Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: EriG le 17 Février 2013 à 19:25:25

Titre: Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 17 Février 2013 à 19:25:25
Bonjour, je me suis engagé dans un projet qui risque effectivement d'être assez long, imbriquant même plusieurs histoires. J'en ai même mis une partie sur un blog, mais quelle aubaine de trouver un endroit où l'on peut m'aider à me corriger. La cible est jeune ; plutôt adolescente. Alors voilà, ça prendra le temps qu'il faudra, mais :


(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fimg11.hostingpics.net%2Fpics%2F738660couv.jpg&hash=f2b8870d8bd1668f2f807115bd451daa14b28faf)

Les Raves se racontent au Présent, chapitre 1 : Je rêve (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.0.html#msg132064)
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 2 : Je fuis (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.0.html#msg132575)
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 3 : Je fonds (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.0.html#msg132647)
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 4 : Charlotte (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.0.html#msg133049)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 1 : Sors de mon auge ! (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.0.html#msg133307)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 2 : Raconte ! (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.15.html#msg133541)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 3 : C'est les tornades qui passent ! (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.15.html#msg133589)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 4 : Viviane (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.15.html#msg133816)
Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 1 : Eveil (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.15.html#msg133837)
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 5 : Au fond du Rêve (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.15.html#msg134153)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 5 : Non ! Pas le Sorcier ! (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.30.html#msg134372)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 6 : J'ai dit pas le Sorcier !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 7 : Rembobinage (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.30.html#msg134412)
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 8 : Supergol
Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 2 : Bienvenue à la Nouvelle Remungol ! (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7802.30.html#msg134625)

Les Raves se racontent au Présent, chapitre 1 : Je rêve


« Dans la lande, un homme est assis sur un rocher, au bord d'un chemin. Il a la tête dans les mains. Une image disparaît dans sa mémoire. »

Pffff ! Nul et archi-nul !

« Mais... mais qui me parle ? »

Quoi ? Tu peux m'entendre ?

« Je deviens fou ! »

Non, tu n'es pas fou ! Disons que tu rêves. Sauf que, moi non plus je ne m'y attendais pas. Voyons voir...

« Mais alors, mais… t'es qui ? »

C’est vrai, tiens… Pfffff ! Rhaaah !
Voilà : je m'appelle Ewan. Je suis quelqu'un qui apparaît dans les rêves.

« Sans Blagues ! »

Je t'assure ! D'ailleurs je vais apparaître dans celui-ci.

« Non !!!! »

Si.

« Pourquoi je t'entends déjà ? »

Aucune idée.

« C'est peut-être lié au cauchemar ! »

Peut-être. Mais, désolé de t'avoir dérangé dans ton rêve !

« Oui, enfin, il a pas l'air de te plaire ! »

Si, non ! Mais… j'en sais rien, moi ! Il est à peine commencé. Seulement voilà : ton type assis sur une pierre...

« Ah, ouais ! C’était ça. Donc… au milieu de la lande... »

Attends !

« Quoi ? »

Freine ton élan !

« Désolé ! Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Le gars, assis avec sa tête dans les mains... pour des gens non-avertis, ça peut faire un peu gore. Dis-leur où sont tes mains, sinon, ils vont croire que ta tête est sur tes genoux. Je sais que tu sors d'un cauchemar, mais le gore, là, moi, j'essaie d'arrêter !
Et puis, écoute... un : tu va trop vite ; freine ! Deux : c’est toi qui le vis ; rêve-le de façon plus personnelle, s’il te plaît.

« Ah ! Merci ! »

A ton service ! Dix : efface l'image d'un type assis sur une pierre ; laisse revenir celle que j'y ai mise au départ. Onze : je ne suis plus là ; tu ne m'entends plus. A toi !

Attention...

Les raves se racontent au présent, chapitre 1 : Je rêve !

« Une barre chocolatée, posée en travers de boudins roses. Une bonne grosse barre de chocolat, pleine de caramel, bien appétissante... j’ai faim !
Elle s'estompe.

Lentement.

Une brise fraîche caresse le dos de mes mains. Elles sont pressées contre mon visage. Mes coudes appuient sur mes genoux. Je suis assis, apparemment dehors, sur quelque-chose d'aussi dur que de la pierre. Mes mains sentent la terre. Je relève la tête pour les regarder. Je les vois à peine ; il fait nuit ! Elles sont sales. Elles sont vides.
Pas de chocolat !

Je pousse un soupir de soulagement :

« Haaaaah ! Merci, mon Dieu ! C'est un rêve ! »

Je contemple encore mes mains. J'ai peur que le chocolat ne réapparaisse. Je veux que ce soit un rêve ; je sors à peine d'un cauchemar. Quelle horreur, mais alors... plus moyen de m'en souvenir. De toute façon, je ne veux pas le revivre.

Le ciel est plein d'étoiles.

Je suis au bord d'un sentier couvert de hautes herbes. Assis sur un rocher, les pieds dans une tranchée d’herbe couchée par les roues de nombreux véhicules. Amusé, je dis :

« C’est plus du tout à la mode, les roues ! Si ça se trouve, c’est la même vieille guimbarde qui est passée plein de fois ! » »

Mais… mais… A qui tu parles ?

« Ben, à toi ! Pourquoi ? »

Mais enfin, je te l’ai dit ! Je ne suis plus là !

« Ah ! Heu… désolé, je m’en souvenais plus. »

C’est pas grave. Excuse moi, je… j’ai pas l’habitude. Ecoute... Douze : Je suis là, mais je ne suis pas présent. Vingt : Si tu me parles, je ne te répondrai pas. Vingt-et-un : tu ne t’amuse pas, t’as peur ! A toi !

Tu es assis en pleine nuit, au bord d’un sentier dont l’herbe a été couchée par les voitures. T’as peur, parce que tu viens de faire un cauchemar.

« Désolé ! Pas la peine de s’énerver ! Heu… Donc voilà : il fait nuit. Il fait bon. Le ciel est constellé d’étoiles. Je suis assis, au bord d’un sentier dans la lande. Je viens de vivre un truc abominable, mais pas moyen de m’en souvenir. Et j’entends une voix qui est là, mais qui n’est pas là.

Évidemment, j’ai peur !

J'en tremble encore. Mais ça va mieux, parce que je sais que je rêve. Il peut arriver un lapin blanc avec une montre à gousset, ça ne me fera plus peur.

En face de moi, un champ bordé d’arbres. Dans une torsion du cou, je me retourne. Derrière moi, une forêt. Et ce sentier qui semble ne jamais finir, d’un côté comme de l’autre. J’entends des voix, assez loin, vers ma droite ; quelqu’un arrive, sur le sentier. En écarquillant les yeux, je distingue… un homme, accompagné d’un chien. Un gros chien, genre berger allemand ou danois. Côte à côte, ils avancent d’un bon pas, compte tenu des hautes herbes. L’homme parle tout seul. Je ne distingue pas encore son visage, mais j’entends sa voix, grave et un peu rauque :

« On n’a pas le choix ! On est obligés de le leur rendre.
- Ouais, mais ça me bouffe ! Après ce qu’ils en ont fait… le remettre entre leurs mains ! »

Il s’est carrément répondu tout seul et en changeant de voix ! Moins rauque, plus… humain !

« On peut plus rien, pour lui, reprend la première. Et si tu t’en mêles, ça finira dans la violence. »

Je jurerais que c’est le chien qui a répondu ! Ça ne parle pas, un chien ! Sauf, peut-être, dans les rêves. C’est ça, je rêve !
L’homme s’exclame :

« Quel gâchis ! »

Le chien répond :

« Il pourra toujours servir d’hôte. Mais je te préviens, ça peut donner des résultats inattendus ! »

Et moi, je dis :

« Mais ça ne parle pas un chien ! »

L’homme et son compagnon s’arrêtent. Ils me regardent.

« Tiens, t’es arrivé là, toi ! s’étonne l’inconnu. »

Il vient vers moi. Barbu, chevelu, il porte un long manteau sombre, qui traîne presque dans l’herbe. Il se penche vers moi et demande :

« Ca va, Didi ? Ben qu’esse tu fais là ? »

Je réponds :

« On se connaît ? »

Le chien est resté en retrait. Ce n’est pas un berger allemand, ni un danois. Il a quelque chose du chien de traîneau, mais en plus lisse… moins fourni en poils. Et grand ! L’homme me regarde un instant, puis répond :

« Non ! Oublie… première fois que je te vois. Je t’ai confondu avec un pote.
- Ah ! J’espère que tu vas le retrouver !
- Qui ?
- Mais, ton pote !
- Merci. »

Il semble réfléchir un peu, puis :

« Mais, je crois qu’il a dû retourner au son.
- Le son ?
- Oui, le son. T’es bien venu pour la rêve ? »

Soudain la lumière se fait dans mon esprit :

« Oui ! C’est ça ! Tout à fait ! Je rêve !
- Ça tombe bien, nous aussi.
- Mais, pourquoi tu mets ça au féminin ?
- Quoi ? »

L'inconnu secoue la tête, faisant voler ses cheveux gris. Il doit avoir la quarantaine, bien tassée.

« Laisse tomber, dit-il. Tu rêves. Tu veux te joindre à nous ?
- C’est que… j’attendais ici !
- Tu attendais qui ?
- Je… »

Je secoue la tête à mon tour :

« J’en sais rien !
- Alors viens avec nous ! A l’oreille, je dirais que c’est déjà commencé, mais ils ont pas encore branché toutes les machines. Écoute !»

Je tends l’oreille.
Un battement sourd gronde au loin, vers la gauche.
Il reprend :

« C’est des potes qui posent. Fais moi confiance, ils tâtent. Vingt-deux ans de pratique ! Je suis sûr que t’es venu pour ça.
- Je te dis... je sais pas…
- Viens avec nous ; on retrouvera bien tes potes, à toi !
- Ok, je… je viens. »

Il me prend doucement le bras tandis que je me lève. Le chien s’est approché. Il me lance un regard placide mais qui me fait frissonner ; une double cicatrice lui barre le museau, en travers, passant de chaque côté de l’œil gauche.

« Dis-donc, ton chien, son œil a eu de la chance !
- On peut dire, répond l’homme, amusé. Caresse le un coup, ça va lui plaire ! »

J’avance la main droite pour flatter son museau. Effectivement, ça a l’air de lui plaire ; sa queue s’est mise à remuer.
Je demande :

« C’est quelle race ?
- Il a du husky et du lévrier.
- Ah ! Il lui manquerait presque la parole. Il est grand, dis-donc
- Sa légende personnelle dit qu’il est aussi croisé avec un ours. Mais y’a du loup, là dedans, tu peux me croire ! Donc il est sympa, mais va pas l’énerver.
- D’accord !
- Et puis, ça parle pas, un chien !
- Bien sûr que non, réponds-je ! »

Il me dévisage encore, puis :

« Allez viens ! »

Je m’engage sur le sentier, avec l’homme et son chien.


A suivre...
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 2 : Je fuis
Posté par: EriG le 19 Février 2013 à 23:58:32
Bon, eh bien alors... la suite maintenant (qui ne dit mot consent) :


Les Raves se racontent au Présent, chapitre 2 : Je fuis


La nuit est claire, mais il n’y a pas de lune ; juste des constellations étincelantes… je trébuche dans les hautes herbes. Le sentier serpente, doté d’une vie propre. J’essaie de marcher sur l’herbe couchée, mais le sentier ne veut pas de moi. Il m’éjecte hors piste dès que je lève le nez vers les étoiles... la Couronne Boréale ! La constellation en forme de fer à cheval aplati se tient presque au zénith, devant moi. Je me penche en arrière…

Partout, ça vibre.

Sur le sentier, dans les hautes herbes ; le champ et la forêt ont disparu... et ça vibre. Je distingue un étang sur la gauche. Même à l’envers, sa surface vibre, comme si des milliers de poissons minuscules sautaient en rythme. Il fait nuit. C’est champêtre, mais on n’entend aucun oiseau ; juste une vibration énorme, multiple, incroyablement rythmée. Je l’entends non seulement avec mes oreilles, mais aussi avec la moindre parcelle de mon corps. Je suis presque plié en arrière, les yeux dans les étoiles.
Cette grande casserole, dans le ciel… je m'exclame :

« La Grande Ourse ! »

Je compte à partir de ses étoiles… l’Étoile Polaire est juste dans mon dos. Elle surplombe une montagne !

« Donc on va vers le sud, conclue-je en me redressant.
- Au moins, t’as oublié d’être bête ! »

Je sursaute. J’ai les pieds dans l’herbe à côté du sentier, le nez presque dans un bosquet d’ajoncs. Un barbu se tient devant moi ! Grisonnant, chevelu, vêtu d’une espèce de cache poussière sombre. Je lui demande :

« On se connaît ? »

En s’approchant il s’exclame, visiblement contrarié :

« Oh, pardon ! Je t’ai confondu avec un pote !
- Ah ! Désolé !
- Mais, viens, le son, c’est par là.
- Le son ?
- Mais oui, tu rêves !
- Aaahhhh, oui, oui ! C’est ça, je rêve !
- Alors viens, c’est par là ! »

Je le suis… enfin, j’essaie, dans l'herbe couchée. J’avance d’un pas plus que mal assuré. A gauche, l’étang se rapproche. Il va bientôt toucher le sentier. Au-delà, une rangée d’arbres en ombre chinoise sépare l’eau du ciel. En arrière… un animal nous suit ! Un monstre énorme, à quelques pas derrière nous ! Je ne vois que l’ombre d’un… d’un effrayant quadrupède qui trottine le museau dans les hautes herbes.
Peu rassuré, je me redresse et lance :

« J’espère qu’on va le retrouver !
- Qui ? demande l’homme sans se retourner.
- Mais, ton pote !
- Ah ! Merci ! »

Lui marche d'un pas bien assuré dans l'herbe, à croire qu’il a randonné dans le noir toute sa vie. Je dois presque serrer à droite pour éviter de me retrouver les pieds dans l'eau. Le nez dans les ajoncs, je demande :

« Et alors, heu, y'a encore des véhicules qui passent par là ?
- Ouais, répond-il sans s'arrêter. Mais surtout d'anciens modèles.
- Ah bon ?
- Eh ouais. L'eau, c'est pas bon pour les planantes. L'herbe non plus, d'ailleurs...
- Ah ! »

Sur la droite, la lande se fait plus rare. A gauche, le sentier s'écarte de l'eau. Je reprends :

« Vous savez... »

A nouveau, le chemin longe un champ sur la droite ; un terrain envahi de hautes herbes. Les ajoncs ont comme sauté à gauche du sentier. Plus loin, je distingue encore l’étang. Je sens cette présence, derrière moi. Malgré la vibration omniprésente, j'entends trotter dans l'herbe... un frisson me parcourt l'échine.
Je crie :

« Je crois qu'on est suivis par un loup ! »

L'homme se retourne :

« Sans blague ! »

Pliant les genoux, il se penche en avant, sifflant entre deux doigts de chaque main. Puis, tendant les bras :

« Worf ! Allez viens, pépère ! »

L’animal me frôle sur la gauche. Grand, mince, gris, il s’élance vers les mains tendues du barbu. L’homme lui attrape le museau et lui flatte les oreilles.

« Ça, c’est un bon copain, ça. »

Puis, à mon attention :

« Tu vois ! C’est pas un loup, c’est mon chien !
- Ah !
- Houuuuu ! »

Je sursaute ; j’ai entendu ululer une chouette ! Ou alors c’est cette musique. Par dessus les vibrations qui secouent l’eau et l’herbe… droit vers le sud, une clochette chante une mélodie insidieuse. A l’oreille, elle danse avec d’autres sons moins définissables, entre la scie musicale et… peut-être bien oui… des chants d’oiseaux ! Je me sens attiré par cette musique.

« Viens, dit l’homme en se redressant. C’est par là. »

Il reprend sa marche, le chien à ses côtés. Tout en m'efforçant de les suivre, je demande :

« Et alors, heu… il s’appelle Worf ? »

A gauche de l’homme, je vois le chien se raidir. Il trotte toujours, mais l’échine et la queue baissées.

« Ouaip, répond l’inconnu sans ralentir. Pourquoi ? »

J’ai dû rêver. Je jurerais que l'animal comprend mes paroles. Mais oui, c’est ça, je rêve ! Ça ne parle pas, un chien. Indécis, je réponds :

« C’est joli, Worf. Facile à prononcer pour un chien ! »

Tout à coup, le chien se relâche. L’échine bien haute et la queue balayant l’herbe, il revient vers moi. Voilà maintenant qu’il a l’air content ! Il essaie de caler son museau dans mes mains.

« Je crois que tu t’es fait un copain, lance l’homme par dessus son épaule.
- Mais enfin, mais… ah ! Mais alors, je sais pas comment ! »

Le barbu commence à prendre une bonne avance. Mais avec le chien dans les pattes, j’ai du mal à me concentrer sur ma trajectoire. La bête trottine maintenant à ma droite. Une double cicatrice s’est taillé un chemin de part et d’autre de son œil gauche. On dirait presque un masque. Ou alors, il en aurait besoin, comme le fantôme de l’opéra. Je l'imagine portant un loup et jouant de l'orgue...

Flouf !

Je suis encore dans l’herbe ! Non, je suis toujours sur le chemin. On dirait qu’une énorme touffe de hautes herbes s’est soudain dressée devant moi ! »

Gneurk, gneurk, gneurk !

« « C’est pas drôle ! »

Ma voix retentit par dessus la vibration et les musiques. J’ai crié vers les étoiles. J'ai entendu rire une voix, d'où vient-elle ? Quelque-chose s'enfuit, vers la droite. Les herbes bougent, vibrant plus encore que leurs voisines. Elles tracent une trajectoire qui fonce vers une masse sombre, plus loin, grosse comme une voiture… posée dans l’herbe. Il y en a d’autres, apparemment, disséminées dans le champ.
Plus loin, j'aperçois juste quelques dos sombres de tortues immenses qui dépassent d'une brume blanche.

« Eh ! »

Je baisse brusquement la tête. Le chien est assis là, à mes pieds dans l’herbe. Il me regarde. D'une voix rauque, il me dit :

« T’entends des voix ? »

Je relève la tête. J’enjambe la touffe d’herbe ; il faut que je rattrape le barbu.

« Eh ! »

Le chien galoppe à côté de moi. Je peux rattraper l’homme, si je fais attention à ma route.

« Écoute, regarde moi ! »

Je tourne machinalement la tête vers le chien. Il laisse passer un instant, puis s’exclame :

« C’est pas croyable ! »

Je butte sur le sentier.

« Ok, reprend le chien, regarde ta route ! »

Comment a-t-il fait ça ? Fait quoi, d’ailleurs ? Je courais... j'essayais de lui échapper mais... j'ai plongé mon regard dans le sien et une touffe d'herbe m'a fait comme un croche-pattes. C'est pas possible ; je rêve !
Je me suis rapproché du barbu. Il y a une lumière, sur la droite... non ; deux ! Un véhicule s’approche, au loin, c'est ça ! Ce sont des phares !

« Eh ! Je te jure, c’est pas grave !
- Mais t’es un chien, lui réponds-je sans me retourner. »

Il me rattrape.

« Fine observation, mais on s'en fout ; tu rêves ! Et puis, je suis d’espèce canine. Un peu de respect, s’te plaît. »

D’espèce canine !?

« De race, tu veux dire ?
- Quoi ? »

Les phares se rapprochent du sentier, droit devant. J’essaie encore de semer le chien en passant sur l’autre sillon d'herbe couchée, à gauche.

« D’espèce, Monsieur, reprend le chien en traversant le mur végétal au milieu du sentier. Là d’où je viens, ça a été officiellement reconnu, en raison de la diversité des races. »

A la lumière des nouveaux arrivants luisent d’autres phares, éteints, dans la brume. Toutes ces tortues géantes ; ce sont bien des voitures. Ce champ sert de parking. La nouvelle venue passe devant ce qui semble être une camionnette sombre, vers le fond à quatorze heures.

« Moi, continue le chien, c’est à ta place que j’aurais les boules !
- Quoi ? »

Je reviens sur la tranchée de droite, à travers les herbes au milieu du sentier.

« Ben oui, poursuit l’animal en jaillissant du mur d’herbes. Toi, t’es un humain. »

Le barbu est toujours droit devant, à trois ou quatre mètres. Sans m’arrêter, je demande :

« Et alors ?
- Alors ? me poursuit le chien. Tu t’en es peut-être pas rendu compte encore, mais… »

Il se rapproche presque à trotter dans mes jambes :

« Toi, ta race est déjà la dernière représentante de son espèce. Et les tiens trouvent encore les moyens de s’entre-tuer pour des questions de couleurs, de religions et même d’arts de vivre. Warf ! T’es mal barre !
- Ça parle pas, un chien !
- Mais puisque tu rêves ! »

J’accélère le pas, évitant soigneusement touffes d’herbes et mottes de terres. Le chien me poursuit encore :

« Arrête de résister ! C’est moi que ça fatigue, là. Toi, tu dors.
- Quoi ?
- Tu rêves ! Donc tu dors ! Là, t’es dans ton lit. C'est pas la peine de courir ! »

Ça paraît logique. Je ralentis un peu. Il reprend :

« Donc si t’entends des voix ou si tu discutes avec un chien, t’inquiètes, c’est rien, c’est normal. Tu rêves ! »

La nouvelle voiture se rapproche du sentier, droit devant. Elle va se garer à peine à trois mètres de notre route. Gris-clair sous les étoiles, ovoïde, elle évolue à un mètre du sol, sur un lit de ce qui semble être une véritable tornade végétale. En s’alignant à côté d’un autre modèle plus ancien déjà garé là, elle déplie sous elle un train d’atterrissage ; des roues jusque-là horizontales viennent écraser l’herbe. C'est une planante ! Un modèle à coussins d'air ! A lui seul, le véhicule vient de tracer une route herbeuse dans le champ.

« Mais fais gaffe, c'est ton rêve, les autres sont pas forcément au courant, poursuit le chien alors que nous approchons des nouveaux venus. Je serais toi, un chien qui parle ou une voix off dans le décor, j’éviterais d’en parler !
- Si tu veux. »

Je ne fais déjà plus attention au chien. Le barbu a quitté le chemin. Il s'avance vers la voiture. Les portes arrières s'ouvrent vers le haut dans un sifflement pneumatique. De notre côté se déplient des jambes trop fines pour un pantalon de camouflage militaire presque bouffant tellement il est large. Une fille au visage creusé de fatigue pose les pieds dans l'herbe. Elle me voit. Elle porte un gilet à franges en laine kaki, par dessus un t-shirt vert clair. Des bijoux remontent le long de ses tempes, derrière ses yeux. Elle a un autre percing sur la lèvre inférieure. Des dizaines de tresses minuscules quadrillent ses tempes tandis qu'une natte jaillit du haut de son crâne. Un mégot en carton entre les lèvres, elle s'exclame :

« Chéri, tu vas pouvoir demander au monsieur ! J'en ai un qui a une tête à savoir ! »

Les phare du véhicule s’éteignent. Je vois deux ombres à l’avant. De l’autre côté, un type a littéralement bondi du siège arrière. Le gars s’étire en s’extasiant :

« Aaaahhh ! Ces petits chemins herbeux, pour se garer à l’arrache dans un champ et aller au son… ça me manquait, tiens ! »

De l’intérieur, une voix féminine lui répond, assourdie. Je suis trop loin pour comprendre.

« Mais oui, oh ! répond le gars en se retournant. Y’a un chemin, regarde ! On dirait presque qu'il a été tracé pour nous ! »

Il me voit aussi.

« Yo, lance-t-il ! »

Il contourne la voiture pour venir vers moi. Aucun des deux ne fait encore attention au barbu qui s’approche du véhicule. Imberbe, crâne tondu, filiforme, le gars porte un t-shirt camouflage kaki, mais du genre acheté dans une boutique de farces et attrapes. Une grande inscription blanche s’étale sur le devant : Je Suis Écolo ; Je ne Chasse que les Filles. Trop grand pour lui, évidemment ; il nage dedans. A mi-chemin entre la voiture et moi, il s’arrête. Le barbu aussi ; nous formons un triangle presque isocèle.

« Dis donc, reprend le gars en pointant un bras vers le sud. Le vrai son des poches, c’est bien par là ? »

Je ne sais pas quoi lui répondre.

« Ouais, c’est par là, intervient le barbu. »

Surpris, l'autre se tourne vers lui dans un sursaut.

« Ah, cool ! Merci et… heu… dis voir… »

Le chauve déglutit et reprend :

« T’aurais pas, heu… un peu de blanche à faire par hasard ?
- De quoi ?
- Tu sais… de la coke ! Ou même, du MD, des taz, je sais pas !
- De la drogue ?
- Ben ouais !
- Ah, non.
- Ah ! »

Il se tourne à nouveau vers moi :

« Et toi ?
- Heu…
- Lui non plus, reprend le barbu.
- Oh ! »

Le gars laisse passer un instant, puis :

« Mais je suppose qu’au son des poches, ça doit tourner ? T’as rien entendu ?
- Je sais pas ce que tu supposes, mais au son des poches, j’ai entendu tourner que du son.
- Mais alors, y’a que dalle ! s’exclame la fille toujours assise à l’arrière de la voiture. »

A l’avant, la vitre du conducteur descend doucement. Le barbu répond :

« Si, peut-être, au premier son que vous avez vu en haut, avant de quitter la route…
- Ouais, le coupe Crâne Tondu. On a vu, on a failli s’arrêter. Mais eux, c’est pas les poches.
- Non, eux c’est pas les poches, mais c’est free.
- Ah bon, c’est pas free, les poches ?
- Non, c’est pas free, les poches. Les poches, c’est privé. Vient qui veut, mais y’a des règles ! »

Le gars prend un air mi-rebelle, mi-scandalisé :

« Peuh ! Des règles en teuf ?
- Oui, des règles ! Représentants de commerce interdits. Et quoi encore ? Voyons voir… »

Il semble réfléchir à voix haute :

« Traitement de faveur pour les récidivistes, non c’est pas ça… Ah mais oui ! Arrivée sur roues conseillée.
- Ah d’accord ! C’est pour une arrivée en vol plané que tu me chie une pendule ? Sur un parfait inconnu et en teuf ! Mais t’es pas bien, toi ! »

C’est au tour du barbu de se raidir ; je vois se serrer ses poings et sa machoire.

