Il faut que vous sachiez que, moi, à la base, je dessine, je n'écris pas. J'adore dessiner des petites BD. Ainsi, les répétitions, la ponctuation (et même la conjugaison) n'ont pas vraiment d'importance...C'est donc la première fois que je tente de me forcer à écrire quelque chose "correctement". ... j'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à me faire remarquer tous les petits soucis du texte, je suis là pour ça !
ps: comme d'habitude ce texte n'a pas encore de fin ... ;).
Le ciel était finalement clair. Le souvenir des longues semaines de pluie venait d’être effacé par un unique rayon de soleil. Elle le voyait, là, au-dessus de sa fenêtre. Le soleil.
Elle se leva d’un bond et mécaniquement, enfila ses chaussons et se dirigea vers la cuisine. Cafetière, petite cuillère, café, feu, tasse, biscuits. Dès qu’elle entendit le café chanter dans la moka, elle éteignit le gaz et s’assit devant les montagnes. Une mer de toit précédait une longue ligne de sommets. Cet appartement pouvait bien tomber en miettes, ce n’était pas important. Tant qu’elle verrait les montagnes, elle continuerait à payer la somme astronomique que lui demander mensuellement le propriétaire. L’odeur du café s’était infiltrée dans chaque recoin de la cuisine, une douce lumière dorée rentrait par la fenêtre qui laissait s’exposer un ciel encore rosé.
Des bruits dans le couloir lui rappelèrent qu’elle n’était pas seule. Elle partageait l’appartement avec un fantôme, ou plutôt, c’était l’idée qu’elle s’en était faite. Ania était sa colocataire russe. Elle l’avait aperçue les premières semaines mais très vite, elle ne s’était plus montrée. Une présence était là pourtant, elle en était sûre. La jeune enfant occupait bien l’appartement. Son manteau trônait à l’entrée, la vaisselle remplissait l’évier puis disparaissait dans la journée. De plus, le loyer était payé tous les mois.
Les tuyaux d’eau commencèrent à vibrer dans les murs fins. Le calme ambiant était rompu.
Elle n’était jamais allée frapper à sa porte. Finalement, ce silence, c’était précisément ce qu’elle voulait, non ? Puisque ça n’avait pas l’air de déranger la jeune slave, pourquoi changer la routine qui s’était installée dans le petit appartement du huitième étage de l’immeuble jaune ? Malgré sa propre argumentation, elle restait indécise sur la question. Après tout, ce n’était pas bien normal de ne rien connaître de la personne avec qui on vit tous les jours. Ce soir, elle tenterait de lui parler, de l’inviter à manger une pizza. ou au moins à boire un café.
C’est sur cette pensée qu’elle engouffra le dernier bout de biscuit dans sa bouche étroite, puis elle s’éloigna des montagnes pour aller se préparer. En passant dans le couloir, elle entendit l’eau couler dans la douche. A 7 :12 Ania sortirait et ce serait son tour.
A 7 :45, elle sorti, douchée, habillée, parfumée.
« Eh! Vous ! »
Elle sursauta. C’était la concierge au visage de poule.
« Oui, vous! Vous direz à vot’ copain d’arrêter de j’ter le papier dans la poubelle mixte! J’en ai marre d’avoir à vérifier tout t'après son passage ! »
Elle la regarda confuse. Un creux se fendit entre ses yeux
« Mm », elle hésita. «Je pense que vous vous trompez sur la personne. »
- Vou z’habitez bien au huitième-étage-escalier-B avec un grand brun ?
La ride entre ses yeux s’accentua.
- Oui, huitième étage. Oui, escalier B. Mais pas de grand brun chez moi. Pourtant, j’aimerais bien. » Plaisanta-t-elle pour alléger la tension imprimée sur la face d’oiseau de la concierge. « Moi, j’habite avec une petite blonde. Vous savez, Ania ?je vous l’ai présenté quand elle a emménagé ? »
Cette fois-ci, la petite ride de perplexité vint se creuser sur le visage rond. Elle admit s’en souvenir, observa la jeune femme puis rentra dans le local vitré qui lui était attribué sans ajouter un mot. Elle partit à son tour.
En rentrant en fin d’après-midi, elle vu de la lumière passer à travers la porte de la chambre d’Ania. Elle resta un moment devant. Il n’en provenait aucun son. Elle voulut parler de l’anecdote du matin avec la concierge. Mais comment engager la conversation? Et comment se serait-elle comporter? Auraient-elles discuté sur la pas de la porte, comme des voisines, et non pas comme des colocataires?
