d'un ordinateur, ou quelque autre appareil développé pour les muets.
« Oui – Je – Voulais – M'assurer – Que – Notre – Entreprise – Vous – Satisfaisait – Pleinement – Ainsi – Que – De – Connaître – Un – Peu – Mieux – Nos – Employés – Les – Plus – Compétents. »
Il se passa bien trois minutes avant qu'un « BIP » strident signale que Monsieur N. avait fini de parler. Aurore, à ce moment, s'interrogeait sur la situation. Qu'allait-il se passer ? Pourquoi cet homme ne parlait, ni ne se montrait pas ? Mais il fallait lui parler, ne pas lui montrer qu'il l'intimidait.
« Eh bien, Monsieur N., comme vous le savez certainement, je m'appelle Aurore Deschamps. Je suis née le trente Décembre mil neuf cents soixante dix-sept. J'ai donc trente-six ans, et je vis à San Francisco, là où notre belle entreprise tient ses locaux. Je n'ai ni mari ni enfant. Je vis seule dans un appartement près de la côte.
-Bien – Bien – Cela – Me – Suffit – Amplement (il patienta encore un peu avant de continuer) – C7 – Et – C8 (les deux gardes armés s'approchèrent. Aurore put voir qu'ils avaient, sur la tête, un casque qui leur cachait le visage) – Tuez – LA ! »
Aurore mit deux secondes avant de réagir, et de se baisser. Les deux gardes avaient levé leurs armes. Ils avaient dans leurs mains un grand fusil. Etrangement, ils ne tirèrent pas, mais agrippèrent la crosse de leur fusil. Ils en sortirent chacun une grande épée qu'ils devaient porter à deux mains. Ils s'avançaient lentement vers Aurore. Elle en profita pour fouiller la pièce des yeux : rien pour se défendre. La porte était derrière les deux gros gardes, et la seule issue plausible était la fenêtre. Elle courut vers les vitres, les ouvrit et se pencha. Un peu plus bas, à environ trois mètres, il y avait un monte-charge. Aurore regarda derrière elle, les gardes s'étaient approchés et avaient levé leurs épées au ciel. Le fauteuil se remit à parler :
« Attrapez – La – Vite – Plus – Vite – TUEZ – LA ! »
Après le « BIP », Aurore sauta dans le monte-charge le long du bâtiment. Elle atterrit sur le flanc, se faisant assez mal. Elle attendit quelques secondes avant de se lever, le temps de se remettre du choc et de la douleur. Elle chercha les commandes et tapa frénétiquement sur le bouton pour descendre. Mais au lieu de se diriger vers le sol, le monte-charge remonta. Quelqu'un sur le toit lui faisait signe, mais elle ne faisait pas pour autant confiance à la personne qui la ramenait vers un danger de mort sûr...
Aurore, cependant, passa rapidement devant la fenêtre du bureau de Monsieur N., et continua sa route vers le toit.
« Il y avait d'autres Canibots au bas de l'immeuble. Ils ont eu le temps de se déployer au rez-de-chaussée, mais ils ne sont pas assez intelligents pour s'organiser correctement. Ils sont donc des milliers devant l'immeuble, alors qu'ils devraient être sur le toit. »
L'homme qui avait débité ça, comme si c'était une évidence pour tout le monde, avait une voix rassurante. Aurore empoigna la main qu'il lui tendait, et sortit du monte-charge. Elle déboula sur le toit à plus d'une cinquantaine de mètres du sol. Elle fut quand même plus rapide que l'homme.
« Mais nous ne pouvons pas rester indéfiniment ici. Monsieur N. va rapidement leur dire de remonter, et il aura sûrement laissé des gardes au pied de l'immeuble... déclara Aurore, comme si elle avait l'habitude de fuir un psychopathe invisible, muet, qui contrôle des gardes armés d'épées.
-Bonne déduction Mademoiselle ?..
-Deschamps. Aurore Deschamps.
-Eh bien, bonne déduction Mademoiselle Aurore. Mais il y a quelques points à établir. Le vrai nom de Monsieur N., c'est Néros. Les gardes, eux, sont des Canibots. Des robots à tête de chien. Néros est un grand malade du trafic génétique, même sur des êtres sans vie. Je suppose que cette entreprise de téléphonie lui permet d'envoyer des signaux aux satellites autour de la Terre, afin de planifier quelque chose. Et ce quelque chose ne doit pas être de bonne augure. Mais trêve de bavardages, y a-t-il un ascenseur dans ce bâtiment ?
-Eh bien... oui, cet immeuble comporte plus de cinquante étages, donc oui.
-Montrez-moi où se trouve cet ascenseur. Les Canibots vont sûrement utiliser le moyen le plus rapide d'atteindre le toit, et s'ils sont bloqués, au moins pendant dix minutes, cela nous laissera du temps pour nous enfuir, Aurore.
-Nous enfuir ? Mais, il faut peut-être démasquer les plans de Néros, non ? Et depuis quand m'appelez-vous Aurore ? Je ne connais même pas votre nom ! Et d'ailleurs, pourquoi devrais-je vous croire ? Monsieur N. est peut-être juste un patron tyrannique...
-Taisez-vous, et montrez-moi l'ascenseur. »
Aurore se tut, et ouvrit la porte qui menait dans le bâtiment. Elle se dirigea vers l'entrée la plus proche de l'ascenseur. Effectivement, il approchait. Il était au trentième étage, déjà. L'homme poussa Aurore et arracha les boutons de contrôle de l'ascenseur. Il regarda, jura, et tripota la porte. Il réussit à l'ouvrir et se glissa dans le vide. Il s'accrochait aux tuyaux sur la paroi de la cage d'ascenseur. Il s'arrêta devant un boîtier, y décocha un coup de poing qui le fit s'ouvrir, et arracha quelques fils. La progression de l'ascenseur s'arrêta, et mieux encore, il se mit à chuter à une vitesse vertigineuse vers le sol. L'ascenseur, et les Canibots à l'intérieur, s'écrasèrent dans un bruit tonitruant.
Aurore et l'homme retournèrent sur le toit, ils devaient trouver un moyen de fuir de l'Anthrax Corporation. L'homme sortit une clef de sa poche et la pointa devant lui. Une mobylette noire apparue, sur le toit de l'immeuble.
« Qu'est-ce que c'est que ça ?! S'exclama Aurore en reculant de quatre pas.
-Une mobylette, pardi !
