Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de lecture => Romans, nouvelles => Discussion démarrée par: Doctor Grimm le 24 Février 2013 à 23:08:41

Titre: La Porte des Enfers (Laurent Gaudé)
Posté par: Doctor Grimm le 24 Février 2013 à 23:08:41

La Porte des Enfers est le cinquième roman de Laurent Gaudé (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,5146.msg87613.html#msg87613). Il a été publié par Actes Sud en 2008.


(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fimg13.imageshack.us%2Fimg13%2F7920%2Flaportedesenferslaurent.jpg&hash=7469a9f6b1f27c1ab53d9991b5030ad63b92c11d)

 
Quatrième de Couverture :

Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être : son petit garçon est mort. Nuit après nuit, au bord de son taxi vide, il s'enfonce dans la solitude et pacourt au hasard les rues de la ville. Un soir, dans un minuscule café, il fait la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolonne, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre... 



Mon avis :

Un livre magnifique. Comme tout roman de Gaudé qui se respecte, il est plein de poésie, de soufrance et de réalisme. Réalisme dans Matteo, dans Giuliana et leur amour qui meurt, réalisme dans la Naples dépeinte, dans les tribulations du curé Mazerotti. Poétique dans toutes ces belles images, les petits papiers de la mère endeuillée, la porte, le passage en enfer, et cette fin. Cette fin magnifique.
C'est un roman qui fait pleurer. C'est un roman qui vous serre la gorge au début, très très fort, et qui vous prend et vous porte en un seul souffle de pages en pages. C'est l'histoire d'un père qui perd son enfant, d'une mère qui sombre dans la folie, une histoire d'amitiés forgées dans la souffrance, d'entraide, de sacrifice, de promesse et de Mort.
Sans compter que l'écriture de Laurent Gaudé est magnifique, que ses dédicaces valent à elles seules le détour, que l'édition Babel est a couper le souffle... Bon sang, lisez-le. Ne serait-ce que pour le titre des chapitres, lisez-le.


Un extrait pour donner l'envie ...

Dès lors, elle ne fit plus que cela. Elle allait et venait partout. Dès qu'elle passait devant une église, elle écrivait sur un petit bout de papier, le roulait en boule etle glissait dans une cavité ou entre deux pierres. Elle demandait toujours la même chose aux façades des églises. Que son fils lui soit rendu. Que le jour de son retour soit proche. Que tout soit annulé, le sang, le deuil. Ces ex-voto se multiplièrent, jour après jour. C'étaient des dizaines et des dizaines de petites boules de papier qui répétaient inlassablement la même plainte. "J'attends mon fils." Naples ne disait rien. Les façades restaient muettes. Parfois, le vent faisait tomber un petit message. Parfois, les enfants du quartier en décrochaient un et le lisaient en riant. Mais, la plupart du temps, ils restaient à moitié dissimulés dans la pierre, comme des petits oeufs de douleur, des suppliques cachées.
Giuliana continuait. Sans cesse. Partout où elle allait. Les mots se multipliaient "J'attends mon fils." Elle roulait en boule le message et le glissait à San Gregorio Armeno. "Que Pippo me soit rendu ou que le monde brûle." Santa Maria Donnalbina. "Ne faites pas de moi la mère d'un mort." San Giorgio Maggiore. "Je vous maudit si mon fils ne revient pas." Chiesa Madre. Les mots dans chaque trous de façade. Pour que tout Naples ait le même nom sur le bout des lèvres. Pippo. Pippo. Pippo.