« T’es pas fin, t’es pas fini au Boursin ! poursuit Crâne Tondu. Je pourrais être un gros psychopathe ! Tu sais, y’a des gens, faut pas les mettre en colère ! Tu risques ta peau, là !
- Sans blagues ! »

Un ange passe, puis :

« On le sait que c’est une soirée rétro ! reprend le nouveau venu. Mais même à un tekos de vieux croulants, on peut quand-même arriver avec panache, non ?
- Panache ? »

Je sursaute. Le barbu a presque hurlé, tout en faisant un pas en avant. Crâne Tondu, lui, a reculé de deux pas d'un coup. Il paraît soudain livide, sous les étoiles. L'autre reprend en balayant le paysage du bras :

« T’as vu des spectateurs, là ?
- Et voilà, s’exclame le chauve ! C’est toujours pareil, avec ces réfractaires à la technologie.
- Réfractaire ?
- Ben oui, mais y’a pas de honte ! Faut laisser la place au progrès, Papy ! Regarde moi ce bijou ! poursuit-il en montrant la voiture. Une vraie tornade volante ! Connectée au web, un écran holo derrière chaque siège… il manque plus qu’un sauna et c’est le bonheur ! Du pur supergol ! »

Pour l’heure, la voiture semble déjà abandonnée dans l’herbe. Elle n'a pas l'air neuve : l'aile arrière est cabossée. Les dents serrées, le barbu demande :

« Dis donc ! C’est toi qui l’entretiens, ta caisse ?
- Non, pourquoi ?
- Alors je te conseillerais vivement de l’envoyer en révision après ce week-end. Ta technologie moderne, là, c’est pas encore fait pour le tout-terrain !
- Qu’est-ce que tu me racontes ? Ça va partout, les coussins d’air !
- Sans blagues ! T’as pêché ça où ? »

Le gars hésite encore, puis :

« Beuh, pfff ! Tout le monde le sait !
- Donc c’est un cliché. Tu l’as entendu où ?
- Je sais pas, moi ! Par le vendeur !
- Alors tu t’es fait avoir. »

Un ange passe encore. A l’avant du véhicule, un jeune homme brun, coupé assez court et dégarni des oreilles, semble assister à l’échange avec une attention grandissante. De son t-shirt noir dépasse un bras au biceps bien dessiné agrippé à la portière. Crâne tondu lui jette un regard mal assuré puis reprend à l'intention du barbu :

« Comment ça, je me suis fait avoir ?
- Tu sais sur quoi ça a été développé, les coussins d’air à micro-tornades ?
- Ben, sur des voitures, énonce Crâne Tondu comme pour une évidence !
- Eh non, perdu !
- Sur quoi, alors ?
- Sur des tondeuses ! »

Le chauve écarquille les yeux. Le barbu reprend :

« Des tondeuses à gazon ! Ton bijou, là, en hors piste, non seulement il rase tout ce qui passe dessous, mais il tête encore un dixième de ce qu’il tond ! Donc, je serais toi, j’en ferais désherber le moulin au plus vite, sinon, il tiendra pas une semaine. »

Il s’approche de la voiture, puis :

« C’est même pas dit que t’arrive à repartir, même sur roues ! »

Accroupi dans l’herbe, il tâte le fond de caisse avant. Depuis le siège conducteur, le brun le regarde faire. Il tend le cou par la vitre baissée, les yeux quasi exorbités.

« Va donc désherber un essieu rétractable ! s'exclame le barbu. Toi, mon gars, tu vas raquer en main-d’œuvre.
- Comment ça, je vais raquer, explose le brun depuis son siège ?
- Donc, la caisse est à toi, répond le barbu en levant les yeux vers lui. Laisse-moi deviner : c’est ton pote qui t’a dit que les coussins d’air, ça va partout ? »

Pour toute réponse, le brun lance un regard mauvais vers Crâne Tondu toujours debout dans l’herbe.

« Tu permets ? demande le barbu en se relevant. »

Il dépasse le conducteur et se penche vers la fille :

« Je peux essayer la banquette ?
- Non mais, ça va, répond-elle ! T’es pas chez toi !
- En fait si, ici c’est chez moi. Et il faut que je négocie avec ton pote.
- Négocier quoi ? T’as dis que t’avais rien !
- Les frais sur sa caisse et… oui… peut-être les dégâts causés à mon environnement par ce bijou de technologie moderne. »

Il laisse passer un instant, puis, pointant le nez vers Crâne Tondu :

« C’est ton mec ? »

Aucune réponse.

« Tu vois comme il est tendu, son pote, à ton mec ? Je serais toi, j’irai passer du temps avec mon guignol avant de finir veuve. Vas-y, il t’attend ! »

Serrant les dents, la fille se lève. Elle rejoint le chauve, à mi-chemin entre la voiture et le sentier où je me tiens toujours.

« C’est moi que tu traites de guignol ? réagit Crâne Tondu sans bouger d’un pouce. »

Le barbu émet un sifflement entre ses doigts.

« Viens, Worf ! Viens, appelle-t-il. »

Je sens mes jambes s’animer toutes seules. Elles me font traverser les hautes herbes vers la voiture. A hauteur du couple, une bête à poils gris me dépasse, provoquant un courant d’air. Le chien fourre son museau dans les mains de son maître, tandis que j’arrive à mon tour.

« Tiens ! T’es venu aussi, s’étonne le barbu en me voyant ? »

Il réfléchit un instant, puis :

« Non ! s'exclame-t-il. »

Il me regarde attentivement…

« A toi, dit-il tout à coup !
- Pardon, réponds-je ?
- Non, rien… c’est un jeu. »

Puis, à l’intention du chien :

« Ça va pas, toi, de laisser les gens en roue libre ? »

Je ne comprends rien à ce qui se passe. Le chien plante sur son maître un regard interrogateur. Montrant du doigt une touffe d’herbe entre la voiture et le couple, l’homme s’exclame :

« Garde ! »

Aussitôt, le grand chien va s’asseoir, droit comme un piquet à côté de la touffe d’herbe, la cicatrice tendue vers le couple. Le barbu se relève. Toujours regardant son chien, il tend le doigt vers le couple en disant :

« Les deux, là ; passe pas ! »

Le chien se met à grogner vers eux.

« Tu vois, reprend l’homme à l’intention du chauve, lui, si tu le mets en colère, t’auras des problèmes. La viande, il a arrêté. S’il craque, il restera rien, de toi. Ni de ta copine, d’ailleurs. Pas même vos fringues ! Je dois discuter un peu avec ton pote. En attendant, je vous conseille pas d’approcher. »

Le couple ne bouge pas d'un cil, sauf au niveau des jambes. Mais je n'arrive pas à décider si c'est la musique qui les fait trembler, ou si c'est la peur. Les vibrations contiuent de secouer la terre. Le couple ne quitte pas le chien des yeux. Le barbu se tourne vers moi et dit :

« Toi... »

Il réfléchit encore, puis :

« Pfff ! Attends là, je reviens »

Sur ce, il s'engouffre à l'arrière de la voiture, fermant la portière derrière lui. A l'avant, la vitre du conducteur remonte. Crâne Tondu et sa copine ont toujours les yeux rivés sur le chien. Il a cessé de grogner. Mais la terre, elle, gronde toujours, dans un mélange de clochettes, de voix, de sons qui m'entraînent dans des distorsion inimaginables. J'en ai presque la tête qui tourne. Le volume a monté... de façon tout juste perceptible, mais nettement quand-même.
Peut-être ont-ils branché une nouvelle machine.
Le ciel est plein d'étoiles !
Il fait nuit...
Je rêve...
J'attends...


A suivre...
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 3 : Je fonds
Posté par: EriG le 20 Février 2013 à 13:01:43
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 3 : Je fonds


J'attends, sous les étoiles.
J'attends les pieds dans l'herbe ; le sol tremble. Je ne sens plus mes jambes, mai tout mon corps vibre... boum, boum, boum... Droit devant moi, au delà d'un sentier à l'herbe écrasée par les voitures, par delà un bosquet d'ajoncs une brume infime plane au-dessus d'un étang dont la surface vibre. Vers la droite, par-dessus les battements arythmiques, j'entends danser une guimbarde. Elle mêle son chant de ressort à une voix synthétique qui fluctue comme une flûte à piston. J'aime cette musique. Je connais ! C'est la musique que j'écoute... mais où ?

Sur le sentier, un peu à gauche, un couple attend aussi. Vêtus de vert et de kaki... Ce n'est pas la première fois que j'entends ce style musique mais... comment cela s'appelle-t-il ? Le gars est chauve. Un visage mince, un tee-shirt vert camouflage trop grand pour lui annonçant : Je suis Écolo, je ne chasse que les Filles et un pantalon marron dont l'entrejambe dépasse du tee-shirt.
Mes jambes commencent à danser d'elles-mêmes.
La fille est jolie, quoique maigre. De minuscules tresses blondes quadrillent son crâne autour d'une natte plus grosse. Elle arbore des bijoux plantés dans ses tempes derrière les yeux. Un anneau lui perce également la lèvre inférieure. Elle porte un gilet kaki et un pantalon de camouflage trop grand pour elle.

Ils ont les yeux rivés sur un chien. A mi-chemin entre moi et le sentier, grand, gris, élancé, il monte la garde près d'une touffe d'herbe, la truffe pointée vers le couple.

Mais qu'est-ce que je fais là, moi ?

Je me retourne. A deux pas derrière moi, une voiture grise est posée dans l'herbe.
Par les vitres, je distingue trois ombres à l'intérieur ; deux devant, une derrière... et ce son qui vient du sud ! Il m'enveloppe... Il m'attire... Irrésistiblement.

« Eh ! Pas bouger, toi ! »

C'est le chien qui a parlé ! D'une voix grave, un peu graveleuse, le clebs m'a dit pas bouger, à moi ! Il pointe vers moi une hideuse double cicatrice qui encadre son œil gauche.

« Tu restes là, dit-il encore. »

Je ne bouge plus d'un pouce. Le couple non plus. Le gars au crâne rasé fixe le chien avec une expression de totale stupeur. La fille a l'air à moitié dans les vapes. Elle pose une main sur l'épaule de son compagnon pour ne pas tomber. Le chien les regarde et s'exclame :

« Quoi ? »

Pas de réponse.

« Pourquoi tu me regardes avec ces yeux de merlan frit, aboie le chien ? J'ai une tique sur le front, ou quoi ?
- N... non, réussit à balbutier Crâne Tondu. »
- Me réponds pas, effronté ! aboie l'animal en se redressant sur ses pattes. Ça parle pas, un chien ! »

L'autre fait un bond en arrière, entraînant presque sa copine avec lui.

Un ange passe.

« Toi, si ! Ose le gars.
- Non, je parle pas ! répond le chien en se rasseyant.
- Mais...
- Je parle pas, c'est toi qui m'entends parler ; nuance ! »

Crâne Rasé hésite un instant, puis :

« C'est pareil !
- Tu crois ça ? »

Le chien lève la truffe et hume en direction du couple.

« Tu sais ce que je sens, à chaque fois que tu m'adresses la parole en attendant sincèrement une réponse ? demande le chien d'un ton goguenard. »

Silence. L'animal tend le cou vers eux.

« Je sens ta cervelle qui grille ! poursuit-il, carrément moqueur. »

Il hume encore l'air, faisant des ronds avec sa truffe.

« Mmmmmmmhh ! De la bonne cervelle grillée ! Et juteuse, avec ça ; t'as même pas encore trouvé ta drogue, t'as pas eu le temps de t'assécher.
- Je croyais que t'étais végétarien !
- Me parle pas, sinon, je te bouffe ! »

Apparemment, nous sommes pris en otage par un chien qui parle. Je n'ai pas envie de me faire dévorer. Terrorisé, je fais un pas sur le côté, en direction du son...

« Reste là, toi ! s'exclame le chien. »

Je ne bouge plus. Je ne dis rien, mais je vois et j'entends parler un chien qui menace de dévorer les gens si on a le malheur de lui répondre.

Bom, bom, bom, bom, bom...

Ça cogne vers le sud... ça cogne dans mon crâne... il fait chaud ! Il fait nuit et j'ai l'impression d'être en plein Soleil.
La fille aussi a l'air de crever de chaud. Sa lèvre inférieure est en train de couler vers le sol, entraînée par le poids de l'anneau qui la tire vers le bas. Son œil droit est remonté par rapport à l'autre. Elle a le nez de travers. Elle fond, doucement, inexorablement.
Son mec aussi. L'inscription sur son tee-shirt ondule selon des vagues de plus en plus amples.

Qu'est-ce qui m'arrive ?

Je n'arrive pas à quitter le gars des yeux. Son t-shirt semble trouver de nouveaux plis au passage des vagues. Pendant un instant, il annonce : " Je suis con les filles ". Puis le texte repart dans de nouvelles ondulations, mélangeant les lettres de l'alphabet.

« Eh ! m'interpelle le chien. Ça va ? »

Il renifle vers moi, la truffe en l'air, puis :

« Je te sens transpirer d'ici, tu te sens bien ?
- Beuaarrheu pfffff...»

J'ai la nausée au bord des lèvres. La voix du chien m'arrive comme dans une cathédrale. Pas tout à fait un écho, plus vraiment une réverbération, elle sonne à mi-chemin entre les deux. Sa cicatrice est de plus en plus laide. Sa truffe est en train de couler vers le sol, la langue pendant presque à toucher par terre. Derrière le couple, le bosquet d'ajoncs se liquéfie, lentement.
Laborieusement, j'articule :

« J'ai chaud ! Tout est en train de fondre !
- Assieds-toi, ordonne le chien. Ça ira mieux ! »

Je ne bouge pas... ou presque. Je tangue. Je cherche la musique... Il n'y a plus qu'une vibration discordante, mal rythmée.
Prudemment, j'articule :

« J'ai malade !
- Assis ! Aboie le chien ».

Je plie les genoux jusqu'au sol.

« Ca va mieux ?
- Heuhh, pffrôôô !
- Tu vas pas me faire un malaise, hein ? »

Les hautes herbes ondulent verticalement ! Plus que des vagues, elles font des rouleaux sur lesquels on pourrait presque surfer ! Même les constellations dans le ciel ne sont plus les mêmes. Toutes les étoiles bougent... lentement. Il n'y a plus d'étoiles ; il n'y a plus que des satellites artificiels qui dansent avec la lenteur d'une tortue !

« Respire un grand coup, lance le chien ! Ça va te faire du bien. »

Je prends une grande inspiration.

« Allez, souffle ! »

J'expire. Les étoiles font doucement demi-tour. Encore une inspiration... Le décor commence à reprendre sa place.

« Ça va mieux ? »

La nausée s'est un peu estompée. Je sens une brise rafraîchir mon visage couvert de sueur.

« Un peu.
- Cool ! »

A nouveau, le silence. La musique, les vibrations, l'herbe, l'étang, les étoiles... Je-suis-écolo-je-ne-chasse-que-les-filles dit enfin, s'adressant au chien :

« Et alors, heu... comme ça, t'es végétarien ?
- Purée, mais c'est pas vrai, réagit l'animal ! Y'en a qui ont la tête dure ! Pose pas de questions à un chien, il te répondra pas ; ça parle pas ! »

Le couple échange un regard, apparemment indécis sur la conduite à tenir. Le chien reprend :

« Évidemment, j'ai arrêté la viande. Continue tes conneries et bientôt, tu verras même parler les lapins ! Du coup, j'aurais trop peur de bouffer un pote !
- T'as bien raison, risque Crâne Tondu.
- Ouais, sauf que toi, t'es pas un pote. »

Il renifle vers le type...

« Et ça m'étonnerait que tu le devienne. »

J'interviens :

« Mais alors, moi aussi, j'ai la cervelle qui grille ? »

Surpris, le chien se retourne :

« Non, non ! Heu... t'occupes, toi, tu rêves.
- Ah ! »

Il s'ébroue comme pour chasser des puces, puis à l'intention du couple :

« Dans tout régime, il faut se permettre une incartade de temps en temps. »

Il semble réfléchir un instant...

« Vous savez, reprend-il, on m'a dit de pas vous laisser passer ; on m'a pas dit de vous retenir ! »

Quelques secondes passent.

« Cassez-vous ! aboie le chien. »

Personne ne bouge. L'animal se relève sur ses pattes :

« Allez ! Foutez le camp ! Votre son à vous il est par là, poursuit-il en pointant le museau vers le Nord. Allez vous dépouiller la gueule !
- Mais, on ira plus vite en caisse ! s'exclame Crâne Rasé. »

Le chien fait un bond en avant. Le décor a recommencé à fondre. Les étoiles tombent, lentement, inexorablement... J'ai l'estomac qui remonte. Comment s'appelait-il, ce peintre ?

« C'est très sain, la marche à pied, s'écrie le chien en avançant pas à pas. Tu vas voir, je vais te faire courir, moi ! »

Le couple, lui, commence à reculer. Dans ma tête flottent les montres molles, les toiles fondues de cet artiste peintre dont je n'arrive pas à retrouver le nom.

« C'est notre pote qui nous a amenés, s'insurge Crâne Tondu ! Comment on va rentrer, nous ? »

Salvador Dali !

« Tu fera du stop, répond le chien ! Allez, foutez le camp sinon je vous bouffe !
- On peut pas les laisser...
- Grrrrrrrrr ! »

Le peintre aux montre molles. Je ne vois aucune montre, mais le ciel, l'étang, l'herbe, les gens, le chien... tout est en train de couler comme dans ses toiles. Le couple s'engage timidement sur le sentier, vers le Nord. Le chien les suit, aboyant :

« Allez ! Va vanter ton fromage ailleurs ! Pas de publicités dans les rêves ! »

Le duo accélère... le chien aussi. Alors le couple se met à courir, l'animal à ses trousses... Je vais vomir ! Je les vois disparaître dans une toile de maître où tout est fromage fondu, tout en sombrant dans l'inconscience... »


A suivre...
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 21 Février 2013 à 13:15:05
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 4 : Charlotte (Interlude)


En d'autres temps, en d'autres lieux...

Charlotte est assise au bord de sa falaise natale. Elle rêve. Elle songe à la vie qu'elle aurait pu connaître avec son prince charmant. Devant elle... sous elle, la mer déroule ses vagues à l'écume blanche. Le vent fouette son visage avec irrégularité, mouillant ses joues d'embruns froids et salés. Elle soupire :

« Une vie juste à deux, sans parasites ! »

Ses jambes pendent dans le vide, les baskets contre la parois... des baskets blanches. Elle porte un jean bleu et un haut rose dont la longue manche droite laisse entrevoir un bracelet cuivré. Ce bijou, il le lui a offert lors de la Saint Valentin. La vie semblait tellement prometteuse avant le retour des casse-pieds ! Un conte de fée où il aurait pu enfin être tout à elle... Mais droit devant, le prince charmant disparaît dans la brume, sous un ciel parfaitement bleu. Le sourire fantôme de l'être aimé se tord en une grimace fatiguée accentuant un regard triste aussi brun que ses cheveux courts. Et puis... plus rien.
Un seul nuage, blanc, s'étire devant le Soleil. On dirait... Juste une trace de neige.

Des goélands jouent à Qui-Pêche-Gagne, au dessus de l'écume. Les oiseaux argentés aux ventres blancs tracent des cercles, plongent... L'un d'entre eux prend de l'altitude. Dans un large cercle, il vient se poser juste à côté de la jeune femme, à sa gauche. Elle le regarde, n'osant bouger de peur qu'il s'envole. D'une main, Charlotte écarte une mêche de ses propres cheveux noirs et murmure :

« Salut, toi ! »

Bien sûr, pas de réponse. La tête grise de l'oiseau bouge par mouvements saccadés, scrutant toutes les directions. Son regard croise celui de la jeune femme.

« Qu'est-ce que t'en dis ? demande-t-elle à l'oiseau. »

Elle se penche un peu pour contempler l'écume, loin sous ses pieds.

« Si je disparais, tu crois qu'il s'en rendra compte ? »

Elle laisse passer quelques secondes, puis :

« Si je saute, là... il sera libre ! »

Le goéland ne la quitte pas des yeux. Charlotte s'emballe :

« Il pourra faire la bringue tous les soirs, si ça le chante. S'envoyer en l'air, de la façon qu'il veut et avec son singe parlant même, si ça l'excite ! Voilà qui serait supergol ! »

Une larme coule le long de sa joue droite. Le goéland déplie ses ailes et s'envole.

« T'as raison ! s'exclame Charlotte en regardant l'oiseau prendre de l'altitude. Je suis pas de bonne compagnie ! »

Elle reste là un moment, à regarder ses pieds balancer dans le vide, les mains appuyées de chaque côté de ses genoux au bord de la falaise. En poussant juste sur ses bras... Elle glisserait, comme un drap tombe du lit. Elle plongerait dans l'écume et se changerait en sirène.

« Si ça marche, tu m'enverras la méthode ! dit une voix féminine sur sa droite. »

Surprise, Charlotte tourne la tête. Son imagination lui joue des tours. Elle a entendu parler, mais il n'y a personne. Juste un chat ; un chat siamois ; Blanc-crème, avec une bouille et des pattes brunes. Il est couché au bord de la falaise, tourné vers le Soleil. A l'horizon, le ciel commence à prendre des teintes orangées au-dessus de la brume. Charlotte regarde autour d'elle... de l'autre côté, le goéland est revenu. Ou alors c'est un de ses congénères ; ils se ressemblent tous. Pas un seul être humain à part elle.

« Je suis là ! »

La voix vient du chat !

« Je suis en train de rêver, c'est ça, demande Charlotte?
- Pas forcément, répond l'animal de sa voix féminine.
- Je discute avec un chat ! Alors je suis folle. Ça y est, tout ça, ça m'a fait perdre la tête.
- Une chatte, s'il te plaît. Et il peut y avoir d'autres raisons pour que tu te retrouve à papoter avec moi.
- Lesquelles ? Ça m'intéresse !
- Eh bien, t'as demandé un conte de fée, le voilà !
- Ok, je suis folle.
- Si tu veux. »

Un instant passe, puis :

« Mais tant qu'on est là, reprend la chatte, raconte moi comment t'as perdu la raison !
- C'est complètement stupide. »

Quelques secondes encore...

« Dis toujours ! insiste la chatte. »

Enfin, Charlotte répond :

« Mon mec se trimbale un boulet au pied depuis l'enfance.
- Et c'est pour ça que tu veux te jeter dans le vide ? Tu n'as qu'à scier la chaîne !
- C'est pas à moi de le faire. »

L'animal tourne la tête vers la jeune femme.

« Qu'est-ce que tu entends par boulet ?
- Un parasite, un traîne-savates, un pique-assiette... un connard ! »

Elle a presque crié le dernier mot. A sa gauche, le goéland s'envole encore.

« Ça va mieux ? demande la siamoise. »

Elle est de nouveau tournée vers le Soleil. L'astre est descendu, presque à toucher la brume devenue rose-orangée. On dirait de la barbe-à-papa étalée sur la mer.

« Un peu, répond Charlotte. Tu sais, il existe des mecs tellement chiants qu'on en arrive à comprendre le meurtre. Incapable de gérer sa vie ; ça vient crier au secours quand ça se retrouve à la rue ; ça squatte ton salon ; ça se permet même d'inviter les potes sans ta permission tous les soirs. S'ils se contentaient de fumer la moquette, encore ! Ça se sert même de ton appart pour faire du biz !
- Du biz ?
- Du business ! Qu'est-ce que tu crois ? C'est un junkie ! Un dealer !
- Et ton mec, il se drogue ?
- Non ! Enfin, il a fumé de l'herbe, dans sa jeunesse. Mais là, il est en train de reprendre le bédo.
- Le bédo ?
- Le haschich ! A cause de son pote.
- Mais flanquez-le dehors !
- Ah, non ! C'est un ami d'enfance ! »

Le Soleil plonge dans la brume. Charlotte écoute le grondement des vagues, le chant des goélands... De temps en temps, les embruns continuent de rafraîchir son visage. La chatte dit enfin :

« Si tu en es à te jeter dans le vide, c'est à toi de mette ton copain devant un choix : son pote ou toi.
- Il choisira la personne qui lui a rien demandé, surtout si c'est lui.
- Alors vas-t-en ! »

Charlotte soupire. Dans un sanglot, elle murmure :

« Je survivrai pas sans mon mec. »

La lumière décroit. Il ne reste que la moitié du Soleil. Le ciel est en feu, du rouge au mauve. La barbapapa flamboie sur l'horizon. Charlotte reprend :

« Et maintenant, son pote veut emmener mon mec en teuf.
- En teuf ?
- En rave-party. Il va y avoir un teknival. Un gros, il paraît.
- Ces fêtes où on dresse des murailles d'enceintes dans les champs et où on danse sur de la musique techno ?
- C'est ça. Et où on se dépouille la tronche à n'importe-quoi jusqu'à se griller la cervelle.
- C'est un peu noir ! T'es déjà allée, en teuf ?
- Jamais. Mais on sait ce qui s'y passe ! Là, j'ai vraiment peur de perdre mon mec.
- Alors vas-y.
- Pardon ? »

Charlotte contemple l'animal, surprise.

« Il ira de toute façon, répond la chatte. Si tu veux pas le perdre, vas-y aussi. Sois son garde-fou.
- J'ai plus la force.
- Tu as plus de force que tu ne crois !
- Sans blague !
- Je ne serais pas là, sinon.
- T'es là parce que je suis folle !
- Tu ne le saurais même pas, si tu étais folle. »

Le Soleil a presque disparu dans la brume. Il reste juste un point rouge, qui s'évanouit à son tour.

« Et puis, reprend la chatte. Ça ne sert à rien de s'en faire une montagne d'avance. Partout, les choses peuvent prendre une tournure miraculeuse, même en teuf !
- Ça fait longtemps que je l'attends, le miracle.
- Justement, attends encore ! C'est rare les miracles. Ce serait dommage que tu saute maintenant alors qu'il y en a peut-être un qui t'attend là bas ! Si ça se trouve, ça ne sera pas du tout comme tu l'imagines !
- Et je me réveillerai au Paradis, c'est ça ?
- Pardon ?
- Non, rien... un bouquin que je suis en train de lire. »

A nouveau, la chatte contemple Charlotte.

« Vas-y, t'as rien à perdre. Et puis, regarde moi ! »

Charlotte tourne la tête vers elle, plongeant dans le regard noir de l'animal comme dans un abysse insondable.

« C'est une chatte qui parle qui te promet un miracle ! Tant qu'à être folle, fonce ! »

Un long silence s'installe. Les goélands ne sont plus que des ombres qui tournoient au-dessus des vagues. Dans le ciel s'allume une étoile, puis deux...

« D'accord, décide enfin Charlotte. Et advienne que pourra ! »

Elle se lève, tourne le dos à la falaise... devant elle se dressent les dunes bretonnes, couvertes d'ajoncs, bordées d'une double palissade en planches disjointes qui l'invitent à prendre le sentier du retour à la vie ordinaire ; à son train-train quotidien de Cendrillon des camés. Une vie à préparer la défonce d'autrui sans consommer elle-même.
Et si j'essayais ? se dit-elle.
Non ; jamais !
Plutôt crever !

Boulot-dépouilloir-dodo.

« Tu viens, demande-t-elle par-dessus son épaule ?
- J'ai à faire, répond la chatte. Mais on se reverra !
- Si tu le dis ! »

Charlotte fait quelques pas sur les rochers.