-Mais comment ? Comment, pour l'amour de Dieu, est-elle arrivée là ?!
-Montez, vous verrez. »
L'homme avait empoigné deux casques, et en avait tendu un à Aurore. Ils les enfilèrent, et Aurore monta derrière l'homme, qui démarra. Il fonça droit vers le vide. La machine s'écarta d'un mètre du bord, avant de changer de trajectoire. Les roues se collèrent aux vitres, comme s'ils étaient sur le sol.
« Mobylette antigravité, ma chère Aurore ! Cria l'homme »
Ils continuèrent à rouler à cent à l'heure, verticalement, avant d'arriver sur le sol. La mobylette changea de nouveau de trajectoire, et reprit la route, comme si de rien n'était, comme si Aurore et l'inconnu auquel elle était cramponnée ne venaient jamais d'échapper à un monstre trafiquant l'ADN, de tuer des centaines de robots-chiens, de monter sur une mobylette invisible qui peut grimper aux murs et aux plafonds.
L'affaire de l'éventreur de San Francisco.
« Donc, on se retrouve maintenant à enquêter sur une affaire de meurtres ? »
Aurore se tenait aux côtés de l'homme qui l'avait sauvée, ils surplombaient un corps entourés de trois policiers.
« J'ai de bonnes raisons de penser que Néros est impliqué dans ces meurtres. C'est quand même le troisième cadavre retrouvé sans tête, et avec des organes en moins...
-Mais qu'est-ce que Néros pourrait faire avec une tête et quelques boyaux ?
-Aucune idée, mais ça m'étonnerait que ça soit quelque chose de très joyeux. »
En effet, l'homme lui avait expliqué qu'il surveillait depuis quelques semaines l'Anthrax Corporation, car des « signaux électriques et des décharges d'ondes suspects avaient été détectés ». Elle ne savait pas trop ce que ça signifiait, ni même comment il avait pu détecter ça. Elle avait fait une petite blague, comme quoi il avait un odorat sur-développé, ce à quoi il a répondu que dans la Station Spatiale de Défense de l'Univers (la 2SDU, comme il l'avait appelée en premier lieu), les ordinateurs étaient, eux, dotés d'odorat sur-développé. Il n'en avait pas plus dit, et avait montré à Aurore comment et où ils allaient enquêter : il donna à Aurore un tailleur, et un badge sur lequel il était inscrit un nom d'emprunt – Claire Smith – et l'endroit où elle était censée travailler, le FBI. L'homme avait un badge identique à celui d'Aurore, mais marqué « Dr John ».
« Docteur John ? C'est votre nom, ça, John ? Et vous êtes Docteur ? Avait demandé Aurore.
-Nom d'emprunt, Madame Smith, nom d'emprunt.
-Alors vous êtes Docteur ? Mais... pourquoi « Madame Smith » ? Je suis mariée maintenant ? Avec qui ? »
Le « Docteur John », n'avait pas répondu, il l'avait juste regardée en esquissant un sourire, pour lui signifier qu'elle savait avec qui elle était maintenant mariée.
« Oh... mais nous n'avons pas le même nom, Docteur... avait-elle fait remarquer.
-Madame Smith, nous devons trouver un endroit pour que nous puissions nous changer et reprendre des forces avant d'enquêter. Et non Madame nous ne pouvons pas aller chez vous, votre appartement doit déjà être infesté de Canibots, qui ont sûrement tué tous les habitants de votre immeuble, soit dit en passant.
-Oh mon Dieu... mais comment vous savez que j'habite dans un immeuble ? Je ne vous l'ai pas dit ! Je ne l'ai dit qu'à Néros ! Mon Dieu... vous m'avez espionnée ! Monstre !
-Des personnes sont mortes enfin ! Une minute de silence pour les morts pendant que je réfléchis où nous pourrions aller nous reposer.
-Et pourquoi Néros a-t-il voulu me tuer moi ? Qu'est-ce que j'ai de si particulier pour qu'on veuille me tuer ?!
-Il vous a choisie au hasard. Cela m'étonnerait qu'il ait réfléchi minutieusement à qui avait le moins d'accroches ici.
-Qu'est-ce que vous en savez que je n'ai pas d'accroches ?.. Mais vous êtes un véritable malade mental ! Vous m'avez espionnée pendant combien de temps, avant de pouvoir me sauver la vie héroïquement ?!
-Oh, taisez-vous. J'en sais plus sur vous que vous-même.
-Comment ça ? Vous arrivez comme ça, vous m'espionnez, mais Monsieur en sait plus sur moi ? Alors j'ai quel âge, je suis née quel jour, est-ce que j'ai un animal de compagnie ? Mon numéro de téléphone, c'est quoi, petit malin ?
-Taisez-vous...
-Parce que je devrais me taire maintenant ? Vous avez du culot, sale... cinglé !
-Fermez-la et courez ! »
Aurore avait eu à peine le temps de se retourner. Derrière elle, un des Canibots de Néros allait l'attaquer. Elle avait essayé de s'enfuir, mais ses pieds s'étaient emmêlés. Elle était tombée devant le Canibots, qui allait abattre son épée sur elle. Mais le Docteur avait été plus rapide, il avait brandi quelque chose, et l'épée avait sauté des mains du robot. Il avait encore utilisé son « arme », et cette fois-ci, c'est son casque qui avait sauté. Aurore avait pu voir à quel point il était horrible : des fils électriques dépassaient de son cou, rentraient dans ses oreilles et nervaient la peau de la tête du chien. Une petite tête de bulldog littéralement ridicule surplombait donc un immense corps métallique, qui était allé se recroqueviller dans un coin, la tête émettant les pleurs d'un bébé chien.
Aurore avait regardé la bête pleurer, jusqu'à ce qu'elle se fût tue. Elle s'était tournée vers le Docteur.
« Elle est...
-Morte, oui, avait déclaré le Docteur en s'approchant du casque du Canibot. Il y avait jeté un œil et avait arraché un circuit duquel sortaient plusieurs fils. Cela devait sûrement contrôler son cerveau, avait-il repris, et lui empêcher de penser et de ressentir la douleur. Dès qu'elle fut capable de penser, elle s'est rendue compte de son état, n'a pas pu supporter la douleur. Elle a dû profiter de ses derniers instants pour nous faire passer un message, vous ne croyez pas ?
-Un... message ? Mais, aux dernières nouvelles, ni vous, ni moi, ne parlons le chien !
