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Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: berges le 08 Mars 2013 à 09:32:08

Titre: Les Psaumes du Vent
Posté par: berges le 08 Mars 2013 à 09:32:08
Hello,
Je vous soumets un texte qui date un peu (encore un  :-[) Il est un peu long pour entrer ici mais c'est plus un long poéme scindé qu'un texte court ou autre... et puis à la base je l'avais mis en musique.
Bonne lecture.

Les Psaumes du vent

Nous ne pouvons plus reculer
Nous ne pouvons qu’avancer
Car nous avons délaissé
Celui qui était notre allié
Celui qui pouvait nous porter
Celui qui pouvait nous rattraper

 
Psaume 1 : Le constat

Entends-tu ce pas lourd ?
Nous sommes devenus sourds…
Entends-tu ce souffle léger ?
Nous sommes devenus sourds…
Entends-tu ce râle meurtri ?
Nous sommes devenus sourds…


En avant Camarade, avance ou je te poignarde
M’entends-tu ?
Tu es devenu sourd
Tu es devenu sourd
Tu m’entends
Tu es devenu sourd
 

Psaume 2 : Qui suis je?

Je ne m’appartiens plus, je ne t’appartiens plus, Je ne suis plus qu’à lui.
Cet autre moi, cet autre écho
Cet être moi, cet autre ego
Alter moi, altéré ego
Qui me ressemble, Qui me rassemble
Qui me ressemble, Qui n’est autre que moi
En plus beau ou en plus misérable
Je ne m’appartiens plus
Je ne m’appartiens plus
Je ne m’appartiens…

Nous sommes devenus sourds

Je ne m’appartiens que si je m’oublie
Je ne m’appartiens que si je me fonds dans la masse
Je ne m’appartiens que si je participe à ce cœur vibrant de mille éclairs

Fugaces
Clairs
Blanc
Je…
 

Psaume 3 : Cultures

Des milliards d’un fondus en un tout multiple à l’infini
D’un extrême microscopique à l’autre macroscopique
Tout est standardisé

L’exception est formatée et remplie des formulaires de renseignement. Si vous êtes exceptionnel, referez vous à l’alinéa 272 b2 du paragraphe postérieur et veuillez vous conformer au cadre légal régissant les cas d’exception visant à les faire rentrer dans la troupe.

Troupeau
Troubadour
Saltimbanques
De données

M’entend-tu ?
Nous nous sommes rendu sourd

La parole s’abîme, le silence dort
La culture sèche sur pied

Le grand agriculteur fauche le foin de la création et le répand, stérile.
Si tout le monde crée que nous restera-il, à nous, créateur innovant de création de besoins immédiats, immédiatement comblé de vide.

Néant
Le vent…
Le vent souffle.
 

Psaume 4 : L'amer

Et nous avons vogué sur des mers de silence gêné. Assourdis par le vacarme du sac et du ressac de ces vagues figées, nous nous éloignons sur un océan amer

Iodé.

Oxydé de nos désillusions.

Qu’un illustre magicien inconnu illustre de ses tours, les fait disparaître.
Nous les fait douloureusement revoir par moment.
Nous les fait sentir quelques instants.
Il nous efface devant le faste de cet élément naturellement liquide, le feu de la vie qui glisse et ne nous rend pas indemne à cet autre :la terre, berceau de la vie, tombeau de nos vices.
Qui souffre et qui pleure des malheurs qu’elle nous inflige à cause des maux que nous lui causons.

Elle n’aime pas nous meurtrir, elle n’aime pas nos souillures.

M’entends-tu…

Le rouleau compresseur appui, écrase la terre alourdie de nos excréments épandus à la tonne.

Psaume 5 : En nos forêts

Maintenant que nous nous sommes alanguis, allongés, allons-y puisque notre jour de gloire est arrivé et qu’il nous faut céder la place et la parole à quelques haut-parleurs qui débitent à plein poumon et à plein tube cathodique la bonne parole marchandisée, la télé virtuellement réalité.