« Attend ! La rappelle la siamoise. »

La jeune femme se retourne :

« Quoi ?
- Le bouquin que t'es en train de lire... »

La chatte aussi s'est levée. Elle s'éloigne du bord de la falaise, dans une autre direction.

« Je me suis réveillé au Paradis ? demande Charlotte.
- Oui ! »

A son tour la siamoise tourne la tête vers la jeune femme :

« Prends-le avec toi !
- Quoi, en teuf ? Tu crois que j'aurai le temps de lire ?
- Je ne sais pas. Mais prends-le quand-même. »

Pendant un instant, elles se regardent, immobiles.

« Fais-moi confiance, insiste la chatte ! Prends-le ! »

Vers l'Est, le ciel bleu sombre est déjà piqueté d'étoiles. Un miracle, rien que ça ! Un conte de fée... ou un rêve absurde. Charlotte n'est pas encore décidée.

« D'accord, répond-elle quand-même. Je l'emmène.
- Porte toi bien ! »

Charlotte et la chatte siamoise se séparent.
La nuit est tombée...

Un goéland vient se poser sur la falaise.


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 21 Février 2013 à 21:24:16
Heu...

Youhou !... Houhou !... Houhou !... Houhou !...

Y'a quelqu'un ?... A quelqu'un ?... A quelqu'un ?... A quelqu'un ?... :-¬?
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: Kerena le 22 Février 2013 à 00:29:32
Non.

Réclamer les commentaires, c'est pas correct. On viendra lire quand on en aura envie.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 01:27:14
N'empêche, avoue que c'est marrant, présenté comme ça  ^^ du coup, je n'aurais pas pu le mettre ailleurs, ce serait un peu tombé à plat.

Et puis, je me sentais juste un peu seul, merci d'être venue, ça va mieux. :-¬?
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: Mnemosyne le 22 Février 2013 à 01:57:10
Bon, j'ai lu et relu, ça ne m'inspire rien.
C'est soporifique.
N'y vois rien de méchant.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: Freakazoid le 22 Février 2013 à 09:41:01
Oula, on se calme. Le type s'inquiète de ne pas avoir du tout de réponses sur son texte après quasiment une semaine. Quand on est impatient de partager quelque chose, on espère que ce ne sera pas une bouteille à la mer. Donc...

(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fwww.laboiteverte.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2010%2F09%2Fkeep-calm-carry-on-affiche-poster-parodie-10.jpg&hash=f00d55a92cac341f81762a165e91018c19b3481e)

Euh... Enfin bref, zaurez compris l'idée !

Bon alors, comme promis, je viens de lire le texte. J'avoue que c'est pas forcément mon genre de lecture. Je suis plutôt terre à terre donc je suis généralement insensible aux trucs trop abstraits (je suis un peu trop bourrin).
Mais là, j'ai plutôt accroché. J'ai trouvé ça sympa à lire, y a de bonnes pointes d'humour, notamment avec le chien :) ! Et du coup, j'ai quand même bien envie de savoir exactement ce qui arrive à notre protagoniste principal : serait-il le petit copain de Charlotte qui vient de reprendre le bédo ?
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 12:03:37
Bon, j'ai lu et relu, ça ne m'inspire rien.
C'est soporifique.
N'y vois rien de méchant.

T'inquiètes, je n'y vois rien du tout ; tu es la seule dont l'avis ne m'intéresse plus.


Oula, on se calme. Le type s'inquiète de ne pas avoir du tout de réponses sur son texte après quasiment une semaine. Quand on est impatient de partager quelque chose, on espère que ce ne sera pas une bouteille à la mer. Donc...

Bon alors, comme promis, je viens de lire le texte. J'avoue que c'est pas forcément mon genre de lecture. Je suis plutôt terre à terre donc je suis généralement insensible aux trucs trop abstraits (je suis un peu trop bourrin).
Mais là, j'ai plutôt accroché. J'ai trouvé ça sympa à lire, y a de bonnes pointes d'humour, notamment avec le chien :) ! Et du coup, j'ai quand même bien envie de savoir exactement ce qui arrive à notre protagoniste principal : serait-il le petit copain de Charlotte qui vient de reprendre le bédo ?

T'inquiètes aussi, je ne m'inquiétais pas tant que ça de ne voir personne ; j'ai juste vu un truc marrant à mettre là et pas ailleurs. De plus, je savais que tu allais passer aujourd'hui, il fallait donc que je me dépêche de le mettre avant que ça tombe à plat. Par ailleurs, il faut reconnaitre que les milieux littéraires sont toujours aussi prout-prout coincés, voire tristes. Vive la tradition orale, les ménestrels et les troubadours, qui s'efforceront toujours de décoincer les scribes.

Quant-au texte, merci. Il ne s'agit pas tant d'abstractions que du délire d'un narrateur complètement défoncé en teuf. Tu découvriras plus tard qui est Charlotte. Si j'ai réussi à t'accrocher, tant mieux, maintenant, on commence une nouvelle histoire pour détourner l'attention. Au cas où tu te poserais la question, il y a un lien entre les deux (voire même avec une troisième qui apparaîtra ensuite), mais que tu découvriras plus tard.

J'ai prévenu que je démarrais un projet long, donc...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: Jon Ho le 22 Février 2013 à 12:29:46
S'il n' a pas grand monde, c'est peut être un signe...  :-¬?
Je trouve ça bizarre cette manie de réclamer des commentaires et t'es pas le seul.
C'est rébarbatif au possible. On a le sentiment du coup d'être des profs à l'école  :mrgreen:
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 12:37:48
S'il n' a pas grand monde, c'est peut être un signe...  :-¬?
Je trouve ça bizarre cette manie de réclamer des commentaires et t'es pas le seul.
C'est rébarbatif au possible. On a le sentiment du coup d'être des profs à l'école  :mrgreen:

Comme je viens de le dire,

j'ai juste vu un truc marrant à mettre là et pas ailleurs.

Déridez-vous, un peu, c'est votre attitude y'en a marre qui devient gonflante, quand on veut juste rigoler un peu.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: Jon Ho le 22 Février 2013 à 12:42:52
Apparement t'es un peu le seul à trouver ça drôle, on doit pas avoir le même humour.  :mrgreen:
Et franchement on n'est pas du tout ridés.
Après si tu nous trouve gonflants tu sais cde qu'il te reste à faire ?  ;)
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 12:50:16
Apparement t'es un peu le seul à trouver ça drôle, on doit pas avoir le même humour.  :mrgreen:

Ca c'est très fort : parce que toi, tu n'as pas aimé, tous les autres feront évidemment pareil. Logique !  >:D J'ai pourtant bien l'impression que ça a fait rire Freakazoid.

Citer
Après si tu nous trouve gonflants tu sais cde qu'il te reste à faire ?  ;)

C'est aussi vrai dans l'autre sens, camarade !  :-¬?

Et pis non... pars pas ! C'est gentil d'avoir répondu à mon appel  :D !
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 1 : Sors de mon Auge !
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 12:51:15
L'Homme qui courait après sa Chance, Chapitre 1 : Sors de mon Auge !


Un nuage rampe sur le ciel. Blanc, solitaire, il évolue comme une île ; son mouvement se distingue à peine. Sur une toile d'un bleu immaculé, il dessine des portraits. Un loup s'étire jusqu'à devenir un serpent... lentement... puis se tasse, se dote d'une carapace et se change en tortue.

Loin sous ses pattes, un homme rêvasse, allongé dans l'herbe. Étendu sur le dos, les bras en croix... seul son visage bouge. Son regard poursuit le nuage en coton au fil de ses métamorphoses. C'est un regard noir ; ses yeux, ses cheveux, sa barbe, sa fureur... tout est noir. Ses tempes frétillent au rythme des crispations de sa mâchoire. Il est étendu jambes écartées sur un lit d'herbe mêlée de pâquerettes et de fleurs de pissenlits dont l'arôme sucré fait frétiller les moustaches. Braies et chemise déchirées, ses guenilles en lambeaux bruns font tache au milieu de la clairière en fleur.
Il est pieds-nus !

Depuis les arbres, tout autour, l'herbe se met à frémir. Elle trace des sillons vers l'homme étendu dans les fleurs. Asynchrones, les trajectoires traversent des par-terres de boutons d'or, s'arrêtent, repartent et se rapprochent de lui. L'homme est sale, la plante de ses pieds couverte d'une semelle calleuse... Les pâquerettes frétillent entre ses jambes. Il reste immobile. Quelque-chose passe entre ses genoux...
Tout autour de lui, de longues paires d'oreilles se déplient dans l'herbe. L'une après l'autre. Grises, blanches, noires... il y en a de toutes les non-couleur, et même quelques brunes.

Tout à coup, une boule de poils jaillit entre les cuisses de l'homme. Elle atterrit sur son ventre... ou plutôt, elle disparaît dedans. Seules dépassent ses grandes oreilles. L'homme a eu juste un bref sursaut du torse et des jambes. Doucement, il lève la tête vers ces nouveaux appendices qui jaillissent de sa poitrine. Une légère brise vient caresser ses longs cheveux noirs et sa barbe en broussaille.
Longues, grises, l'intérieur molletonné de fourrure blanche... ce sont bien des oreilles. De toutes petites pattes blanches viennent se poser sur les premières côtes de l'homme. Les oreilles montent ; une tête se hisse... un oeil tout noir se plonge dans son regard.

« Ça, rumine l'animal d'une voix accélérée, c'est ce qui s'appelle avoir le ventre creux ! »

L'homme ne voit qu'un museau et des moustaches qui frétillent dans une touffe de poils blancs. Il repose la nuque par-terre. D'une poussée sur ses pattes avant, le lapin saute sur la poitrine de l'homme.

« Salut ! lance-t-il. »

Pas de réponse. Là haut, le nuage dans le ciel est presque au zénith. La carapace de tortue est en train de fondre. Des oreilles de lapin poussent lentement sur sa tête.

« Eh ! Je te parle ! insiste l'animal. »

L'homme relève doucement la tête :

« Laisse-moi, t'existes pas !
- Sympa ! réagit le lapin en penchant la tête sur le côté. »

Sans quitter l'homme des yeux, ils s'écrie :

« Eh, les mecs ! Vous savez la nouvelle ? J'existe pas ! »
   
Tout autour, des têtes de lapins surgissent des hautes herbes et des bouquets de pâquerettes. Des bouilles aux oreilles plus ou moins grandes, grises, noires, brunes... elles ruminent dans leurs moustaches de leur petites voix accélérées :

« Ça alors...
- Quelle impudence !
- C'est pas permis d'être rongé à ce point là !
- Coupons-lui les oreilles ! »

Plusieurs d'entre eux se rapprochent. Un gros mâle noir tend une patte en avant et scande :
   
« On va te caresser le pompon, tu vas voir ! »

L'homme reporte son attention vers le premier lapin sur sa poitrine.

« Qu'est-ce qui se passe, là ?
- C'est marrant, répond l'animal ; j'allais te poser la même question ! »

L'homme réfléchit un instant, puis :

« Comment ça ? »

Le lapin se penche jusqu'à lui toucher le nez du museau. D'une halène chargée de nectar de fleurs, l'animal souffle :

« Qu'est-ce que tu fous allongé dans notre assiette ?
- Réponds, sinon, on change de régime ! menace l'un des autres lapins. »

L'homme balaie la clairière des yeux. Des dizaines de lapins s'approchent, sortant des bois alentours. Les défiant du regard, il s'écrie :

« Allez-y ! »

La forêt répercute son cri dans un écho ténu.

« Ça tombe bien, j'attends la Mort. »

Un ange passe. Là haut, le nuage a dépassé le zénith ; il nage droit vers le Soleil. L'homme s'écrie :

« Allez-y ! Qu'est-ce que vous attendez ? Bouffez-moi ! Dépêchez-vous, avant que le magasin ferme ! Vous avez vu ? La boucherie est en liquidation totale ! »

A nouveau ; l'écho, puis le silence... ou presque. Autour de la clairière, les arbres soufflent leur chant ; le vent se lève. On entend bourdonner les moustiques, mouches et autres insectes volants. Un gros bourdon s'approche, semble décider qu'il n'y a rien à voir et s'en va. Une tourterelle risque un roucoulement, au loin. Le lapin gris se relève. Il prend une grande inspiration, retiens l'air un instant, puis :

« OK ! s'exclame-t-il en expirant. On est partis de la mauvaise patte. »

Il jette un coup d’œil vers ses camarades, puis :

« Écoute, heu... tu sais quoi ? On recommence : Salut ! Moi, c'est Bob.
- Moi aussi ! réagit l'un des autres.
- Moi pareil, je m'appelle Bob ! s'exclame un troisième. »

Soudain tous les lapins chantent en cœur :

« On s'appelle tous Bob ! »

Au bout de quelques secondes, l'homme répond :
   
« Moi, c'est Job !
- C'est joli, Job ! répondent les lapins dans un parfait ensemble.
- Merci.
- Et alors, heu, reprend le premier, qu'est-ce que tu fous dans notre assiette ? Mes co-lapins et moi sommes absolument contrits de te déranger dans ta sieste, mais puisqu'elle promet d'être infinie, on aimerait régler la question maintenant ; t'es en train de pourrir nos fleurs !
- Oh, réagit l'homme en se redressant sur un coude. »

Le lapin se laisse glisser dans l'herbe.

« Désolé, s'excuse Job ! Je savais pas !
- Quoi ! s'étonne le lapin en s'époussetant. »

Un petit nuage de poussière s'échappe de sa fourrure. Il reprend :

« Tu savais pas que les lapins aiment les fleurs ou t'as oublié à quel point tu pues ? »

Levant le bras l'homme renifle sous son aisselle. L'animal continue :

« Tu t'es roulé où, pour être sale à ce point là ? T'as ruiné tout un par-terre ! »

Le lapin inspecte les fleurs écrasées, derrière Job...

« C'est les jardinières qui vont être contentes !
- Les jardinières ?
- Les jardinières, les butineuses, tu les entends pas bourdonner autour de toi ? »

L'homme balaie à nouveau la clairière du regard. Tout autour, de leur danse expressive, des abeilles échangent quelque secrets entre elles. De ci, de là, un gros bourdon déambule de fleur en fleur.

« J'ai marché, répond Job dans un soupir. Longtemps. »

Ramenant ses pieds nus sous lui, il s'assoit en tailleur face au lapin. Ses jambes traînent les lambeaux de ce qui fut un pantalon en toile de lin, encore accrochés comme des franches à un bermuda. Les restes d'une vieille chemise pendent par-dessus ses épaules.
   
« J'ai visité bien des lieux. »

Assis sur son arrière-train, le lapin lui demande :

« C'est bien joli, tout ça, mais pourquoi tu marches ? »

L'homme réfléchit un instant, puis répond :

« Je fuis.
- Tu fuis quoi ?
- La malchance. »

Les autres lapins se sont rapprochés. Ils sont en train de s’asseoir à leur tour, derrière le premier. L'un après l'autre, des plus petits devant aux plus grandes oreilles dans le fond ; un auditoire se compose.

« Vas-y ! l'encourage le premier en se couchant à son tour. Raconte ! Ici, on aime bien les histoires. »


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 1 : Sors de mon auge !
Posté par: Freakazoid le 22 Février 2013 à 13:49:41
Non mais sérieux, arrêtez -_-... Lâchez tous les deux l'affaire, c'est franchement désagréable -_-

Citer
Depuis les arbres, tout autour, l'herbe se met à frémir. Elle trace des sillons vers l'homme étendu dans l'herbe.

Répétition un peu maladroite. Le deuxième "dans l'herbe" ne me semble pas indispensable. D'ailleurs, dans le paragraphe tu répètes pas mal "herbe". A revoir donc !

Mais à part ça, j'aime toujours beaucoup ! J'ai hâte de voir où ça va nous mener  :)
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 1 : Sors de mon auge !
Posté par: Jean-Luc le 22 Février 2013 à 14:10:24
C'est sûr que tu dois fumer la moquette  :P . le secret avec la moquette, il ne faut pas la fumer jusqu'au bout.
 
Comme les rêves que je fais dans mes chasses nocturnes, il faut être capable d'encaisser les brusques changement de situation.
 
ca me plait bien dans la mesure où mes propres rêves sont plus délirants. Bon materiel pour une psychanalise  :-°
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 1 : Sors de mon auge !
Posté par: EriG le 22 Février 2013 à 14:34:51
Certes. Je suis un ancien consommateur de pas mal de choses. Et aujourd'hui, en observant ma mère Alzheimer, il y a des choses qui remontent dans ma mémoire.

Merci Freaka, en effet, on en mangeait, de l'herbe, dans ce paragraphe.
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 2 : Raconte !
Posté par: EriG le 23 Février 2013 à 15:49:52
Finalement, Breaka, il y a certains peuples qu'on met en majuscule. Autant pour moi ;)


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 2 : Raconte !


Ébouriffé, crasseux, couvert de loques... Job balaie l'assemblée du regard. Il est assis en tailleur au centre de la clairière fleurie, devant un auditoire de lapins impatients de connaître ses mésaventures. Ces derniers attendent, couchés en gradins, les oreilles allongées sur le dos pour la plupart. Surgissant de sa barbe, une araignée court se réfugier dans la longue tignasse emmêlée des cheveux noirs de Job.

« Eh bien, commence-t-il... »

Toutes les têtes se tendent en avant.

« Je ne sais pas trop par où commencer ! »

Une oreille blanche se lève, à l'avant de l'assemblée.

« Moi, moi, je sais ! s'écrie un lapin blanc en sautant sur place. »

C'est un véritable albinos. Son corps est minuscule, surtout comparé à ses immenses oreilles. Ses yeux rouges pétillent tandis que ses camarades se remettent à ruminer... chacun y va de son petit commentaire :

« Et voilà ! soupire l'un.
- Y'a Bob qui se rallume ! lance un autre.
- On n'est pas sortis du clapier ! »

Peu à peu, le brouhaha se calme. Vers le fond, une voix haut perchée dit encore :

« Que quelqu'un lui retire les piles ! »

Enfin, c'est à nouveau le silence. Le lapin blanc a rentré la tête dans les épaules, lançant de furtifs coups d’œils autour de lui.

« Euh... oui ? risque Job. »

L'albinos relève la tête et propose :

« Essaie du début !
- Quoi ? »

L'animal hésite un instant, puis...

« T'as qu'à commencer du début !
- Ah ! »
   
Job le contemple encore quelques secondes... le lapin pas tout à fait ; son regard vise un peu à côté de lui. L'homme reprend :

« Heu... merci !
- Pas de quoi !
- Bon alors ? réagissent les autres.
- On peut savoir ?
- On aimerait voir la séance !
- Remboursez ! »

Job laisse une fois de plus les lapins se calmer. Enfin, posément, il commence :

« Voilà : j'étais charpentier et fils de charpentier, comme le Christ. Je construisais les plus belles maisons du pays. »

Tout-à-coup, une oreille blanche se lève :

« Excuse moi, mais...
- C'est pas vrai ! s'excite l'assemblée.
- On saura jamais l'histoire !
- Enfermez-le dans une boîte, qu'il disparaisse ! »

L'albinos balaie les autres du regard...

« Désolé, lance-t-il ! Je m'excuse de vous demander pardon, mais... »

Il se tourne vers Job :

« C'est quoi, le Christ ? »

Un ange passe. Un par un, les lapins se remettent à ruminer, plus calmement...

« C'est pas faux !
- C'est vrai, ça !
- C'est quoi, le Christ ? »

Désarçonné, Job reprend :

« Heu... eh bien... le Christ, c'est Jésus ; notre sauveur ! Le fils de Dieu !
- Oooohhhhhhh ! s'émerveillent les lapins. »

Vers le fond, un gros brun aux oreilles courtes se dresse sur son train arrière. Il demande en levant une patte :

« Donc Dieu, c'est un charpentier ?
- Non !... Enfin si, en quelque sorte, mais... Le charpentier c'est Joseph.
- C'est qui, Joseph ? interroge un noir et blanc à poils longs au centre.
- Joseph, c'est le père adoptif de Jésus.
- Donc Dieu est mort ? réagit un gros noir dans le fond.
- Non, non ! Bien sûr que non, Dieu n'est pas mort ! »

Un brouhaha monte dans l'assistance.

« Alors il a abandonné son fils ? s'insurgent-ils tous. »
- Mais non ! Euh... »

A présent les lapins murmurent entre eux. Finalement le gris au premier rang s'avance et dit :

« Excuse-nous, on t'a pas posé la bonne question ! »

Il tend le cou vers Job, pour ruminer de ses moustaches blanches :

« C'est quoi, une maison ? »

Quelques secondes passent. Enfin, Job reprend :

« Une maison, c'est un abri pour les humains comme moi. On les construit en bois ou en pierre.
- J'ai rien compris ! se lamente l'albinos. »

Au premier abord, ses immenses oreilles le font paraître adulte, mais il a une bouille vraiment jeune. Il louche ! Derrière lui, un lapin blanc-crème se penche et zozote :

« C'est comme un terrier, mais posé sur la terre. Tu peux baisser tes oreilles, s'il te plaît ?
- Aaahhh !
- Et alors, poursuit le lapin gris, tu construisais les plus belles ?
- Les plus belles du Pays, reprend l'homme en écho. Les miennes étaient en bois. »

Tous les lapins sont à nouveau couchés dans l'herbe. L’œil égaré dans ses souvenirs, Job soupire :

« Je les construisais par panneaux. »

Un ange passe encore. Enfin, l'homme regarde l'assistance :

« Dans mon pays d'origine, on construisait des maisons en rondins qu'on empilait les uns sur les autres. Je viens des royaumes francs.
- Des royaumes où on aime la franchise ? intervient encore l'albinos.
- Non ! C'est le nom de mon peuple : les Francs. C'étaient des royaumes plutôt barbares et divisés, avant l'intervention des romains, un peuple très avancé venant du sud avec une grande armée bien disciplinée. Ils ont envahi les Francs, ce qui les a unis par la force des choses. Mais ce n'était pas une mauvaise chose... enfin, de mon point de vue. Je suis né en pays germanique, mais en plein empire romain. Avec eux est arrivée une évolution technologique considérable. Ils apportaient des techniques d'irrigation et de construction bien en avance sur tout ce dont on pouvait rêver en des lieux où, fut un temps, nous aurions ri de nous faire traiter de barbares.

Au royaume des Francs Saliens, on s'est mis à débiter les rondins en tranches, pour fabriquer des coffrages en les remplissant de laine de mouton, là où les gaulois montaient encore des murs en torchis. Ca ne sentait pas forcément bon, mais quelle chaleur dans les foyers l'hiver ! Pourtant, les romains, chez eux, construisaient plutôt en pierre et en marbre. Mais avec eux sont arrivés les chrétiens ; des charpentiers extraordinairement habiles. Ils nous ont apporté Dieu et la construction en tunnel.
- En tunnel ? s'étonne le lapin gris.
- Oui, on montait une charpente sur des fondations... »

Job balaie l'assemblée du regard...

« On fabriquait d'abord un squelette. Un squelette en bois, en forme de tunnel ; coupé en rectangle, mais avec un sommet pointu. On fixait des planches tout autour pour recouvrir la charpente, en ménageant des ouvertures. On recouvrait aussi l'intérieur pour faire des murs remplis de laine et se tenir au chaud. Ensuite, on couvrait le toit avec du chaume. La forme des maisons restait classique ; rectangulaire.

Un jour, j'ai eu l'idée de faire autrement. Comme ça ; dans un rêve. Je ne pourrais pas vous le raconter dans le détail, mais à mon réveil, j'ai su qu'on pourrait d'abord construire les murs. Alors j'ai essayé. J'assemblais un coffrage par terre... le squelette d'un seul mur. Je le couvrais de planches sur un côté, en laissant une porte ou une fenêtre à l'occasion. Ne restait plus qu'à lever la cloison et passer au mur suivant en chevillant le tout. A la fin seulement je couvrais l'intérieur après remplissage des murs avec de la laine de mouton pour l'isolation. Avec cette méthode, je pouvais donner huit côtés à une maison !

- Waaahhhhhh ! s'émerveillent les lapins.
- Huit côtés à un terrier ! rêve l'un.
- Ça doit être beau ! fantasme un autre.
- Mon prochain, je le fais comme ça ! décide un troisième.
- Non ?! s’extasie son voisin.
- Ça alors ! réalise un cinquième lapin.
- Nous aussi, on peut ! terminent-ils tous en chœur. »

A présent, tous les lapins se congratulent les uns-les-autres. Ils se serrent l'oreille, la tête penchée l'un vers l'autre, en se félicitant :

« Bravo, t'es un génie !
- Toi aussi ! »

Puis passent à l'autre voisin :

« Bravo !
- Belle performance !
- T'as vu ?
- Ouaich, nous aussi, on peut !
- Évidemment, pour construire, on creuse !
- Moi, mon terrier, il aura neuf côtés.
- Et moi douze ! »

Enfin, tous se tournent vers Job. Au premier rang, le lapin gris allonge le cou :

« En fait, t'es un genre d'inventeur ? »

Job réfléchit un instant...

« Oui, mais j'ai juste inventé une façon de construire !
- Et tes maisons avaient huit côtés ?
- Pas forcément ! Je pouvais donner la forme que je voulais à une maison ! Un jour, un roi m'a commandé une tour pour sa fille.
- Il voulait la mettre en cage ? demande l'albinos.
- Non, c'était juste une mode. En ce temps là, il était de bon ton que les princesses attendent leur prince charmant cloîtrées en haut d'une tour, gardées par un dragon. »

Au premier rang, un tout petit lapin brun s'avance et risque:

« Un vrai dragon ?
- Non ! Enfin presque ! C'est comme-ça qu'on surnommait les gouvernantes. Quoique... »

Le regard de Job se perd à nouveau dans le vide... Il balaie le premier rang des yeux... Tous les plus jeunes lapins sont devant. Enfin, il se décide :

« Dans le dernier pays que j'ai traversé, il y a une légende qui court ; celle d'une princesse qui attend, gardée par un vrai dragon. »

Tous les petits lapins au premier rang frémissent.

« Un gigantesque lézard volant, avec des dents et des griffes à vous déchiqueter toute une clairière de lapins en une seule assiettée mais... allez savoir... si ça se trouve, le surnom des anciennes gouvernantes a dégénéré en légende...
Pour la fille de ce roi, j'ai bâti une immense tour en bois. Elle s'élevait sur huit étages. Son rez-de-chaussée avait douze côtés. Le premier étage, onze ; Le deuxième, dix ; le troisième, neuf et ainsi de suite jusqu'à quatre au sommet. C'était une magnifique pièce montée.
- Au royaume des Francs ? demande l'albinos, les yeux écarquillés de travers.
- Non, répond Job. Mes idées n'ont pas fait sensation, chez moi. Nul n'est prophète en son pays, a dit le Christ. Et il avait bien raison. Par ailleurs, les chrétiens m'avaient ouvert les yeux, mais mes contemporains n'étaient pas forcément prêts à renoncer à leurs dieux païens. Je passais pour un fou, chez moi. D'un autre côté, l'empire romain s'était afflaibli et commençait à se retirer de nos terres. J'ai suivi le roi Clodion jusqu'à Bavay qu'il rebaptisa Cambrai. Clodion, dit le Chevelu à cause d'une impressionnante tignasse digne de la crinière d'un cheval, profitait du retrait des troupes romaines pour envahir quelque terre voisine afin de maintenir la cohésion entre des royaumes qui commençaient à repartir en discorde.

