Bonjour bonjour !
C'est la première fois que je poste un texte... Il est plutôt loufoque, mieux vaut être prévenu.
Dégoûtés de goûter
La chaleur de ce début d’après-midi était redoutable. Le Juge avait ôté sa perruque et somnolait dans son fauteuil capitonné de velours écarlate. Il avait renoncé à lutter contre la force irrésistible qui lui fermait les paupières et s’abandonnait à des pensées merveilleusement absurdes. Des réminiscences de son enfance se mêlaient aux souvenirs tout frais de son déjeuner ; le visage rond et doux de sa nourrice tournoyait au milieu d’un océan de rôti de dinde aux pruneaux, de tarte aux fraises et de petits fours. Hélas, cet état de torpeur bienheureuse fut vite interrompu par une clameur de mauvais augure. Allons bon ! Ce ne pouvait être qu’une réclamation. Et, à en juger par le brouhaha, c’en était une belle. Les gens ne pouvaient-ils donc vivre en paix ? Fallait-il toujours qu’ils s’agitent ? Qu’est-ce que c’était, cette fois ? Il tendit l’oreille. Les voix furieuses et menaçantes étaient toujours les mêmes. Qu’est-ce qui ressemblait le plus à une revendication qu’une autre revendication ? Le Juge fit un effort surhumain et rapprocha de dix bons centimètres son fauteuil de la fenêtre laissée entr’ouverte pour mieux entendre. De la cacophonie, quelques cris s’élevaient distinctement :
« Justice ! Nous venons réclamer justice ! » furent les premiers mots que le Juge discerna. Cela, ils le disaient tous. Voyons, qu’y avait-il d’autre ?
« C’est un scandale ! » Oui, un grand classique. Rien de mieux ?
« Aucun respect pour la vie et la dignité humaine ! C’est inadmissible ! » Bof.
« Nous ne pouvons plus le supporter ! Pour qui nous prenez-vous ? Nous avons des droits ! » Bon, pas beaucoup d’originalité là-dedans. C’était d’un ennui !
Le Juge se réinstalla confortablement contre le dossier de son fauteuil, referma les yeux et ne les rouvrit que lorsque l’on frappa à la porte.
« Entrez, » dit-il tout en reposant la perruque sur son crâne.
La porte s’ouvrit, livrant passage au secrétaire, qui exécuta une petite révérence maladroite. Ce garçon était gentil, mais il était d’une gaucherie !
« On vous demande, Monsieur le Juge.
- J’ai entendu, oui. Vous croyez qu’il y a des chances pour qu’ils se dispersent d’eux-mêmes ? »
Une grimace embarrassée déforma la bouche du secrétaire.
« On dirait qu’ils ne se calmeront pas… Je crains qu’il ne faille les écouter. »
Le Juge poussa un soupir.
« Très bien. Je suppose qu’il le faut. Faites-les entrer. »
Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit de nouveau et une masse tonitruante se déversa dans la pièce avant de s’assagir peu à peu, sans doute impressionnée, malgré elle, par la solennité des lieux. C’était toujours ainsi. La grandeur de la Justice s’imposait immanquablement, touchait même les plus réfractaires. Le Juge observa la foule. En dehors des regards colériques, des poings serrés et d’un soupçon de gêne dissimulé tant bien que mal, les hommes qui lui faisaient face n’avaient, au premier abord, pas grand-chose en commun. Il se racla la gorge et se redressa sur son siège.
« Messieurs, que puis-je faire pour vous ?" demanda-t-il de son ton le plus cérémonieux.
Un homme s’avança. Maigre comme un clou, son corps était tout en angles. Même son visage était un assemblage de pointes : pointe d’un nez à l’arête fine, pointes d’une bouche aux lèvres minces, pointe d’un menton étroit, pointe incisive dessinée par la rencontre des sourcils, pointes symétriques des oreilles. Les cheveux se faisaient également pointes : ils se hérissaient en pics irréguliers tout autour de sa tête. Et la pointe vivait aussi dans le regard : vif et alerte, lorsqu’il finissait par se poser, il était intense et acéré comme une vrille. Cette vrille transperça le Juge.
