La Mort du roi Tsongor est le second livre de Laurent Gaudé (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,5146.msg87613.html#msg87613). Publié en 2002, il a remporté le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix des Libraires.
(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fimg534.imageshack.us%2Fimg534%2F849%2Flamortduroitsongor.jpg&hash=ccb67635338864bb68ca7e2b03970b438a1fa71c)
Quatrième de couverture :
Dans une antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint ; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce qui fut le vénéré - et aussi le haïssable - roi Tsongor.
Mon avis :
Je m'étais dit, par principe, que ce livre allait être détestable. Voyez, ma prof de français avait décidé de nous le faire lire au cours de l'année de première, et même si j'adorais cette prof, il y avait un bon moment que j'avais arrêté mes idées sur les livres lus au collège/lycée. Mais il fallait le lire, et donc, je l'ai lu.
Et là, j'ai une une grosse surprise. Sale coup pour l'égo s'il en est.
Parce que La mort du roi Tsongor, c'est un livre magnifique. Une pleïade de personnages poignants qui défile, une histoire magnifique, ou plutôt des histoires magnifiques. Parce que ce ne sont pas que des histoires de roi mort, de guerre stupide et de fils sacrifié sur l'autel de l'honneur. C'est un histoire d'amour, de fratrie, de vengeance et de douleur. Ce bouquin est fait de sang. Il pose des questions dérangeantes, sans tout à fait y répondre, quelles promesses dois-je tenir ? Quelle enfance dois-je honorer ? Où est mon honneur, où est mon Orgueil ? Puis-je tout pardonner ? Puis-je aimer ce que j'ai abhoré de toute mon âme ? Qu'est-ce que le sacrifice ? Où sont les limites de ce que je peux faire par loyauté, par amour ? Puis-je changer ?
Et puis, je sais que je peux donner l'impression de me répeter, mais... Il est bourré de belles images et de poésie ce livre. Il est merveilleux. Il fait grandir. Il. Faut. Le. Lire.
Un petit extrait pour donner l'envie ...
Le roi Tsongor se tut à nouveau. Katabolonga avait fini son oeuvre. Le corps du roi mort était maintenant humide et hors de danger. C'est alors que Katabolonga entendit Tsongor parler à nouveau. Mais sa voix était lointaine. Il dut se pencher sur le visage du mort pour entendre ce qu'il murmurait.
"Ca y est, dit Tsongor, ça y est, je les vois. Ils arrivent. Ils sont là. Les premiers brûlés de Massaba. Des femmes. Des enfants. Des familles entières au visage calciné. Ce sont les miens. Je les reocnnais. Le feu les a tués. Ils ont la peau ravagée et le regard éteint. Je suis le roi d'un peuple incendié, Katabolonga. Est-ce que tu les vois comme moi ? Tu t'es trompé, Katabolonga. Ce n'est pas sur moi qu'il faut appliquer tes bandelettes. Ce n'est pas ma peau qui a besoin d'être étanchée. C'est celle des brûlés de Massaba. Ce sont eux que tu dois caresser. Est-ce que tu les vois ? Je n'ai rien. Vous voyez ? Je n'ai rien à vous offrir. Mais je pleure sur vous. Les brûlés de Massaba. Et je pose délicatement chacune de mes larmes sur vos corps suppliciés en espérant qu'elles pourront vous soulager."
La voix de Tsongor se perdit. Katabolonga se releva. Il vit alors que le cadavre du roi pleurait. De grosses larmes d'eau pour soulager la peau des brûlés. Tandis qu'au dehors la ville continuait de se tordre dans les flammes.
Mon seul souvenir de lecture de Laurent Gaudé date pas mal, c'était Ouragan à sa sortie, et c'était bien. Malgré ce souvenir en haillons, je pense pouvoir dire que Tsongor est un bouquin très différent ; le ton, le style, tout change. C'est comme vous avez dit en fait. J'ai senti des relectures de plein de choses, sans avoir particulièrement envie de me creuser la tête pour mettre le doigt dessus d'ailleurs ; mais forcément un peu d'Iliade et un peu de Salammbô.
Tout au long de la lecture se sont glissées de longs panoramas de film d'animation, j'avais l'impression que ça se passait chez Azur et Asmar.
C'est intéressant la superposition des cultures que fait Gaudé. Mon idée principale, c'était d'imaginer ça en Afrique désertique, écartelé entre la référence à Carthage et les éléments tirés de la Corne de l'Afrique (Massaba me semblait érythréenne, et il y avait les mâcheurs de khat). A côté de ça, la jeunesse de Tsongor a de furieux échos des campagnes asiatiques d'Alexandre.
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Comme toi Anlor, ce que je vais surement retenir de ce livre, c'est d'abord un certain nombre de tableaux :
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Enfin c'était un très bon moment de lecture. (Merci Grimm ! je te rends le livre au meeting...)