Là, j'ai entendu parler de cette impressionnante cité moderne, au-delà de la mer du Nord-Ouest, par un nouveau genre de colporteurs qu'on appelait les Camelots.

- Les Camelots ? interroge un lapin brun, vers le fond.
- Oui, les Camelots. Jusque là, les colporteurs, voyageant de place en place, véhiculaient marchandises et nouvelles d'autres pays traversés. On les attendait avec impatience, dans toutes ces places fortifiées qui commençaient à s'ériger de ci, de là. Les colporteurs trompaient l'ennui en apportant avec eux les histoires d'autres contrées. Mais les Camelots, eux, c'était autre chose. Ils étaient les colporteurs du futur. Avec eux arrivaient non seulement de nouvelles inventions, de nouvelles techniques de construction ou encore d'agriculture, mais aussi les légendes d'une cité en avance sur son temps, en plein territoire breton, gouvernée par un roi d'une grande sagesse qui avait unifié ses royaumes sans verser une seule goutte de sang et sans même l'intervention des romains. On disait que toutes les nuits, ce roi rêvait le futur.

Mieux encore : ils invitaient les esprits inventifs de toutes contrées à venir rejoindre la Grande Cité des Camelots, pour aider à poursuivre son édification. A les entendre, elle se composait déjà d'architectures de nombreuses contrées et même de nouvelles, mais appelait encore à plus de mélanges, plus de disparité, plus de fraternité entre les royaumes. Alors j'ai fait le voyage, accompagnant une caravane de Camelots qui rentrait au pays. C'était quelque-chose ! Cavaliers émérites, ils arboraient des armures inspirées des tenues militaires romaines, mais plus légères ; mélanges de pièces de cuirs et de cotes de maille, coiffées de heaumes personnalisés forgés dans un alliage résistant et léger.

Traversant les contrées gallo-romaines, nous avons visité Lutèce, citée semi-insulaire des Parisii sur le fleuve Sequana, laquelle était ceinte d'une gigantesque muraille de pierre. C'est là que j'ai rencontré Marine, ma femme. Jolie gauloise au cheveux cuivrés et aux yeux d'émeraude, elle était fille de chef, mais rêvait elle aussi d'aventure. Je l'ai littéralement enlevée ! Jamais je n'aurais pu rêver pareil périple dans mes rêves d'enfants les plus fous. Sur les côtes armoricaines, nous avons embarqué sur une galère propulsée par des volontaires ! Des galériens rémunérés... quand j'ai vu ça, je me suis demandé si je n'étais pas fou !

Enfin, au terme d'un voyage de plusieurs mois, nous sommes arrivés à la Grande Cité des Camelots. Quoique inachevée, elle était encore plus belle que dans les récits des voyageurs. Parfaitement ronde, à demi-ceinte d'une muraille circulaire en pleine construction... gigantesque ! Hétéroclyte : les maisons en torchis y côtoyaient d'autres demeures en pierre ou en briques d'argile, déjà quelques ouvrages de charpentes en tunnels, couvertes de chaumes, d'ardoises et de tuiles... c'était la Cité des Couleurs. En son centre : un château fort avec une immense cour en son sein.

J'ai bâti notre maison à l'écart de la cité, car je voulais aussi construire une chapelle et un atelier. L'endroit attirait nombre de voyageurs désireux de s'y installer ; la place dévolue aux nouveaux arrivants dans l'enceinte de la muraille était donc limitée. Puis , aidé d'un interprète, j'ai présenté mon projet de constructions par panneaux à la Cour réunissant plusieurs rois bretons et quelques Camelots proclamés chevaliers. J'étais vraiment très intimidé ! Ils m'ont reçu au château, dans une immense salle d'audience où je faisais face à tous les Grands du royaume. Ils étaient tellement enchantés par mon projet qu'ils m'ont confié la construction d'une rue toute entière, partant de l'entrée principale de la muraille jusqu'au palais d'Arthur, le Roi des rois de Bretagne.

Ca m'a pris quelques années au cours desquelles j'ai appris la langue. J'ai bâti des maisons en pentagones, en hexagones, en hoctogones, une demeure en fer à cheval, une autre en forme de diamant... et ainsi s'est construite l'Avenue de Chêne de la Cité des Camelots, accueillant toujours plus de voyageurs. Un jour, le Roi m'a demandé une tour pour sa fille.

- Pour attendre son prince ? se souvient le lapin blanc.
- Non... pas exactement. »

A cet instant, Job soupire. Il laisse passer quelques secondes, puis...

« Elle était malade.
- Oh ! soupire à son tour un lapin jaune au milieu de l'assistance.
- La pauvre ! enchaine un autre...
- Qu'est-ce qu'elle avait ? demande un troisième.
- Personne ne le savait, répond Job. Pour tout dire, personne ne la voyait plus. On disait qu'elle avait été ensorcelée par quelque maléfice. Je ne l'ai vue qu'une fois et elle faisait peine à voir. Jeune, dans les quinze ans, on eût dit qu'elle vieillissait avant l'âge. Maigre, le visage ridé et pelant par endroits, perdant ses cheveux d'une couleur déjà indéfinissable... Je lui ai construit sa tour ; comme je l'ai dit une véritable pièce montée, au milieu de la cour du château fort. Et puis un jour... »

A nouveau, le silence. Le chant de la tourterelle, dans les bois, vient appuyer le bourdonnement incessant des abeilles.

« Oui ? insiste le lapin gris.
- Oui, oui, oui ! chantent en choeur ses camarades alignés en gradins.
- On veut savoir !
- Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Job laisse passer encore quelques instants, les bras levés devant lui. On entend aussi souffler le feuillage des arbres tout autour. Un bourdon vient voleter, lourdement, devant ses paumes ouvertes doigts en l'air. En vrombissant, le gros insecte jaune et noir touche un annulaire, puis un index, passe à l'autre main ; renifle un pouce, un auriculaire et s'en va.

Tous les lapins ont les oreilles tendues en avant. Enfin, Job se décide :

« Un tremblement de terre est passé. »


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 2 : raconte !
Posté par: Freakazoid le 23 Février 2013 à 18:12:37
J'aime toujours et ce passage est mon préféré pour le moment. Les lapins sont vraiment attachants, notamment avec l'histoire de Jésus ^^. Et puis le récit de Job est intriguant. Je n'aurai jamais pensé après le 1er chapitre qu'on arriverait à Camelot. Je sais pas où tu te diriges avec ces textes mais si je ne sais pas encore si la destination va me plaire, j'apprécie le voyage pour l'instant.

Bon, j'ai trouvé un peu lourdingue le premier passage historique sur les techniques de construction etc. Je ne saurai pas dire pourquoi mais autant les autres j'ai suivi sans problème, autant là, j'avais des problèmes à rester dans le texte.

Une question cependant, pour être sûr d'avoir compris : la princesse malade, ce serait donc la fille d'Arthur, c'est ça ?
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 2 : raconte !
Posté par: EriG le 23 Février 2013 à 18:42:47
C'est ça, et attends toi à ce que je bouscule un peu l'histoire par rapport à ce qu'on y trouve dans les légendes, notamment dans les rôles des personnages et les généalogies. Pour te révéler d'avance un petit secret sans te dire qui c'est, il va à un moment donné apparaître un scribe qui note un peu les chroniques du royaume comme bon lui chante.  ;)

Quant-aux descriptions de charpentes, c'est vrai que même moi, je trouve ça un peu lourd, mais nécessaire pour la compréhension de la suite. Je crois qu'il va falloir par moments être un peu indulgent avec mon narrateur qui est un personnage très con et pas très bon conteur, au moins en attendant que quelqu'un me trouve comment alléger un peu ses descriptions.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 2 : raconte !
Posté par: Freakazoid le 23 Février 2013 à 18:44:24
Ok, j'étais pas sûr : soit tu construisais ta propre légende, soit c'est moi qui était pas au courant  :-[
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 2 : raconte !
Posté par: EriG le 23 Février 2013 à 18:52:18
Merci ;) t'as vu ? On se croise !  :D Par ailleurs, au cas où tu trouverais achroniques certaines remarques des lapins, c'est normal qu'ils connaissent les piles, mais je ne te dirai pas tout de suite pourquoi. Quant-à savoir où on va, on n'est pas sortis du clapier, les deux histoires vont bientôt se croiser.


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 3 : C'est les tornades, qui passent !


Un frémissement parcourt l'assemblée rangée en gradins devant Job. Au deuxième rang, un lapin jaune s'exclame :

« Dur ! »

Joignant ses petites pattes avant, le gris lève un regard contrit et rumine :

« Mortel, le tremblement de terre ?
- En temps ordinaire, non ! Ce n'était pas le premier, mais...
- 'scuse moi ! intervient l'albinos en levant une oreille.
- Non ! rouspète l'auditoire.
- Pas encore !
- Mais finissez-le en civet, qu'on connaisse la suite !
- Par pitié ! »

Leur mécontentement remonte l'assemblée comme une vague vers le dernier rang. Job se tourne vers le lapin blanc :

« Oui ?
- C'est les tornades qui passent ! Un tremblement de terre, ça passe pas, ça tremble !
- Oui, non, mais alors ça, zozotte le blanc-crème derrière lui...
- On s'en tape les claquettes, termine un autre, plus loin. »

Job reprend sa respiration. Des murmures parcourent encore les lapins :

« C'est vrai, quoi !
- Qu'il passe ou qu'il tremble...
- Rien à taper !
- Quand-est-ce qu'on le mange ?
- Désolé ! minaude l'albinos en rentrant la tête dans les épaules. Je trouvais ça important... »

Progressivement, le calme revient. On entend à nouveau chanter la forêt tout autour de la clairière. Le petit blanc lance encore d'une toute petite voix :

« C'est vrai, quoi ! Ça laisse pas de trajectoire, un tremblement de terre ! »

Toujours assis en tailleur, Job réfléchit un instant. Il regarde le lapin blanc et dit :

« Non, mais, en fait, c'est pertinent ! Je te remercie, il se trouve que ce tremblement de terre là en a laissé une.
- Quoi, une trajectoire ?
- Oui. »

L'albinos baisse l'oreille. Il demande :

« Comment ? »

Job répond :

« Un matin, tout s'est mis à trembler. »

Pendant un instant, il balaie l'assemblée du regard...

« D'abord une petite secousse. J'étais encore au lit. Je sortais d'un rêve assez tribal. Il faut savoir que la Vallée des Camelots est un lieu vraiment particulier. Déjà, chez moi, il m'arrivait de rêver de choses vraiment étranges, très riches en idées qui, mises en application, pouvaient donner lieu à des inventions très intéressantes. C'est d'ailleurs comme ça que l'idée m'était venue de construire mes maisons par panneaux ; je vous l'ai peut-être déjà dit. Mais ça restait plutôt rare.
Par contre, dès que je me suis installé près de la Cité des Camelots, ces rêves ce sont multipliés. C'était comme visiter d'autres mondes, bien plus avancés ; des univers magiques où les chandelles s'allumaient d'un claquement de doigts ; où les maisons touchaient les nuages ; où les chariots avançaient d'eux-même sans être tirés par aucun animal et où certains même volaient haut dans le ciel. Je me suis très vite rendu compte que je n'étais pas le seul à visiter ces mondes dans mes rêves, que les Camelots avaient bâti leur Cité des Inventeurs sur une terre soit bénie de Dieu, soit baignée par la sorcellerie.
Un jour, pour en avoir le coeur net, j'ai suivi Myrdhin, le sorcier de la Cour, sur plusieurs lieues, pour découvrir un improbable assemblage de pierres au centre d'une plaine immense. Gigantesques, disposées en cercles concentriques coiffés d'autres blocs de granit, elles siégeaient autour d'un autel païen paraissant se dresser là depuis des lustres... ce jour-là, vous savez, j'ai vraiment hésité entre repartir avec ma famille vivre en des lieux plus sains, ou rester dans l'espoir d'évangéliser ces adorateurs de pierres suspendues. J'ai choisi de rester.

- Suspendues ? demande encore l'albinos.
- Il parle de Stonehenze, zozotte le blanc-crème derrière lui.
- Pardon ? s'étonne Job.
- Non, rien ! intervient le lapin gris. T'occupes ! T'allais nous parler du tremblement de terre. Tu sortais d'un rêve, et...
- Ah, oui ! se souvient Job. Dans ce rêve, des gens dansaient dehors, sous les étoiles, devant une grande muraille en damier noir et blanc. Le mur crachait une vibration énorme accompagnée de sons étranges, sous des lumières colorées. La musique était plutôt rythmée, mais forte ! Ça tremblait de partout et les gens criaient : « Allez ! », en sautant sur place. Une bonne part d'entre eux étaient chauves. Bon nombre arboraient des bijoux plantés un peu partout dans le visage et même dans les bras.

- Wahhh, s'exclame le petit brun au premier rang. Ça, c'est un rêve effrayant !
- Oui et non... en même temps, la musique était... je ne sais pas... vraiment très entraînante. Mais c'était étrange. Je dansais... ou plutôt je sautillais machinalement sur place. Quelqu'un me parlait, à ma droite.

J'ai tourné la tête.

Là, un autre type dansait aussi en me souriant. Le crâne rasé sur les côtés, il avait les cheveux verts et coiffés en crête comme un plumeau sur un heaume. Un anneau lui transperçait le nez et quatre autres les oreilles. Un petit point vert clignotait au milieu de son front. J'ai dit :

        « Pardon ?
        - Ça tremble hein ?
        - Ah ! »

Il hurlait en sautant sur place :

        « C'est un pote qui fabrique les blanches !
        - Ah bon ? »

Je ne comprenais rien à son charabia. Soudain, tout s'est mis à disparaître. Il faisait de plus en plus noir, j'entendais de moins en moins la musique... Et je me suis réveillé. Je me suis retrouvé au lit, mais ça tremblait toujours. Marine avait déjà quitté la paillasse.
- Ta femme ? demande le lapin gris.
- Oui... »

Job laisse passer quelques secondes...

« Je vous l'ai peut-être dit aussi, elle était fille d'un chef Gaulois. Le roi des Parisii pour être précis. Je l'avais enlevée durant mon voyage depuis ma terre natale... »

Un ange passe encore. On voit une larme couler du coin de l'oeil de Job, pour disparaître dans sa barbe. D'une voix chargée d'émotion, l'homme poursuit :

« Blonde aux reflets cuivrés... elle accrochait le Soleil chaque fois qu'elle tournait la tête.
- Laquelle ? demande le gros brun vers le fond. La tienne ou la sienne ?
- Pardon ?
- Elle tournait quelle tête ? précise un autre lapin sur la droite.
- Les deux, mon Capitaine, répond Job. »

Son regard se perd dans le vide.

« Elle était déjà levée. J'étais seul dans la chambre austère, allongé sur mon lit ; un grand matelas rembourré d'un mélange de plumes et de paillasse. Et ça tremblait ! Sous la fenêtre, le gros coffre qui me servait de commode s'était séparé du mur. Il avançait vers le lit à pas de fourmis. Face à lui, La penderie de Marine s'était aussi mise en mouvement, s'éloignant des lambris de la cloison. Devant moi, les contours de la porte me parvenaient plus que flous ; pas moyen de décider si c'était à cause de mes tremblements ou des siens. Tout l'univers vibrait dans un grondement bas et régulier, alors que mes paupières collaient encore.
- 'scuse moi ! lance l'albinos en levant une oreille, provoquant de nouveau la désapprobation des autres lapins.
- Oui ? soupire Job.
- C'est quoi les lambris ? »

Le lapin gris intervient en levant une patte.

« Tu permets ? demande-t-il à Job.
- Heu, je t'en prie !
- Ta maison, c'est toi qui l'a construite ?
- Euh, oui !
- Écoute ! poursuit le gris à l'intention de l'albinos. Lui, continue-t-il en montrant l'homme de la patte, il construit des maisons en bois...
- Je construisais, le coupe Job.
- On s'en tape. Ses maisons étaient en bois. Donc les lambris, c'est du bois, et tout ce que t'entends et que tu comprends pas, c'est du bois. Répète après moi : c'est du bois ! A toi :
- C'est du bois, répète l'albinos, penaud.
- Voilà, termine le gris en regardant Job ! Continue, et si tu peux faire court, s'il te plaît, ce serait bien, on aimerait savoir !
- Ah, heu... d'accord. »

Job rassemble ses esprits.

« Eh bien, ça a tremblé, comme ça, presque jusqu'à ce que les meubles touchent le lit, et puis ça s'est arrêté.
- C'était du petit tremblement de terre, lance une voix vers le fond.
- Oui, mais, ce n'était qu'une alerte, reprend Job. Ça a recommencé, plus tard, vers le milieu de la matinée. J'étais dans mon atelier, une dépendance en forme de zome... »

L'Albinos lève une oreille...

« Le zome, c'est du bois ! lui crache le lapin gris au visage. »

Ce dernier s'immobilise quelques secondes, les yeux presque exorbités. Il inspire un grand coup, puis...

« Désolé, expire-t-il. Par pitié, laisse le monsieur conter son histoire ! »

Le petit albinos aux si grandes oreilles a presque complètement rentré la tête dans ses épaules.

« Merci, reprend Job. Mais en fait, le zome, c'est plus une forme géométrique que j'ai découverte dans un rêve. Une sorte de dôme à facettes en losanges qui...
- Le tremblement de terre ! le coupe le lapin gris. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Eh bien, ça a tremblé une deuxième fois. Je travaillais dans mon atelier, avec mon fils aîné ; Adam.
- T'as un fils ? demande le gros lapin noir au dernier rang.
- J'avais cinq enfants. Adam, Noé, Moïse, Ève, Marie.
- Pas mal, pour un humain ! s'exclame le jaune.
- J'espérais bien en faire douze.
- Toute une portée ?! s'écrie encore une voix, dans le fond.
- T'as du courage, commente une autre.
- Faut du savoir faire ! termine une troisième.
- Oui, reprend Job, enfin... on ne les fait pas tous en même temps non plus ! »

Il soupire et reprend  :

« Je m'y vois encore... Je dessine des plans sur parchemin avec mon fils de quinze ans pour lui apprendre le métier. »

L'homme trace un carré du doigt dans l'herbe devant lui..

« Étalés sur de grandes tables, ces dessins représentent les vues d'une maison qu'on va construire. Lui, seul rouquin de la famille, penche effrontément ses taches de son vers l'un des plans que je viens de finir et s'exclame :

        « Dis-donc, si tu poses ton toit là-dessus, tu vas avoir des problèmes !
        - Quoi ? »

Je suis absorbé par la réalisation d'une fenêtre hexagonale. Une grande page de parchemin vierge est étalée devant moi... j'y vois presque les bords apparaître...

        « Tu poses un toit en double pente, sur une maison à six côtés...
        - Et alors ?
        - T'auras quatre murs en biais, par rapport à la poutre faîtière.
        - Et alors ?
        - Tu les as taillés droit, sur le dessus. Ton toit, lui, va se poser en biseau !
        - Hein ?
        - En pente ! »

C'est à ce moment que le sol s'est remis à trembler. Je l'ai senti d'abord par la plante des pieds. C'est monté le long de mes jambes, puis jusqu'au bassin... J'ai relevé la tête. Devant moi, un pot de craies en calcaire et un bocal de buvards s'entrechoquaient déjà sur une étagère. Le contour des losanges du zôme devenait flou, comme tracé à la craie... Je commençais à sentir mes genoux comme du coton.
- Ton zome, là, intervient le lapin gris, c'est difficile à se représenter. »

Job réfléchit un instant. Il reprend :

« Imagine qu'on développe une sorte de dôme à facettes à partir d'un polygone régulier, comme un carré, un hexagone, ou encore un octogone pour un zome huit. Ca part vers le haut en spirale. Mon atelier d'étude reposait d'abord sur huit faces en triangles penchées vers l'extérieur, sur lesquelles venait se poser une autre rangée de huit losanges verticaux comprenant deux portes et deux fenêtres disposés en croix. Le toit fermait l'ouvrage, par trois autres rangées de losanges tournés vers l'intérieur.
- Dis-donc... commence le lapin noir...
- Qu'est-ce que c'est rasoir ! poursuit un autre.
- Tu peux pas simplifier tes descriptions ? enchaîne un troisième. »

A nouveau, c'est le brouhaha dans l'assistance. Finalement, l'assemblée se calme encore. Le lapin gris semble réfléchir un instant, puis :

« Ça ressemble à un diamant bien taillé, ton truc.
- Tu connais les diamants ? s'étonne Job.
- J'en ai déjà vu, répond l'animal.
- Ah, d'accord. Eh bien, imagine-toi à l'intérieur d'un diamant en bois taillé sur huit côtés, posé la pointe vers le ciel. Sur quatre faces verticales s'ouvrent en croix deux portes et deux fenêtres. Sur les quatre autres, des étagères couvertes de rouleaux de parchemin, de pots de craie, de bouteilles d'encre, de nécessaires à dessin et à calligraphie se brouillent dans un flou artistique total. Toi, tu ne sens plus tes genoux ni ton ventre tellement t'as les talons et la poitrine qui tremblent. Autour de toi, de grandes tables à dessin sont lancées dans un ballet au ralenti et tout l'univers vibre.
- Aaaahhhhhh ! Merci.
- A ton service ! En levant les yeux, j'ai vu l'un des panneaux du toit qui commençait à céder. Une pointe du losange s'était désolidarsiée du reste. Le panneau s'est mis à pendre, toujours accroché par l'autre pointe. Je pouvais distinguer le chaume du toit par la nouvelle ouverture. Pendant un instant, on s'est regardés, Adam et moi, sans oser bouger. La mode était revenue aux coiffures mi-longues. Mon fils avait les cheveux légers pour un rouquin. Un nuage de rouille volait tout autour de sa tête, au-dessus de sa tunique brune. Ses yeux verts se diluaient dans son visage ; je ne voyais plus du tout ses taches de son. Derrière lui, une table dérivant sur la droite ouvrait un chemin vers la porte sud. »

J'ai tendu un bras vers elle en criant :    

« Sauve qui peut ! »

Et j'ai tourné les talons vers la porte nord. Tout s'est passé à une vitesse vertigineuse. L'instant d'avant, je me jetais sous une table qui me barrait le chemin. Je les avais bâties en chêne massif, rectangulaires, sur six pieds chacune. J'ai jailli de sous la table, pour voler littéralement vers la porte. Dans le même temps, j'ai entendu un fracas phénoménal derrière moi. Le panneau en losange avait dû s'abattre du plafont, mais je ne suis pas resté pour vérifier cette théorie. J'ai ouvert la porte à la volée et je me suis retrouvé dans la cour. Devant moi, la chapelle découpait sa silhouette sur un ciel parfaitement bleu.

- La chapelle ? demande une voix vers le troisième rang.
- Oui, répond Job. C'est aussi un bâtiment que j'avais construit, mais pour le culte. C'est entre autres ma dévotion à Dieu qui m'avait poussé à trouver de nouvelles manières de construire. Je voulais une chapelle en croix, mais avec des angles adoucis. Pour l'heure, elle tremblait aussi de toutes ses planches sous son toit d'ardoises. »

L'albinos lève timidement une oreille :

« Excuse-moi, dit-il, penaud. Mais, culte... dévotion...
- C'est du bois, répond gentiment le lapin gris. Jusqu'à ce que tu trouve tout seul ce que c'est, c'est du bois. Mais pour ça, il faut écouter le monsieur, d'accord ? »

Le blanc hoche la tête. Le gris reprend pour Job :

« Et alors ? T'es sorti en courant et...
- J'ai entendu le fracas gonfler derrière moi. A mi-chemin entre l'atelier et la chapelle, je me suis retourné, juste à temps pour voir s'effondrer mon zome. Les faces en losange s'empilaient les unes sur les autres dans un concert de craquements, sous une explosion de planches et de copeaux s'envolant dans tous les sens dans un nuage de poussière.

Un pied de table a soudain envahi tout le décor.

Tournoyant sur lui-même, en une seconde à peine, il a grossi, enflé, gonflé, au beau milieu d'un magnifique feu d'artifices de copeaux en tous genres... J'ai juste eu le temps d'en imprimer la coupe dans ma mémoire. Parfaitement carrée elle présentait l'estampille calligraphiée en bas-relief de votre serviteur. Puis j'ai perdu connaissance, dans une explosion de douleur. »


A suivre...
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 4 : Viviane
Posté par: EriG le 25 Février 2013 à 13:42:35
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 4 : Viviane (Interlude)


Quelque part dans une légende...


La mi-journée approche, mais Viviane n'a pas quitté le lit. Elle se sent toute petite, au milieu des baldaquins roses. Mais c'est son lit... rassurant ; confortable. La nausée ne la quitte plus. C'est comme un mal de mer permanent, sans le roulis des vagues. Avec un soupir las, Viviane regarde autour d'elle... une chambre carrée ; deux commodes ouvragées, un gros coffre en bois, une table de toilette entourée de miroirs, une autre table couverte de pierres de toutes les formes, une grande bibliothèque présentant non pas des livres, mais des galets de toutes les couleurs... et le chat, bleu-gris, ébouriffé comme un nuage. Il est couché sur une chaise rembourrée de coussins mauves. Tout autour, des murs couverts de tapisseries roses, trois fenêtres rectangulaires, une porte brune...

Celle-ci s'ouvre, vers l'intérieur. Un vieillard entre dans la chambre. Il porte un long manteau vert tombant comme une robe délicatement ouvragée. Une imposante barbe blanche repose dessus. Mais le haut de son crâne est lisse comme la peau d'un bébé. C'est Mog ; juste Mog. Il est craint par tous les sujets du royaume, ou presque. Certains disent qu'il est le fils d'un démon, d'autres qu'il peut vous foudroyer d'une seule pensée, même de l'autre bout du Monde... étrange personnage aux colères redoutables se faisant appeler Myrdhin ou Marzhin selon ses humeurs.

Viviane s'en fiche ; pour elle, c'est Mog. Son Mog. Elle l'a baptisé ainsi, comme elle le fait avec tous les gens qu'elle aime. Il s'approche. Un bol en terre fume dans une de ses main. Il demande :

« Comment vous sentez-vous ? »

D'un ton monocorde, elle répond :

« J'ai mal au cœur. Ma peau me démange... regarde ! »

Elle tire une mèche de ses cheveux déjà épars. Ils viennent sans résistance.