« Nous venons déposer une réclamation. »
Sa voix était pointue, elle aussi.
« Nous exigeons que notre existence soit reconnue et respectée. Nous venons dénoncer une atteinte aux principes élémentaires de respect de la vie humaine. »
Le Juge arqua un sourcil interrogateur.
« Nous sommes les goûteurs, » ajouta le porte-parole.
Le Juge le considéra quelques secondes en silence, mais son interlocuteur avait pris une pause théâtrale et attendait visiblement sa réaction. Ces plaideurs ! Tous les mêmes. Persuadés que le monde entier tournait autour d’eux. Il prit le temps, d’une main nonchalante, de réajuster sa perruque.
« Et ? demanda-t-il, presque sur le ton de l’ennui.
- Comment ça, « Et ? » ! s’offusqua l’homme en pointes. Nous sommes les goûteurs, je vous dis ! Les goûteurs ! Notre métier à nous, c’est de goûter les plats qui sont servis à d’autres pour déceler la présence d’éventuels poisons, acides, laxatifs, drogues, purgatifs, somnifères et diverses joyeusetés. Vous saisissez ?
- Ah, oui… Les goûteurs. Je vois, » dit le Juge pour gagner du temps.
Il avait chaud et sa tête était lourde. La réflexion lui coûtait. Il y avait bien quelque chose qui s’agitait dans les tréfonds de son esprit, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.
« Nos employeurs sont des êtres pervertis, dénués de sens moral, ils nous infligent un traitement inhumain, s’enflamma le porte-parole. Ils ne comprennent pas la valeur d’une vie. Ils s’imaginent qu’ils…
- Les goûteurs ! Oui, bien sûr ! » s’exclama le Juge.
Il retint de peu le geste de se frapper le front, ce qui, lui avait-on dit un jour, manquait cruellement de dignité. Il s’efforça de reprendre un ton plus posé pour demander :
« Vous venez pour cette affaire, c’est cela ? La mort atroce… regrettable de ce Monsieur… euh… Grandgousier ?
- Monsieur Grandgousier ! »
Il y eut un frémissement dans l’assistance. Certaines personnes firent un véritable bond.
« Ne prononcez pas son nom en notre présence ! cracha le porte-parole, yeux fous, narines dilatées. Il est le déshonneur de notre profession. Son nom, soyez-en assuré, a été aussitôt rayé de la liste des Goûteurs.
- Comment ! »
Le Juge cligna des yeux, déconcerté.
« Je croyais qu’il était mort dans l’exercice de ses fonctions, empoisonné à l’arsenic. »
Plusieurs goûteurs poussèrent un gémissement ; il y en eut même pour se couvrir les oreilles des deux mains. Le porte-parole était devenu livide.
« Exactement, confirma-t-il. Il a dévoré une tourte au saumon, aux poireaux et à l’arsenic. A l’arsenic ! Quelle honte ! On apprend à reconnaître l’arsenic dès la première leçon. Le b.a.-ba du métier, vraiment. Il y a un chapitre entier consacré à l’arsenic dans le Manuel de l’Apprenti Goûteur, tome 1 ! Si encore il n’en avait mangé qu’un morceau. Mais non ! Il a tout mangé sans s’apercevoir de rien ! C’est inimaginable, inconcevable, in… »
Il interrompit sa phrase, faute de trouver un troisième in-.
« Je suppose que cela témoigne d’un détestable laisser-aller dans la formation, reprit-il, un peu coupé dans son élan mais avec une indignation et une ferveur croissantes. Et aussi d’une déplorable conscience professionnelle. Tout se perd. Mais l’arsenic, vraiment ! Un goûteur empoisonné à l’arsenic ne vaut pas mieux qu’un boulanger qui rate son pain, qu’un cordonnier incapable de faire des chaussures, qu’un chanteur qui ne sait pas chanter. »
Il plaça une main sur son cœur.