Alors, promenons-nous sous les cimes bétonnées de nos citadines forêt, ou de nos sylvestres cités, et regardons cet enfant
Qui passe
Qui joue
Qui ri
Qui s’oubli
Et continuons plus loin pour nous assurer que nous ne rêvons pas.

Non, cet enfant n’est qu’un mirage holographique qui se perd au fond de nos mémoires.

C’était moi.
C’était toi.
Ce ne sera pas nos enfants.

Alors, promenons-nous, enlacés, sous des cimes étoilées et tentons de préserver la persistance rétinienne de ces arbres séculaires dont les feuilles, déjà ocres, sont nos sursis.

Entends-tu ce que je dis ?

Tu es devenu sourd ?

Tu ignores l’appel ?

Tu ignores l’appel !


 Psaume 6 : Le souffle

On ne peut pas retenir son dernier souffle.
On ne peut que se souvenir de l’esprit qui s’essouffle
Qui a combattu mais qui ne peut plus,
Qui n’en peut plus.

Et j’ai senti le vent murmurer à mon oreille,
Au sortir de la torpeur, à l’éveille,
Qu’il n’était pas déjà trop tard
Si nous n’étions pas déjà au soir.

Le souffle, Éole, dans mes cheveux
Révèle enfin mes vœux.
J’ai tout entendu,
Je n’ai rien entretenu.

Et le souvenir s’envole dans la brise.
Et la mémoire se brise sur l’arbre du temps.
Aussi vive que soit la brise, elle fout le camp,
S’étiole, s’apaise et se retrouve assise.

L’on perd la mémoire sous quelques papiers,
On oublie les corps décharnés,
Longeant les tristes allées
Entre les tombes enherbées.


Psaume 7 : La mère

Tu te retrouve en elle, elle se retrouve en toi, tu te retrouve en elle, elle se reconnaît en moi.

Elle ne voit plus que ça.
Toi.
Elle ne te voit plus que là.
Toi.
Elle se ressent encore mieux si tu lui dis. Elle prend conscience de l’absurde de l’instant.

La machine s’ébranle.
Courbe l’échine.
Posté

La machine s’ébranle et courbe l’échine et se poste, est pliée, ais meurtri.
Il lui manque le souffle, la promesse de l’air qui flotte libre dans l’éther et attend.

Encore
Encore
Encore

Elle se ressent encore mieux si tu lui dis qu’elle existe. Elle prend conscience de l’absurde de cet instant, précieux, semblant, semblent précieux, faisant précieux, faisant semblant.

Elle se sent encore là quand il souffle dans ses cheveux alors qu’elle, allongée, attend le souffle, ton souffle qui râle, attend que tu la fasses se sentire vivante.

Elle se ressent encore mieux si tu ne lui dis rien.
Elle le sent en elle, le souffle

Elle le sent en elle, la vie.
Elle le sait en elle.

 
Psaume 8 : Gallia

Je suis allé d’occident en orient ; des régions australes à celles septentrionales, et j’ai vu.

Des déserts blancs
Et sables
Des forêts blasées,
Des zones inhospitalières encombrées.

M’entends-tu ?
Nous nous sommes rendus sourd.

M’entends-tu ?
Nous nous sommes rendus sourd.

M’entends-tu ?
Nous nous sommes rendus sourd.

M’entends-tu ?
Nous nous sommes rendus sourd.

L’orient fait des yeux doux à l’occident mais lui envois des fragments d’enfer.

L’occident riposte.

Le sud ne s’en remet pas.

Le Nord s’épuise en excuse dans un souffle, celui que l’on rend.

Je suis allé d’occident en orient, des régions australes aux septentrionales et j’ai vu.

Des cactus hérissés.
Des magnolias en fleurs.
Des jasmins enivrants.
Curcumas bleus.
 