« Je les ai presque tous perdus. »

Le vieillard prend délicatement la mèche de sa main libre.

« Qu'est-ce que j'ai ? demande Viviane. »

L'homme s'assoit sur le bord du lit. Il tient toujours le bol en terre.

« Je ne sais pas, répond-il d'une voix lasse. Votre peau est comme brûlée par le Soleil, mais vous ne vous exposez pas. Vous présentez les nausées de la future mère, mais vous ne portez pas d'enfant. Et à seize ans vos cheveux s'en vont comme ceux d'un vieillard. Je cherche. Mais je n'avais encore jamais rencontré cette maladie. »

Viviane prend alors la mesure du chagrin qui a envahi son Mog. Ce dernier sursaute, faisant jaillir quelques grosses gouttes huileuses du bol. Il s'exclame :

« Ne m'écoutez pas. Ce n'est pas la première fois que les démons me résistent. Je vais trouver.
- Je sais, tu peux tout guérir.
- Que les dieux vous entendent !
- Je croyais qu'on les mettait au rebus ! »

Mog sourit :

« Ce n'est pas aussi simple, mais vous m'avez eu. J'aurais peut-être dû dire par tous les saints. »

Il réfléchit un instant, puis :

« Disons que nos dieux sont maintenant soumis à une puisance qui les englobe tous, et qui est unique. C'est le prix à payer, pour unifier les royaumes.
- Unifier les royaumes, murmure-t-elle...
- C'était votre idée, répond Mog.
- A d'autres ! »

Viviane se perd à son tour dans ses pensées. Toute petite, elle était déjà rêveuse. Elle sait bien que son père n'a pas attendu sa venue au monde pour unifier les royaumes. Mais maintenir la paix entre les rois n'était pas chose facile. Dès qu'elle eut l'âge de comprendre, elle le voyait parfois, lui, Roi des rois, perdre courage. Elle le suivait jusqu'à sa retraite dans la salle la plus haute d'une des tours du chateau, et le trouvait là, assis sur une simple caisse de bois constituant l'unique mobilier de sa pièce à penser. Le coude sur la cuisse et le front sans la main gauche... le géant à barbe rousse paraissait soudain vulnérable. Alors elle allait se blottir contre lui, pour lui conter à son tour des histoires de royaumes où personne ne parle plus fort qu'un autre... à lui qui, quand il ne partait pas en voyage, venait la border tous les soir.

Depuis qu'elle tient le lit, rêveuse, elle l'est maintenant à plein temps. Soudain, Mog s'exclame :

« Je ne laisserai aucun mal vous emporter ! Vous avez déjà sauvé votre royaume. »

Il soupire, puis :

« Tenez, termine-t-il en tendant le bol. Ce bouillon devrait soulager vos démangeaisons et la nausée en même temps. »

Tandis qu'elle tend la main pour prendre le bol, il attrape délicatement le bras de Viviane et l'examine. Une tache rouge s'étend sur tout son avant-bras. La peau pèle par endroits.

« Ca a encore tremblé, dit-elle. »

Sur sa chaise, le chat miaule. La princesse reprend :

« C'était encore plus fort ! »

Le félin se lève sur ses pattes, tourne autour de lui-même et se recouche.
   
« J'ai cru que la tour allait tomber ! termine Viviane. »

Le vieillard lâche son bras et soupire encore :

« Elle est solide.
- Je sais, répond-elle le bol dans les mains. Mais c'était très effrayant. Dis-moi, s'il te plaît : est-ce que toutes les maisons ont tenu ? »

Le chat émet un deuxième miaulement en se relevant sur ses pattes. Long, plaintif...

« Qu'est-ce que tu as, toi ? demande le vieillard en se levant à son tour. »

L'animal saute sur le rebord en bois d'une fenêtre. Le vieil homme le suit. Il ouvre, se penche...

« Votre prétendant est là, lance-t-il par-dessus son épaule.
- Ce n'est pas mon prétendant !
- Pas possible ! murmure le vieillard comme pour lui-même. »

Se penchant un peu plus, il crie :

« La princesse est souffrante. Elle te recevra plus tard, si tu veux bien. »

Une voix étouffée parvient aux oreilles de Viviane, trop loin pour la comprendre. Mog reprend, toujours en criant :

« Est-il conscient ? »

La voix répond. Le vieil homme s'exclame :

« J'arrive ! »

Revenant vers la princesse, il dit :

« Il est venu pour moi.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande Viviane. Il va bien ?
- Votre amoureux va bien.
- Ce n'est pas mon amoureux. Il vient juste me tenir compagnie, faire la sérénade de temps en temps pour me faire passer le temps. Tu vois, par gentillesse ; pas par pitié, comme les autres. »

Le visage de la princesse s'assombrit.

« Je deviens de plus en plus laide. Qui voudrait de moi ?
- Lui, sans doute. Et je ne crois pas qu'il vous trouve laide.
- Mais il n'est pas prince. Il n'est même pas chevalier. Père ne voudra pas de lui.
- En ce qui me concerne, il peut bien être le prince des rouquins s'il veut, je l'aime bien.
- Pourquoi a-t-il besoin de toi ?
- Il était un peu confus. Apparemment, lors de la dernière secousse, son père a reçu un pied de table en pleine figure. Ca n'a pas l'air méchant, mais il faut que j'aille voir.
- Ah, son père ! »


A mi-chemin entre le lit et la porte, Mog se retourne. Il remarque :

« Vous n'avez pas l'air de le porter dans votre cœur. »

Viviane réfléchit...

« Le grand architecte de génie qui a changé la face du royaume...
- Il a redonné un visage à la Cité, mais... justement ! C'est bien. Et il a toujours été correct avec tous les ouvriers qu'on lui a fournis. Que lui reprochez-vous ?
- Je ne sais pas, répond la jeune fille en toussant. C'est vrai qu'il a des idées géniales. Je l'ai rencontré quand il a bâti ma tour. Il parle tout le temps, soit de lui-même, soit de Dieu. Il pars dans de grandes envolées lyriques mais... quand tu creuses un peu, tu t'aperçois qu'il n'a vraiment pas inventé l'eau chaude. Ewan peut tailler un cheval dans la souche d'un arbre, ce sera tellement vrai que tu t'écarteras pour ne pas prendre un coup de sabot. Et il a beau chanter faux, quand il te conte une histoire, c'est pareil. A côté, son père parle fièrement d'en faire un charpentier, sans s'apercevoir qu'il pratique lui-même un travail d'architecte... je ne sais pas. C'est comme si le roi des cons avait engendré le prince des anges.
- Princesse !
- Désolée ! Ca m'a échappé. »

Le vieil homme la contemple un instant. Il se retourne pour sortir, regarde les pierres étalées sur la table...

« Encore des nouvelles ? »

Il s'avance, en prend une...

« Père m'en a rapporté de son dernier voyage dans les terres de l'est, au-delà de la mer.
- Elles sont chaudes, murmure-t-il, pensif...  »

Il la soupèse, la retourne dans tous les sens.

« Votre père a souffert du mal des voyages, ces derniers temps. »

Le vieil homme reste là, la pierre dans la main. On entend une voix assourdie, par la fenêtre... Le chat miaule encore.

« M'en prêteriez-vous une ? demande Mog.
- Mais... volontiers, répond la princesse, indécise. »

Toujours l'air perdu dans ses pensées, Mog ouvre la porte. Il s'apprête à sortir, mais Viviane dit encore :

« Est-ce que ça va trembler à nouveau ? Ca n'était jamais arrivé deux fois de suite. Et jamais aussi fort ! »

Le vieil homme réfléchit un instant, répond :

« Il est probable que non. Mais votre tour est solide. Si ça tremble encore, elle tiendra. »

Puis il sort en refermant la porte derrière lui.


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 4 : Viviane
Posté par: Freakazoid le 25 Février 2013 à 14:10:22
Mog... Est-ce que par hasard tu n'apprécierais pas la saga Final Fantasy ? Parce que si c'est une coïncidence, ça fait bizarre étant donné qu'un mog, pour moi, c'est ça

(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fastuce-soluce.playfrance.com%2Fimages%2Fthumb%2Fb%2Fb8%2FMog.jpg%2F180px-Mog.jpg&hash=104dc83efd54e8e55f17f81f116a6f618867fd1d)

Sinon, y a vraiment énormément de récits ! C'en est perturbant mais toujours fascinant ^^
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 4 : Viviane
Posté par: EriG le 25 Février 2013 à 14:19:42
J'aime bien Final Fantasy, autant les jeux qu'au cinéma. En fait, entre Viviane et Merlin car c'est bien lui, il y a tellement de tendresse que là où les autres voient le vieil homme comme un sorcier redoutable, elle, elle le voit un peu comme une grosse peluche qui prend soin d'elle. C'est doux, comme nom, Mog.

Par ailleurs, je sais que c'est un peu déstabilisant, mais je vais commencer encore une autre histoire. Promis : un seul chapitre. Et ensuite je reprends la première. C'est que... la prochaine est un peu charnière entre les deux précédentes  ;)
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ; L'Homme qui..., chapitre 4 : Viviane
Posté par: Freakazoid le 25 Février 2013 à 15:00:39
J'aime bien Final Fantasy, autant les jeux qu'au cinéma. En fait, entre les deux, il y a tellement de tendresse que là où les autres voient le vieil homme comme un sorcier redoutable, elle, elle le voit un peu comme une grosse peluche qui prend soin d'elle. C'est doux, comme nom, Mog.

Mon message manquait peut-être un peu de smiley car en vrai, si c'est une référence à Final Fantasy, j'aime :)

D'ailleurs, Void X Time répond au fait que je n'ai jamais trouvé d'aventures "Final Fantasiesque" dans la littérature fantastique.
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ; chapitre 1 : Eveil
Posté par: EriG le 25 Février 2013 à 15:04:11
 :) Ils ont un peu créé le genre avec le jeu-vidéo puis le film, que j'ai adoré. D'ailleurs, tu me rappelles que j'ai un chapitre 5 à lire ;)


Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 1 : Eveil

Je me suis réveillé... j'ai ouvert les yeux et j'ai vu un ange. Elle a dit : « Bonjour ! », avec un sourire éclatant planté dans un visage vert pâle. Ses yeux émeraude me fixaient, sous de fins épis couleur paille mêlés de brins d'herbe. Quant à ses oreilles !...

J'ai refermé les yeux ; les elfes, ça n'existe pas. La tête encore lourde de sommeil, j'essayais de replonger dans un rêve déjà effacé de ma mémoire... ou presque. Je courais... sur une passerelle en planches... devant moi, une toute petite maison en bois, carrée, la porte grande ouverte et là, tendant les bras vers moi... une vision d'horreur ! un cadavre tout droit sorti de sa tombe... une morte en chemise de nuit blanche, décharnée, presque chauve et les yeux enfoncés dans leurs orbites mais... je n'avais pas peur. Je voulais l'atteindre, la serrer dans mes bras mais la passerelle s'arrêtait deux bonnes foulées avant la maison, surplombant un vide insondable. Les bras battant l'air, j'ai sauté...

« Je sais que t'es réveillé. »

L'elfe avait une voix douce et mélodieuse, mais jeune. Trop jeune, pour comprendre qu'elle n'était qu'un rêve. Douze ans... treize, peut-être. J'ai essayé de la chasser, comme on chasse un moustique. Du fond de la couverture où j'essayais de me rendormir, j'ai marmonné :

« Non, laisse moi ! »

Je me suis retrouvé assis ; moi aussi, j'avais une voix d'enfant ! Une voix qui n'était plus la mienne depuis... Je contemplais un visage vert ! C'était joli. Lumineux, même. Une lueur amusée dansait au fond de son regard au blanc aussi éclatant que les perles de son sourire. Ses cheveux en épis laissaient respirer des oreilles délicates et pointues. Elle était assise sur une chaise blanche, les mains croisées sur un collant vert clair. Sa tunique, plus foncée, laissait voir un léger renflement à hauteur de poitrine. J'ai croisé son regard...

Gêné, j'ai détourné le mien.

« Mais... mais... balbutiais-je en balayant la pièce des yeux. »

J'étais dans une chambre, assis sur un lit simple, les jambes encore allongées sous une grosse couverture feuille de chêne. J'ai posé les mains dessus en relevant les genoux ; c'était incroyablement doux au toucher et léger comme une plume. Un parfum de fleurs emplissait mes narines. On n'entendait rien.

« C'est pas possible, je rêve ! »

Les murs d'un blanc ivoire s'ornaient de plinthes vert pâle. Même les meubles s'éclairaient d'un vert éclatant ; une commode, un bureau et une table de nuit près du lit... avec un liseré or autour des tiroirs. A gauche, par une fenêtre circulaire, je distinguais des arbres, dehors.

« Tiens, bois ça ! »

Elle me tendait un grand verre transparent, où pétillait un breuvage rose. Elle n'avait pas bougé. Près d'elle ; juste une table de chevet, au tiroir clos. D'où sortait ce verre ?

« Ca va pas te tuer si tu rêves !
- Mais... mais...  »

Ma main se tendait machinalement vers le breuvage.

« Mais enfin, t'es une elfe ! On est où ?
- Une elfe ? »

Elle a semblé réfléchir un instant, la tête penchée sur le côté, puis :

« Je suis pas une elfe ! Attends... »

Elle a secoué la tête et soudain, tout est devenu bleu...

« Tu vois, je suis pas une elfe ! »

Tout ce qui était vert, sauf les arbres, dehors. Même sa peau, son regard et les mèches, dans ses cheveux !

« C'est vert, les elfes, non ? »

J'ai refermé les yeux dans un vertige. Puis je me suis souvenu que c'était un rêve. L’elfe était toujours là ; je l'entendais encore :

« Ferme les yeux si tu veux, mais tu vas en mettre partout ! »

C'était un rêve ; je les ai rouverts ! Encore. Tout était bleu. Pas vert. Sauf les murs... des murs changeants ! Des murs vivants... comme recouverts d'une brume ivoire, mais à l'intérieur. S’il n’y avait pas eu les plinthes bleu-ciel au sol et au plafond…

J'ai saisi le breuvage. Ca pétillait sur la paume de ma main, même à travers le verre. Il était froid, presque engourdissant. Je l'ai porté à ma bouche pour en prendre une gorgée. Ca avait un goût de fraise, très prononcé mais agréable. Des milliers d'épines minuscules frappaient ma gorge de l'intérieur, avec la fraîcheur du monde réel. Mais rien n'avait de sens autour de moi.

« Merci !
- A ton service. »

Même en bleu, elle était jolie. Son teint ciel faisait ressortir des lèvres nuit aussi délicates qu'une gousse de vanille. De sa tunique bleu-marine émergeaient les manches d’un haut plus clair qui coulait presque jusqu’aux coudes. Ses cheveux semblaient plus longs. Toujours blonds, mêlés de mèches bleues, ils encadraient maintenant ses oreilles pointues et son visage.

Son visage... il avait quelque-chose de familier. J’ai levé mon verre en plongeant les yeux dans un regard turquoise. J'y ai posé les lèvres... Un feu d’artifice à la fraise descendait la rampe de mon gosier. Ca pétillait fin ; dans ma gorge, dans ses yeux... Ca partait dans tous les sens. Je sentais mon cœur cogner et ces milliers de pointe d’aiguilles frappant contre mon palais...

« Comme le picottement des pierres chaudes ! »
- Quoi ? »

J'ai réalisé alors que j'avais pensé à voix haute.

« Heu, non, rien ! Laisse tomber. »

Trop tard, il s'était passé quelque chose. Mais quoi ? A présent, elle regardait ses genoux. Son teint s'était assombri. A son expression, elle était en train de rougir, mais en bleu. Elle faisait visiblement de gros efforts pour contenir une émotion intense.

« Si t'es pas un elfe, alors, t'es un ange ? insistais-je. Parce que, je te préviens d'avance, je crois pas en Dieu !
- Ecoute, finis ton verre ! »

Elle s'est levée sans me regarder, pour se diriger vers une porte devant le lit. Une porte bleue au panneaux ivoire. La main sur une poignée en bouton d'or, elle a ajouté :

« Prends ton temps ; je suis à côté. »

Elle a ouvert la porte et elle est sortie.


A suivre...
Titre: Les Raves se racontent au Présent, chapitre 5 : Au fond du Rêve
Posté par: EriG le 27 Février 2013 à 11:58:59
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 5 : Au fond du Rêve


Il fait nuit.
Je marche au fond des bois. Bouleaux, chênes, châtaigners... les arbes en ombres chinoises se dressent au-dessus d'un sous-bois aux buissons épars ; houx, ronces... Dans le coton noir de leur feuillage se dessinent des oasis de ciel piquetées d'étoiles.
Le nez en l'air, je trébuche sur une pierre. Pris dans mon élan, je cours en freinant des pieds ; le sentier étroit descend en pente abrupte entre les arbres couverts de lierre. Je cours, je freine, les bras tendus en avant pour éviter de m'en prendre un. Miraculeusement, j'arrive en bas de la pente sans tomber. Toujours debout, je pose les mains sur mes cuisses pour reprendre mon souffle.

Derrière moi, au loin, j'entends toujours cette vibration lointaine, rythmée ; ce son que je fuis. Je fuis les montres molles qui ne sont pas des montres et les chiens qui parlent. Je reprends ma marche entre les fourrés. Le sentier descend toujours, mais moins fort. Il descend vers ce qui ressemble à une clairière, au fond d'une vallée. L'ombre d'une maison se dessine en son centre. Une maison toute petite ; à peine assez grande pour contenir une pièce. Elle est coiffée d'un toit dont le faîte forme un segment minuscule chevauché par une cheminée qui fume.

Sortant des bois, je pénètre dans la clairière.

La maison est entourée de rosiers, eux-mêmes encadrés d'un par-terre multi-incolore de tulipes. Le sentier coupe à travers les fleurs, jusqu'à une porte sombre au sommet arondi. Je me penche pour humer une tulipe. A mesure que je m'approche d'elle, je distingue sa couleur ; bleu-irisé. Elle dégage un parfum sucré. Je la touche du doigt ; ses pétales sont collant de pollen. Elle sent le sucre d'orge. Je tire la langue, je la pose dessus... C'est du sucre ! Je casse la tige...

Toute la fleur est en sucre d'orge !

Je croque un pétale. Il fond immédiatment dans ma bouche pour couler, onctueux, tapisser ma gorge d'un velours liquide. Je regarde la maison. Je distingue mieux la porte ; elle est entrouverte. Je m'approche, passe entre les roses... dans un nuage invisible mais presque collant de sucre. J'avance le bras, pose la main sur la porte... mes doigts se retrouvent gluants d'une matière noire et visqueuse. Je renifle un doigt, lèche un coup ; du chocolat ! Du chocolat noir, qui chatouille les papilles gustatives. Toute la porte est en chocolat. Quant-au mur, brun , poreux... j'en arrache facilement un morceau des doigts. J'en mange un peu ; c'est du pain d'épices.

Alors je me retourne, m'attendant à voir débarquer Hansel et Grettel, les personnages de Grimm... un petit garçon et sa sœur s'apprêtant à rencontrer la méchante sorcière.

Personne.

C'est une toute petite clairière. Au-dela des tulipes, une simple bande herbeuse borde la lisière des arbes. Je reviens vers la porte. Que faire ? Je devrais m'enfuir. Si je pousse cette porte, je me ferai dévorer par une sorcière. Je décide de tourner les talons et partir.

Mais mon bras se tend à nouveau en avant. Je pousse délicatement la porte, j'avance, la fleur à la main... L'intérieur est beaucoup plus grand que l'extérieur ! Il n'y a qu'une pièce, mais elle est immense. Les murs sont en briques de pain d'épice. Il y en a huit, formant un parfait octogone, alors que l'extérieur était carré !

Pas une seule fenêtre.

Des fioles en verre, des bocaux en terre étiquetés d'une écriture serrée et soigneuse, des livres et parchemins en rouleaux sont étalés sur des étagères moulées dans un chocolat plus clair, probablement au lait. J'ai soif. Sur ma droite, une cheminée encastrée dans un mur brûle un feu qui ne dégage apparemment aucune chaleur. Elle ne devrait pas être là. En fermant les yeux, je vois encore le toit, la cheminée en son milieu... Elle devrait trôner au centre de la pièce. De toute façon, elle brûle, mais ne chauffe pas. Il y a une chaleur, qui vient de la direction opposée.

Je ne suis pas seul.

Sur la gauche, un enfant rêvasse, assis dans un fauteuil dont les coussins semblent en fourrure, et les accoudoirs en bois. Enfin un meuble normal ! Le jeune garçon a les cheveux tellement noirs ! Coiffés en bataille. On dirait un simple trou dans la réalité, taillé en étoile. Devant lui, posée sur une table contre un mur, une pierre de la taille d'un poing rayonne d'une lumière rougeoyante. Le garçon, vêtu d'une tunique bleue à l'aspect moyenâgeux, arrache le bout d'un accoudoir de son fauteuil. Il le porte à sa bouche, en croque un morceau. Il mâche un peu, laisse fondre et marmonne en tendant l'accoudoir vers la pierre :

« C'est comme une lumière invisible, mais qui brûle, lentement. Elle brûle la peau et te brûle aussi à l'intérieur. »

Sa voix est jeune ; il n'a pas plus de onze ans.

« Tu chauffes, répond une voix graveleuse sur sa gauche. »

Près du fauteuil est couché un loup gris, lui aussi tourné vers la pierre. C'est lui qui a parlé ! Grand, les poils hirsutes... un loup effrayant !

« Ah, je chauffe ? demande l'enfant. »

Quelques secondes passent. Le garçon reprend :

« La lumière ordinaire passe à travers le verre. Mais pas à travers les murs.
- Là, tu brûles. »

L'enfant croque encore un morceau d'accoudoir. La bouche pleine de chocolat, il dit :

« Mais cette lumière là traverse tout. Elle passe aussi à travers le vivant. Une boîte en bois ne servirait à rien...
- Il faudrait du plomb, interviens-je. »

Le garçon sursaute. Le loup s'est levé d'un bond. La bête se trouve maintenant entre moi et le fauteuil. La tulipe en sucre toujours à la main, je recule d'un pas. L'enfant me regarde, à demi-levé, pesant des bras sur ce qui reste de ses accoudoirs.

Comment fait-il pour ne pas casser le chocolat ?

« Qui es-tu ? interroge-t-il. »

Je réfléchis un instant, puis répond :

« Je ne sais pas, je... j'ai oublié mon nom ! Je crois que je rêve. »

Le garçon aux cheveux si noirs quitte son fauteuil. Il s'approche, se place près du loup, lui flattant l'encolure. Levant la tête vers moi, il lance :

« Moi, je sais que je rêve. Et ce rêve là, c'est le mien. Qu'est-ce que tu viens faire dans mon rêve ?
- J'en sais rien, je... je suis arrivé par hasard ! »

L'enfant penche la tête sur le côté.

« J'ai le parfait contrôle de mes rêves, et le pouvoir d'empêcher les gens d'y venir.
- Sans blagues, réponds-je, narquois. Et tu vas me dire qu'à ton âge t'es déjà le plus grand magicien du monde ? »

Pendant un instant, le garçon crispe la mâchoire. Je vois danser ses tempes sous ses mèches noires. Il inspire un grand coup et dit :

« Ha, ha, ha ! T'es un marrant ! Figure-toi que dans mes rêves, j'ai l'âge que je veux ! Je fais ce que je veux des rêves, les miens comme les autres. Si tu veux traverser tes songes à poil jusqu'à la fin de tes jours, vas-y ! Fais le malin, qu'on rigole !
- Excuse-moi, pardon ! »

Il penche encore la tête de côté, semble réfléchir un instant. De sa voix rauque, le loup rompt le silence :

« Quoi, ça te dérange, d'être tout nu en société ? Est-ce que je porte des nipes, moi ?
- Je suis désolé ! Je voulais pas vous déranger !
- Qu'est-ce que tu veux, alors ?
- Je voudrais juste me réveiller. J'ai l'impression que ça fait un moment que je passe de rêve en rêve. »

Le loup lève le museau vers l'enfant. Celui-ci penche son oreille sur lui. L'animal murmure ainsi quelques secondes. Le garçon se relève et me demande :

« On est en quelle année ?
- Pardon ?
- Toi, dans tes rêves, tu oublies ton nom. Moi, quand on me dérange, c'est la date que j'oublie.
- Ah ! Heu... deux-mille-vingt-quatre. »

Le garçon siffle entre ses dents. Le loup s'exclame :

« Dis-donc, tu fais pas les choses à moitié, toi !
- Plaît-il ?
- Non, rien... t'occupes. Il convient, termine-t-il à l'intention de l'enfant.
- D'accord, répond le garçon. »

Il s'avance vers moi, tend la main avec un sourire éclatant et annonce :

« Moi, c'est Marzhin.
- Enchanté, réponds-je en lui serrant la main.
- J'ai le pouvoir de te réveiller, poursuit-il en me lâchant. Mais avant, tu vas devoir répondre à une énigme.
- Comme le Sphinx ?
- Non, pas comme le Sphinx, intervient le loup. Comme Oedipe. Le Sphinx est la personne qui pose les questions.
- Oui, enfin, une personne... il avait quand-même un corps de lion.
- De lionne, s'il te plaît. Et avant que tu dises n'importe quoi sur elle, c'est une excellente copine. »

Je réfléchis un instant. Finalement, j'accepte :

« Ok. Posez-la, votre énigme ! »

Le garçon joint alors les doigts des deux mains. Il penche la tête, les yeux fermés. Au bout de quelques secondes, il la relève et commence :

« Quelle pierre donne le mal de mer, mais sur terre ; brûle comme le Soleil, mais aussi à l'intérieur ; et fait pleuvoir la coiffe avant l'heure ? »

Un ange passe. Je demande :

« Cest ça, votre énigme ? »

Pas de réponse.

« Si je trouve pas, qu'est-ce qui m'arrive ?
- Je t'envoie dans un autre rêve, répond l'enfant.
- Ah ! Eh bien, c'est l'uranium. Vous n'en auriez pas une plus difficile, par hasard ? J'aime bien, les énigmes.
- L'uranium ?
- Une pierre qui brûle tout ce qui l'entoure, mais lentement. Elle est radioactive. Faites attention, c'est mortel !
- Et tu dis qu'en la mettant dans une boîte en plomb, j'élimine son pouvoir ?
- Oui. Enfin, normalement. Je ne suis pas physicien nucléaire !
- Merci. Sais-tu comment soigner les effets de cette pierre ?
- Non ! Je ne suis pas médecin non-plus.»

Il me contemple encore un instant, puis...