« Ne nous parlez plus jamais de Monsieur Grandgousier.
- Bien… Si vous insistez. Mais dans ce cas… Pourquoi êtes-vous là ?
- On nous demande, mes frères, ce que nous faisons là ! s’écria le porte-parole, prenant ses compagnons à témoin. Encore un camouflet envers notre corporation ! »
Un murmure d’approbation emplit la salle d’audience. Le porte-parole se tourna de nouveau vers le Juge, qui s’était mis à se gratter le front sans s’en apercevoir.
« Vous rendez-vous compte de ce qu’on nous fait subir ? Ah, je parie bien que non, bien sûr ! Et comment vous le pourriez, hein ! Vous, vous appréciez pleinement vos repas, vous mordez à belles dents dans une cuisse de poulet rôti, croustillante et tendre, dans une savoureuse entrecôte, dans des gâteaux au miel moelleux, merveilleusement poisseux, dans une pomme délicieusement juteuse ; vous vous régalez de sucre d’orge, de dragées, de tartes aux myrtilles, de saint-honoré… et de que sais-je encore ? Comment des gens comme vous pourraient-ils comprendre notre situation ?
- Oui, je suppose que vous… commença le Juge sur le ton de l’apaisement, mais il fut interrompu.
- Avez-vous déjà mangé de la tête de cerf ? lui demanda le porte-parole, agressif.
- Je vous demande pardon ?
- Je vous parle d’une tête de cerf, à peine revenue dans une noix de beurre, qui vous regarde de ses yeux vides et blanchâtres dans votre assiette et sur laquelle on a posé, pour l’égayer, quelques brins de persil. Vous en avez mangé, oui ou non ?
- Eh bien, non, balbutia le Juge, mais à vrai dire…
- Et des pattes de poules ? Des pattes de poules dures et jaunes, coriaces et caoutchouteuses ? Vous avez déjà tenté l’expérience ?
- Non, cependant vous…
- Vous aimez le gigot d’agneau à la sauce à la menthe ? Le bœuf-carotte en gelée ? Les flans gélatineux ? Vous gobez les œufs ?
- Non, répondit le Juge en grimaçant. Non, mais je ne vois pas le rapport.
- Il ne voit pas le rapport ! »
L’homme roula des yeux tragiques ; un murmure outragé se propagea dans la salle. Le porte-parole avança d’un pas et sa voix se fit plus basse, prenant presque le ton de la confidence :
« Savez-vous ce que la Duchesse a mangé aujourd’hui ? Pouvez-vous le deviner ? »
Il marqua une pause oratoire avant de s’écrier sur un ton éclatant :
« Bien sûr que non vous ne le pouvez pas ! Aujourd’hui, elle a commencé par un bouillon d’orties.
- Du bouillon d’orties ?
- Parfaitement, un bouillon d’orties, pris à six heures tapantes, dès le réveil – c’est qu’elle est matinale. Et rien avant midi. Rien du tout. Pas le moindre petit encas.
- Vous voulez dire… Pas de beignets ? Pas de petits pâtés ? Pas même une petite tartine ? Ou un biscuit ? Quelques olives ? Une poignée de pistaches ?
- Puisque je vous le dis. Rien du tout ! »
Le porte-parole appuya ses propos d’un grand geste de dénégation.
« Et… et à midi ? s’enquit le Juge.
- A midi, de la laitue, trois pommes de terre cuites à l’eau, accompagnées – pour la couleur – d’une carotte également cuite à l’eau et, pour finir, une pomme rabougrie. »
Les yeux du Juge commençaient à se dilater.
« Et ensuite ? demanda-t-il dans un chuchotement.
- Ensuite, il faut attendre le dîner. Enfin, le dîner, façon de parler ! Une soupe de cresson et un croûton de pain. Voilà.
- C’est tout ? »
Le Juge haletait presque.
« C’est tout. Et tous les jours, c’est la même chose. Vous voyez l’état dans lequel je suis ? Vous imaginez les souffrances que j’endure ?
