C'est encore un premier jet, j'ai eu la flemme de le retravailler avant de le poster :-¬? Même si en fait, j'ai mis du temps à l'écrire. Bon et puis le titre est un peu nase, non?
Bonne lecture!
Les cinq-cents étudiants de l’amphithéâtre se levèrent presque comme un seul homme et se dirigèrent vers la sortie dans un brouhaha de conversations diverses. Masha n’échappa pas à ce mouvement de foule, bien qu’elle restât silencieuse derrière ses deux camarades – ses deux amis, occupés à débattre des qualités oratoires de leur professeur. Elle ne prononça pas un mot jusqu’à ce qu’ils sortent de la fac, ses pensées toutes tournées vers la soirée qui l’attendait. Yann et Aurélie se tournèrent vers elle :
« Tu viens à la soirée chez Marie ?
- Oui, murmura la jeune femme. Pas longtemps, mais je viendrai. »
Deux sourires lui répondirent, satisfaits. Sans doute qu’ils l’étaient vraiment, Masha avait toujours trouvé une amitié sincère chez le jeune couple. Des oreilles, aussi. Elle savait qu’elle pouvait leur parler, ensemble ou séparément et ils s’étaient toujours montrés disponibles pour elle quand elle en avait eu besoin. Pourtant, il y avait des choses qu’elle ne pouvait pas leur dire. Elle n’osait pas ; comment pourraient-ils comprendre et – surtout – l’accepter ?
« Masha ? Ca va ? »
Masha se secoua et reprit contact avec la réalité. Aurélie la regardait, un léger sourire sur les lèvres.
« Tu as l’air fatiguée, tu ferais mieux de faire une sieste avant de sortir. »
Masha opina du chef, encore un peu perdue dans son esprit. Alors, tristement, elle salua ses amis et partit en direction de son petit appartement du septième arrondissement. Aurélie et Yann la regardèrent partir, un peu inquiets même s’ils avaient l’habitude de ces moments d’absence de leur amie.
Les rues étaient bruyantes. Des enfants sortaient par flots des écoles de quartier, allaient se jeter dans les bras de leurs parents fatigués qui, eux aussi, attendaient les vacances et les quelques jours de congé qu’ils avaient pu prendre. Trois, quatre fois vingt-quatre heures à passer en famille. Rien de susceptible à attendrir ou perturber Masha qui marchait toujours, tête droite, le regard porté sur la rue qui déroulait son cours jusqu’aux quais du Rhône baignés du soleil froid de l’hiver. Au moment de traverser, elle leva la main pour remercier le conducteur qui l’avait laissée passer et, quelques minutes plus tard, elle était chez elle, au quatrième étage d’un immeuble un peu miteux. Masha se jeta sur son lit et s’endormit rapidement.
Les chiffres rouges du radioréveil indiquaient 19h30 quand Masha rouvrit les yeux, reposée. Elle se leva et entra dans la douche. L’eau brûlante acheva de la réveiller et bientôt deux-cents grammes de pâtes cuisaient dans une casserole. Puis elle se prépara, mis quelques vêtements dans un sac et, enfin, sortit dans la froide nuit lyonnaise. Quelques kilomètres sous terre, puis elle sonnait à l’interphone d’un autre immeuble, montait quelques marches et entrait dans l’ambiance surchauffée d’une soirée étudiante. La musique et les conversations d’une quinzaine de jeunes gens produisaient un bruit étouffant, trop fort pour Masha. Mais maintenant qu’elle était là, elle allait essayer de profiter – être, encore un temps, étudiante avant de devenir, d’un coup, bien plus adulte.
« Hé ! Salut Masha ! »
Marie venait de repérer la jeune femme et l’embrassait déjà – une bise sur chaque joue.
« Tu veux quelque chose à boire ? »
Sans attendre de réponse, Marie fourra une bière entre les mains de Masha avant de s’en retourner vers d’autres invités qui venaient d’arriver. Masha, elle, s’enfonça encore un peu dans la première pièce, attrapa quelques chips et put enfin rejoindre ses connaissances. Yann, notamment, entouré d’autres camarades de leur classe.
« Aurélie n’est pas là ? s’inquiéta-t-elle.
- Elle va arriver plus tard, elle devait manger avec ses parents. »
Masha hocha lentement la tête puis, avec un sourire un peu feint, salua les autres personnes. Elle les connaissait de vue mais ne leur avait jamais vraiment parlé, à peine un mot ou deux échangé en classe pour demander une feuille ou les dernières nouvelles du secrétariat. Sans participer, elle écouta alors la conversation qui allait de bon train. Le sujet en débat : les dernières propositions du maire de la ville. Rapidement, cela lassa Masha qui ne prêtait plus qu’une oreille distraite à ce qui se disait. Elle laissa vagabonder son regard, capta quelques mots échangés un peu fort, un juron lancé alors qu’un verre était renversé, croisa des yeux bruns fixés sur elle, détourna le regard. Qui tomba sur Aurélie, les joues rougies par le froid, l’air un peu fatigué. Masha se leva pour aller rejoindre son amie.