-Normalement, Néros a certainement ajouté quelque chose pour décupler l'intelligence de cet animal... si... seulement... je le trouvais... »
Il avait encore fouillé dans le casque du chien, mais rien. Il s'était détourné d'Aurore, et avec le même instrument qui avait désarmé le Canibot, il avait examiné le circuit électronique. Il avait eu quelques exclamations, des jurons, des soupirs, et même un « Ah ah ! », avant de lever son outil vers lui. Après quelques secondes de bruit strident, une voix électronique, comme celle de Néros, était sortie de l'outil :
« Delta – 613 – Alpha – 631 »
Le Docteur avait baissé son outil en souriant. Il avait pris Aurore par le bras et s'était mis à courir. Il semblait content, et aurait pu éclater de rire.
« Qu'est-ce qu'il y a, cher Docteur John ? La mort d'un chien-robot est-elle si réjouissante ?
-Aurore, Aurore, vous ne comprenez pas ? Delta 613 Alpha 631, ça ne peut être que deux choses, les coordonnées de quelque chose, ou le nom de quelque chose. Et ça va nous aider à découvrir les plans de Néros. Ce chien était brillant !
-On doit aussi enquêter sur les corps, non ?
-Oui, et cela nous permettra de trouver le laboratoire de Néros, là où il doit entreposer les Canibots, et tout autre... chose. »
Le Docteur traînait toujours Aurore par le bras, jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés devant un grand gratte-ciel duquel on ne voyait même pas le toit. Ils étaient entrés, et grâce à une clef spéciale, avaient pris l'ascenseur privé qui les avaient menés sur le toit en cinq minutes.
« Eh bien, vous appréciez vraiment les toits. Vous devez aimer vous envoyer en l'air... »
Cette note d'humour n'avait fait rire qu'elle. Le Docteur avait ressorti son instrument et l'avait brandi devant lui. Une porte brune était apparue, au milieu d'un mur, et suivie de trois autres murs et un petit plafond. Le tout devait faire deux mètres, cinquante centimètres de haut. Encore quelque chose que l'homme avait fait apparaître. Mais qu'est-ce que c'était ? Un placard pour utiliser son instrument ? Aurore hésitait à ouvrir la porte. Après tout, elle ne connaissait l'homme que depuis la veille, elle n'était pas très prête à entrer dans un placard à pelotage...
« Euh... pourquoi... un placard ? Avait-elle demandé.
-Entrez.
-Je n'entrerai pas là-dedans.
-Entrez.
-Je n'entrerai jamais dans un placard à pelotage.
-Un placard à quoi ? Vous me traitiez de cinglé, mais il y a quand même certaines questions à se poser par rapport à votre santé mentale...
-Vous m'espionnez et vous voulez me faire rentrer dans un placard à viols, je ne pense pas que notre relation aille plus loin.
-Ce n'est pas un viol si vous êtes consentante, alors notre relation ira plus loin, non ? Maintenant, entrez, c'est un ordre. »
Même si Aurore s'amusait à cet échange bavant légèrement sur la perversité, elle n'allait pas entrer dans ce placard à pelotage avec lui... Elle s'était quand même résolue à entrer – ce n'était pas obligatoirement un placard à pelotage –, et avait poussé la porte. Elle s'était arrêtée. Elle avait fermé la porte, avait fait le tour du placard, avait rouvert la porte, l'avait de nouveau refermée. Elle s'était retournée vers le Docteur et l'avait violemment giflé.
« Vous êtes un monstre. Vous êtes horrible. C'est odieux.
-De quoi... parlez-vous ?
-Vous m'avez droguée pour que j'aie des hallucinations, espèce de malade mental !
-Quand et comment vous aurais-je droguée ?
-Bien. Vous ne m'avez pas droguée. Mais dans ce cas, comment expliquez-vous qu'il y ait, dans un placard... un truc comme ça ?
-Pourquoi, selon vous c'est impossible ? Pourtant vous pouvez voir une plaine de plusieurs milliers de kilomètres, dans votre télévision de cent dix-sept pouces.
-Comment vous savez que j'ai une télé comme ça ? Vous êtes vraiment un homme ignoble ! »
Aurore avait fini par rouvrir la porte, et pénétré dans le placard. Elle n'en croyait toujours pas ses yeux. À l'intérieur du placard si petit et exigu vu de l'extérieur, il y avait une vaste pièce de certainement plus de cinquante mètres carrés. La pièce était aussi haute, très haute, de cinq à six mètres. Au milieu de la pièce, il y avait un gros panneau de contrôle noir et blanc hexagonal. Il y avait quelques escaliers, qui montaient, qui descendaient, il y en avait même un en colimaçon qui faisait le tour de la salle et montait vers d'autres étages.
« L'escalier en colimaçon, c'est les chambres. Celui au fond qui descend, c'est la cuisine. On peut aller vers la cave ou le grenier par la cuisine. À droite les salles d'eau, qui mènent aux salles de bain, qui mènent aux toilettes, qui mènent à la piscine intérieure, qui mène à la piscine extérieure. L'escalier de gauche, c'est vers les salles à manger. Il y a aussi les salons, la cour intérieure, la cour extérieure. Il y a les jardins, les salles de jeu, le labyrinthe et la forêt. C'est bon ? Vous savez maintenant chaque pièce du TARDIS.
-Une forêt ? Dans un placard auquel vous avez donné un nom ? Vous êtes un GRAND cinglé. »
Aurore était ensuite montée vers les chambres, et avait pris la plus grande. Enfin, la plus grande des trois qu'elle a visitées, sur les cinquante, voire soixante autres.
Elle s'était changée – avec le tailleur noir que lui avait donné le Docteur – et s'était regardée.
Elle, la grande Aurore, avait échappé à la mort d'un homme armé de robots-chiens. Elle, la fine Aurore, avait fui avec un inconnu en mobylette antigravité. Elle, la belle Aurore, allait enquêter sur des meurtres, orchestrés par son ancien patron le psychopathe. Elle, Aurore Deschamps, était entrée dans un vaisseau spatial plus grand que tous les plus grands châteaux réunis, et allait vivre la plus belle, mais aussi la plus dangereuse aventure qu'elle n'ait jamais vécue.
Quoique...
Delta 613 Alpha 631.
Il était aux alentours de dix heures du matin, quand le Docteur et Aurore se rendirent au commissariat de Police de San Francisco. Ils se présentèrent comme Docteur John et Claire Smith, du bureau d'investigation du FBI, avant de demander aux agents leurs rapports sur chacun des meurtres, des rapports d'autopsies ainsi que de les amener à la morgue, pour examiner les corps.
