Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => Salle de lecture => Théâtre et poésie => Discussion démarrée par: soline le 21 Février 2013 à 08:36:10
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Cité par Christiane Taubira à l'assemblée la semaine dernière, un merveilleux poème de Machado, poete espagnol.
Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C'est les traces
de tes pas
C'est tout ; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer
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Champs de Castille, Gallimard, 1973 ;)
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Merci. Je me demandais s'il ecrivait en francais? sinon, le traducteur aussi est un sacre poete!
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Merci. Je me demandais s'il ecrivait en francais? sinon, le traducteur aussi est un sacre poete!
J'étais en train de me dire la même chose. ^^
Très joli poème, comme quoi, on n'a pas forcément besoin d'en faire des tas.
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Traduire Lorca est bien plus difficile. C'est beaucoup plus intense en langue espagnole, que dans certaines traductions françaises. D'ailleurs pour découvrir la poésie espagnole en général, il y a une anthologie bilingue dans la Pléïade. Mon livre de chevet, je ne m'en lasse pas.
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t'as la version espagnole ?
en français, ça me laisse indifférente.
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et l'intégrale des champs de Castille en espagnol
http://es.wikisource.org/wiki/Campos_de_Castilla
Et un listage pointant sur ses plus beaux textes:
http://www.poemas-del-alma.com/antonio-machado.htm
Je les ai rapidement survolés, mais je ne l'ai pas vu de prime abord. Mais "Champs de Castille" version française, ce n'est pas que champs de Castille, il y a aussi deux autres séries.
Mais tu trouveras certainement d'autres textes de Machado en français que tu pourras traduire.
Le texte est en principe le XLIV de la version espagnole des champs de Castille, mais curieusement, c'est l'un des derniers de la série et il ne figure pas dans la liste ...
une page où il est question de la traduction de ce texte:
http://escaminando.blogspot.fr/2009/11/caminante-no-hay-camino.html
selon cette page il s'agirait du chant 29
Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar.
Al andar se hace camino,
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
Caminante, no hay camino,
sino estelas en la mar.
Tu observeras la différence de longueur. Par contre, et pour avoir lu quelques extraits des originaux, il apparait bien que le texte serait tronqué en espagnol, puisqu'il est possible de trouver des morceaux dans d'autres chants de la série.
par exemple, le XLIV trouvé ici:
http://www.eroj.org/angulo/machado.htm
ne comporte que quatre lignes:
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre la mar.
et il est bien question de chemins (caminos) et non d'étoiles (probablement mal traduit par estelas) dans la mer
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ah bah tout de suite, ça sonne mieux !
J'ai dû faire un extrait en cours :\?
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La différence est encore plus flagrante avec les textes de Lorca, particulièrement dans le Romancéro Gitano ... Ce que tu ressens en lisant la version espagnole est inimaginable au regard des image que tu peux te faire avec la version française.
Probablement des racines, phonétiquement parlant, plus authentiques, par rapport à notre inconcient collectif latin ...
Un sujet d'étude intéressant, non ?
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C'est le cas avec toute poésie, j'ai envie de dire. Vu que la poésie (qu'elle soit versifiée ou pas) joue vachement et sur le sens et sur les sonorités mêmes des mots, on perd forcément à la traduction.
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J’ai connu beaucoup de chemins,
j’ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans
et accosté à cent rivages.
Partout j’ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l’ombre noire
et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.
Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…
Et partout j’ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.
Arrivent-ils quelque part,
jamais ils ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d’une vieille mule ;
ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c’est jour de fête.
S’il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l’eau fraîche.
Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d’autres
reposent sous la terre.
Extrait de Solitudes,
traduction Sylvie Léger et Bernard Sesé (Poésie Gallimard)
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Très beau texte!
Mais ça doit être plus sympa en espagnol, non?
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absolument ! :coeur: :coeur:
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Waouh c'est très beau. Je suis assez touché par le côté cyclique du premier poème, encombré d'apostrophes sur lesquelles la parole multiplie sa puissance, ça me fait un petit effet...
J'ai hâte de revenir d'une librairie d'occase pour poster armé de lui un ou deux autres passages !