Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: HB le 10 Mars 2013 à 21:52:30
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1.
Amour, drogue et alcool. Dernière nuit à Mol.
Si autour de nos yeux fleurissent les matthioles,
Et qu'au fond de mes yeux la lumière s'étiole,
Dans les tiens brûle un alcool pur. Et je m'immole
Indéfiniment dans leurs flammes ! Ton amour
Me purifie. Comme le feu purifie l'or :
L'amour purifie l'âme. - L'or de ton amour
Doucement coule dans le moule de mon corps
Et c'est ton sang qui me réchauffe, ton regard
Qui me tient éveillé, c'est ton sourire calme
Qui m'hypnotise et (quel peureux !), quand le hasard
D'un mot, sans raison, m'effraie, tes mains qui me calment.
D'instinct, j'évite la fenêtre qui encadre
La nuit noire. Dans tes prunelles les couleurs
Bougent, emprisonnées. - Les sortir de leurs cadres
Noirs, de leurs spirales. Je voudrais que tu pleures
Pour que ces lumières se brisent en mille et une
Eclaboussures (prismes tranchants, fils d'étoiles,
Subtils échos, petits cristaux, morceaux de lune)
Au soleil dans mon coeur : je ronge un os à moelle.
2.
Amour, drogue, et alcool. Dernière nuit à Mol.
Du crépuscule à l'aube, échangeant des paroles
Protéiformes et saturées de symboles
Versatiles on s'aime, mais comme on s'envole
Dans un bruissement d'ailes, comme on se sépare
De son ombre. - Avant ça (on s'en revenait tard
Dans la nuit, seuls sur une route de montagne
(Odeurs vagues), d'un de nos châteaux en Espagne ;
Je me perdais en homélies sur le réel),
Tu as dis : « Sors le parapluie, la lune saigne,
Elle perd son sang goutte à goutte. » Et dans le ciel
J'ai vu ce sang - Depuis lors, les étoiles baignent
Dans ce sang - Je me referme... j'habite en ville
Et m'enfonce au coeur du plus noir mois de novembre :
Seize heures, le soir tombe, il pleut, mais peu (des fils ?) ;
Les rues, parées de boucles d'oreilles en ambre
(Petits soleils durs pendus à des lobes sombres),
Les rues (leurs passants sont les statues du Pont Charles),
Les rues ouvrent leurs fausses-portes, bouches d'ombre
Et de lumière : des âmes anciennes parlent.
3.
Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha. Je rigole :
Que faire d'autre ? Ce sont tes propres paroles
Fossilisées dans mon cerveau : « Pour les lucioles,
Les dents et les doigts sont, au mieux, des coups de bol ».
Et avant ça (la route sinuait, mon coeur
Balançait de gauche à droite à chaque virage,
Je te parlais - hypocrite - comme à la soeur
Que je souhaitais demain demander en mariage),
Tu as dis : « Je suis Charon, donne-moi la pièce. »
Depuis lors (ça me prend comme ça), je m'isole
(Quand une femme est là) dans un coin de la pièce,
Puis je bouge d'avant en arrière. « Mon-gol ! » :
C'est ce que j'entends, au milieu de cris et rires
Lubriques sortis de bouches aux dents et lèvres
Mouillées, luisantes, blanches et roses, sourires
De porcelaine (le mollusque, pas de Sèvres).
... Image de ce qu'il y a de plus sincère,
La femme, hésitante un instant - mais je m'acharne ? -,
Choisissant entre enfant, goule et Magna Mater
Le rôle qui lui tient le plus à coeur, l'incarne...
4.
Amour, drogue et alcool. Dernière nuit à Mol.
Nos cernes mauves cernent aussi nos paroles
Ressemblant à la mort embellie d'auréoles
Et à cette nuit sombre comme nos paroles.
Courte sur pattes, la nuit : les échos s'enfuient.
Le passé redoré sur la feuille noircie ?
Au milieu de ce noir, quelque chose qui luit ?
Le présent ! Qui est une succession de bruits !
C'est étrange (triste ?), ces souvenirs, Johanne.
« Tout - Rien. » Je n'avais pas compris - j'étais un âne,
Même pas un ado. Un attardé mental...
Les souvenirs... Fruits à portée de main... (Tantale...)
J'ai eu beau, somnambule et conscient à la fois,
Choir de haut (je glissais des écailles des toits...),
Dans le reflet juste avant aperçu, crois-moi :
C'était toi. - Tout pour toi : ces mots à l'éclat froid
Que seul, et seul dans un lointain futur, j'ânonne.
Nos cernes ? feuilles putréfiées (c'est l'automne,
Dans une ville - pas la tienne - minuit sonne,
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne).