Les rapports des meurtres contenaient les noms, prénoms, dates de naissance, villes de naissance, adresses actuelles, statuts maritaux, emplois, et toutes sortes d'informations concernant les morts. Un peu plus bas, il était décrit quand les corps avaient été trouvés, où et dans quel état. Les rapports se finissaient par un tampon rouge « MEURTRE ».
Les rapports d'autopsies, eux, décrivaient ce qu'il manquait aux cadavres, chaque blessure, chaque coup qui avait été portés. Il découvrirent ainsi qu'il manquait la tête des cadavres, le cœur, les poumons, et par un procédé qui était inconnu à tout le monde, chaque artère et chaque veine, ainsi que le sang qu'elles contenaient.
Aucun des cadavres n'avait été frappé, et ils étaient tous très propres. C'était un détail inquiétant, sachant qu'il ne restait plus une seule veine dans les corps.
Leur visite à la morgue ne fit que confirmer les rapports d'autopsies. Les cadavres étaient tous identiques, et surtout, il n'y avait pas une seule coupure, à part celle qui avait séparé la tête de leur corps.
Voilà où ils en étaient : ils connaissaient le coupable, savaient désormais de quoi il était vraiment capable – enlever les organes d'un être humain sans même l'ouvrir –, et devaient découvrir l'endroit où Néros entreposait ces organes.
Cela ne s'avérerait pas chose facile, car si l'Anthrax Corporation était l'endroit où Néros exécutait ses expérience, son laboratoire devait bénéficier d'une protection à la limite de l'imaginable. Aussi, Néros était-il aussi bête pour élaborer son laboratoire juste en dessous de l'endroit où il semblait vivre ?
« Alors, que faisons-nous, Docteur ? Demanda Aurore, alors qu'ils mangeaient dans un restaurant, près du commissariat.
-En fait, je pensais aux dernières paroles du Canibot. Le « Delta 613 Alpha 631 ». En y réfléchissant, ça ne peut pas être que « deux choses »... cela pourrait être n'importe quoi : le nom du vaisseau auquel Néros envoie des signaux depuis l'Anthrax Corporation, les coordonnées de ce vaisseaux, mais aussi des coordonnées dans l'espace et dans le temps. Ou bien encore la position du laboratoire de Néros sur un plan universel. Je ne sais pas. Je dois savoir, cela en devient une question de vie ou de mort, Aurore...
-Mh... et si ce n'était rien, ou bien une fausse piste de Néros pour nous faire tomber dans un piège ?
-On le saura en retournant au vaisseau... »
Le Docteur et Aurore laissèrent leurs assiettes en plan, accompagnées de quelques billets. Ils retournèrent au vaisseau du Docteur, sur le toit du bâtiment. Aurore ne s'y faisait toujours pas, un véritable palace, piégé dans un placard à balais... Le Docteur, lui, pendant ce temps, semblait jouer avec les boutons du panneau de commande central. Il tirait des manettes, tournait des manivelles, appuyait sur des boutons, faisait le tour de la salle, et finit par attraper un écran. Dessus, il était affiché les plans des égouts de la ville de San Francisco. Un véritable dédale qui s'étendait partout, et au centre de ce dédale, départ de chaque tunnel souterrain, se trouvait une pièce circulaire, aux murs cent fois plus épais que ceux de tous les tunnels, réunis.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? Est-ce que ça serait...
-Le laboratoire de Néros, oui Aurore. Et regardez ça... »
Il tapota quelques boutons, et ils purent apercevoir une vue en coupe des égouts, ainsi que de la ville. Juste au dessus de l'énorme salle blindée se trouvait l'Anthrax Corporation. Le Docteur continua à pousser et tirer divers appareils sur le panneau de contrôle, et regarda Aurore avec un sourire aux coins des lèvres. Il alla chercher deux pieds de biche, et deux lampes torches.
« Ma chère Aurore, nous allons devoir nous aventurer dans les égouts de San Francisco ! »
Et c'est ainsi qu'Aurore se retrouva à patauger dans une eau croupie, puante, essayant d'éviter les rats qui passaient entre ses jambes, et celles du Docteur, devant lui. De temps à autres, il ressortait le même instrument qui avait tué le Canibot, le faisait marcher et vérifiait ainsi leur position – en faisant résonner les ondes électromagnétiques, comme il disait. Il lui avait aussi dit que son « instrument », était un tournevis sonique.
Tout allait bien. Ils avançaient, et se rapprochaient du centre névralgique des souterrains. L'air était plus métallique, mais aussi plus immonde : une odeur de chair pourrie flottait désormais dans chaque tunnel sombre.
« Vous – Êtes – Courageux – Mais – Stupide – Docteur – Quant – À – Vous – Mademoiselle – Deschamps – Vous – Êtes – Toujours – Aussi – Perspicace – « Une – Fausse – Piste – De – Néros – Pour – Nous – Faire – Tomber – Dans – Un – Piège » – Je – N'ai – Jamais – Entendu – Une – Parole – Aussi – Intelligente – Dans – Votre – Bouche – Enfin (il marqua un temps, dix à vingt secondes) – Fermeture – Des – Portes – Et – Déploiement – Des – Forces – Androïdes. »
La voix électronique de Néros provenait du plafond, et s'était répercutée dans chaque tunnel. Dès qu'il eut fini de parler, ils entendirent un millier de portes blindées se refermer derrière eux : ils étaient bloqués, et la seule issue était l'entrée du laboratoire de Néros.
« Courez Aurore, courez ! »
Le Docteur avait brandi son tournevis, et se repérait grâce à celui-ci, tout en courant comme un dératé. Il attrapa la main d'Aurore pour l'aider et surtout ne pas la perdre. Cette dernière s'arrêta brusquement, obligeant le Docteur à s'arrêter aussi. Derrière eux, peu à peu, des robots se matérialisaient. Aurore n'eut pas le temps de les voir, le Docteur repartit en trombe, trainant la jeune femme toujours choquée, horrifiée et apeurée.
Puis ce fut au tour du Docteur de s'arrêter. Les robots apparaissaient maintenant devant eux, leur empêchant d'avancer. Aurore et le Docteur purent observer un peu mieux les robots, qui comme Néros l'avaient dit, étaient des androïdes.