« Alors réveille toi ! termine-t-il en levant une main vers moi. »

De son index jaillit un jet d'une eau chaude et visqueuse. Elle m'asperge le visage tandis que le décor se brouille dans un fondu au noir. Je ne suis pas debout mais allongé, sur le dos dans l'herbe. Le jet m'asperge toujours, mais ce n'est pas de l'eau.

Ca sent l'urine !

Un haut le cœur remonte le long de ma gorge. Je m'assois d'un bond. Il fait toujours nuit. Je me retrouve en présence d'un chien énorme. Un chien gris, comme le loup, mais du genre chien de traîneau ou lévrier. Il me regarde, la patte arrière encore levée. Une double cicatrice lui barre la gueule, encadrant son oeil gauche. Le jet d'urine faiblit, se tarit... le chien secoue la patte et la repose. Ecoeuré, je m'exclame :

« Mais, tu m'as pissé dessus !
- Désolé, répond le chien. Je t'aurais bien léché la gueule pour te ranimer, mais tu t'es vomi dessus ! »

Il a la même voix que le loup de mon rêve. Je suis envahi d'une odeur épouvantable, mélange de bile et d'urine de chien. Il fait toujours nuit. Je suis assis dans l'herbe, une jambe en tailleur, l'autre allongée, près d'une voiture grise.

Le ciel est plein d'étoiles.

Vers le sud, diverses vibrations me parviennent, provenant d'au moins trois points différents, couvertes de musiques qui s'entremêlent. La terre tremble.

« Oui, eh bien, reprends-je d'une voix pâteuse, je dois pas être réveillé. T'es un chien et tu parles !
- Je suis d'espèce canine et... »

Je connais bien cette musique. L'animal semble chercher ses mots. Finalement il reprend :

« Disons que tu te réveilles, mais par paliers. Va pas te réveiller brutalement, sinon t'auras une journée pourrie. C'est comme en plongée : on remonte, mais par paliers de décompression.
- Ah bon ? Tu fais de la plongée, toi ?
- Comment tu te sens ?
- Vaseux, malade, et au pif, je pue. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

De la techno ! C'est de la musique techno, à tendance hardcore. Mais alors, il y a plusieurs sons qui s'entremêlent.

« T'as fait un malaise. J'ai dû virer les guignols pour te venir à l'aide. »

Le nez et les mains en l'air, doigts écartés, je m'insurge :

« C'est ça que t'appelles me venir à l'aide ?
- Je te l'ai dit : je t'aurais bien léché la gueule, mais t'es couvert de vomi. Tous les chiens ne sont pas amateurs de choses dégueulasses ! »

J'ose à peine bouger. Je demande :

« Quels guignols ?
- Toi, mon gars, je sais pas ce que t'as pris, mais t'en tiens une ! Un crétin avec un t-shirt « Je suis écolo, Je ne chasse que les filles ! » et sa copine toxico !
- Heuh...
- C'est pas grave ! »

Soudain, la portière arrière de la voiture s'ouvre vers le haut. D'une voix à peine audible, le chien s'exclame :

« Je parle pas, t'entends ? »

Un barbu sort la tête et une jambe du véhicule. Il porte un jean.

« Ce n'est qu'une mauvaise pilule à avaler, dit-il en se dépliant hors de la voiture. »

L'autre jambe sort, suivie des pans d'un long manteau sombre. La portière avant s'ouvre aussi.

« Mais tu vas voir, poursuit le barbu... »

Il me voit et se fige.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? s'étonne-t-il. »

A l'avant, un jeune homme brun aux cheveux assez courts me contemple avec une légère grimace de dégoût. Le chien s'avance vers le barbu. Il se met à pigner, comme pour avoir quelque-chose. Je réponds :

« Je suis tombé dans les pommes, j'ai gerbé et ton clebs m'a pissé dessus. »

Étonné, il regarde son chien, lui prenant le museau dans les mains, l'air interrogateur. L'animal gémit encore.

« Eh bien, reprend le barbu, on n'est pas en finale. »

Chevelu, grisonnant, il doit approcher la cinquantaine. Son manteau laisse entrevoir une chemise grise. Toujours les yeux sur moi, le jeune me dit :

« Je dois avoir un change à ta taille, si tu veux. Et des bouteilles d'eau dans le coffre. »

Je réponds :

« Merci ! En fait, heu... je veux bien ! »

De l'autre côté de la voiture, la porte avant s'ouvre aussi. Une fille en descend. Les cheveux mi-longs, noirs, elle jette un œil sur moi, fait la moue, puis...

« Ça tombe bien, prenez votre temps, je vais au petit coin !
- En pleine nature ? réagit le jeune homme.
- Pas le choix, répond la fille.
- Attends-moi, au moins ! Je vais faire le guet !
- Pas le temps. Je vais par là, termine-t-elle en montrant des bosquets, plus loin. T'as qu'à me rejoindre ! »

Elle ferme la portière, puis se dirige vers le fond du champ. Le jeune homme jaillit de son véhicule. Il en fait le tour, ouvre le coffre. Il en sort un sac de sport et une bouteille d'eau. Même à la lumière des étoiles, on voit travailler ses pectoraux, à travers un t-shirt serré noir et une veste ouverte en jean bleu. Il pose son chargement dans l'herbe, ferme le coffre et dit :

« Partez pas sans nous ! »

Le gars fait deux pas vers le fond du champ, semble se souvenir de quelque-chose et revient. Il me demande :

« Ils sont passés où, les autres ?
- Quoi, les guignols ?
- C'est ça, ouais ! Les guignols !
- Eh bien, le chien les a coursés et... ils sont partis. »

Un ange passe.

« Ok, réagit-il finalement. »

Il se penche vers le chien, pose sa main sur la tête de l'animal et dit en le caressant :

« Merci, vieux. Tu me tire une épine du pied ! »

Le chien émet un aboiement bref. Le gars se relève, lance encore :

« On n'en a pas pour longtemps. »

Enfin, il tourne le dos et s'enfonce dans le champ couvert de voitures, la brume aux pieds.


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 5 : Au fond du Rêve
Posté par: Freakazoid le 28 Février 2013 à 09:20:17
J'aime bien même si je comprends toujours rien XD ! Quand est-ce que je serai supposé avoir un semblant d'explication ^^ ?

Bon, déjà, on a un pont entre l'histoire de Viviane et du "raver" avec Marzhin.
Titre: Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: EriG le 28 Février 2013 à 13:05:16
J'aime bien même si je comprends toujours rien XD ! Quand est-ce que je serai supposé avoir un semblant d'explication ^^ ?

Mais, à la fin fin du livre, évidemment ! Et encore, ce n'est que le tome 1. Tiens, par ailleurs, je ne suis qu'au chapitre 6 du tien, mais... quant-est-ce qu'on sait d'où vient Lène ?

Allez hop :


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 5 : Non ! Pas le Sorcier !


« Waahhhhh ! s'écrie l'albinos.
- T'es tombé dans les pommes ? enchaîne le lapin gris.
- Mortel ! s'exclame le petit brun au premier rang. »

Ce dernier fait tournoyer une patte devant ses yeux. Il mime un choc frontal avant d'atterir sur le dos dans l'herbe. Les autres autour de lui s'écroulent de rire.

« Sur le moment, j'ai pas trouvé ça drôle ! réagit Job. Ca fait plutôt mal !
- Quand-même, reprend le lapin gris...
- Ca doit pas arriver tous les zours, d'embrasser un pied de table ! zozotte le blanc crème.
- Non, en effet, répond Job en gloussant.
- T'y es resté longtemps, dans les pommes ?
- Oui et non. Je me suis réveillé une première fois... »

Son regard se perd dans le vide. Quelques secondes passent...

« Maintenant que je vous vois... c'est vraiment étrange.
- Qu'est-ce qui est étrange ? demande le lapin gris.
- Eh bien, j'émergeais d'un rêve vraiment bizarre. Vous voyez, le genre de rêve qui ne laisse qu'une impression...
- Donc tu t'en souviens plus ?
- Dès mon réveil, je m'en souvenais déjà plus. J'avais l'impression d'avoir dormi toute une nuit. Mais ça n'avait probablement pas duré plus d'une minute ! Jamais je n'ai réussi à retrouver à quoi j'avais bien pu rêver. C'était comme surgir d'un autre monde. Mais là... »

L'homme claque des doigts.

« Sans blagues ? réagit le gris. T'as retrouvé ?
- J'ai une image. Elle m'est venue en te regardant.
- Moi ?
- Oui !
- Qu'est-ce que tu as vu ?
- Un autre lapin gris. J'émergeais d'un rêve où je discutais avec un lapin !
- Fais gaffe ! s'exclame le gros noir dans le fond.
- On en prend facilement l'habitude, termine un autre sur la droite.
- Qu'est-ce qu'il disait ? demande encore le gris.
- C'est ça qui est étrange. D'abord, c'était irréel. C'était comme si tout le décor avait été peint à l'encre multicolore. Le lapin, gris avec un museau et des oreilles fourrées de blanc, tenait une carotte entammée à la main. Il sortait d'une sorte de boite noire, ronde, avec un rebord. Il a croqué sa carotte. La bouche pleine, il a dit : « Quoi de neuf, Docteur ? »... et paf ! Je me suis réveillé.

J'entendais la voix de ma femme qui criait :

« Yohann ! Pour l'amour de ton dieu, mais réveille-toi ! »

J'ai ouvert les yeux. J'étais allongé sur le ventre, le front en feu et de la poussière plein la bouche. Je sentais ma langue lourde et pâteuse... de la terre ! Le bras droit en avant, l'autre le long de mon corps, les pieds joints et les genoux écartés... je gisais face contre terre la bouche grande ouverte.

Comment ça, mon dieu ?

Laborieusement, j'ai ramené mes mains. Je les ai posées de part et d'autre de mes oreilles. J'ai tendu les bras en poussant un râle...

« Mon nom, c'est Job ! Je l'ai choi... »

Il ne restait plus rien de mon atelier. Le nuage de poussière retombait, lentement. En tournant la tête, j'ai vu ma femme, accroupie près de moi. Ses longs  cheveux étaient couverts de poussière. Ca faisait ressortir les reflets bleus dans ses yeux gris. Mais sa robe si verte d'ordinaire avait perdu de son éclat. Inquiète, elle a dit :

« Ca va ? »

J'ai craché un peu de terre et j'ai marmonné :

« J'ai la tête en feu !
- Tu as fait un tour sur toi-même avant de toucher le sol ! Je t'ai vu, depuis la maison ! »

Elle s'est approchée, le regard rivé sur mon front...

« Tu vas bien ?
- Adam ?
- Non ! Regarde moi ! C'est Marine !
- Heu... »

Machinalement, j'ai secoué la tête. J'ai ressenti comme une explosion au-dessus de mes yeux.

« Non... je veux dire... Adam va bien ?
- Wan était avec toi ? »

Elle s'est levée d'un bond, pour courir vers les ruines de l'atelier. Elle s'est arrêtée quand elle a vu Adam qui contournait les débris, sur la droite, couvert de poussière lui aussi. Il a crié :

« Comment va Père ? »

Ma tête se renvoyait son cri comme un écho. Marine s'est retournée. Elle m'a regardé... les ruines de mon atelier tanguaient derrière elle. Je sentais mes bras faiblir. Elle s'est tournée à nouveau vers Adam pour crier à son tour :

« Va chercher Myrdhin ! »

J'ai hurlé :

« Nooooonn ! »

Toute ma poitrine vibrait à en faire exploser ma pauvre tête.

« Pas le sorcier ! »

Elle m'a regardé encore, puis une nouvelle fois mon fils :

« Va le chercher ! »

Marine est revenue vers moi tandis qu'Adam partait en courant vers la cité. Je me suis roulé sur le côté. J'étais pris d'un gigantesque vertige.

Elle s'est accroupie près de moi. Elle a délicatement pris ma tête pour la mettre sur ses genoux. Tout en m'enfonçant dans une gangue de coton, je sentais ses doigts caresser mes cheveux. D'une voix pâteuse, j'ai articulé :

« Je veux pas... »

J'ai dégluti...

« Pas le sorcier ! »

Elle a répondu d'une voix douce, alors que je sombrais encore dans l'inconscience :

« Je ne vais pas laisser un dieu t'interdire de te faire soigner. »


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: Freakazoid le 28 Février 2013 à 13:48:21
Citer
Tiens, par ailleurs, je ne suis qu'au chapitre 6 du tien, mais... quant-est-ce qu'on sait d'où vient Lène ?

Chapitre 26 !

Sinon, j'ai l'impression que c'est très "inceptionesque" ton histoire XD ! Je suppose néanmoins que "Merlin" a une grande importance par rapport à ce qui arrive. Par contre, j'ai du mal à imaginer un roman en plusieurs tomes pour le moment. Y a pleins de petites scènes marrantes mais j'ai du mal à saisir l'intrigue.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: EriG le 28 Février 2013 à 14:22:54
Justement, il ne faut pas le voir comme un "roman", je ne l'ai d'ailleurs pas présenté ainsi, mais comme plusieurs histoires, à différentes époques, qui se croisent au fil de narrations certes décousues mais effectuées d'un côté par un mec tellement défoncé qu'il oublie tout au fur et à mesure (pas d'inquiétude, son rôle à lui est quasi-terminé, bientôt va apparaître une narratrice quelque-peu plus structurée), et de l'autre un parfait illuminé sans cervelle. D'ici à la fin du tome 1, promis, tu auras des réponses, quoique d'autres viendront dans le tome 2.

Quant-à chercher "une" instrigue... ma foi, j'ai malheureusement l'impression que les trois histoires ne seront parfaitement recollées qu'à la fin. Par ailleurs, l'histoire qui se passe en presque-Rave Party, tu t'apercevras bientôt qu'en ce qui concerne le tome 1, j'ai commencé par la fin ; dans la deuxième moitié du tome 1, quelqu'un d'autre que tu as déjà plus ou moins rencontré va te raconter le début. Normalement, c'est fait pour que, quand viendront les réponses, tu aies déjà tous les éléments pour comprendre, mais qui t'on été donnés dans le désordre.

Tu peux définir "inceptionesque" ?
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: Freakazoid le 28 Février 2013 à 14:41:27
"Inceptionesque" c'est le fait que ça donne l'impression d'être des rêves dans des rêves.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: EriG le 28 Février 2013 à 14:59:51
Ah oui ! Effectivement, les rêves ont beaucoup d'importance. J'avais compris aussi par ce terme que jusqu'à maintenant, je n'ai fait qu'indroduire des histoires, ce qui n'est pas faux non plus. Les rêves se croisent, certains n'en sont pas forcément, d'ailleurs. Je t'ai déjà révélé que le premier narrateur est défoncé (oups), si ça se trouve, il croit qu'il rêve, mais en fait non. Mais alors, d'où vient ce chien qui parle et qui se dit simplement d'espèce canine ? Je dirais bien que je ne suis pas encore décidé, pour te faire enrager, mais voilà, j'ai déjà l'intégralité en tête et tu peux me croire, c'est une tordure de devoir me retenir de tout révéler d'avance.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chap. 5 : Non, pas le Sorcier !
Posté par: Freakazoid le 28 Février 2013 à 15:03:17
Je comprends tout à fait ^^ ! On est sûr d'avoir une super idée et c'est parfois frustrant de voir que les lecteurs sont si loin derrière nous ^^
Titre: Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chapitres 6 et 7 : Remboninage
Posté par: EriG le 28 Février 2013 à 15:09:21
C'est vrai  :D Mais d'un autre côté, quand un lecteur te dit : pour le moment, je ne comprends rien, mais j'aime quand-même alors je continue, c'est cool. De toute façon c'est fait pour, le pari n'est pas encore perdu  ;) Autant c'est Final Fantasy qui t'a inspiré pour ton livre, autant ce sont des films comme Memento ou 11h14 qui m'ont inspiré cette façon d'écrire ;)


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 6 : J'ai dit, pas le sorcier !


« Quand j'ai rouvert les yeux, poursuit Job, j'étais dans mon lit. La première chose que j'ai vue, c'est la tête du sorcier, en très gros plan et c'est un euphémisme. Vous savez, une fois, je suis entré chez lui, un jour où je cherchais mon fils. Il vivait au milieu des bois, lui aussi, à l'écart de la Cité, dans une maison en torchis à l'ancienne ; des murs bas, un toit de chaume très haut avec un grenier surélevé pour dissuader les rongeurs. Je n'ose imaginer ce qu'un sorcier pouvait garder dans son grenier. Mais sa pièce à vivre était encombrée de rouleaux de parchemins, de tablettes de cire, de fioles et d'appareils étranges, tous en bois, métaux et pièces maudites. L'un d'entre eux utilisait de grosses lentilles en verre. Le jour où je suis entré chez lui, l'engin s'étalait devant lui, en pièces détachées.

Il s'est tourné vers moi, la lentille entre le pouce et l'index, appliquée contre un œil. Mais alors un œil énorme, noir, grossi davantage en son milieu qu'en son pourtour. De la pure sorcellerie ! C'est ainsi que j'ai vu le visage de Myrdhin, quand j'ai rouvert les yeux. Un nez énorme, au dessus d'une barbe blanche mais sous un crâne chauve et des yeux noirs pétillants de malice. Il remplissait tellement ma vision que je distinguais à peine ses oreilles, pourtant décollées comme celles d'un singe. Le sorcier avançait la main vers mon front encore endoloris. J'étais envahi d'une vague odeur de moisi. Sur ses doigts dégoulinait une mixture épaisse, brune, tirant sur le vert. En repoussant son bras, j'ai crié :

« Wohhhhw ! »

J'ai reculé jusqu'au mur, pour me retrouver assis.

«  Que faites-vous, là ? lui ai-je demandé. »

Le vieillard tenait un bol en terre dans l'autre main, empli de la même matière visqueuse. De sa voix chevrautante, il m'a répondu :

« Je vous pose un emplâtre.
- Un quoi ?
- Un emplâtre. C'est comme un cataplasme, mais au lieu de l'appliquer avec un tissus, je vais le badigeoner sur votre front et mettre un bandage autour.
- Ah non ! Nooon, non, non, non, non ! Pas de sorcellerie sur moi !
- Ce n'est pas de la sorcellerie, c'est de la médecine !
- C'est ça, oui ! Vous m'appliquez des plantes du Diable en espérant que ça va me guérir ! »

La main toujours en l'air, il est resté sans bouger, quelques secondes. En reculant, il a posé le bras sur une de ses cuisses, s'efforçant de ne pas toucher sa robe de la main. Impeccablement blanche, celle-ci recouvrait entièrement ses jambes. Mais à ses mouvements, je devinais qu'il était à genoux près de la paillasse, assis sur les talons. Il se mouvait avec une souplesse incroyable pour un homme de son âge. Perlpexe a demandé :

« Selon vous, qui a créé les plantes ? »

J'ai répondu :

« Dieu, évidemment !
- Ca règle la question, a-t-il conclu en tendant à nouveau la main vers mon front.
- Ah non ! me suis-je exclamé en tentant de reculer encore. »

Le mur pesait contre mon dos...

« Le Diable a perverti bien des plantes, avec son venin de serpent ! »

Le vieillard s'est redressé sur les talons.

« Vous alors ! s'est-il exclamé. Vous prenez vraiment tout au pied de la lettre ! »

Tout à coup, provenant de la porte face au lit, une autre voix est intervenue :

« Si une lettre avait des pieds, on n'aurait pas besoin de messager pour l'amener à bon port ! »

C'était celle de mon fils ! Lavé, changé, les cheveux roux encadrant parfaitement son visage couvert de son, il nous contemplait depuis la porte face au lit, nonchalament appuyé contre le chambranle. En le voyant, Myrdhin a gloussé :

« Hé, hé ! Très spirituel !
- Comment va-t-il ?
- Il a reçu un très gros choc à la tête. Il s'en remettra, même sans se faire soigner. Mais il va avoir mal au crâne pendant quelques temps, sauf s'il me laisse faire. Et il risque encore des vertiges et des pertes de connaissance.
- Oh ! Qu'y-a-t-il dans cette mixture ?
- Eh bien, de la mauve, des prêles des champs, de l'écorce de saule et de la farine de lin pour lier le tout.
- Tu vois ! a renchéri Adam à mon intention. Pas de racines de mandragore, pas de poudre de Perlimpimpin... juste des plantes, à vocation médicinale !
- Et encore, poursuivait le sorcier comme pour lui-même ! J'ai été tenté de rajouter de la racine de consoude pour l'os frontal, mais je me suis ravisé ; ton père a le crâne fêlé de naissance. »

Racines de mandragore, poudre de Perlimpimpin... j'ai regardé mon fils :

« D'où connais-tu toutes ces choses ? »

Là, un malaise a envahi la chambre. Le vieillard était plongé dans la contemplation intense de la mixture sur ses doigts. Indécis, mon fils a répondu :

« Heu... Myrdhin m'a juste indiqué une ou deux choses à ne pas faire. Lui aussi combat les sorciers.
- Il t'a pris comme élève ?
- Non, non ! Heu... non ! Et puis... même ! Les druides ne sont pas les abomniables démons que tu dépeints tout le temps ! Ce sont des hommes sages. Fou est celui qui refuse d'être soigné par un druide.
- Toi aussi, tu me traites de fou ?
- Allons ! est intervenu Myrdhin. Calmez-vous ! »

Il nous a contemplés l'un après l'autre, puis :

« Nos paroles dépassent nos pensées.
- Pas les miennes, a répondu mon fils d'un air boudeur. »

Un silence pesant s'est abattu sur la chambre. Finalement, c'est Myrdhin qui a brisé le silence :

« J'ai bien un autre moyen de vous soulager de la douleur, mais si un simple emplâtre vous fait sauter au plafont, vous n'allez pas aimer cette méthode !
- Merci, j'ai ma dose !
- Qu'est-ce que je disais ?
- Entre les sorciers et les chats qui parlent...
- Pardon ? »

L'expression du vieillard avait changé du tout-au-tout. Il affichait une totale stupeur.

« Vous voyez des chats qui parlent, vous ?
- Mais non ! Je ne suis pas fou ! C'est juste un rêve que j'ai fait, juste avant d'ouvrir les yeux sur votre énorme tarin.
- Merci ! »

Apparemment désarçonné, Mydrhin s'est rendu compte qu'il tenait toujours en l'air une main couverte de son emplâtre. Il l'a essuyée sur le rebord du bol en terre, puis a posé délicatement le récipient par-terre, près de lui. Il a sorti un chiffon blanc de sa robe, s'est essuyé les mains en me regardant, puis :

« Contez-le moi, votre rêve !
- C'est que... c'est délicat !
- Promis, on ne le répètera à personne.
- Croix de bois, a surenchéri mon fils en posant un poing sur son torse.
- Eh bien... »

Je me suis concentré pour rassembler mes idées. Un point chauffé au fer blanc pulsait au-dessus de mes yeux, rythmé sur les battements de mon cœur.

« Dans mon rêve, j'étais un arbre.
- Vous ? Un arbre ?
- Oui, mais... laissez-moi continuer ! Donc j'étais un arbre. C'était en pleine nuit, dans les bois. Il n'y avait pas un seul nuage dans le ciel. Une branche m'était poussée au milieu du front. Ca me démangeait ! Je ne pouvais pas bouger une seule de mes autres branches pour me gratter.
- Sauf avec le vent, ça ne bouge pas, un arbre.
- Je sais bien ! Par mes racines, je sentais le sol trembler. C'était rythmé et incroyablement fort, comme-si des géants frappaient sur d'énormes tambours. J'ai d'abord vu arriver une jeune fille. Les cheveux aussi noirs que sa tenue, elle est venue s'installer à mes pieds. Puis j'ai senti quelque-chose trotter sur une de mes branches. C'était un chat ! Un chat noir avec une bavette et des pattes blanches. Il est venu s'installer sur la branche qui me poussait au milieu du front. D'une voix féminine, sans regarder la jeune fille, l'animal a lancé :

       « Miracle-Express, bonjour ! »

La fille a levé les yeux vers le chat. Elle a dit :

       « C'est toi ? »

Et là, c'est le trou noir.
- Comment ça, le trou noir ? s'étonnait Myrdhin.
- Le trou noir. Pas moyen de me souvenir de la suite !
- Concentrez-vous ! »

J'ai fermé les yeux. Je me voyais bien en arbre, la chatte sur une branche, la fille accroupie sur mes racines... je me concentrais pour entendre ce qu'elles avaient à dire ; pas moyen. Ce que la fille était en train de faire...

« Je vous l'ai dit, c'est délicat.
- Vous venez à peine de vous réveiller. Avec un effort, vous devriez encore vous en souvenir !
- Oui, heu.. je sais mais.. la fille...
- Et alors ?
- Elle était en train de faire ses besoins ! »

A nouveau, un silence. Finalement, le vieillard a soupiré :

« Je vois ce que c'est.
- Eh, je ne suis pas un pervers !
- Loin de moi cette idée ! Mais vous savez, les rêves ont une vie propre. Ils vous envoient parfois des choses qui bloquent un peu la mémoire. »

Le sorcier a réfléchi encore quelques secondes. Il a dit :

« Ecoutez, si vous ne voulez pas que je soulage votre douleur au front, je peux au moins vous rendre votre rêve.
- Encore de la sorcellerie ?
- Non ! Absolument pas, je vous assure ! Pas d'onguents, ni d'emplâtre, ni cataplasmes, ni poudres ; je ne vous toucherai même pas.
- Ah ! »

J'ai hésité. »

...

Dans la clairière, les lapins rangés en gradins attendent. Job ne dit plus rien. Le regard perdu dans le vide, la bouche grande ouverte, toujours assis en tailleur, il s'est immobilisé, la main droite tendue en avant. Le vent souffle un peu plus fort, faisant chanter de plus belle le feuillage des arbres tout autour. Les abeilles sont parties entreposer leur nectar, ne restent que quelques bourdons musardant encore de fleur en fleur. Finalement, le lapin gris s'avance, tend le cou vers Job et remarque de sa petite voix accélérée :

« On dirait que tu hésites encore ! »

L'homme baisse la tête vers l'animal. Le regard presque vitreux, il répond :

« Je ne suis pas sûr de vouloir revivre ça. Vous savez, il m'a bien eu, le sorcier !
- Comment ça ?
- Eh bien, il m'avait promis qu'il ne me toucherait pas, mais... je ne sais pas comment, il m'a quand-même jeté un sort. Et je n'ai rien vu venir ! Maintenant, j'ai peur qu'en vous racontant tout ça, la malédiction revienne.
- Quelle malédiction ?
- Je vous l'ai dit : la malchance ! Je suis sûr que c'est à cause du sorcier ! Il n'a jamais arrêté de m'embobiner. Il est encore là, dans ma tête. Je le sais ; je le sens ! »

Quelques secondes passent. Enfin, le lapin répond :

« C'est absurde ! Regarde toi : tu n'as plus rien à perdre, si ce n'est la vie à laquelle tu étais prêt à renoncer avant de nous connaître. Continue ! »

Job hésite encore. Il regarde sa main toujours en l'air, la pose sur sa cuisse et se décide :

« D'accord, mais il faut vraiment comprendre : à ce moment-là j'ai eu très peur... c'était comme si tous les événements vécus depuis le début de cette journée m'avaient poussé droit vers le sorcier !...


