Bonjour à tous,
Connaissant mon goût pour les envolées lyriques mâtinées de violence un peu trash, mes amis mis au défi d'écrire un "conte de fées avec une fin heureuse". Je pense qu'il est à retoucher un peu pour certaines choses que je voulais exprimer, mais je vous le livre tel quel :)
Edit : petites corrections suite aux différents commentaires
Prologue
Il était une fois, dans un royaume enneigé, un roi particulièrement cruel. Son cœur était plus froid encore que la glace qui recouvrait son royaume. Sa peau était plus blanche encore que la neige qui enveloppait son royaume. Ses yeux étaient plus gris encore que les nuages qui survolaient son royaume. Ce roi était extrêmement jaloux de ses voisins.
À l’Ouest se trouvait un royaume regorgeant de cultures à perte de vue. Des quatre royaumes, il était le plus fertile et le plus abondant. Les arbres étaient continuellement couleur ocre et les chemins sentaient le maïs et le blé. Le peuple de ce royaume était toujours rassasié et la nourriture abondait.
À l’Est se trouvait un royaume regorgeant de champs de fleurs à perte de vue. Des quatre royaumes, il était le plus beau et le plus vert. Les animaux gambadaient gaiement dans la nature qui semblait s'offrir aux hommes. Le peuple de ce royaume était toujours souriant et en communion avec la faune et la flore.
Au Sud se trouvait un royaume regorgeant de plages à perte de vue. Des quatre royaumes, il était le plus chaleureux et le plus ensoleillé. Les plages de sable d’or interminables se confondaient dans le bleu profond de l’océan. Le peuple de ce royaume était toujours heureux et chantait et dansait jusqu’à la tombée de la nuit.
Or, il advint que ce roi eût trois fils. Le premier était fort, mais stupide. Le deuxième était intelligent, mais méchant. Le troisième n’était ni le plus fort, ni le plus intelligent, mais curieux de tout. Lorsqu’ils atteignirent l’âge de raison, le roi leur père tomba très malade. Il les réunit et leur parla en ces termes : « Mon royaume n’est pas l’apanage des faibles. Si vous voulez régner après moi, il faudra prouver votre valeur. Chacun d’entre vous ira dans un royaume voisin et me ramènera la clé de leur bonheur ».
Le premier fils, qui ne comptait que sur ses gros muscles, dit quelque chose de stupide : « Je vais partir à l’Ouest, et, par la force de mes bras, je ramènerai toutes les récoltes qui poussent dans leurs champs, car je suis sûr que c’est là la clé de leur bonheur ».
Le deuxième fils, qui privilégiait uniquement sa cervelle, dit quelque chose de lâche : « Je vais partir à l’Est, et, grâce mon intelligence supérieure, je les tromperai et découvrirai ce qu’ils cachent, car je suis sûr que c’est là la clé de leur bonheur ».
Le troisième fils, qui croyait en lui-même, ne dit rien, ce qui était fort curieux. Ses frères ne cherchèrent pas à le comprendre, car il était le plus jeune, et le royaume du Nord ne pouvait pas lui appartenir.
Les trois princes se mirent d’accord pour se retrouver un an plus tard devant le roi, chacun promettant au deux autres de revenir avec la clé du bonheur.
Le Premier Fils
Le premier fils partit à l’Ouest, comme il l’avait dit. Quand il arriva à l’orée du royaume de son père, il ne jeta pas un seul regard en arrière et s’enfonça dans les champs de blé dorés. Il marcha lourdement, faisant luire ses muscles saillants trempés de sueur. Lorsqu’enfin il s’arrêta pour manger un morceau, quelqu’un vint lui parler d’un ton courroucé.
C’était une jeune paysanne, les cheveux couleur paille et les yeux couleur ciel. « Et qui es-tu donc, toi qui te permets d’écraser ainsi nos récoltes que nous avons tant de mal à ramasser !? », dit-elle en désignant d’un doigt furibond les énormes traces de pas dans le champ.
Le jeune prince ne sut que répondre. L'air perdu, il la regarda tandis qu'elle lui faisait la morale. Tout penaud, il proposa de l’aider pour la récolte de son champ. La jeune fille se rendit bien compte que l’homme à ses côtés n’était pas un garçon ordinaire, et elle le questionna tant et si bien qu’il finit par avouer son identité et sa mission. À force de l’aider dans les champs, le prince tomba amoureux de la jeune fermière et finit par l’épouser.
