Parfois j'essaye de comprendre cette société, dictée par des codes stupides et sans importance. Ces codes qui nous rendent toutes à moitié folles, parce que nos vies dépendent de ces codes, et de l'image que l'on renvoi. Si l'œil est attiré par l'image, l'œil féminin est beaucoup plus pervers que cela, parce qu'il est attiré par la beauté.
Ne niez pas, je vois bien dans les rues tous ces regards haineux jetés entre nous, si l'une a le malheur d'être plus fine que l'autre, ou mieux habillée, et c'est les mêmes regards quand nous ouvrons un magasine féminin, lorsque nous voyons toutes ces mannequins anorexiques, imbaisables à l'extrême, mais qui correspondent aux codes, et qui nous font donc crever de jalousie.
Parfois j'ai l'impression d'être dans un gigantesque marché à bestiaux.
Se vendre et se faire accepter, désirer, est devenu le but ultime. Et ca participe aux concours de mini miss à 4 ans, la fille de Tom Cruise porte des talons à 6, Justin Bieber chauffe des minettes de 13, et Diesel fait des pubs avec des ados de 15. Et tout ça pour l'image. Cette image à laquelle une majorité d'entre nous veut ressembler. L'équation est simple: 1m75 + 50 kg + 90 bonnet c = bienvenue dans le beauty world.
Le beauty world, cette machine puante à des kilomètres, secrète et oppressante, d’où suintent des troubles comportementaux, physiques et alimentaires, ce cercle vicieux et infernal qui pousse les jeunes filles à se faire vomir, les femmes adultes à avaler des coupes faims, les ménopausées à enchainer les régimes, les grands mères à succomber aux liftings, et Nicky Minaj à faire une quatorzième chirurgie des fesses.
La chirurgie... qui rime avec barbarie. On nous fait avaler des salades, des couleuvres, des mensonges, des émissions télé, des reportages, des livres sur la chirurgie, et nous fonçons dans le piège machiavélique des bistouris et des protestes, appâtées par la carotte magique de la rhinoplastie, du botox, de l'augmentation mammaire ou de la lipocusion, avec pour seule ligne de mire cette supercherie qui nous accueille à bras ouverts, et contribue à privilégier le corps à l'esprit, l'apparence à l'intelligence.
Nous n'avons qu'une seule vie, et nous ne possédons qu'un corps, pourtant nous ne pouvons résister devant les seringues, les prothèses et les anneaux gastriques. Et nous savons que le seul leitmotiv de toute cette barbarie, c'est la recherche des codes, de la beauté, de l'apparence et du corps idéal.
Bien sur, récemment, on a pu observer un petit changement: attention, coups d'œil furtifs, chuchotements, exclamations, mon dieu mais qu'est ce que c'est, une taille 42 ?! Eh oui, un peu plus de chaire ne fait pas de mal, bien au contraire, mais ca on ne l'a pas encore compris. Alors ca fait des messes basses, ca pinaille et ca piaille: le monde des coudes pointus et des tailles 34 accueille dans la joie et la bonne humeur l'arrivée des grandes tailles, à grand renfort de noms d'animaux - éléphant, mammouth, baleine et cachalots.
Le monde nous expose comme des bêtes de foire, toujours à la recherche de la beauté suprême, au moyen de crèmes dépilatoires, pinces à recourber les cils, épilateurs électriques, médicaments minceurs, vomitifs, diarrhéiques, cires parfumées, régimes dukan, détox, weightwatchers et j'en passe.
Aimerions-nous retourner dans les grottes, en proie au laisser aller total de nos personnes, avec pour seule occupation de faire cuire le mammouth du soir ? Non, nous n'aimerions pas, car une fois qu'on a gouté à la beauté, qu'on l'a testée, expérimentée, manipulée, savourée, on ne peut plus s'en passer.
Je ne me demande pas comment ce monde évoluera, parce qu'au fond je sais ce qu'il va advenir de lui, de nous et de moi. Je sais que dans 100 ans, on aura surement réinventé les tailles, prôné l'extra Small, et brulé l'extra large. Je sais que dans 100 ans, être anorexique deviendra tendance, les os saillants sur le visage seront fashion, et les corps décharnés gambaderont joyeusement sur les podium. Comme si c’était normal.
Préparez-vous, le culte de la beauté est lancé, il est en marche, il avance inexorablement, emporte la raison et la remplace par la folie. La beauté a été une occupation, elle est devenue une addiction et elle finira par être une religion. On s'endettera pour la beauté, on mentira, on se défigurera, on tuera pour elle, et on finira à notre tour par en crever aussi.
Bienvenue dans un monde meilleur.