Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de lecture => Romans, nouvelles => Discussion démarrée par: Aquarelle le 17 Avril 2013 à 21:20:00
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Bon, alors vous vous dites probablement : houlà, un obscur et aride roman russe… – Remarquez, si vous lisez ces lignes, ça ne vous a pas empêchés de consulter le sujet et vous êtes peut-être justement en quête d’un obscur et aride roman russe, auquel cas vous serez peut-être déçus.
C’est un peu la première réaction que j’ai eue moi-même en attrapant le livre dans l’étagère de la bibliothèque, mais ce qui a retenu mon attention, c’est que l’auteur, sibérien, a soutenu une thèse sur Oscar Wilde et surtout que son premier livre s’appelle Fox Malder a une tête de cochon. Alors je me suis dit : bon, pourquoi pas ? Et au final je n’ai pas regretté.
Le titre n’est sans doute pas très évocateur. Ce n’est pas vraiment, contrairement à ce qu’on pourrait penser, un livre sur la soif. Premièrement, la soif dont il s’agit est une soif particulière : celle de vodka. Mais ce n’est pas pour autant un livre sur l’alcoolisme, ni sur les ravages de l’alcool.
L’auteur, donc, est russe. Il écrit l’histoire de Constantin, Kostia pour les intimes, un jeune Russe revenu de Tchétchénie avec des souvenirs de guerre… mais plus de visage. Et pour cause : il a été entièrement brûlé lors d’une escarmouche.
Et voilà notre Kostia revenu à la « vie normale », sauf que dans cette vie normale, on l’appelle pour faire peur, avec son visage détruit, aux enfants qui refusent d’aller se coucher. Alors il se met à boire – en bon Russe, de la vodka – à boire jusqu’à en perdre la notion du temps. Dans son délire éthylique mais très lucide, Kostia revit des moments de son enfance, des moments partagés avec ses parents, mais aussi avec Alexandre Stépanovitch, le mentor de son adolescence qui l’initie au dessin.
Ce qui vient tirer Kostia de son quotidien et de sa solitude, c’est la disparition de l’un de ses anciens camarades de guerre. Et le voici parti avec deux autres ex-soldats à la recherche du disparu. Au cours de leur voyage aux alentours de Moscou, Kostia renoue avec des souvenirs, avec la camaraderie et aussi avec le dessin, qui lui permet peu à peu de poser un nouveau regard sur le monde.
Bon, décrit comme ça, ça fait peut-être très sérieux, pas très gai et pas d’une originalité folle. Sérieux… plutôt, mais le texte n’est pas pesant. Pas très gai, certainement, mais pas non plus besoin de mouchoir. Quant à l’originalité, elle est tout de même là dans la construction du récit et dans la narration.
En tout cas, le livre se lit très bien, il est court – 131 pages – rédigé à la première personne, dans un style simple, et il arrive à accrocher le lecteur. Je l’ai pour ma part lu d’une traite – au lieu de faire ce que je devais faire, mais chut, ceci est une autre histoire. Malgré le sujet, il n’y a pas du tout d’emphase dans le ton, ni d’accent sur les souffrances psychologiques du personnage. Ce n’est pas un de ces livres qui cherchent à vous donner des leçons et où, toutes les deux lignes, l’auteur vous fait des appels de phares : « Ce livre est profond, il délivre un message fondamental sur le monde et la nature humaine, réfléchissez et admirez ».
Le récit mêle habilement les épisodes : on passe en toute fluidité du présent à un souvenir de guerre puis à un souvenir d’enfance pour finir par revenir au présent. Ce va-et-vient s’accentue plus ou moins selon l’état d’ébriété du narrateur, mais au final, si la vodka est omniprésente et imprègne la narration, le livre n’est pas centré sur l’alcoolisme. Si la Soif lui donne son nom, c’est finalement parce c’est plus une histoire de soif, justement, que d’alcoolisme : les personnages boivent pour assouvir un besoin qui n'est pas vraiment celui d'alcool. - Oui bon, c'est peut-être ça, l'alcoolisme...
Je ne m’avancerais pas jusqu’à dire que c’est un livre qui se lit facilement pour se détendre mais personnellement j’ai passé un bon moment en compagnie de Kostia.