Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Jon Ho le 29 Avril 2013 à 13:02:13

Titre: Polly
Posté par: Jon Ho le 29 Avril 2013 à 13:02:13
Polly veut un biscuit.

Comme il est hors de question qu’il la détache, il lui glisse de petits morceaux dans la bouche en prenant soin de ne pas laisser traîner ses doigts trop près de ses dents affutées. S’il la démenotte, elle va très certainement palper les alentours du sol devenu aveugle à la recherche de quelque chose de contondant. Le frapper avec la rage du désespoir, la force de celle qui n’a plus rien à perdre. Cette cave sordide et humide n’est pas un endroit idéal pour un flirt mais à défaut d’une déco romantique pleine de bougies et de pétales de roses, l’insonorisation est parfaite et a su masquer les hurlements des premiers jours. Entre chaque bouchée, il lui verse, dans la commissure de ses lèvres gercées, le contenu d’un verre d’eau pour ne pas qu’elle s’étouffe et pour apaiser le feu qui brûle en elle.

Elle se plaint de son dos. Elle ne crie plus depuis qu’elle semble avoir compris que tout est fini alors il lui a retiré le chatterton collé à sa bouche. Ca a fait un bruit bizarre de peau arrachée et une rangée de petits poils blonds s’est décollée de sa lèvre supérieure. Elle lui a juste demandé pourquoi mais il n’a pas prêté attention à sa question. Trop occupé à couper ses petits beurres en miettes pour la becquée.

Quelle idée à la con de venir habiter à Tacoma. Son déménagement à peine bouclé, elle s’installe dans le quartier chic de la ville et sort s’acheter un paquet de cigarette qu’elle ne fumera jamais. Il lui a mis un sac sur la tête, l’a poussée dans son van et plus rien jusqu’à cette cave et ce temps suspendu aux épaules de la douleur.

Pourquoi connard ? T’étais pas bien à te masturber devant tes films de cul ? Fallait que ça prenne cette dimension, que tu révèles ta vraie nature ? Et pourquoi j’ai ce grand blond gringalet qui me casse les oreilles avec sa voix éraillée ? Il se passe quoi là ??

« Ca n’a rien à voir avec le fait que tu t’appelles Polly. Ca aurait pu se passer n’importe où, avec n’importe qui. C’est juste en moi et ça doit sortir. J’irai pas jusqu’à te dire que je suis désolé, mais bon, c’est pas de chance vraiment. »

« T’es juste cinglé mon pauvre. Qui t’a demandé de me couper mes ailes sales ? Je vole avec et j’ai besoin de personne pour me les lustrer et les faire briller au soleil. Va plutôt t’astiquer le manche dans ton canapé, quoi que tu me fasses, je n’ai plus que du plaisir. Ca t’en bouche un coin pas vrai ? »

L’homme se lève et lui met une baffe de dépit et de surprise. Son bandeau glisse sous l’effet de la gifle et elle découvre le visage angélique de son ravisseur. Elle l’imaginait repoussant, monstrueux pour coller un physique à un comportement détestable. Il est juste beau. Vraiment beau même, dans la mesure où elle peut accorder un crédit objectif à ce genre de jugement post sévices. C’est horrible de se dire que tout cela aurait pu être évité si le gars avait eu les couilles d’une drague à la terrasse d’un café. Pourquoi pas décrocher quand il aurait appelé et accepter un dîner au restaurant. Pourquoi attacher ce qui peut être consentant ?

Le mec quitte la cave pour aller répondre à un coup de sonnette. Elle pourrait crier ? Un truc du genre à l’aide, au secours. Mais si le visiteur venait à apprendre son existence, il aurait sûrement envie de participer à la petite sauterie et dans ce contexte un plan à trois c’était pas l’idéal.

A côté du paquet de biscuits, elle remarque la pointe d’un couteau que le joli frustré devait utiliser pour lui découper son repas. En tendant les jambes, elle s’en empare et par un mouvement cinématographiqement très bankable mais chiant à décrire par des mots elle se sépare de ses liens. Tout doucement, sur la pointe de ses pieds encore engourdis, elle grimpe les marches de l’escalier. L’autre est dans l’entrebâillement de la porte et discute avec ce qui semble être un pote. Elle a bien fait de ne pas crier.

Polly : « Au secours, à l’aide !!! »
Le visiteur : « C’est quoi ces cris bordel ?? »
Le ravisseur : « Oh, c’est rien, j’ai un objet sexuel dans ma cave et j’étais en train de lui donner à manger. Ca te dit ? »
LV : « J’ai pas grand-chose de prévu cet aprèm’ pourquoi pas… »

Polly se glisse discrètement vers la fenêtre du salon ouverte sur la liberté. Elle escalade le sofa et se jette dehors. Elle court le long de la rue, tourne à droite, puis à gauche jusqu’au commissariat où, en pleurs, elle raconte à l’agent en servie sa mésaventure.
Il cavale jusqu’à sa voiture ou son collègue grignote un gros donut.

« Range la bouffe Dave, on a une urgence. Laisse tomber la sirène c’est juste à côté, 254 Puyallup avenue. »

Polly est prise en charge par la femme du commandant qui lui propose un café. Elle accepte en séchant ses larmes sur un mouchoir brodé tendu par cette dernière.

Gerald Friend est arrêté à son domicile sans aucune violence.

Il niera les faits mais sera condamné suite à une analyse ADN.