A suivre...

...Et puis non :


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 7 : Rembobinage


Alors que je travaillais avec mon fils sur la conception d'une nouvelle maison, continue Job, un tremblement de terre avait fait s'écrouler mon bel atelier en forme de zome presque sur ma tête et celle d'Adam, mon fils. J'ai failli y passer : je me suis pris un pied de table en pleine figure et paf ; dans les pommes ! Je me suis réveillé une première fois, face contre terre et de la poussière plein la bouche. Mon fils allait bien, mais ma si merveilleuse femme l'a envoyé chercher un sorcier pour me soigner... moi ; Job ! J'ai résisté... et voilà qu'elle me parle de mon Dieu, comme si elle n'y croyait pas elle aussi ! Ou plutôt comme si, pendant tout ce temps, elle avait fait semblant d'y croire. Je n'ai pas eu le temps de discuter ; je suis retombé dans les pommes.

Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais dans mon lit. Je sortais d'un rêve où j'étais un arbre. C'était bizarre. Une branche me grattait, au milieu du front ; une chatte s'était posée dessus pour discuter avec une fille venue s'accroupir sur mes racines pour...

Eh bien, heu...

Enfin... j'ai ouvert les yeux. La première chose que j'ai vue, c'est le sorcier qui s'apprêtait à m'engluer le front avec je ne sais quel onguent diabolique. Chauve, une barbe moins blanche que sa robe, un nez grand comme une main et des oreilles de singe... d'aussi près, il paraissait encore plus grotesque. Là, j'ai reculé ! Il a insisté un peu ; j'ai dit non : pas de sorcellerie sur moi ! C'est là que mon fils de quinze ans a débarqué. En un échange entre le vieux et Adam, je me suis soudain demandé si on me prenait pas pour une truffe ; le garçon était apparemment devenu l’élève du sorcier. Ils ont nié, évidemment ! Par contre, quand j'ai dit au vieux que je sortais d'un rêve où les chats parlent, ça a eu l'air de l'intéresser. Il a enfin abandonné l'idée de me répandre sa mixture infâme sur le front. Malheureusement, je ne me souvenais plus vraiment de mon rêve. Il était quelque-peu... dérangeant.

Mais le sorcier m'a alors assuré qu'il pouvait me le rendre. Pas d'onguent, ni de poudres maléfiques ; il ne me toucherait même pas. Dans ces conditions, j'ai accepté : il avait l'air tellement surpris que je puisse rêver de chats qui parlent ; je voulais savoir ! Mais je n'en menais pas large ; c'est quelque-chose de se retrouver face à un sorcier. Toujours à genoux près de la paillasse, il s'est avancé vers moi. Il a levé un index devant mes yeux en disant :

« Regardez attentivement le bout de mon doigt ! »

Là, j'ai compris ! J'ai reculé, m'écriant :

« Arrêtez ! »

Battant en retraite lui aussi, il a marmonné :

« Faudrait savoir !
- Ça y est : j'ai compris !
- Mais compris quoi ?
- C'est dans votre doigt ! »

Il a regardé son index... A la porte, mon fils secouait la tête en soupirant, les yeux vers le sol.

« Qu'y a-t-il dans mon doigt, s'étonnait Myrdhin ? »

J'ai répondu :

« Mais votre pouvoir ! Vous avez concentré tous vos pouvoirs sataniques au bout de votre doigt et vous allez me jeter un sort, c'est ça ? »

Il a soupiré à son tour en baissant les bras :

« Très bien ! On ne peut pas aider quelqu'un qui refuse. »

Le vieil homme est resté silencieux un moment... Il a regardé Adam toujours appuyé au chambranle de la porte, a pris une grande inspiration puis, soudain, il a aboyé :

« Wan !
- Oui, a répondu mon fils ?
- Viens ! »

Le sorcier ouvrait une large manche vers Adam, l'autre vers le côté opposé du lit. Se tournant vers moi, il m'a proposé :

« Écoutez : on peut prendre le doigt de votre fils ! Lui, vous le connaissez ! Vous savez que ce n'est pas un sorcier ; il n'y a aucun pouvoir maléfique au bout de ses doigts. Ça vous va ? »

J'ai réfléchi un instant. Adam s'était installé en face de Myrdhin ; genoux écartés, assis sur les talons. Il paraissait indécis, triturant une mèche de ses cheveux roux devant ses yeux étonnés. Le sorcier, lui, me fixait ; interrogateur. J'ai finalement réagi :

« D'accord. Mais vous, vous ne bougez pas ! Vous ne vous approchez même pas de moi ! »

Le vieil homme s'est redressé sur ses talons en disant :

« Croix de bois ! S'il y a de la magie, elle est dans votre tête. »

Il s'est alors adressé à mon fils :

« Wan, tu vas tendre un doigt ; un index. »

J'ai précisé :

« Il s'appelle Adam depuis qu'il a embrassé la Foi. »

Le vieil homme a enchainé sans faire attention à moi :

« Fais-le osciller à un coude de ses yeux. »

Dépliant les jambes, Adam s'est avancé vers moi.  Il a tendu un doigt devant mon nez, le faisant osciller de droite et de gauche.

« Moins vite, a repris Myrdhin. Regardes ses yeux, pas ton doigt. Fais attention à ce que je fais, pas à ce que je dis. »

Il s'est adressé à moi :

« Vous c'est l'inverse ; vous faites attention à ce que je dis et uniquement à ce que je dis. Suivez son doigt des yeux... voilà, sans bouger la tête ! Vous allez vous détendre.  »

Sa voix avait quelque-chose d'apaisant. Il parlait lentement ; laissait passer plusieurs secondes entre chaque phrases.

« Vous avez reçu un choc. Vous avez besoin de repos. Laissez-vous aller : détendez-vous ! »

J'ai cessé peu à peu de presser mon dos contre le mur derrière moi.  Le doigt de mon fils oscillait toujours devant mes yeux. Sous sa main, la manche brune de sa tunique pendait d'un côté, de l'autre...

« Vous allez vous endormir, poursuivait Myrdhin. »

Mes paupières commençaient à se fermer d'elles-mêmes. Je les sentais lourdes ! Cette main, tendue vers moi le doigt en l'air, engagée dans un perpétuel aller-retour devant mes yeux ; tout l'univers bougeait derrière elle !

A droite, puis à gauche...

« Vous êtes fffffatigué, soufflait le sorcier ! »

J'ai cligné des yeux... Une fois... La main balançait ; mes yeux aussi... Je me suis entendu prendre une grande inspiration, profondément... puis souffler lentement jusqu'à vider l'air de ma poitrine. Deux fois... A la deuxième inspiration, mon nez s'est mis à vibrer... j'ai failli lâcher des yeux la main qui dansait devant moi... je m'entendais ronfler !

« Respirez doucement ! Vous plongez dans un profond sommeil. »

Mes paupières, elles dansaient. Lentement. De plus en plus, cette main et l'ombre floue derrière elle m'apparaissaient comme les images immobiles... comment dire ? D'une scène découpée en instants figés, présentés bout à bout avec un intervalle croissant. Un coup à droite... le visage de mon fils... Un coup à gauche... celui du sorcier... Et ce ronflement qui faisait vibrer l'intégralité de mon corps... se calmant, peu à peu.

Finalement, j'ai fermé les yeux.

« Vous entendez, cette respiration calme et profonde ? demandait la voix grave et douce du sorcier. C'est vous. Vous êtes profondément endormi. »

D'une voix pâteuse, j'ai répondu :

« J'entends ! »

J'ai repris un grand bol d'air, les yeux fermés. Je me sentais bien ! Calme. Apaisé. Ma douleur au front s'était changée en un écho lointain pulsant comme certaines étoiles, la nuit. La voix disait :

« Il fait nuit. Vous êtes un arbre... »

Une par une, dans l'obscurité rose de mes paupières, des étoiles se sont allumées. J'ai senti une brise caresser mon feuillage... j'étais un arbre ! Un châtaignier ; les fruits enfermés dans leurs coques piquantes alourdissaient mes branches. Je sentais une... deux.... trois vibrations faire trembler mes racines, comme si trois géants frappaient chacun son tambour avec rythme ; parfois synchronisés, parfois non. Dans ces vibrations, j'en trouvais d'autres encore, plus ténues, plus lointaines... J'étais un arbre parmi d'autres, au bord d'un champ couvert d'herbes hautes. Quelque-chose me courait sur le tronc... sur mes branches, s'agrippant avec des griffes plus fines, largement plus coupantes que celles d'un écureuil. Je ne saurais vous dire comment je savais ça ; je le savais, c'est tout ! Pas besoin de regarder en bas pour savoir qu'un chat vous grimpe dessus. Il est venu s'installer sur cette satanée branche qui me grattait, au milieu du front.

Tout à coup, j'ai senti quelqu'un se poser sur mes racines. J'ai ouvert ce que j'ai pu de mes perceptions... Je me suis tendu jusqu'au bout de la moindre ramure, la moindre feuille, la moindre épine de châtaigne ; jusqu'à l'extrémité de la moindre de mes racines et j'ai vu ! Alors que, d'une voix féminine, le chat lançait :

« Miracle-Express ; bonjour ! »

J'ai vu une jeune fille vêtue de noir s'accroupir sur mes racines en levant les yeux vers les branches. Là haut, un chat noir avec une bavette et des pattes blanches s'était couché sur l'une d'entre elles. Il contemplait la jeune fille. Celle-ci s'est exclamé :

« C'est toi ? »

Puis...

Rien. L'image s'est figée. Myrdhin a dit :
   
« Maintenant, on change de décor. Seuls les personnages restent. Il fait jour. Le ciel est parfaitement bleu. Vous êtes un rocher au milieu d'une prairie. La jeune fille est venue pour réfléchir, rien d'autre. »

Prenant son temps, il a continué ainsi de me décrire un nouveau décor. C'était incroyable ! Je n'étais plus un arbre, mais un menhir !


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis, L'Homme qui... chapitres 6 et 7 : Remboninage
Posté par: Freakazoid le 01 Mars 2013 à 16:32:39
Citer
Ou plutôt comme si, pendant tout ce temps, elle avait fait sembalnt d'y croire

Coquille

Citer
une chatte s'était posée dessus pour discuter avec une fille venue s'accroupir sur mes racines pour...

Et voici le lien avec le deuxième personnage présenté :)

Citer
c'est le sorcier qui s'apprêtait à m'engluer le front avec je ne sais quel onguent diabolique. Mais avec une tête ! Chauve, une barbe moins blanche que sa robe, un nez grand comme une main et des oreilles de singe.

La formulation est bizarre. Je te jure, c'est peut-être parce que c'est une fin de semaine mais j'ai cru un (court) instant que c'était l'onguent diabolique qui était chauve avec une barbe XD !


Sinon, nouvelle théorie qui me fait penser que l'histoire avec Jésus que tu avais postée n'est pas innocente : tout le monde est interconnecté à travers le temps et l'espace via les rêves. Je chauffe ?
Titre: Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 01 Mars 2013 à 16:54:03
Merci pour ces petites corrections et, en effet, tu brûles  ;) ! Je suis content que l'histoire avec Jésus ait porté ses fruits, lol. Comme tu l'as dit, tout ceci paraît décousu, au premier abord, mais c'est plein d'informations données dans le désordre, presque comme des images sublidinales qui, si c'est bien fait, te reviennent au moment où les énigmes se dévoilent. Comme par exemple le fait qu'il ait carrément rebaptisé son fils d'une manière, disons au pied de la lettre, en le convertissant à sa religion, quand par ailleurs sa femme l'appelle toujours Wan (et lui Yohann, en passant). J'espère que ça passe bien, c'est pas évident de présenter une histoire du point de vue d'un mec en plein délire.  ^^ J'ai poursuivi la lecture du tien dans sa version doc, j'aime bien aussi comment ça évolue. Ce soir c'est soirée ciné en famille, mais il va quand-même bien falloir que je me remette à le commenter, je crois qu'il faut au moins fournir ici un travail de correction équivalent au travail d'écriture  ;)


L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 8 : Supergol


Je me suis d'abord retrouvé dans la pierre d'un menhir. J'étais un menhir !

Le plus incroyable, c'était de me sentir respirer quand-même, comme me retrouver au fond de l'eau dans un rêve... c'était de sentir sans bouger d'un cheveu un vent légèrement salé parcourir ma surface ! C'était d'être là, au milieu d'une immense prairie d'un vert le plus pur et parsemée de fleurs ; de pouvoir sans yeux distinguer le moindre brin d'herbe, la moindre pâquerette... chaque insecte bourdonnant dans un concert avec le vent, le coucou et la tourterelle au loin... Tout était incroyable !

Et ça sentait bon ! Un parfum vert, presque sucré. Sous un ciel d'un bleu éblouissant, la voix de Myrdhin continuait de poser le décor :

« Il y a deux autres grande pierres autour de vous ; une de chaque côté... »

L'un après l'autre, j'ai vu d'autres rochers sortir de l'herbe, à droite comme à gauche... Je me suis retrouvé au sommet d'un arc ovoïde de quinze menhirs disposés trois par trois.

« D'autres pierres apparaissent, plus grandes encore... »

Derrière chaque trinité, de gigantesques trilithes se sont dressés, cachant une bonne partie du ciel. Là, j'ai su où j'étais : je me trouvais aux pierres suspendues, là où j'avais déjà suivi le sorcier à quelques lieues de la Cité. Tout autour s'est dessiné un nouveau cercle de menhirs, puis plus loin encore un cirque de géants supportant d'autres pierres couchées... il y en avait des dizaines ! Vue du centre, la construction paraissait encore plus énorme que dans mes souvenirs.

Devant moi, quasiment à mon pied, se tenait un autel païen composé de trois pierres grises. Longue, platte, la table de granit paraissait minuscule au regard du reste.

« C'est un banc, poursuivait la voix douce du sorcier. La jeune fille vêtue de noir vient s'asseoir dessus. Juste s'asseoir. »

La fille de mon rêve est arrivée par l'avenue de menhirs ainsi formée. Tunique et braies serrées aussi noires que ses cheveux aux reflets aile de corbeau, elle s'est assise sur le banc en pierre presque à mon pied. Elle me tournait le dos ; j'aurais pu me pencher sur elle. Une voix féminine a dit :

« Miracle-Express ; bonjour ! »

J'ai de nouveau étendu mes perceptions, mais au travers de centaines... de milliers, de millions de minuscules grains de granit composant ma surface et aussi celle de mes voisins. La brise s'était calmée ; mes grands frères trilithes me protégeaient du vent.

J'ai vu !

J'ai vu la chatte au sommet d'un trilithe de pierre, sur la droite. Ce n'était plus la même ! J'ai murmuré :

« Elle n'est plus noire mais grise ; entièrement grise avec un reflet bleu ! »

La jeune fille a levé les yeux vers l'animal, s'écriant :

« C'est toi ? »

La chatte bleue lui a répondu :

« Qui veux-tu que je sois ? »

Elle parlait d'une voix basse, grave mais indéniablement féminine.

« Tu n'es pas la même, s'est étonnée la jeune-fille.
- Je passe de robe en robe, c'est dans ma nature. »

Elles ont laissé passer quelques secondes sans rien dire, puis la chatte a lancé :

« Alors ?
- Alors quoi ? Tu veux que je te dise que t'avais raison ?
- Non ! Je veux que tu me dises comment tu vas.
- Eh bien, t'avais raison. J'ai suivi ton conseil ; j'ai accompagné mon mec et son boulet en teuf. Apparemment, il y a deux rave-parties. T'as dû déjà voir si tu t'es promenée un peu.
- J'arrive.
- Ah ! Il y en a une à deux ou trois kilomètres d'ici, dans une carrière à flanc de montagne ; une free-party où couleront probablement les drogues. Mais nous allons à l'autre dans la vallée, qui a l'air plus sérieuse. Ça s'est passé d'une façon, tu vois, là : je réalise encore.
- Raconte ! »

Soudain, j'ai entendu une voix d'homme. Étouffée, lointaine, elle provenait de derrière moi... d'au-delà des cercles de menhirs. Elle appelait :

« Charlie ? T'es où ? »

La jeune fille a crié en retour :

« Je suis là ! Bouge pas d'où t'es, c'est très bien ! »

La chatte a bondi du trilithe de pierre, sur l'un de mes frères menhirs sur la droite. Elle s'est lovée en rond, les yeux jaunes rivés sur la fille. Celle-ci contemplait l'avenue d'herbe et de pierres devant elle, le regard perdu loin au-delà des menhirs. Brisant le silence, elle a soupiré :

« Eh bien, pour commencer, tu vois : je suis là. Je n'y croyais pas beaucoup, pourtant. Même après notre rencontre sur la falaise ; je pensais avoir rêvé. On a roulé pendant six heures. Enfin... roulé ; plané, selon l'expression favorite de Mister Supergol.
- Qui ?
- Fred, le pote de mon mec. Auto-baptisé Café Fredo ; il se trouve frais et dynamique comme un bon café frappé. J'ai beau lui répéter qu'il est loin d'être noir, il s'en tape. Mais il adore le mot Supergol, ce mongol. Quand il a fait acheter sa caisse à mon mec, je te jure, le vendeur n'a pas eu à placer un mot ! Avec Fred comme camelot l'affaire était vendue :

« Regarde ça ! Une aéro ! Avec toutes les options ; c'est du Supergol !... Regarde ; tu rabats les tablettes dans le dos des sièges et ton film passe en hologramme... mais c'est du Supergol ! »

En sortant de chez le concessionnaire, j'ai regretté de ne pas avoir compté le nombre de fois où il a placé ce mot débile. Mais nous en ressortions avec une voiture pleine à craquer de Supergol et un crédit à faire des coupes dans les loisirs, même avec la reprise de l'ancien véhicule en parfait état de marche. Tout ça pour ne pas avoir l'air de gueux en teuf ! Ce warrior d'opérette se rase tout seul le crâne à la tondeuse, comme une grande ! Mais il ne doit pas savoir s'y prendre. Je n'ai jamais personnellement pratiqué l'auto-tonsure, mais je ne vois pas beaucoup de crânes rasés se balader la tête aussi rouge que Fred. Par plaques ! Ca doit le démanger ; il se gratte constamment !

Donc voilà, on est partis à quatre, à bord d'une voiture super-grise, mais supergolesque, super-chère et super-bruyante pour une super-technologie à coussins d'air. Six heures ! Trois-cent-soixante minutes à se farcir des clips technos piratés sur le web le volume à fond ! Derrière moi, le Fred s'extasiait sur un genre de brouillard sombre et glauque en extrême basse résolution holographique censé représenter des danseurs devant un mur de son la nuit. A coté de lui, sa dernière conquête comptait une liasse de billets qu'elle gardait sur elle. Maigre, la tête quadrillée de tresses ridicules encadrant une natte de type mongol, elle allait bien avec Fred. Six heures, qu'elle a passée à recompter ses tunes ! Leur plan était simple... enfin ; le plan de Fred ! Il appelait ça la mise de fond, sans préciser bien sûr que ça sortait de la poche de sa copine. Tu vois, en fermant les yeux, j'entends encore sa voix de branleur :

« Le blème, en teuf, c'est pas dans la teuf elle-même, c'est sur les routes. C'est là que les keufs te contrôlent. Alors on n'amène rien avec nous, sauf des tunes. Une mise de fond quoi ! On achète le stock là-bas, on revend avec bénefs et on se dépouille avec la marge. »

- Le moins qu'on puisse dire, a commenté la chatte, c'est qu'il n'est pas discret !
- Pour ça, il faudrait qu'il se taise, de temps en temps ! Mais non ! Ça, c'est pas inscrit dans son code génétique ! Que voudrais-tu qu'il te raconte, s'il te déballait pas toute sa vie, et en boucle encore ? Et cette techno mal enregistrée... je ne sais pas ! Elle saturait de partout. De la plus grave des basses au plus aigu des samples... à croire qu'elle avait aussi été enregistrée le volume à fond ! Assise à la place du mort, j'ai bien essayé d'y mettre mon grain de sel :

« Vous allez griller le poste !
- Tut, tut ! s'est vanté Fredogol derrière moi. T'y connais rien, trésor ! La tek, ça s'écoute le volume à donf ! »

Et devine quoi, le poste a grillé. On était presque arrivés ! Presque. On a tourné encore pendant une heure.
- Ah bon ?
- Mais oui ! Une heure ! Comme plan pour arriver à bon port, on suivait un flyer internet ; une carte proposée en ligne par les organisateurs. Mais voilà, dans le monde du Supergol, une seule machine centralise tout : auto-radio, GPS, machine à frittes et je te le donne en mille : Internet ! Je leur avais dit, pourtant, au moment du départ :

« Je serais vous, je l'imprimerais. On va peut-être pas capter, là bas ! »

Bien sûr, Gogol a répondu :

« Tut, tut ! On n'est plus à l'âge de pierre ! Ça capterait un appel de détresse venu des fonds marins depuis le fin-fond du désert ! »

Mais comme c'est Supergol ! Sauf que ça capte rien quand le son grille la machine. Du coup, on s'est perdus... »


A suivre ?...


...Toujours pas :


Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 2 : Bienvenue à la Nouvelle Remungol !


Après avoir été réveillé par une elfe à la peau verte puis bleue ; je me retrouvais au lit dans une chambre bleue qui était verte à mon réveil, un breuvage étrange à la main et un goût de guimauve à la fraise au fond de la gorge. Il m'a fallu un moment, avant de bouger. Face à moi, la porte entrouverte m'invitait à plonger plus profond dans le rêve. Bleue avec des panneaux ivoire chargés de brouillard, elle tendait vers moi une poignée en bouton d'or. J'entendais  une voix, au-delà de cette porte, trop étouffée pour que je puisse comprendre. Mais il me semblait reconnaître la voix de l'elfe ; une voix... tellement familière mais jeune !

J'ai sorti une jambe de cette étrange couverture douce et légère désormais bleu-roi, une toute petite jambe gauche. Elle a glissé sur le côté du lit, rapidement suivie par sa sœur alors que je m'asseyais en repoussant la couverture. Mes jambes étaient vêtues de braies blanches taillées sans une seule couture dans un tissus incroyablement léger, doux au toucher et brillant ! Elles semblaient si petites, mes guiboles ! En haut, j'étais couvert d'une simple tunique du même tissu, mais... tellement courte ! Poussant sur une main, je me suis levé ; elle m'arrivait à peine aux hanches alors que moi-même, j'avais une taille d'enfant.

Je tenais toujours un verre à moitié plein dans la main droite. Le liquide rose pétillait à l'intérieur. Je l'ai porté à ma bouche. J'en ai bu une gorgée... à nouveau cette sensation coulait le long de ma gorge. J'ai fermé les yeux. Du fond de ma mémoire est apparue une autre main... ma main ! Pas cette mimine d'enfant qui tenait mon verre, mais la mienne ; une main adulte, serrant une pierre étrange. Celle-ci, terne mais chaude, bombardait ma paume de milliers de minuscules épines chatouillant la peau, avec la même intensité que cet étrange feu à la fraise, ma langue et mon palais.

J'ai levé mes paupières... Les yeux à demi-fermés, j'ai relevé la tête. Dehors un arbre dansait au gré d'une forte brise, sous un ciel bleu. Son feuillage vert frétillait au-delà d'une fenêtre ronde fermée d'un seul vitrage. Les pieds nus dans une moquette bleu-ciel extraordinairement douce, j'ai fredonné :

« Pas un chêne, ni un châtaignier... pas un frêne, ni un marronnier... »

La vieille ritournelle druidique me semblait surgie du fond des âges.  J'ai continué ainsi, le verre à la main. Les feuilles défilaient devant mes yeux mi-clos ; « feuille de bouleau, feuille de pommier... », ainsi que les arbres, leurs formes ; « ombre de sureau, reflet de poirier »...

Pendant quelques minutes, tous les arbres de mon répertoire y sont passés. Celui-ci n'en faisait pas partie. Je sentais le verre s'alourdir, dans ma main droite. Il était pourtant vide. Le coude engourdi, je l'ai passé à gauche... j'avais les doigts si courts ! Pliant les genoux, je l'ai posé sur la table de nuit. J'ai fait un pas vers la porte, dans la moquette bleu-ciel. La voix venait de plus à gauche ; elle semblait traverser le mur au-dessus de la commode bleue aux tiroirs liserés or. Elle paraissait surgie de ce brouillard ivoire qui emplissait le mur, dansant au gré de la brume. J'ai traversé la chambre jusqu'à la porte, la moquette était chaude ! Tendant le bras droit vers la poignée en bouton d'or, j'ai plié le genou gauche, passant l'autre main sur la plante de mon pied... c'était chaud ! C'était agréable... magique !

J'ai reposé le pied. La voix de l'elfe semblait vraiment sortir du mur, sur la gauche. C'était impossible ! Ça se passait forcément de l'autre côté. Je pouvais presque distinguer ses paroles. Elle s'écriait :

« Mais oui ! Une heure ! »

Puis elle est repartie dans un monologue assourdi et incompréhensible. Tirant la poignée, j'ai ouvert la porte. De l'autre côté, tout était rose. De la main gauche, j'ai attrapé le chambranle. J'ai fait un pas en avant... J'ai juste eu le temps d'entrevoir droit devant une autre porte qui flottait dans le vide d'un brouillard rose, sur la droite un comptoir de marbre fuchsia sur lequel perchaient deux étranges oiseaux roses au bord de vasques rose-bonbon, sur la gauche un bassin en granit rose rempli d'eau, au bord duquel perchait un volatile tout aussi rose deux fois plus gros que les autres. Nageant en plein rêve, je me suis exclamé :

« Oups, pardon ! Je voulais pas déranger... »

Avant de me rendre compte d'une part que je venais de m'adresser à des piafs et d'autre part que lesdits oiseau étaient en marbre. Pas de trace de l'elfe. Reculant d'un pas, j'ai refermé la porte. La voix sortait vraiment du mur ! Alors je me suis approché de la commode. Campé sur mes petites jambes et sur l'avant de mes petits pieds nus, j'ai posé les deux mains sur la surface du meuble pour plonger mon regard dans le mur.

Rien.