5.
Les paupières, feuilles d'artichaut, se décollent
Des visages bouffis par la drogue et l'alcool.
La nuit crève ses pustules dans nos paroles
(« Pas de quoi attraper la petite vérole ! »).
Avant ça, sur la route sans fin et sinu-
Euse comme nos paroles. Toi : « Je m'endors »
(Les anophèles pourchassaient les parties les plus
Dodues, fraîches, blanches ou rouges de ton corps -
Tes quatre joues (deux sous la jupe), tes mollets,
Tes cuisses, tes épaules, tes avant-bras, ta
Nuque, ton cou, tes genoux). « Autos, feux follets,
Lune, lucioles, étoiles, je m'éteins : la
Nuit pétille à nouveau de vos yeux qu'affaiblissent
Les miens quand je veille ; mon visage se ferme
Mais le sourire me monte aux lèvres (ils crissent...
Les pneus ; les feux ?... ils sont vaseux ; la lune germe
En fleur de sang ; les vers luisants... s'en vont ; des veines
Relient les étoiles entre elles). » On s'étonne
Que depuis mes yeux aient une lueur malsaine,
Que ma vie PAR MES YEUX maintenant s'empoisonne !
6.
Et tes yeux, bon, j'oublie... (Les opticiens Atoll !)
J'ai dû les dessiner dans mes cahiers d'école :
Vivants, je crois, presque effrayants, d'un gris de Mol
Comme les toits mouillés comme tes lèvres molles.
Cahiers d'enfant plus enfant. Des heures penché
Dessus. Croquis. Aussi, premières voluptés,
Les feuilles collent sous l'action de Popaul, et...
(Mince alors, c'est de larmes qu'il fallait parler !)
Aussi brillants (pâles ?), moins morts que des étoiles,
Tes yeux, passant de je ne sais plus où ni quand
Dans mon souvenir, entre les trous d'un voile
Noir (métaphore facile) - Ça fait cinq ans,
C'était à Mol, et dans ma cervelle-emmental
(A l'utilité strictement ornementale)
Qui trompe énormément, résonne (c'est usant)
Cette chanson : « Un éléphant sodomisant... »
... Reptation sous la peau, quelque chose qui vibre,
Ton oeil, muscle se contractant fibre par fibre...
Ote-toi de mon soleil, il fait froid, je rentre
En moi ! - Moi ?... Ton oeil en gestation dans mon ventre...
7.
La mémm... ? - La Mémoire. Au milieu de tout ce brol
Un peu rock'n'roll, volé (vieilles casseroles...),
Un miroir poussiéreux. Ton image s'y colle :
Un passage vers l'autre monde, à la Carroll ?
Ce puzzle (la re-mé-moi... ?) laisse perplexe : « Heu...
- Un jeu d'enfant, porte qui s'ouvre en frappant
Trois coups secs, puis trois longs, puis deux autres secs. » Ce
Morceau manquant du miroir, c'est une dent
Arrachée violemment (par un fil accroché
A ton sourire d’un côté, à la poignée
De la porte susdite de l’autre), un trou noir
Que tu dois garnir d’une dent en or, pour voir,
Le jour où tu mourras sur le champ de bataille,
Les vautours humains te fouiller la bouche, envieux
De tes yeux cousus d'or aussi. Et c'est curieux
(Après la pointe des baïonnettes) qu'ils m'aillent
Si bien : mes uræi dressés, je me promène
En ville (j'ai comme le regard de travers :
Les rues ouvrent leurs fausses portes, trous obscènes,
Edentés ; les fantômes filtrent au travers).
8.
L'amour... Berk ! Je me sens tout drôle, comme un troll
Ou un gros crapaud gobant les mouches au vol,
Ma gorge est froide, mon coeur sec, ma bitte molle.
Si ce n'était que ça... Je me sens un peu folle.
Mon coeur, disais-je, sec, oui, mais comme un soleil !
Mais un soleil comme un fruit sec. - Une peau vieille
(Jaune tachetée de noir)... Les veines éclatent :
Un sang pâteux éclabousse le miroir mat.
L'ocre des grottes a des images magiques,
De celle cynégétique, mais moins phalliques
Et vulvaires que mes rêves. La meute en vrac :
Mes chiens. La chasse : la mienne - Paranoïaque.
Je suis seul ? ... suis seul ? J'ose ? Je montre le pire
(Je ne te parle plus, je n'ai rien à te dire.
Si je suis amoureux, c'est de ton souvenir) :
Mes crocs baveux dans une sorte de sourire.
