Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: HB le 04 juillet 2013 à 20:46:27
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Vivant. Aussi longtemps, aussi obstinément qu'un poulpe dont on frappe la tête sur la roche à plusieurs reprises sans réussir à l'achever. La seconde effilée se dédouble sans fin à la racine. La nuit tentaculaire hasarde ses filets en profondeur, tandis que l'Orphée de Cocteau recopie les phrases que lui dicte un poète, mort depuis peu, à la radio.
Sans doute, le seul moyen d'y voir clair serait d'allumer (il faudrait pour cela que le courant passe).
Une ville bâtie de cette pierre qui change de couleur selon les émotions, au contact de la peau. On l'a vue hésiter entre plusieurs esquisses lors d'émeutes, notamment : les murs se repeignaient à la vitesse d'un jeu vidéo, des arcs-en-ciel névrosés déroulaient leurs escaliers dans une sorte de crise épileptique telle que l'on se la représente de l'extérieur, d'éjaculations fluorescentes — dangereux papillotements, si l'on s'arrête une seconde et que l'on pense à l'équilibre mental des habitants de cette ville.
Si le temps ne sait pas qu'il existe, si la nature brille par son ignorance, sa mensongère, sa belle, sa bizarre, sa floue, sa mystérieuse, sa trop colorée, son incomprise (par nous) incompréhension d'elle-même, et si l'enfance s'écoule, s'écoule, s'évapore, si, en quête de papiers importants, si, en quête de menue monnaie, de son portable, de ses clés, de désirs inassouvis, de souvenirs préhistoriques l'homme, l'Homme se fouille de ses mains intérieures, si tout cela — et qui en doutera ? — a un sens sans en avoir une once, si le sens n'est pas mesurable, si l'on ne peut le déchiffrer à la craie sur un tableau noir, alors chaque chagrin, chaque bonheur, alors : chaque grain de sable, qu'il éclate de la pigmentation d'une femme, qu'il pleuve d'une étoile, qu'il freine, ou stoppe un rouage au mécanisme au plus proche de la perfection, qu'il démange, irrite, gratte entre deux doigts de pied, dans le maillot de bain, qu'il glisse imperceptiblement de dune en dune, encensant Dieu silencieusement, continuellement, de nuit, de jour, sous les coups du soleil et de la lune, à toutes les marées montantes et descendantes, à toutes les intempéries, retournements de coque, dans le sang des cétacés, à tous les vents de tous les points cardinaux, ce grain de sable, le point précis où l'intellect et l'amour, ballottés dans tous les sens, aussi instables l'un que l'autre, aussi variables, dispersés, si peu canalisés, se rejoignent, ce lieu secret, cette étincelle, la bile opalescente qui se vomit d'un bonheur trop douloureux, trop aigu, ce poil, cette étincelle, ce lieu secret, cette seconde que l'on donne et que l'on reprend sans cesse, qui se donne et s'éloigne dans un mouvement d'amour fou et de dédain, ce lieu secret, ce putain de trait sorti à ce moment-là de ton oeil, si tout cela a un sens sans en avoir une once, alors, l'infime grain de sable intime dont certains veulent se débarrasser d'un geste ô combien héroïque et absurde, ce rien que d'aucuns ont la prétention de jeter dans le nulle part, trouvera sa cible.
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Yes ! Yes ! Yes !
J'aime beaucoup celui-là ! Un de meilleurs que j'ai pus lire pour le moment. Vraiment, vraiment, bravos, bravos.
Bon. Trop long pour le coup. Cette très longue phrase est classe mais un peu trop longue car certaines images se répètent et on se lasse légèrement avant la fin. Tu devrais le relire attentivement et couper quelques expressions ici et là. Il y aurait encore plus de force et tu ne gâcheras pas pour autant ce bel effet d'interminable phrase. Trop d'images semblables.
A mon opinion, bien sûr.
A la prochaine !
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Oui, c'est dur de trouver un équilibre satisfaisant, avec ce genre de phrases. Je les adorais, avant ; un peu moins maintenant. Faut dire que si c'est un vrai plaisir à écrire, c'est moins agréable à retravailler.
Je dois t'avouer que je l'ai déjà élaguée pas mal de fois, celle-ci (imagine ce que c'était au départ...). Y'a probablement moyen de tailler encore, de-ci de-là. Tout à fait d'accord, quant aux images semblables.
C'est le passage d'un texte plus long, en fait, où beaucoup de phrases sont du même acabit : à la fin, ça devient indigeste.
++ :)
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Salut !
Perso je suis pas trop fan des grandes phrases comme ça, mais l'avantage c'est que là tu as réussi à bien rythmer le tout, et que même si on se lasse un peu on est tellement embarqués qu'on doit finir, c'est assez prenant... en tous cas c'est comme ça que j'ai vécu ton texte :)
Et j'aime beaucoup le deuxième paragraphe !
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chaque bonheur, alors : chaque grain de sable, qu'il éclate de la pigmentation d'une femme,
pourquoi les deux points ?
ce grain de sable, le point précis ou l'intellect et l'amour, ballotés dans tous les sens, aussi instables l'un que l'autre, aussi variables, dispersés, si peu canalisés, se rejoignent, ce lieu secret,
où/ ballottés
Y a de l'idée, y a des images. Vraiment. J'aime bien cette logorrhée même si c'est en effet peut-être un peu trop long au bout d'un moment. Le seul truc qui me chiffonne vraiment, c'est qu'après une telle énumération, j'attendais une dernière ligne magistrale et j'ai trouvé la chute (enfin la fin du texte quoi) franchement décevante. Bref, jsuis grave frustrée là. |-|
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Merci pour le rythme. :)
Désolé pour la chute. :-\
L'accent est mis sur le u de "où", le deuxième t est rajouté à "ballottés" (malgré mon esprit de contradiction, car on a apparemment le droit de n'en mettre qu'un, depuis quelques années), et quant aux deux points, je sais pas:, ça : me pr:end, comme : ça, parfois : sans crier : : : gare... Non, c'est le signe que j'ai trouvé le plus adéquat pour montrer qu'il fallait prendre sa respiration à ce moment, avant de plonger dans le grain de sable...
Merci encore à vous pour les coms.