Trop de questions. Elle renonça à sa première idée puis se dirigea vers sa chambre. Elle avait décidé d’aller dîner avec des amies. Elle se changea, se maquilla, et au moment où elle allait sortir de l’appartement, elle entendit une toux rauque. Elle rangea une mèche indisciplinée derrière son oreille et sortit.
Quand l’ascenseur atteignît le cinquième étage, un homme, jeune, dont quelques mèches de cheveux noirs ombraient le front, entra, des poubelles à la main. Elle comprit tout de suite. Ça ne pouvait être que lui. Elle habitait dans une zone résidentielle de Milan. Son immeuble n’était habité que par des couples à la retraite, les jeunes n’étaient donc pas choses courantes. Elle sourit.
« Seriez-vous le grand brun qui ne fait pas le tri sélectif ? »
Le jeune homme la regarda avec un air de lassitude.
« La grosse dinde vous a parlé de moi ? Si elle mettait autant de bonne volonté à empêcher les voleurs de rentrer dans la cour, cet immeuble serait un paradis ! »
Son sourire fit un ricochet sur le visage du jeune homme et forma de légères fossettes.
« Luca, cinquième étage. Enchanté.
- Marine, huitème étage. De même.»
Les portes s’ouvrirent dans un long grincement et ils sortirent l’un après l’autre pour se séparer au bout du couloir, de fort bonne humeur.
Vers 3 :00 du matin, Marine chancela jusqu’à sa porte. Elle mit quelque seconde à trouver ses clefs mais cela lui sembla être une éternité. Elle était seule, plongée dans l’escalier sombre, le vent sifflait dans les couloirs. Le cliquetis des clefs raisonnait dans tout l’immeuble. Elle inséra une clef dans la serrure. Ce n’était pas celle-ci. Elle avait abusé sur le vin blanc. Elle le savait pourtant. Trois verres maximum. Elle s’était promise plus d’une fois de ne plus recommencer, de s’arrêter au troisième verre même sous la force et la menace. Pas celle-ci non plus. Cependant, le sourire de Luca se cognait encore contre les parois de son esprit et cette douce douleur l’avait suivi toute la soirée, accompagnant sa main jusqu’au verre de vin. Peut-être l’autre? Finalement, elle tourna la clef dans la serrure, l’esprit confus.
Quand elle vit que de la lumière passait toujours sous la porte de sa colocataire, elle s'immobilisa. Pourquoi est-elle toujours debout à cette heure-ci ? L’alcool lui avait donné du courage pour braver sa timidité, elle frappa donc à la porte. Rien. Elle recommença. Rien.
Pendant un instant elle hésita. Elle allait abandonner une nouvelle fois quand sa main se dirigea naturellement vers la poignée et l’actionna. Elle entrait de nouveau depuis des mois d’absence dans la chambre voisine. Elle était vide. La lumière jaunâtre éclairait le papier-peint défraîchit. Le lit était fait et trois livres dansaient sur le bureau. L’ombre des meubles s’agrandissait peu à peu, les rayures des rideaux s’enlaçaient, se tordaient, s’approchaient. Elle ferma la porte.
Où était-elle? Pourquoi laisser la lumière allumée? Elle connait pourtant le prix de l’énergie. Quelle idiote !
Marine eu une de ces pensées dont seul un certain taux d’alcoolémie dans le sang fait comprendre la logique : elle ferma le verrou de la porte d’entrée. Elle savait qu’Ania avait la clef de la serrure centrale, mais pas celle du verrou. Ainsi, elle serait bien obligée de sonner et d’engager la conversation. « Bien fait pour toi le fantôme. » dit-elle à mi-voix. D’un clignement de paupière, elle arriva dans son lit. La pièce tournait autour d’elle. Elle tentait néanmoins de garder l’esprit clair. La chambre était-elle seulement rangée ou totalement vide ? Elle n’arrivait pas à s’en souvenir. Des détails aperçus il y a quelque minute, peut-être quelques heures, n’avait plus aucune réalité désormais. Le manteau de sa colocataire était-il dans l’entrée? L’avait-elle réellement vu pendu dans l’entrée cette semaine ? Elle aurait voulu aller vérifier de nouveau. Depuis quand Ania ne s’était plus montrée? Elle se força à ouvrir les yeux, à se redresser.
Elle s’écroula et s’endormit aussitôt.