Leur corps entier semblait être en métal, mais des yeux et des bouches avaient été comme « collées » sur leur visage.
« Mon Dieu... ce sont les... yeux et les bouches...
-Des cadavres, oui... compléta le Docteur. Et je suppose que les autres organes ont dû être implantés à l'intérieur des carcasses métalliques.
-Rendez-vous. Vous êtes encerclés. Toute résistance sera punie. Ne résistez pas, dirent les robots d'une seule voix.
-Aurore, dans la poche de ma veste, il y a un autre tournevis. Prenez-le, et dès qu'ils parlent, appuyez sur le bouton. Les deux tournevis fusionneront leurs fréquences et se bloqueront sur celle des robots, ce qui les désactivera. »
Aurore n'avait pas compris, mais elle fit quand même ce qu'il lui avait dit. Les androïdes répétèrent les mêmes paroles, et le Docteur et Aurore firent marcher les tournevis en même temps. Il y eut un horrible son strident qui résonna dans tous les égouts, et les androïdes s'étalèrent sur le sol. Ils avaient été désactivé.
Cependant, la force de la fréquence avait fait fondre les deux tournevis et les piles des lampes torches. Ils se retrouvèrent donc, dans le noir, à chercher l'entrée du laboratoire.
Après une heure de marche, à tâtons, le Docteur s'arrêta et regarda au-dessus de lui. Il y avait une plaque d'égout.
« Aurore, c'est étrange que nous n'ayons toujours pas rencontré le laboratoire... je vais voir dans la rue où nous sommes, attendez ici. »
Le Docteur monta l'échelle et poussa la plaque. Après une trentaine de secondes – le temps de s'adapter à la luminosité –, le Docteur remonta entièrement à la surface. Il pouvait voir, derrière eux, au loin, l'immeuble de l'Anthrax Corporation. Il fit signe à Aurore de remonter.
« Alors, c'était bien un piège, déclara-t-elle.
-Oui... il a dû implanter une sorte de logiciel de secours dans la puce de chaque Canibots, qui contient un code de piratage, permettant de pirater les ordinateurs et donner de fausses cartes...
-Et s'il utilisait ce code de piratage pour pirater...
-Le TARDIS... vite, il faut se dépêcher ! Courez, courez ! »
Mais malheureusement, ils étaient maintenant à plusieurs kilomètres du TARDIS. Ils coururent, coururent, coururent. Après vingt-cinq minutes de course effrénée, ils arrivèrent sur le toit du bâtiment, et ouvrirent la porte du placard.
« Vite, vite, vite, je dois empêcher Néros de pirater le TARDIS ! »
Il touchait n'importe quel bouton. À vue d'oeil, il ne savait pas ce qu'il faisait, mais en vrai, chaque mouvement était calculé. Alors qu'il crut avoir sauvé son TARDIS, le Docteur soupira et sourit.
« Nous sommes sauvés, Aurore !
-Pourquoi... qu'est-ce qui nous serait arrivés si le TARDIS avait été piraté ?
-Eh bien, je pense que... nous serions morts... »
C'était, bien entendu, sans compter sur le fait que soudainement, le panneau de contrôle du TARDIS s'enfonçât dans le sol, que les escaliers se résorbassent et que la moindre issue fût bloquée.
La voix de Néros se fit de nouveau entendre :
« Docteur – Aurore – Je – Suis – Vraiment – Navré – Que – Vous – Ne – Puissiez – Observer – Ce – Qui – Se – Passe – Dehors – Mais – Je – Vous – Rassure – Vous – Non – Plus – Ne – Vivrez – Pas – Longtemps (il attendit avant de reprendre) – TARDIS – Déplace – Toi – Dans – Le – Vaisseau – Delta – N. – Alpha – Magnus.
-TARDIS, non ! Annulation commande de pilotage vocale !
-TARDIS – Gaz – Soporifique – Et – Rends – Toi – Dans – Le – Vaisseau.
-TARDIS, annulation commande et auto-destruction !
-Docteur – C'est – Inutile – Grâce – Au – Code – Le – TARDIS – Ne – Répond – Plus – Qu'à – Son – Nouveau – Maître – Néros. »
Le Docteur ne tenta plus rien. Le TARDIS se déplaçait déjà, tandis que le gaz soporifique se répandait dans la salle principale. Aurore s'était déjà étalée sur le sol, et le Docteur suivit son exemple.
Aurore se réveilla plus tard, attachée sur une table d'autopsie. Elle ne put que tourner la tête, pour voir que le Docteur, lui, dormait encore.
Ils étaient seuls dans cette salle d'examens, et Aurore allait devoir les sauver d'une mort certaine.
La guerre des androïdes.
Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, organisa une conférence d'extrême urgence, qui fut retransmise sur chaque chaine de chaque pays dans le monde entier.
Il était une heure du matin à New-York lorsqu'il parla :
« Mesdames et Messieurs, l'heure est grave. Des robots qualifiés d'androïdes se sont matérialisés dans les rues. Ils auraient déjà attaqué et tué beaucoup de personnes. (Un garde du corps alla dire quelque chose au secrétaire général, dont le visage pâlit immédiatement. Il se ressaisit et reprit) On vient de m'annoncer que... la personne qui serait à l'origine de l'apparition de ces robots... cherche à nous contacter. Je... laissez-le nous parler. »
Sur un écran, derrière Ban Ki-moon, l'image de Néros apparut. Il y eut des cris d'horreur, des « Oh mon Dieu ! », « Oh my God ! », « Mein Gott ! », « ¡ Dios mio ! ». En effet, sur l'écran, l'homme en costume affichait une tête de cheval, à la place de sa vraie tête. Il n'y avait pas de point de suture, comme s'il était né avec. Quand il se mit à parler, ce n'est pas la tête de cheval qui parla, mais une sorte de haut parleur dans le fauteuil sur lequel il était assis.
« Bonjour – Bonjour – Pays – Du – Monde – Entier – Je – Suis – Néros (il attendit quelques secondes) – Je – Vais – Être – Rapide – Votre – Planète – Est – En – Danger – Et – Cela – À – Cause – De – Moi – En – Effet – Je – Me – Permets – De – Déclarer – Votre – Planète – En – Guerre – Contre – Moi – Vous – Entrez – Dans – Une – Ère – Dévastatrice – Une – Ère – De – Mort – De – Guerre – La – GUERRE– DES – ANDROÏDES ! »
Au même moment, des androïdes pénétrèrent dans la pièce.