Polly garde dans sa mémoire l’étrange goût des petits beurres.
Et ce grand blond rachitique qui torture sa guitare
Une forêt, une cave, une lampe torche, un rasoir,
Qu’importent les détails quand on parle de douleurs.
Titre: Re : Polly
Posté par: writterG le 29 Avril 2013 à 13:49:45
Salut!  :)

J'ai bien aimé, on reconnaît bien ton style.

" sol devenu aveugle"
Est-ce le sol qui est devenu aveugle? Si c'est ça je comprend pas tres bien

Après je trouve que ça va un peu vite : elle s'enfuit, la police y vas, arrête l'autre et pof c'est fini :)

Voila à plus
Titre: Re : Polly
Posté par: Jon Ho le 29 Avril 2013 à 13:54:04
Hello

Pour le sol devenu aveugle, j'ai hésité.
Quand tu vois plus rien, t'as parfois le sentiment que les choses ou les gens ne peuvent plus te voir non plus.
Polly est déroutée alors le sol aveugle, je sais pas ...

Ca va vite mais c'est voulu. 2:55 le temps d'une chanson et puis on passe à autre chose.
C'est marrant ( ou pas ) en écoutant la chanson sur youtube, j'ai droit à une pub pour les nouveaux Mikado.
Polly veut vraiment un biscuit je crois ;)
Titre: Re : Polly
Posté par: writterG le 29 Avril 2013 à 14:56:16
" Pour le sol devenu aveugle, j'ai hésité. Quand tu vois plus rien, t'as parfois le sentiment que les choses ou les gens ne peuvent plus te voir non plus. Polly est déroutée alors le sol aveugle, je sais pas ... " ah ok je vois ce que tu veut dire merci de la précision.  :)


En fait c'est juste la fin que je trouve trop brusque, c'est" il se passe ça, ça et ça, voila point final"  après c'est peu etre juste moi lol
sinon le reste du texte est trés bien ecrit et la scene bien décrite.
 :)
Titre: Re : Polly
Posté par: Mnemosyne le 29 Avril 2013 à 15:25:51
Ton personnage n'égale pas Amy, mais j'aime bien, particulièrement ce genre de réplique: "Va plutôt t’astiquer le manche dans ton canapé, quoi que tu me fasses, je n’ai plus que du plaisir. Ca t’en bouche un coin pas vrai ? ».

Sinon, j'aurais aimé que tu retardes plus la fin, qu'il y ait plus de dialogue entre le ravisseur et la femme. J'ai trouvé ça divin que le ravisseur soit beau au lieu d'être moche comme la femme s'y attendait et j'aurais aimé  qu'on sache pourquoi il l'a kidnappée, j'aurais aimé que tu donnes une raison mi-obscure, mi-perverse, que tu t'attardes plus sur la perversion du ravisseur quoi.
Titre: Re : Polly
Posté par: Jon Ho le 29 Avril 2013 à 23:30:54
Je vais le retravailler c'est clair :)
Merci pour ton commentaire Mnemo.
Titre: Re : Polly
Posté par: loana90 le 01 Mai 2013 à 12:10:42
J'aime beaucoup ! Aux premiers paragraphes a m'a fait penser à du Stephen King. J'ai trouvé ça bon, mais un peu court !  ;D
Titre: Re : Polly
Posté par: Jon Ho le 01 Mai 2013 à 14:05:01
Puisque c'est trop court et pas assez travaillé, je vais développer et retravailler dessus. Je pense qu'il y a moyen de sortir quelque chose de mieux.
Merci Loana
Titre: Re : Polly
Posté par: Thérébentine le 02 Mai 2013 à 21:14:57
Rien que pour la référence à Nirvana je perds déjà de mon objectivité. :)
Ca donne envie de lire les autres textes que tu as écrits en tout cas.

Si je peux me permettre une critique : je doute de voir un jour cavaler un agent de police parcequ'une femme vient au commissariat déposer plainte pour un viol.
 C 'est plutot genre : "vous êtes sure que vous étiez pas consentente?"(enfin vu comment elle est maquillée ça m'étonne pas en même temps!).

Enfin bon, il y a des flics qui ne croient pas que toutes les femmes qui se font violer l'ont provoqué, mais de la à courir...
Quand au Donut c'est un peu cliché.(je trouve)
Et j'imagine que dans ces cas là, on emmène la femme a l'hosto pour faire une expertise.
Mais bon, après ça reste très bien écrit.

Titre: Re : Polly
Posté par: Baptiste le 03 Mai 2013 à 09:17:00
Oush
C'est toujours aussi perturbant tes écrit John
Lu parce que quand même j'aime bien la référence à Nirvana
Juste
Citer
L’autre est dans l’entrebâillement de la porte et discute avec ce qui semble être un pote. Elle a bien fait de ne pas crier.

Polly : « Au secours, à l’aide !!! »
Le visiteur : « C’est quoi ces cris bordel ?? »

J'ai pas compris, Pourquoi elle crie, si elle s'est dit que c'était bien qu'elle n'ait pas crié?

Honnêtement, je peux pas vraiment dire que j'ai aimé.
En termes d'écriture, rien à redire et ça m'a suffisamment convaincu pour que je le lise jusqu'au bout. Après, je crois que ce genre d'histoire est un peu trop glauque/réaliste à mon goût. Chacun son truc.

Citer
Polly garde dans sa mémoire l’étrange goût des petits beurres.
Et ce grand blond rachitique qui torture sa guitare
Une forêt, une cave, une lampe torche, un rasoir,
Qu’importent les détails quand on parle de douleurs.
ça c'est une super fin.

Au plaisir de te relire