Un loup blanc parle - moi ? « Je suis la fée Morgane. »
(De toi ?) Plutôt Moravagine. Da ! L'organe,
L'autre, s'étendra jusqu'une ampleur insane.
Les orbites d'un crâne. - Mon amour se fane.
___« L'art du sculpteur est révélé surtout par le traitement de la tête, à laquelle les yeux incrustés d'albâtre, de cristal de roche et de pierre noire donnent vie. »
___« La tête a été martelée à la retreinte, puis ciselée dans une seule feuille de métal, à l'exception du bec qui a du être rapporté et très habilement soudé, l'or ne pouvant pas se déformer indéfiniment. Les yeux ne sont pas, comme on pourrait le croire, deux pierres enchâssées dans l'or, mais il sont formés par un bâtonnet d'obsidienne, poli aux deux extrémités, qui traverse la tête et suggère avec une vérité étonnante le regard fascinant d'un rapace vivant. »
___« Quelle ne fut pas ma stupéfaction de me trouver en présence de deux têtes admirablement modelées, dont les yeux, éclairés par la lumière que je tenais, avaient le regard si animé qu'il inquiétait réellement. Une enveloppe de bronze, représentant les paupières, enchâsse le globe formé d'un fragment de quartz blanc adroitement veiné de rose, au centre duquel un morceau de cristal de roche, à la surface un peu bombée, représente la prunelle. Sous ce cristal est fixé un clou brillant qui détermine le point visuel et produit ce rayonnement faisant croire à la persistance de la vie. Je m'expliquai parfaitement alors l'épouvante de mon casseur de pierres. Je plongeai les regards et j'éprouvai une immense satisfaction en constatant que ces têtes appartenaient à deux statues, en calcaire peint, presque de grandeur naturelle, et que le tout était intact. »
(Ces passages sont tirés de "L'Egypte des Pharaons" au Musée du Caire, livre de la collection qui était là à l'époque où j'ai visité ce musée.)
(Mol : petite ville flamande comme beaucoup d'autres villes flamandes.
"Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne" : Apollinaire, Les colchiques...
... Empoissonner semble exister, si j'avais su...)
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Je voudrais que tu pleures
Pour que ces lumières se brisent en mille et une
Eclaboussures (prismes tranchants, fils d'étoiles,
Subtils échos, petits cristaux, morceaux de lune)
Au soleil dans mon coeur : je ronge un os à moelle.
j'aime !
Je me perdais en homélies sur le réel),
Tu as dis : « Sors le parapluie, la lune saigne,
Elle perd son sang goutte à goutte. » Et dans le ciel
J'ai vu ce sang - Depuis lors, les étoiles baignent
Dans ce sang -
ça devient plat à cause de toutes ces répété, dommage !
Et tes yeux, bon, j'oublie... (Les opticiens Atoll !)
j'aime pas du tout la référence, enfin, jsais pas, jtrouve le décalage pô terrible terrible
C'est dense !
Je suis assez mitigée. Je trouve que y a du bon, y a du rythme, des images, du lexique, une vraie recherche, pas mal de choses m'interpellent et me plaisent (aussi bien dans le fond que dans la forme) mais je trouve que ça manque d'unité. Autant des passages sont plutôt réussis et me paraissent justes et pesés, autant d'autres, j'ai plus l'impression d'avoir à faire à de l'écriture automatique, à un texte sorti d'un jet sans aucun retravail et je trouve ça un peu dommage parce que ça donne une impression de fouillis, de truc entre deux chaises en fait. Je sais pas combien de temps t'as passé dessus mais je trouve ça dommage de pas maîtriser la bête jusqu'au bout.
Quoi qu'il en soit, j'aime bien dans l'ensemble ce que tu fais !
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Salut,
j'allais te répondre point par point.
...
Et puis j'ai relu ta première citation, et me suis rendu compte que
Pour que ces lumières se brisent en mille et une
avait 13 syllabes.
Pour répondre à au moins une de tes remarques : oui, il y a du travail (du temps passé sur cette poésie). Mais jamais assez. Tu me le prouves.
Je m'en va zéditer avec ce que je peux, plus d'autres changements dans la ponctuation.
Pour les opticiens Atoll, d'accord, seulement ça fait partie de ces trucs difficiles à changer après coup, tellement je me suis habitué à cette feinte en passant, à ce prosaïsme qui dans un sens est fait pour casser une patte à un canard.
Juste une dernière petite note : le début de la poésie est écrit un mois après ce flirt (marquant) de mes dix-sept ans, le reste à vingt-cinq (retour sur l'amour et le temps qui passe), et j'en ai maintenant trente.
Edit : enfin... zéditerai une autre fois.