Quand l’année fut écoulée, il la quitta pour rejoindre le royaume du Nord.
Le Deuxième Fils
Le deuxième fils partit à l'Est, comme il l’avait dit. En chemin, il échafauda un plan retors. Il se ferait passer pour un mendiant, obtiendrait une audience avec le roi qu’on disait fort généreux avec les malheureux, et lui volerait la clé du bonheur. Malheureusement pour lui, étant habitué à des vêtements princiers, il ne possédait pas l’attirail des gens du peuple. Il traversa des forêts verdoyantes, rencontra des villageois crédules et leur soutira quelques deniers en chemin. Mais d’habits, point il ne trouva. C’est alors qu’apparût un mendiant sur le chemin qui le menait au palais. « Quelle chance j’ai, se dit-il. Je vais amadouer ce pauvre hère ».
Il héla l’homme ainsi : « Holà, manant, je désire échanger mon habit princier avec ton vieux manteau ». « Pourquoi donc ? » lui demanda le pauvre homme en souriant. Le méchant prince trouva vite une ruse : « Je désire rendre visite à une femme que je dois épouser, mais je ne veux pas qu’elle sache que je suis riche. Aveuglée par mon argent, comme toutes les femelles, elle ne verrait pas quel homme bon je suis vraiment ». Le mendiant accepta de faire l’échange et le prince continua son chemin.
En arrivant au château, le méchant prince prit une démarche de mendiant et commença son laïus : « Je suis un pauvre malheureux, je vis de la gentillesse des gens qui m’aident, mais la vie est dure. Pourriez-vous m’accueillir pour la nuit ? ». Le roi, ému par son jeu d’acteur, accepta de l’héberger, mais à une condition : « Mon écurie est très sale, je souhaiterais que tu apportes ton aide à mes gens pour la nettoyer. Pour te remercier, je te donnerai le gîte et le couvert ». Le prince accepta volontiers, pensant qu’il avait trouvé la situation parfaite pour fouiller le château et interroger les serviteurs.
Le nettoyage de l’écurie lui prit plus de temps et d’énergie que prévu, et quelque chose qu’il n’avait pas imaginé se produisit. En se faisant passer pour un être humble et en parlant aux serviteurs, il se prit d’affection pour eux et devint leur ami Une activité ingrate et physique était peut-être ce qui manquait à ce prince habitué à tout recevoir sans efforts.
Quand l’année fut écoulée, il les quitta pour rejoindre le royaume du Nord.
Le Retour
Quand le premier et le deuxième fils arrivèrent dans le royaume du Nord, ils ne virent pas leur jeune frère. Sans vraiment se soucier de lui, ils décidèrent de se rendre devant le roi pour lui annoncer qu’ils n’avaient pas trouvé la clé du bonheur bien qu’une année se fût écoulée. En chemin, ils échangèrent sur l’année passée.
Le premier prince, fort mais stupide, parlait de sa tendre épouse, et des champs qu’il devait labourer pour vivre. Passionné par le sujet, il ne se rendait pas compte qu’il était devenu un expert dans son domaine.
Le deuxième prince, intelligent mais méchant, parlait de ses nouveaux amis, comment il avait trouvé un moyen de réduire leur labeur grâce à une meilleure gestion de leurs capacités et les nombreux moments qu’ils avaient partagés. Passionné par le sujet, il ne se rendait pas compte que sa méchanceté avait fondu et qu’il était devenu sincèrement bon à leur contact.
En arrivant devant leur ancien château, ils découvrirent que le roi avait changé. Leur jeune frère était désormais leur monarque. Le premier prince, sous le choc, ne comprit pas la situation. Le deuxième prince, fou de rage, accusa son jeune frère d’avoir usurpé le trône. Le troisième frère sourit et leur dit simplement : « Bienvenus chez vous, mes frères, j’ai trouvé la clé du bonheur ».
Et le troisième frère raconta son histoire.
Le Troisième Fils
« Lorsque Père nous donna pour mission d’aller chercher la clé du bonheur des autres royaumes, vous êtes partis sans vous poser de question. Moi, je me pose des questions. Je me suis d’abord demandé : ‘Qu’est-ce qui rend les gens heureux ?’