« Rendez-vous. Vous êtes encerclés. Toute résistance sera punie. Ne résistez pas. Mort programmée pour dans trente secondes. Rassemblez les êtres humains. Ils doivent tous être exterminés dans les plus brefs délais. Ordres de Néros. »
Les robots forcèrent les représentants des cent quatre-vingts-dix pays des Nations unies à se regrouper dans un coin de la pièce. Les androïdes les encerclèrent, levèrent leurs bras vers le tas. Un courant électrique se forma entre les robots, puis traversa chacun des hommes présents dans la salle. Ils s'étalèrent tous, morts.
Au même moment, des androïdes apparaissaient partout sur la surface de la Terre : sur les côtes de San Francisco, encerclant la Maison Blanche à Washington, détruisant les plus grands monuments du monde. En moins de dix minutes, la planète était déjà dévastée, et la plupart des Hommes tués. Les robots étaient tellement nombreux et puissants, que toutes les armes et les armées du monde n'aurait pu les arrêter.
À ce stade, la Terre était déjà assouvie. Les androïdes scandaient en rythme « Pour Néros. Pour l'Empereur Néros. »
Tout ceci était allé plus loin que l'Homme qui veut faire des expériences ; Néros s'était déjà auto-proclamé Empereur de la Terre, une Terre bientôt vide de tout être humain.
Le seul espoir de la planète ( et encore, la dernière issue serait de devenir un caillou sans un seul humain ) résidait en Aurore.
Effectivement, la femme s'était réveillée à bord du vaisseau mère de Néros : le Delta N. Alpha Magnus. Elle était attachée sur une table d'autopsie et tourna seulement la tête vers le Docteur toujours endormi. Elle devait tout faire pour se détacher et les faire sortir du vaisseau.
En bougeant légèrement ses bras, elle se rendit compte qu'elle était attachée grâce à des sortes de menottes. Ses pieds devaient être bloqués de la même manière.
En mouvant un petit peu son corps, elle put atteindre sa poche de sa main droite. La seule chose qu'il ne lui avait pas enlevée était une petite pince à cheveux.
Elle réussit à l'attraper de ses deux doigts, et l'inséra dans l'étau qui lui enserrait le poignet. Après quelques mouvements, ce dernier lâcha et retomba sur la table. Avec la même pince, elle se détacha entièrement : elle était libre, mais ne pouvait pas emmener le Docteur endormi. Elle allait devoir rejoindre le TARDIS le plus rapidement possible. Dedans... elle ne savait pas ce qu'elle ferait, mais peut-être aurait-elle une idée à bord du TARDIS.
Et c'est ainsi qu'Aurore s'aventura dans le vaisseau. Étrangement, il n'y avait personne à l'intérieur (si l'on pouvait appeler les robots à la botte de Néros des « personnes »), et elle avança tranquillement jusqu'à ce qui semblait être une armurerie. Elle y pénétra, et observa rapidement la pièce : un endroit gigantesque, surdimensionné, aux vingt côtés égaux d'un icosagone. La salle était encombrée de toutes les armes possibles et imaginables : des canons anciens, des catapultes, des canons lasers, des pistolets lasers, des carabines, le premier fusil du monde, quelques lances préhistoriques, des baïonnettes. C'était une véritable caverne de chaque arme de chaque époque de chaque monde. Soit Néros avait vécu très très très longtemps, soit il maîtrisait déjà le voyage temporel avant même de posséder le TARDIS.
Aurore traversa la pièce en évitant de toucher une seule des armes. Après presque dix minutes, elle atteignit une porte au fond de la salle. Elle semblait protégée par plusieurs codes, en témoignait le petit boîtier à côté de la porte.
Aurore ne prit pas le temps d'essayer de deviner chaque code ( elle n'aurait même jamais pu le faire), prit un pistolet laser et le braqua vers le boîtier. Celui-ci, après qu'Aurore a appuyé sur la gâchette, explosa en débris et en fumée, avant de laisser la porte s'ouvrir lentement.
C'était sûrement une sorte de salle des trésors – comme dans les vaisseaux pirates –, car il y avait toute sorte de reliques de valeur ; des couronnes d'anciens rois, reines, princes et princesses de tous les pays, des coffres recelant Dieu seul sait quoi, et, joyau de cette collection intersidérale, au fond de la pièce s'alignaient deux TARDIS : un en forme de vieille cabine de Police de mil neuf cent cinquante, en très mauvais état et qui a dû voyager pendant des millénaires, un autre, beaucoup plus beau, bien qu'identique dans la forme au précédent. Enfin, le dernier, à la même forme de cabine bleue, mais il était différent. Il l'était pour Aurore. Elle savait que ce ne pouvait être que celui du Docteur. Il semblait émaner une aura, une âme beaucoup plus forte que les autres TARDIS, comme s'il avait une vie, une histoire, un passé, et surtout, un futur.
Aurore avait examiné consciencieusement les TARDIS : ils avaient tous une serrure, et en y regardant de plus près (et surtout en introduisant la pince à cheveux dans la serrure du premier TARDIS), elle se rendit compte qu'elle ne pourrait pas y entrer sans la clef. En effet, la pince avait fondu dans sa main, comme la serrure dans la porte. Ce TARDIS était désormais condamné, peu importe à qui il appartenait.
Aurore essaya quand même d'essayer d'ouvrir celui du Docteur. Cette fois-ci pas de pince, ni d'entrée par effraction. Elle colla juste son visage contre le TARDIS, puis son corps. Elle murmura doucement à la porte du TARDIS :
« Oh, s'il te plaît, ouvre-toi, j'ai besoin que tu t'ouvres, j'ai besoin que tu m'aides... s'il te plaît TARDIS... »
Le plus surprenant fut que dès qu'elle eût fini de parler, les portes s'ouvrirent. Aurore tomba sur le sol en métal chaud, vibrant, du TARDIS, et se releva. Derrière elle, les portes s'étaient refermées.
Le vaisseau du Docteur avait repris des forces, et était redevenu comme avant – la commande hexagonale au milieu de la salle, et les escaliers tout autour.
Aurore ne savait pas du tout ce qu'elle faisait, quand elle s'avança vers la console et se mit à faire comme le Docteur – à toucher tous les boutons un peu n'importe comment, comme si elle savait ce qu'elle faisait. Elle finit par éradiquer le code de piratage du TARDIS, fit apparaître un tout nouveau tournevis sonique devant elle, et démarra le vaisseau.