- Mais… Mais enfin, vous pouvez manger, vous ! »
Le porte-parole lui jeta un regard de profond mépris, rejeta la tête en arrière et, sublime, croisa les bras sur sa poitrine.
« Pour qui me prenez-vous ! Vous ne comprenez décidément rien au métier de goûteur ! Nous n’avons pas le droit de manger autre chose que ce que mangent nos employeurs, voyez-vous. Nous ne devons pas déformer notre palais délicat et il ne faut à aucun prix que nous laissions la place au moindre doute. Si nous tombons malades après avoir mangé autre chose que nos maîtres, comment interpréter correctement notre état ? Comment pouvons-nous atteindre l’excellence professionnelle ? Monsieur, notre métier est noble et pur, il nous élève au-dessus de la condition humaine, fait de nous des êtres de cristal, des réceptacles de la vérité : nous sommes des miroirs parfaits, d’une transparence absolue ! C’est notre fierté. Nous prêtons serment, figurez-vous, mon bon monsieur ! Nous n’accueillons pas n’importe qui dans nos rangs. Etre goûteur n’est pas donné à tout le monde ; c’est une vocation. Nous ne remettons jamais en cause le Serment de notre corporation, nous ne renions pas nos principes. Plutôt cracher sur la tombe du Maître Goûteur ! Seulement, je vous le demande, comment survivre quand la Duchesse se nourrit de façon aussi déraisonnable ? Et encore, je vous parle, monsieur, de mon humble cas, mais, parmi nous, se dissimulent des souffrances plus grandes encore ! Tenez, écoutez-le ! »
Il fit un signe autoritaire de la main, et un petit homme s’avança timidement. Tête baissée, il se tordait nerveusement les mains.
« C’est… Je suis le goûteur du Comte… »
Il jeta un regard incertain au Juge qui l’encouragea d’un petit hochement de tête à continuer.
« Ça commence le matin… Sa Seigneurie avale un verre d’huile de foie de morue et un ragoût de tripes au vinaigre de vin. En milieu de matinée, quand elle a une fringale, elle demande qu’on lui apporte un bol de sang de canard frais, relevé d’un filet de citron et d’une pincée de poivre noir – avec un peu de coriandre aussi des fois. »
L’homme déglutit péniblement, comme s’il se remémorait le goût et la sensation dans sa gorge. Blême, l’assistance entière suait à grosses gouttes. On entendait les mouches voler dans la salle.
« Au déjeuner, poursuivit le goûteur d’une voix faible, le Comte raffole de cervelle de veau à moitié cuite ou de panse de brebis farcie. Parfois, dans l’après-midi, il lui prend des envies soudaines de foie rissolé. Et le soir, il engloutit des quantités considérables de pieds de porc en gelée, de rognons blancs frits et finit souvent par un mille-feuille qu’il n’apprécie jamais tant que recouvert de beurre de cacahuète. »
L’assistance palpitait d’horreur. Le teint du Juge avait viré au vert, ce qui n’échappa pas au regard acéré du porte-parole, qui brandit un poing indigné.
« Vous avez entendu ? Aucune éthique ! Et encore, ce n’est pas le pire ! Vous voulez savoir le menu de…
- Suffit ! coupa le Juge. Que voulez-vous ?
- Nous exigeons que notre statut soit modifié. Nous voulons qu’on nous considère comme des êtres humains comme les autres. Nous refusons de nous laisser imposer ce que nous mangeons. Nous réclamons le droit de choisir les plats que nous devons goûter. »
D’un geste vif et ample de prestidigitateur, l’homme fit apparaître une liste énumérant les revendications des goûteurs qu’il brandit sous le nez du Juge.
« Mais… Je ne sais pas si…
- Vous ne croyez pas en nos souffrances ? Vous pensez que nous exagérons ? »
Les yeux du porte-parole s’étrécirent.
« Peut-être devriez-vous entendre…
- Non ! Non, ce n’est pas cela. Simplement, je ne suis pas sûr qu’un changement aussi radical soit facilement accepté par vos employeurs.