« Ca va, depuis tout à l’heure ? »
Masha répondit avec un sourire et suivit Aurélie qui, après s’être servi un généreux verre de vodka – pure, comme toujours – s’inclut d’elle-même dans un groupe. Elle avait toujours eu plus de facilités que Masha pour parler aux gens.
Vingt-deux heures, puis vingt-trois ; minuit enfin, Masha se leva, récupéra ses affaires et, la tête encore un peu occupée de l’alcool qu’elle avait ingurgité, sortit de l’appartement, non sans avoir salué Aurélie et Yann, désormais affalés l’un contre l’autre dans l’un des deux canapés.
« Tu pars déjà ? demanda Marie, plus par politesse qu’autre chose.
- Oui, je bosse… demain.
- Bonne soirée, alors. »
La porte se referma derrière Masha, désormais seule dans le couloir sombre ; elle n’avait pas encore allumé la lumière dont l’interrupteur brillait en face de ses yeux. Elle inspira un grand coup et retourna à la rue. La jeune femme marcha rapidement, repliée sur elle-même, pour atteindre la station de métro. Elle espérait réussir à avoir le dernier, celui qui l’emmènerait chez elle. Eviter une longue marche à pieds et les hommes qui, invariablement, traîneraient dans le coin et auraient des remarques à faire sur sa tenue, ses jambes ou ses cheveux. Masha entendit la rame arriver alors qu’elle descendait les escaliers de la station. Le métro s’arrêtait quand la carte passa sur le capteur. Il n’y avait presque personne sur le quai ; personne, non plus, pour descendre et Masha courut pour entrer, juste avant que les portes ne se referment.
Le tramway passa doucement devant l’université, lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement. Il tourna au bout de la rue et la nuit redevint silencieuse. Masha frissonna. Prévoyante après avoir déjà expérimenté la température extérieure plus tôt dans la soirée, elle s’était couverte. Mais le vent, impitoyable, ne lui laissait pas de répit. Et aucune voiture pour s’arrêter, mettre fin à ce calvaire. Au profit d’un autre. Mais, à ce moment précis, Masha voulait retrouver la chaleur d’une pièce, une chaleur humaine. La fête qu’elle avait quittée une heure auparavant lui manquait, malgré la musique et la présence d’un trop grand nombre de personnes. La jeune femme voulait avoir chaud. Et tant pis si, pour cela, un gros homme dégoûtant devait se pencher sur elle et satisfaire quelques plaisirs achetés comme des croissants le dimanche.
A cette pensée, Masha eut un haut-le-cœur. Les vapeurs de l’alcool ingéré un peu plus tôt remontèrent jusque dans sa bouche alors qu’elle était pliée en deux, ses longs cheveux de part et d’autre de son visage. Rien ne sortit et elle put finalement se redresser. Masha prit le temps de retrouver une expression sereine pour se retourner, pour faire de nouveau face à la rue et à l’université. Juste à temps : une voiture approchait. Le véhicule s’arrêta, un visage apparut derrière une vitre qui se baissait.
« Combien pour deux heures ? » demanda l’homme, sans la moindre trace de gêne.
Masha annonça son prix et une courte négociation s’engagea. Un instant passa ; Masha s’assit sur la place passager de la voiture qui redémarra en trombe alors que dans la rue un étudiant passait rapidement, un casque enfoncé sur la tête, apparemment insensible à la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux. Alors qu’il disparaissait dans la nuit, Masha l’avait déjà oublié. Les yeux dans le vague, elle ne vit pas la route empruntée par le client. Elle se préparait – elle avait besoin de se préparer pour supporter les deux heures qui allaient suivre.
Trop tôt – mais au moins, elle n’était pas à l’autre bout de la ville, on s’arrêta. La porte du conducteur s’ouvrit, puis la sienne. Masha se leva et suivit l’homme à l’intérieur de l’immeuble. L’ascenseur, un étage, deux, puis trois. Les clefs tournèrent dans la porte et ils furent à l’intérieur.
« L’argent », murmura Masha.
Les billets changèrent de main et l’horrible ballet commença.
Le vent s’était calmé quand, de nouveau, Masha se retrouva dans la rue. Le froid était toujours présent mais les bourrasques ne venaient plus geler ses doigts bleuis, ni s’incruster entre ses quelques couches de vêtements. Masha n’en tremblait pas moins et, d’un coup, elle décida de rentrer chez elle. Dormir, dormir un peu et oublier, l’espace de quelques heures, ce qu’il venait de se passer. Ses talons claquaient sur le pavé tandis que, non loin de là, un homme s’endormait, la main sur le ventre.
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