Toujours comme si elle savait s'en servir, elle entra des coordonnées. Le TARDIS se déplaça dans la salle d'examens dans laquelle Aurore s'était réveillée. Il se matérialisa sur le Docteur, qui apparut dans son vaisseau. Après quelques secondes et quelques claques, l'homme se réveilla, se leva et fit comme si de rien n'était.
« Bien Aurore. Bien bien. Vous savez commander le TARDIS. Cela ne vous étonne pas ?
-Un tout petit peu, mais vous allez m'expliquer ?
-Pas tout de suite. Aidez-moi à déplacer le TARDIS.
-Où ça ?
-Dans le bureau de Néros. »
Et ils repartirent. Ils étaient toujours dans le même vaisseau spatial – le Delta N. Alpha Magnus –, tout en étant aussi dans le TARDIS. C'était une sensation étrange, et surtout quelque chose de ridicule, mais vu l'étendue de l'armurerie, le vaisseau devait, lui aussi, être grand.
Ils arrivèrent donc dans le bureau de Néros. Ils sortirent du TARDIS, et put observer les lieux. Un endroit totalement vide, ridiculement vide même, pour la grande pièce, bien qu'affublée d'un grand fauteuil en cuir – le même que celui dans les locaux de l'Anthrax Corporation.
« Alors Néros, nous n'avons toujours pas l'opportunité de voir votre tête ? Demanda le Docteur d'un ton railleur.
-Oh, Docteur, ne vous inquiétez pas, j'ai légèrement évolué, et je n'ai plus peur de vous effrayer. À vrai dire, et vous avez dû le remarquer, je n'ai plus besoin de cet appareil. J'ai réussi à relier mes cordes vocales aux autres, grâce à la nano-technologie. »
La voix de Néros était une voix très grave, et oppressante. Le Docteur fut surpris, et recula d'un pas. Il se retourna, et tapa du poing dans le mur le plus proche.
« Comment vous êtes-vous échappé du loquet temporel ? Demanda le Docteur.
-Vous pensiez vraiment que le cadenas en papier d'une bande de vieux fous m'aurait réellement arrêté ? Il m'a sûrement ralenti, effectivement, mais pas plus.
-Vous avez dû être extrêmement affaibli, après être sorti du loquet temporel, n'est-ce pas ?
-J'étais sur le point de mourir, mais vous devez le savoir, c'est vous qui m'avez combattu à la fin. Dès qu'ils ont estimé que j'étais proche de la mort, ils m'ont enfermé dans le temps, une seconde de décalage avec tout le reste. J'ai repris des forces en me nourrissant des failles dans l'univers. Comme nos chers TARDIS. Mais ensuite, ce fut une faille dans le temps, qui s'était ouverte à moi. Je pouvais de nouveau voyager dans le temps. Je suis allé cherché mon TARDIS et je suis reparti. Je me suis tué, et j'ai ensuite fait construire ce vaisseau. Je m'y suis caché des siècles, avant d'établir mon plan pour redevenir Empereur.
-Docteur... je ne comprends pas... chuchota Aurore.
-Moi je comprends tout, et vous êtes un monstre Néros. D'ailleurs, montrez-nous votre nouvelle tête ! »
Néros s'exécuta, au malheur des deux qui lui faisaient face. Là où aurait dû se trouver sa tête d'humain, se trouvait une tête de cheval. Aurore poussa un cri strident et se retourna. Elle chercha une corbeille pour expulser le contenu de son estomac.
Le Docteur, quant à lui, fit face à Néros. Il le regarda avec le plus grand mépris jamais considéré dans l'univers entier.
« Voyez ce que vous êtes devenu « Empereur », « Néron », comme on vous appelait. Vous êtes réellement un monstre. Une tête de cheval, des cordes vocales électroniques et des nerfs composés de composants. Et à quoi cela vous servira, d'être Empereur, si vos robots tuent toute la population ?
-Je ferai revenir chaque habitant de notre planète. Je les assouvirai, encore, et encore. Je bloquerai notre époque dans le temps, personne ne pourra s'enfuir, personne ne pourra les sauver. Enfin, ils comprendront l'étendue de mon pouvoir. Enfin, ils comprendront que l'Empereur est réellement l'empereur des Seigneurs du Temps !
-Nous ne considérerons que l'étendue de votre folie. Pensez-vous vraiment que des gens vous adoreront ? Vous serez assassiné. Tué, tué, tué, et encore tué, jusqu'à ce que vous ne puissiez plus vous régénérer.
-Je changerai les règles de ce monde. Il m'appartiendra. Je ferai ce que je voudrai, personne ne pourra m'arrêter.
-Personne, vraiment ? Même pas Aurore Deschamps ? (L'intéressée s'était détachée de sa corbeille) Vous savez que si elle découvre la vérité, elle pourra vous arrêter, et vous ne serez plus rien. Elle est bien plus forte que vous !
-Moi, plus forte ? Je ne sais même pas ce que vous racontez ! S'exclama-t-elle. Qu'est-ce qu'un Seigneur du Temps ? Un loquet temporel, c'est quoi ? Et depuis quand Néros est un empereur ?
-Aurore, dit le Docteur, à votre avis, pourquoi vous ne connaissez personne ? Pourquoi vous n'avez pas de famille ?
-Ils m'ont tourné le dos, non ?
-TAISEZ-VOUS ! Rugit Néros. TAISEZ-VOUS !
-Personne ne vous a tourné le dos, Aurore, reprit le Docteur plus fort. C'est juste que cette vie ne vous appartient pas. Jamais vous n'avez vécu à San Francisco. Vous ne vous êtes même pas inquiétée pour votre enfant, pourquoi ? Parce que vous n'en avez pas, vous le savez. Au fond de vous, vous le savez, cette vie, n'est pas la vôtre, cette vie, on vous l'a implantée... Rappelez-vous, souvenez-vous, remémorez-vous votre passé. Réfléchissez, JE suis votre passé. Nous avons vécu beaucoup de choses ensemble, mais vous ne vous en souvenez pas !
-TAISEZ-VOUS ! »
Et Néros bondit sur le Docteur. Il le fit taire, mais c'était trop tard. Trop tard pour tous. Trop tard pour Aurore, car elle se souvenait. Trop tard pour Néros, car il allait être vaincu. Trop tard pour le Docteur, car il allait mourir.