- Alors qu’au moins nous soyons libres de choisir un jour sur deux ! Ou alors que leurs goûts à eux, nos employeurs, soient formés. Que la mayonnaise soit interdite au petit-déjeuner ! Que les pattes de poule soient proscrites ! Que soient abolis les œufs en gelée !
- Et les endives cuites ! s’écria le Juge, emporté par l’enthousiasme. Oui, il faut bannir les endives cuites ! »
Profitant de son avantage, le porte-parole sortit de sa veste, du même geste que pour faire apparaître la liste des revendications, une liasse de feuillets qu’il remit entre les mains du Juge.
« Nous avons répertorié les aliments et plats à proscrire, Votre Honneur. »
Le Juge parcourut l’inventaire, tournant rapidement les pages. Artichaut cru avec ses feuilles, Aspic… Bouillon d’orties, Cervelles de crevettes à l’orange et au camembert, Croquettes aux asticots… Forêt noire au foie de morue, Gaufrettes à la moelle et aux blettes… Langue de caniche à l’étouffée, Meringue aux fruits de mer et vin blanc, Mille-feuille au beurre de cacahuète, Museau d’agneau en crème glacée, Nougat au céleri et au fromage de chèvre, Oreille de porc bouillie, Panse de brebis farcie, Poulpe à la chantilly… Rognons blancs frits, Sang de canard frais au citron et poivre noir, Tarte tatin bolognaise… Vessie de porc au beurre d’escargot, Yeux de poisson à la tomate et gelée de canneberges…
Vaguement nauséeux, le Juge releva les yeux et toussota.
« Il est clair, Messieurs, que la Justice se doit de prendre des mesures appropriées, déclara-t-il d’un ton solennel. Votre demande sera examinée avec tout le soin nécessaire.
- Merci, Votre Honneur, dit le porte-parole avec émotion. Voici venir une grande victoire de l’humanité. Grâce à vous, la barbarie va prendre fin. Adieu, mokas aux choux de Bruxelles, entremets lapin-caramel, couenne au café au lait, clafoutis aux cornichons et cervelas, Harengs à… »
Le goûteur aurait sans doute déclamé une bonne partie de la liste si le Juge ne l’avait pas brusquement interrompu :
« Qu’avez-vous dit ? »
Décontenancé, le porte-parole bredouilla :
« Euh… C’est la fin de la barbarie. Un espoir pour l’humanité…
- Non, épargnez-moi le baratin habituel ! Vous avez parlé de clafoutis ?
- Ah… Oui ! Grâce à vous, la tyrannie du clafoutis aux cornichons et cervelas sera abolie !
- Alors ça, jamais ! rugit le Juge en sautant sur ses pieds. Vous outrepassez vos droits, Messieurs ! Tout ceci passe les bornes ! Osez seulement toucher à une seule miette du clafoutis aux cornichons et au cervelas !
- Mais…
- Sortez ! Sortez immédiatement.
- Voyons, Votre Honneur… Faut-il comprendre que vous rejetez notre demande ?
- Et comment que je la rejette ! »
Un murmure surpris et indigné se fit entendre chez les goûteurs.
« Vous prenez parti pour l’oppression de l’homme par l’homme, par le mépris de la dignité humai…
- Ah non, pas encore ça ! trépigna le Juge. Taisez-vous ! Je prends parti pour les clafoutis aux cornichons et au cervelas et rien d’autre.
- Mais à travers ce clafoutis, ce que vous défendez, c’est le…
- A la garde ! »
De nouveau seul, le Juge fit quelques pas pour se calmer avant de se rasseoir dans son fauteuil. Appuyant la nuque contre le dossier rembourré, il étendit ses jambes devant lui et croisa les mains sur son ventre. Tiens, ce soir, il allait demander à la cuisinière de lui préparer un bon clafoutis aux cornichons et au cervelas. Cela faisait longtemps. Et pourquoi ne pas l’accompagner d’une purée d’ail et de cerises confites ?