Psaume 9 : Les rois

Les rois de la terre se sont déchus, se sont retournés contre le serpent créateur de leur mythologie. Ont essayé de se hisser au niveau des dieux, des olympes, des nirvanas avec un échafaudage de plan sans aplomb, se sont dressés jusqu’à la cime des arbres mais sont tombés et ne se relèvent pas.

Ils ont perdu la foi.
Ils n’ont plus foi qu’en eux, mais ne s’estiment plus.
Ils ont perdu la foi
Ils restent au sol.

M’entendez-vous ?
Ils sont devenus sourds.

M’entendez-vous ?
Ils sont devenus sourds.

L’un se redressera et regardera la terre nue, il sentira le soleil ardent, il entendra le souffle et lui dira qu’il regrette.
Lui dira qu’il projette.

Il voudra se lever et le souffle le portera, le protègera des morsures des insectes et lui dira :

Va !
Va !
Va !

Va et questionne-moi.
Va et réfléchis-moi, lumière

Lumière.
 

Psaume 10 : Aubes

Et l’être né.
Et l’être est.

Je ne suis plus une complainte, comblé que je suis de tant de bonheur mais je ressens, plus sourde encore, la douleur de la colère froide et de la peur brûlante de ce que nous allons laisser.

Laisser.
Laisser.
Lasser.
Blesser.

Et on adore et on endort ma conscience à grand renfort de pop et de star et de vie publique.

Mais on va se réveiller.

Réveille !

Moi/d’accord/qui est ce/que/laisse/je vais/oui mais/arrête/danse/petite fille/je…

Suis-je né ?
Suis-je nié ?

Mais l’être né.
Mais l’être est.

Et pour un instant, un instant seulement, j’oublis le bruit et je me réfugie chez sa mère…

Je vogue.
Je dérive.

Je plane et je survole les étendus limpides sur les ailles du vent du soir levant.

Mais je me réveille.
 

Anamnèse

Nous ne pouvons plus reculer
Nous ne pouvons qu’avancer
Car nous avons délaissé
Celui qui était notre allié
Celui qui pouvait nous porter
Celui qui pouvait nous rattraper
Titre: Re : Les Psaumes du Vent
Posté par: ernya le 25 Mars 2013 à 18:26:01
C'est fou le nombre de poèmes qui ont été postés ces dernières semaines et qui sont passés à la trappe !
Bref.


J'aime pas du tout les deux premiers, la rime unique, je trouve que ça rend pas, enfin c'est pauvre quoi. C'est dommage parce que ça peut en rebuter plus d'un, je pense, alors que la suite en jette pas mal ! J'ai un peu la flemme, j'avoue, de rentrer dans le détail mais j'ai beaucoup aimé psaume 2, et de 4 à 8, après un peu moins, la répétition de "nous sommes devenus sourds" me semble un peu saoulante au bout d'un moment mais pour le reste, j'ai vraiment bien aimé ! J'y reviendrai, je crois.  ;)
Titre: Re : Les Psaumes du Vent
Posté par: HB le 31 Mars 2013 à 20:43:43
Salut berges,
pas le temps ce soir alors je relirai ça demain.
(Post-it.)
Titre: Re : Les Psaumes du Vent
Posté par: HB le 01 Avril 2013 à 16:46:58
Re,
je me rappelle pourquoi je n'avais pas commenté lors de ma première lecture, il y a deux semaines. Le lecteur a de quoi se sentir proche de ce qui est écrit, et pourtant, c'est très dur, ici, de donner son avis, de resserrer sa pensée en une ou deux phrases conformes.
Ce que je viens de dire peut être traduit par : j'ai peur de dire des conneries, mais, en même temps, n'est-ce pas toi qui as écrit des conneries quand tu avais 18-20 ans ?
Pour en venir à un semblant de factuel : il y a quelques passages où le "je"-"tu" devient fatigant.
Non, j'en sais rien.
Faudrait un minimum d'explications.
++