En fait, tout se passa très rapidement. Néros avait fait apparaître un pistolet laser sur le fauteuil en poussant un bouton. Aurore avait, elle, empoigné le tournevis sonique qu'elle avait récupéré dans le TARDIS. Elle se souvenait, maintenant, elle savait quoi faire. Elle poussa le tournevis sonique à sa fréquence maximum, le pointa vers Néros, puis redescendit brusquement la fréquence avant de l'augmenter de nouveau. Un tel changement de fréquences provoqua l'arrêt immédiat de tout ce qui était électronique dans le corps de Néros, et son corps s'étala en se raidissant. Dans le choc, le pistolet s'activa sur le sol, et foudroya le Docteur.
Cette scène-là, se produisit en moins de trente secondes. Aurore était contente, au début. Eh oui, elle se souvenait, et elle avait vaincu Néros. Puis elle vit le Docteur. Le Docteur étalé sur le sol, et qui avait du mal à respirer.
« Oh mon Dieu... ça y est ?
-Aurore... dans le... emmène-moi... dans le TARDIS... »
Aurore s'exécuta, et tira le corps du Docteur jusqu'au vaisseau. Elle l'emmena près de la console, et prit sa tête entre ses mains.
« Oh, Docteur, tu vas encore changer ?
-Oui... avec de la chance... je serai encore plus beau... dit-il, d'une voix étouffée, entre deux petites quintes de toux, et un sourire en coin.
-Oh, Docteur... répéta-t-elle en se rapprochant du Docteur.
-Pousse-toi ! La coupa-t-il en criant. »
Il se releva brusquement, mais pas par lui-même, comme si quelqu'un le soulevait par d'invisibles fils. Il poussa Aurore plus loin en se relevant, et écarta les bras.
La scène était effrayante, pour n'importe qui. Cet homme qui hurlait, semblait presque souffrir. Aurore, elle, avait détourné les yeux, et ressemblait à une petite fille, recroquevillée dans un coin, cherchant à fuir un cauchemar.
Le Docteur baignait désormais dans une lumière dorée, et un feu de la même couleur sortait de chacun de ses membres. Puis son visage disparut sous des flammes qui, visiblement, sortaient de nulle part.
Après une minute de cris étouffés par les flammes, le Docteur tomba à genoux sur le sol de métal du TARDIS. Il prit un moment pour regarder ses mains, avant de se relever promptement.
« Alors, alors, je ressemble à quoi ? Demanda-t-il, avec la même excitation qu'un enfant qui demanderait ce qu'il aurait pour Noël.
-Eh bien tu es... roux. Oui, tu es roux.
-Roux, c'est tout ? Enfin, c'est tout, mais j'ai toujours rêvé d'être roux ! »
Aurore sourit en prenant le Docteur dans ses bras. Elle put l'observer de plus près : une peau fine et douce, des yeux verts brillants, et des cheveux incandescents.
Mais le Docteur poussa gentiment Aurore.
« Nous n'avons pas fini. On doit désactiver tous les androïdes, et surtout, empêcher les humains de mourir... dit le Docteur en se rapprochant de la console du TARDIS.
-Tu penses enfermer de nouveau Néros dans le temps ? Il peut s'enfuir. Pour les robots, je pensais à une onde de choc sonique, tu as une autre idée ?
-On peut l'enfermer dans le temps. Une brèche, son corps dans la brèche, plus jamais de Néros, ni avant, ni après. Pour les robots, l'onde de choc est, effectivement, la meilleure solution.
-Allons-y ! »
Le Docteur se remit à toucher à tous les boutons du TARDIS, pour l'emmener sur le toit de l'Anthrax Corporation. Là, il connecta des câbles venant de l'intérieur du vaisseau, à plusieurs paraboles. Après quelques manœuvres malignes, le Docteur fit apparaître un second tournevis sonique. Il connecta les câbles sur les deux tournevis, et les poussa à la fréquence maximum, l'un devant l'autre. Cela produisit une onde sonique qui passa par les câbles, puis par les paraboles. L'onde sonique fut transmise à tous les satellites autour de la Terre, puis de nouveau renvoyée sur Terre, où elle désactiva tous les appareils électroniques de la planète, dont les robots.
Ensuite, ils durent s'occuper de la brèche temporelle, prochaine prison de l'Empereur. Le Docteur et Aurore savaient quoi faire : ils devaient trouver la faille temporelle la plus proche, l'exploiter au maximum, puis rejeter l'énergie. Cela créerait une brèche dans l'espace-temps, dans laquelle ils jèteraient le corps de Néros. Ainsi, il serait effacé à jamais de la mémoire de n'importe qui : jamais, aucun Néros n'aura existé. Pas d'Empereur, pas de Néron nulle part dans le monde, jamais dans le temps.
Ils exécutèrent rapidement le plan. Le TARDIS pouvait accumuler beaucoup d'énergie, et la décharger dans le sol fut facile – d'autant plus qu'il n'y avait plus d'humains qui aurait pu être blessé. Ils se téléportèrent ensuite devant Néros, et l'emmenèrent à la brèche. Il les regarda avec le regard le plus méprisant, et ne put même pas parler, ni même bouger un seul membre, quand il tomba dans la brèche. Il disparut presque immédiatement, et la brèche se referma aussi rapidement. Au même instant, tous les humains réapparurent.
Rien ne s'était réellement passé. Personne, à part Aurore et le Docteur, ne se souvenait que la Terre avait été dévastée, et qu'il n'y avait plus un seul humain. Même les monuments mondiaux étaient redevenus comme avant.
Ainsi, tout était redevenu à la normal, et tout s'était arrangé. Néros avait disparu à jamais dans les méandres du temps. Le Docteur s'était régénéré, avait un nouveau corps tout neuf. Aurore, quant à elle, se souvenait. C'est sûrement la chose la plus importante qui lui est arrivée dans sa vie, avec sa rencontre avec le Docteur : elle se souvenait de chaque moment vécu avec le Docteur. Comment elle avait appris à piloter le TARDIS, et toutes les connaissances acquises en voyageant dans l'espace et le temps, dans le même TARDIS dans lequel elle a vécu des mois et des mois, en compagnie du Docteur.
Ils étaient retournés dans le TARDIS, dans leur TARDIS. C'était ce que l'on aurait pu appeler une fin heureuse. Mais rien n'est jamais sûr, et il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. Ils s'en rendirent bien compte lorsque les lumières du TARDIS s'éteignirent, et qu'il se dématérialisa, les laissant là, au beau milieu de la côte Californienne.