J’ai donc décidé d’aller dans le royaume du Sud, car le peuple de ce royaume arbore toujours un grand sourire. J'ai marché, et marché, et marché. J’ai rencontré des gens, me suis lié d’amitié avec eux, et je leur ai demandé ce qui les rendait heureux. ‘Le ciel est bleu, la mer et belle, le soleil brille. Voilà ce qui nous rend heureux’, me répondirent-ils. Je ne pouvais pas ramener le ciel, la mer ou le soleil avec, alors j’ai fait un échange. J’abandonnai ma condition de prince pour celle de mendiant, et ils m’apprenaient à sourire.
J’ai continué ma route, et je suis arrivé dans le royaume de l’Est. Dans un champ, je suis tombé sur une jeune femme à qui j’ai demandé ce qui la rendait heureuse : ‘Avec nos récoltes, nous produisons suffisamment à manger et à boire pour tous les gens d’ici, voilà ce qui nous rend heureux’, me répondit-elle. Je l’ai alors mise en garde que quelqu’un était passé à travers champs et avait écrasé ses récoltes. En la regardant partir, je me dis que je ne pouvais pas ramener les champs dans notre royaume, alors j’ai fait un échange. Je lui donnai mon frère, et je récupérai un fermier expérimenté.
J’ai continué ma route, et je suis arrivé dans le royaume de l’Ouest. À la cour du roi, qui fut fort bon avec un simple mendiant, je lui ai demandé ce qui rendait son peuple heureux. ‘La nature est bonne avec nous, tout autour n’est que beauté et volupté. Voilà ce qui nous rend heureux.’ Je lui fis cependant remarquer que ses écuries étaient fort sales. Il me proposa de l’aider à les nettoyer, mais je refusai, car ce n’était pas là la clé du bonheur. En chemin, je tombais sur mon frère. Je ne pouvais pas ramener la beauté de la nature dans notre royaume, alors j’ai fait un échange. Et comme j'avais déjà appris à sourire, j’abandonnai ma condition de mendiant à mon frère et je redevins un prince.
L’année n’était pas écoulée de moitié que je rentrai déjà dans mon royaume. Père me demanda : ‘As-tu trouvé la clé du bonheur ?’ et je répondis : ‘J’ai voyagé à travers tous les royaumes, rencontré toute sorte de gens, et j’ai compris une chose. Le bonheur n’existe que dans ce qu’on en fait. Tous ces gens ne jouissent pas des mêmes bienfaits, mais ils sont heureux. Nous pouvons être heureux aussi, si nous savons tirer parti de ce qui nous entoure. Il suffit de sourire et de savoir poser des questions’. Notre père, le roi, parut comprendre ma réponse, et il partit avec un sourire calme et satisfait.
Et vous aussi, vous avez trouvé la clé du bonheur. L’un dans l’amour, l’autre dans l’amitié. Le bonheur est malléable ».
Les deux princes regardèrent leur jeune frère, devenu leur jeune roi. L’un puis l’autre s’agenouillèrent devant lui et lui rendirent hommage. « Nous vous saluons, votre majesté. Vous êtes désormais le roi, non car vous avez ramené la clé du bonheur, mais car ce faisant, vous avez offert bonheur, stabilité et respect aux gens du peuple. Et c’est là, la marque d’un grand homme ».
Épilogue
Le premier prince rentra chez lui, auprès de sa femme. Il vécu heureux avec elle et lui donna sept beaux enfants, forts et braves. Son travail devint vite si renommé dans le pays qu’il prit la tête d’une association d’agriculteurs, éleveurs et cultivateurs et devint vite une des têtes pensantes du royaume dans ce domaine.
Le deuxième prince retourna auprès de ses amis. Il leur dévoila sa véritable identité et continua à travailler à leurs côtés. Sa gentillesse et son esprit devinrent vite si renommés que le roi du royaume de l’Est lui proposa sa fille en mariage. Ils vécurent heureux, aidant les moins fortunés du pays, car jamais plus le prince ne redevint méchant.
Le troisième fils régna sur son royaume avec bienveillance et tenta d’apporter le bonheur à tous ses sujets, ainsi qu’aux royaumes voisins. Cette tâche, bien qu’ardue, fit de lui un homme heureux. Il ne trouva jamais le temps de se marier, ni de fonder une famille, car il était marié à son devoir, et les hommes de tous les pays étaient sa famille. Les rendre heureux suffisait à son bonheur.
Fin