Rien d'autre que ce brouillard ivoire qui me narguait de ses volutes dansantes et cette voix douce et lointaine... je la comprenais presque ! Elle disait :

« Tut, tut ! On n'est plus à l'âge de Pierre !... »

Désarçonné, j'ai pris un grand bol d'air. Expirant, j'ai soufflé... la brume s'est écartée ! Écarquillant les yeux, j'ai soufflé encore ; j'ai chassé le brouillard pour découvrir... Comment trouver les mots pour décrire ça ? Là, dans le mur en face de moi... à peine à quelques pouces ! Il faisait nuit, c'étaient les bois... comme un oiseau, je voyais d'en haut une... un... un véhicule, c'était certain. Mais tiré par aucun cheval. Par rien, en fait ! Gris, sans roues, flottant au-dessus d'une route sombre à la surface aussi lisse que celle d'un mur. Là, dans la cloison en face de moi, c'était un autre monde, avec même un haut et un bas orientés différemment ! Quoique, j'ai cru tomber sur cet étrange appareil quand le décor tout entier s'est approché de moi, puis s'est redressé comme par magie de sorte que le véhicule s'est retrouvé de profil. J'assistais indéniablement à une autre magie que celle des druides, laquelle relève plutôt, je dois le reconnaître, d'une science déguisée.

Voilà ce que j'ai vu dans le mur, après m'être éveillé dans cette chambre bleue mais verte quand j'ai ouvert les yeux, accueilli par une elfe capable de changer de couleur. J'entendais mieux la voix ; elle chantait :

« Mais comme c'est supergol ! Sauf que ça capte rien quand le son grille la machine. Du coup, on s'est perdus... »

A mesure que la voix contait, tout ce qu'elle disait se déroulait là : sous mes yeux à l'intérieur du mur. Je voyais l'étrange carrosse parcourir les campagnes, arriver à un village bordé d'arbres fins et droits diffusant de la lumière en leur sommet... Un pur rêve de fou ! La voix psalmodiait :

« On visait un village du nom de Nouvelle Remungol. Ça : impossible à oublier, surtout dans les Cévennes. Genre, ça devait être un village d'expatriés bretons. Mais lui, là : Supergol, ça le faisait marrer ! Il s'esclaffait :

« C'est Supergol, non ? On quitte la Bretagne, on fait huit-cent bornes pour aller en teuf et hop ! C'est chez des bretons ! »

Ceci presque en boucle ; je l'aurais frappé ! Mais je me retenais... Je sais pas comment. Mon mec, lui, tenait son volant des deux mains, le regard perdu dans sa conduite, comme d'habitude. Il conduisait vite, mais bien ; il parlait peu, voire pas. Je bouillais littéralement à côté du lui. J'avais déjà envie de bondir sur l'autre abruti pour... je ne sais pas, moi ! Avec un peu d'imagination... foutre à poil ce connard et graver à l'ongle une carte sur son bide pour, au moins, trouver le chemin du retour ! A côté de lui, sa copine à tête de tresses comptait pour la énième fois sa liasse de billets en rêvant sans doute à la dépouille qu'elle allait se payer. Je lui en aurait bien offert une, moi, de dépouille !

Mortuaire !

Mais à force de tourner sur des routes à peine assez grandes pour laisser passer un cheval, on a fini par trouver la Nouvelle Remungol ; un charmant petit village aux toits d'ardoise encore insolites pour la région, presque au pied d'une montagne. Et tu sais quoi ? On l'avait déjà visitée ! Deux fois ! La première fois, on a juste traversé, parce que d'après Gogol, c'était pas là. Il faisait déjà nuit depuis plus d'une heures. A l'entrée du patelin, le panneau affichait : Remungol-Nevez. Il était rapidement suivi d'une affiche de bienvenue annonçant à renforts de diodes luminescentes blanches sur fond noir : Degemer mat e Remungol-Nevez. Le texte se terminait par un magnifique drapeau breton, toujours en diodes blanches sur fond noir. Fred s'est écrié :

« Regardez ! On y est presque ! »

Plus pour me détendre qu'autre chose, j'ai réagi d'une voix monocorde :

« Youpi ! On a trouvé la Nouvelle Remungol ! Plus qu'à découvrir une terre-promise perdue dans les bois !
- Ah non ! a repris Duglue tout fier de sa bêtise. On n'est pas à la Nouvelle Remungol ! T'as bien vu le panneau ? On est à Remungol-Nevez. Mais ça veut dire qu'on y est presque !
- Et t'as vu ça où, dans une boule de cristal ?
- Mais t'y connais vraiment rien, Cocotte ! C'est souvent, que des villages voisins portent des noms voisins. Donc, la Nouvelle Remungol, c'est le village suivant ! »

Sur le moment, j'ai rien dit ; il y avait comme une logique à sa connerie. On a donc traversé Remungol-Nevez. Avec nous dedans, la voiture est passée entre des maisons entourées de jardins  à peine éclairés par les lampadaires. Elle a traversé une place où trônaient une église et une boulangerie à l'ancienne... Fred a même fait Coucou au passage au panneau annonçant que nous quittions Remungol-Nevez. Il a ouvert la vitre de son côté et il a fait un signe de la main en déclamant :

« Au-revoir, Remungol-Nevez ! Nous te reverrons au retour ! »

Tu parles ! Le retour n'a pas été long ! La route descendait vraisemblablement vers une plaine. On a sinué pendant, je ne sais pas... quatre ou cinq kilomètres, en scrutant les embranchements et les chemins alentours.

Rien.

A part, au bord d'un embranchement en patte d'oie sur la gauche, deux fourgonnettes de la gendarmerie derniers modèles, deux motos et six de ces messieurs de la maréchaussée occupés à contrôler un van blanc-crème. Fred s'est écrié :

« T'arrête pas ! »

On a continué ainsi pendant encore à peu-près trois bornes. Mais voilà, c'était une impasse ! La route débouchait sur ce qui ressemblait à un lotissement privé. Une demi-douzaine de maisons entièrement construites en bois, mais grandes ! De magnifiques chalets eux aussi entourés de jardins. On en a admiré les superbes toits en ardoise et en double-pente prononcée depuis une barrière automatique orange fermée à l'entrée du lotissement. A côté de celle-ci, un simple écran lcd monté sur un poteau en fer affichait sur fond bleu : Privé ; colporteurs interdits : veuillez sonner ci-dessous. Sous l'inscription, un cercle blanc invitait à y presser l'index. On n'est pas restés pour essayer.

On a fait demi-tour et on est retournés à Remungol-Nevez. Là, Fred nous a fait tourner pour chercher des panneaux. Il y en avait plein, mais tous indiquaient des lieux-dits aux noms dignes de celui qu'on cherchait et qu'on avait perdu en grillant le seul accès internet de la voiture. Des noms ultra oubliables, dignes de Mister Supergol ! Ou encore des noms mal interprétables ! Par-ci se tenait le Trou des Forges, et trois-cent-mètres plus loin par là : les Forges du Trou ! Comment veux-tu retrouver ton chemin dans une pelote pareille ? Et ça au pied d'une montagne ; c'est fort ! Au bout d'un moment, Dugenou a dit :

« De toute façon, c'est pas ici, la Nouvelle Remungol. Donc, c'était dans notre dos ! On l'a dépassée sans faire exprès. En fait, c'était le village précédent et on l'a pas vu.»

Comme ça, il nous a littéralement fait faire demi-tour, et on est repartis sur la route par laquelle on était arrivés au départ. Sa copine, elle, continuait de compter ses tunes sans rien dire. Quand on est arrivés à la bretelle de l'autoroute pour Alès, là, j'ai dit d'un ton que je reconnais un peu sec :

« Et on fait quoi, maintenant ? Le village précédent, y'en a pas non plus ! »

C'est marrant, là, il a rien répondu, Supermol ! Du coup, on est revenus à Remungol-Nevez.

Encore.

Cette fois-ci, quelqu'un nous attendait sur la place de l'église. Sous un lampadaire, assis sur un banc en thermoplastique blanc : deux grands-pères en pleine conversation... on aurait dit ceux du Muppet-Show, en haut sur leur balcon ! Vêtus de vestes brunes et de pantalons taillés dans la même toile ; deux pépères en chaussons qu'on n'aurait pas pu louper les premières fois ! Les mecs étaient forcément venus s'installer le temps de notre dernier aller-retour au pays des gens perdus. Mais à les voir, c'était comme s'ils nous attendaient là depuis des heures ! Sur la place, mon mec a stoppé la voiture. On a contemplé les petits vieux pendant quelques instants sans rien dire, puis l'un d'entre eux nous a vus. Chauve sur le dessus mais garni sur le tour d'un collier de cheveux blancs, il a levé une impressionnante moustache blanche puis son corps de grand-père pour venir vers nous d'un pas patient.

Très patient !

L'autre le suivait derrière, blanc aussi, chevelu davantage mais imberbe.

« Mais, heu... tu fais quoi, là ? s'est étonné Fred à l'intention de mon mec.
- Mais, on va se renseigner ! a répondu celui-ci.
- Mais qu'est-ce que tu veux qu'ils en sachent, eux ? C'est pas eux qui organisent !
- Mais il vivent là, non ?
- Mais... »

Le dernier mais en suspens, cet imbécile a fini par lâcher :

« Mais enfin ! Tu crois que ça leur plaît, à eux, un teknival dans leur campagne ? Ils feront ce qu'ils peuvent pour nous perdre, oui ! »

De toute façon, c'était trop tard : le petit vieux présentait sa paire de moustaches à ma fenêtre :

«  Ceux-ci ; sont perdus ? ruminait-il entre sa dernière dent tandis que je baissais ma vitre.
- Heu... non, non, merci... a commencé Fred. »

Je ne l'ai pas laissé aller plus loin :

« Si, si, merci ! Nous cherchons le teknival des Poches ! me suis-je écriée avec soulagement.
- Houlààà ! »

Le vieux a semblé réfléchir un instant, le menton dans une main, puis :

« Vous cherchez le Tek-Noz ?
- Oui ! C'est ça !
- Le quoi ? s'étonnait encore l'ahuri derrière. »

Là, je me suis violemment retournée vers lui et j'ai hurlé :

« Le Tek-Noz ! C'était écrit en grand sur le flyer que t'as grillé, connard ! »

Prenant son temps, un ange est passé. La tête aussi rouge que son crâne, Fred paraissait comme coincé par une colique sur le trône. Enfin, le vieux a dit avec un sourire :

« Faut pas vous énerver, mademoiselle ; v'z'allez gâcher vôt jôôli teint !
- Pardon ? est- intervenu mon mec. »

C'était la première fois du voyage que je le voyais exprimer quelque-chose. Il faut le connaître pour comprendre. Il n'est pas vraiment du genre à exprimer ses sentiments. Là, le vieux a dit en affichant  la surprise :

« Oh, désôôlé ! »

Il avait un accent du terroir, c'était certain, mais lequel ?

« J'avais pas vu qu' c'était la tienn' ! »

La façon qu'il avait d'accentuer au milieu des mots dévorait bien les dernières syllabes à la sauce bretonne, mais dire qu'il prenait son temps serait un euphémisme. A croire qu'il attendait une réponse non seulement à chaque phrase, mais aussi à chaque mot ! Même le plus détendu des bretons ne serait jamais assez patient pour parler mille fois plus lentement qu'un suisse. Celui-là : si !

« Mais alors, c't à toi de lui faire des môôts doux ! Tu le fais, si ?
- Je vois pas en quoi... a commencé mon mec. »

Il s'est arrêté la bouche ouverte. Il a levé une main vers sa tempe, posant la paume contre la partie dégarnie autour de ses oreilles. Là, il s'est mis à caresser ses cheveux bruns et courts du bout des doigts. C'est son tic, quand on le met mal à l'aise. Finalement, il a dit :

« Heu, merci, c'est gentil, mais... on cherche la Nouvelle Remungol !
- Mais, vous y êt', donc !
- Ah bon ?
- Mais oui ! Ca veut dir' noûûveau, nevez !
- Ah, bon !... alors, heu... on cherche le Tek-Noz ! »

Le vieux a d'abord plaqué ses mains sur ses genoux. Il a tourné la tête vers la route droit devant nous, il a levé un bras pour nous la montrer puis, en nous regardant à nouveau :

« D'habîîtud', je dirais la route la meilleure. Mais y'aurait un ch'min plus court. »

On a tous hoché la tête, comme s'il venait de nous apprendre une nouvelle extraordinaire. Il a laissé passer quelques secondes. Derrière lui, l'autre pépère nous contemplait avec un sourire tout aussi édenté.

« Mais là, poursuivait le premier... en fait... non ! »

Le clocher de l'église s'est mis à égrainer les heures : dong ; une heure ! Dong ; deux heures !...

« Y'a qu'une route ! »

Dong ; trois heures !... Dong ; quatre !

« Alors... »

Dong... dong !

« V'z'allez toûût droit... »

Dong... dong !

« Et là... »

Dong... dong !

« Après kêêk's Kilômèt'... »

Dong...dong !

« Vous demandez à la Maréchaûûssée ;  y gard'nt le ch'min pour aller au Tek-Noz ! »

A ce moment là, Mister Supergol le Mongol s'est écrié :

« Il est minuit ! Vous voyez, on arrive tôt ! C'était pas la peine de s’exciter, comme ça ! »

J'ai encore perdu mon calme :

« Mais t'as écouté, au moins ? C'était au niveau des gendarmes !
- Oui, et alors ? On y est presque, oui ou non ? »

A nouveau, un silence. En parlant d'euphémismes... tu vois : là, ce serait un euphémisme, rien que de dire que c'était un euphémisme quand j'ai dit :

« J'en ai ma claque ! »

Le vieux a ajouté :

« Bon, ben... content de vous avoir rendu sêêrviss' !
- Merci ! a lancé mon mec d'une voix indécise. Et, heu... bien à vous, hein ! »

Le vieil homme, qui commençait déjà à partir, s'est retourné... il est revenu. Il a dit en montrant une maison :

« De rien ! J'habite là, à côté ! On v'za vus toûûrner, alors on est v'nus voir ! »

Quelques secondes sont parties encore, comme ça, dans le silence. Puis le vieux a ajouté :

« Et faites attêntion ! Arrivés aux châââlets, c'est trôôp loin ! Nôôz vâât ! »

Puis il est parti rejoindre son collègue déjà presque assis sur le banc. Et voilà ! On est repartis, nous aussi ! On a repris la route, la bonne, dans l'intention de demander notre direction aux gendarmes. Sur la banquette arrière, le champion de l'Univers toutes catégories en connerie domestique et autres s’affolait, s'exclamant :

« Mais vous êtes pas biens ! On va pas demander la route aux keufs ! Vous croyez quoi ? Qu'ils vont gentiment nous dire où ça se trouve ? Ils vont nous balader, oui !
- Eh bien ils nous baladeront ! ai-je hurlé à pleins poumons en crachant sur ce sous-primate. Ce qui est sûr, c'est qu'ils le feront pas aussi bien que toi, pauv' gland ! »

Et là, tu sais ce qu'il m'a répondu, ce crétin ? Blanc comme un linge, il m'a dit :

« Mais non, mais, heu... enfin... on y est presque... et tant pis ! Tiens, tu vas voir : si tu me laisses leur parler, aux gendarmes... en les embobinant un peu, moi, je te trouverai où c'est ! »


A suivre...
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: Freakazoid le 04 Mars 2013 à 15:29:20
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L'un après l'autre, j'ai vu d'autres menhirs sortir de l'herbe ; un à ma droite, un de l'autre côté... trois autres, alignés plus loin sur la gauche... trois sur la droite... six autres plus loin encore ; trois de chaque côté. J'étais au sommet d'un arc ovoïde de quinze menhirs disposés trois par trois.

« D'autres pierres apparaissent, plus grandes encore... »

Derrière chaque trinité de menhirs, de gigantesques constructions se sont dressées, cachant une bonne partie du ciel. Chacune d'elles présentait trois pierres ; deux pilier au moins trois fois plus hauts que les premiers menhirs et un gros bloc couché dessus. Là, j'ai su où j'étais. Je me trouvais au beau milieu de ces cercles de granit dont je vous ai parlé tout-à-l'heure, à quelques lieues de la Cité. Là où j'avais déjà suivi le sorcier : les pierres suspendues. Tout autour s'est dessiné un nouveau cercle de menhirs, puis plus loin encore un cirque de géants supportant d'autres pierres couchées... il y en avait des dizaines ! Vue du centre, la construction paraissait encore plus énorme que dans mes souvenirs.

Devant moi, quasiment à mon pied, composé de trois pierres grises se tenait l'autel païen que je vous ai déjà mentionné aussi. Longue, platte, la table de granit paraissait minuscule au regard du reste.

La description est un peu lourde je trouve : elle est très détaillée et, en plus, il y a de nombreuses répétitions.

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Ce warrior d'opérette se rase tout seul le crâne à la tondeuse, comme une grande

Comme un grand plutôt, non ?

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En haut, j'étais couvert d'une simple tunique du même tissus

tissu

C'est tout ce que j'ai pu constater.

Sinon, sur le fond, peut-être est-ce parce que j'ai un coup de barre là mais j'ai trouvé que ce passage comportait pas mal de longueurs, de trucs un peu trop abstraits... Je me suis un peu ennuyé quoi :s
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 05 Mars 2013 à 01:15:10

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Ce warrior d'opérette se rase tout seul le crâne à la tondeuse, comme une grande

Comme un grand plutôt, non ?


Logiquement oui, mais en fait non. Elle le hait, et dire "comme une grande" à propos d'un mec pour le dénigrer, j'ai souvent vu faire ça. D'ailleurs, je le fais moi-même (pas bien !) Le mettre au féminin en parlant d'un mec est une pure expression de dénigrement.

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L'un après l'autre, j'ai vu d'autres menhirs sortir de l'herbe ; un à ma droite, un de l'autre côté... trois autres, alignés plus loin sur la gauche... trois sur la droite... six autres plus loin encore ; trois de chaque côté. J'étais au sommet d'un arc ovoïde de quinze menhirs disposés trois par trois.

« D'autres pierres apparaissent, plus grandes encore... »

Derrière chaque trinité de menhirs, de gigantesques constructions se sont dressées, cachant une bonne partie du ciel. Chacune d'elles présentait trois pierres ; deux pilier au moins trois fois plus hauts que les premiers menhirs et un gros bloc couché dessus. Là, j'ai su où j'étais. Je me trouvais au beau milieu de ces cercles de granit dont je vous ai parlé tout-à-l'heure, à quelques lieues de la Cité. Là où j'avais déjà suivi le sorcier : les pierres suspendues. Tout autour s'est dessiné un nouveau cercle de menhirs, puis plus loin encore un cirque de géants supportant d'autres pierres couchées... il y en avait des dizaines ! Vue du centre, la construction paraissait encore plus énorme que dans mes souvenirs.

Devant moi, quasiment à mon pied, composé de trois pierres grises se tenait l'autel païen que je vous ai déjà mentionné aussi. Longue, platte, la table de granit paraissait minuscule au regard du reste.

La description est un peu lourde je trouve : elle est très détaillée et, en plus, il y a de nombreuses répétitions.


Ca, je comprends bien, d'ailleurs c'est un peu pour ça que je me suis arrêté : je bloque. D'un côté, Dans son hypnôse Merlin l'envoie à Stonehenge pour changer de décor et le libérer du bloquage provoqué par le fait que la fille est venue là pour pisser. Je pourrais tout simplement en faire un menhir solitaire au milieu d'une prairie, mais ça perdrait tout un charme. D'un autre côté, cette description lourde n'est pas la mienne, c'est la sienne, elle colle à la personnalité de ce personnage qui a tout oublié sauf d'être bête. Et là, je n'arrive pas à concilier une narration fluide avec le carractère écervelé du personnage. Si tu trouves mieux, je suis preneur.


Sinon, sur le fond, peut-être est-ce parce que j'ai un coup de barre là mais j'ai trouvé que ce passage comportait pas mal de longueurs, de trucs un peu trop abstraits... Je me suis un peu ennuyé quoi :s


Là, il faudrait que tu sois plus précis. Il faudrait même que tu relises ça sans coup de barre, à tête reposée, pour m'indiquer précisément où sont les longueurs et les abstractions. Peut-être que je n'aurais pas dû mettre ces deux chapitres coup sur coup. En effet, ils sont de deux supports narratifs différents. D'ailleurs en passant, j'aimerais que tu me dises comment tu trouves l'idée de faire chevaucher une histoire sur plusieurs supports narratifs différents. Je reconnais que là, j'expérimente un truc pas très habituel, et c'est principalement là-dessus que ton avis m'intéresse.

Par ailleurs, j'ai poursuivi ma lecture de Void X Time. C'est toujours aussi captivant, mais j'ai quelques problèmes avec le support dotx. En fait, de mes trois navigateurs, seul Mozilla Firefox me permet de le lire (les autres croient que je veux l'éditer et me demandent de m'identifier), et même là, les copier/coller pour faire une correction ici sont assez galère.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: Freakazoid le 05 Mars 2013 à 09:18:51
Ok, je trouverai le temps de relire à tête reposée. Généralement, je me fais quelques pauses au boulot pour te lire.

Pour ta question sur le style de narration, attention au plaisir du lecteur ! Si le style d'un narration d'un personnage est volontairement lourdingue, ça risque d'être une corvée de le lire ce qui est dommage vu que, pour certains, la lecture est fluide. Bref, à mon sens, tu devrais privilégier le plaisir du lecteur est proposer des narrations fluides.

Pour Void X Time, je viens de tester mon lien sans me connecter et je n'ai pas de problème. Ceci dit, j'ai pu m'apercevoir que, parfois, le chargement de la page n'arrivait pas à se faire et, en plus, le copier-coller est pas terrible du tout.
Donc tant pis, ce que je te propose, c'est que tu me dises où tu en es et j'éditerai mes messages sur le forum pour mettre les dernières versions de mes chapitres.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 06 Mars 2013 à 14:50:04
Bien, j'ai déjà quelque peu édulcoré ma descriptin ainsi :

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L'un après l'autre, j'ai vu d'autres rochers sortir de l'herbe, à droite comme à gauche... Je me suis retrouvé au sommet d'un arc ovoïde de quinze menhirs disposés trois par trois.

« D'autres pierres apparaissent, plus grandes encore... »

Derrière chaque trinité, de gigantesques trilithes se sont dressés, cachant une bonne partie du ciel. Là, j'ai su où j'étais : je me trouvais aux pierres suspendues, là où j'avais déjà suivi le sorcier à quelques lieues de la Cité. Tout autour s'est dessiné un nouveau cercle de menhirs, puis plus loin encore un cirque de géants supportant d'autres pierres couchées... il y en avait des dizaines ! Vue du centre, la construction paraissait encore plus énorme que dans mes souvenirs.

Devant moi, quasiment à mon pied, composé de trois pierres grises se tenait l'autel païen que je vous ai déjà mentionné aussi. Longue, platte, la table de granit paraissait minuscule au regard du reste.


Pour le reste, il faudrait que tu m'indiques les longueurs que tu as pu trouver par ailleurs, et aussi ce que toi, tu ressens comme des abstractions, que je puisse éventuellement rectifier le tir. Tu vois, moi, mon fort, c'est l'orthographe et la grammaire, toi c'est la fluidité du récit. On devrait faire une bonne équipe, non ?  ^^
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: Freakazoid le 06 Mars 2013 à 15:52:05
Ok, partenaire, je m'y remets ;) !

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Le plus incroyable, c'était de me sentir respirer quand-même, comme me retrouver au fond de l'eau dans un rêve

J'aime pas trop la formulation. Je suggérerai "c'était de quand même me sentir respirer".

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Tout était incroyable.

Un point d'exclamation pour accentuer "l'incroyabilité" ?

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Et ça sentait bon ! Un parfum vert, presque sucré. Je voyais tout ! Sous un ciel d'un bleu éblouissant, la voix de Myrdhin continuait de poser le décor :

Le "je voyais tout" est en trop. Le paragraphe précédent est porté sur la vision puis l'ouïe, tu passes ensuite par l'odorat et paf, retour du "je voyais tout" déjà bien bien explicité dans la formulation "de pouvoir sans yeux distinguer le moindre brin d'herbe, la moindre pâquerette"

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Devant moi, quasiment à mon pied, composé de trois pierres grises se tenait l'autel païen que je vous ai déjà mentionné aussi.

C'est peut-être dû au fait que je lis par épisodes mais je me rappelle pas de l'autel païen. Dans tous les cas, le "que je vous ai déjà mentionné aussi" me semble un peu lourd. Je te propose de le supprimer et de mettre "composé de trois pierres grises" après "l'autel païen"

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Celle-ci, terne mais chaude, bombardait ma paume de milliers de minuscules épines chatouillant la peau, avec la même intensité que cet étrange feu à la fraise, ma langue et mon palais.

Il manque une virgule

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Il a tourné la tête vers la route doit devant nous en levant la main droite puis, en nous regardant à nouveau :

"droit devant nous"
Cela dit, j'ai pas compris pourquoi il lève la main droite. J'ai d'autant plus tilté dessus que ça fait une répétition du mot "main", présent la phrase suivante.


Sinon, au final, les longueurs que j'avais repéré lors de mon coup de barre, je ne les retrouve plus maintenant que je suis un peu plus en forme. Mais je pense que j'ai du me perdre dans les descriptions. Je les trouve un peu longues et vu qu'on est dans une dimension onirique, j'ai un peu de mal à suivre j'avoue.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 09 Mars 2013 à 13:16:56

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Le plus incroyable, c'était de me sentir respirer quand-même, comme me retrouver au fond de l'eau dans un rêve

J'aime pas trop la formulation. Je suggérerai "c'était de quand même me sentir respirer".


Pour le coup, c'est la tienne de formulation qui me fait bizarre. Ca doit ête régional. Chez moi, le quand-même, on le met à la fin, exemple : " Même si tu ne voulais pas venir, j'étais content de te voir quand-même. " Ou alors, " j'étais quand-même content de te voir ", mais pas " J'étais content de quand-même te voir "  :-\

Pour le reste, merci...

L'autel païen avait été cité en même temps que sa première visite à Stonehenge (en suivant le druide). Mais effectivement, comme j'ai quasiment sucré cette allusion en édulcorant la description du site dans le présent chapitre, ça tombait effectivement un peu à l'eau.


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Il a tourné la tête vers la route doit devant nous en levant la main droite puis, en nous regardant à nouveau :

"droit devant nous"
Cela dit, j'ai pas compris pourquoi il lève la main droite. J'ai d'autant plus tilté dessus que ça fait une répétition du mot "main", présent la phrase suivante.


Et comme ceci ? :

Le vieux a d'abord plaqué ses mains sur ses genoux. Il a tourné la tête vers la route doit devant nous, a levé un bras pour nous la montrer puis, en nous regardant à nouveau :...

Le fait que tu aies un peu de mal à suivre la dimension onirique, tant pis. En fait, non : tant mieux. C'est fait comme un tour de magie. C'est vrai que ce n'est pas évident. D'un côté, un mec se fait carrément hypnotiser, et de l'autre... ma foi, là, tu es tombé tête la première dans un piège qui se dévoilera plus tard. Mais, merci, il a fonctionné à la perfection. Par contre, si tu crois que, pour mieux m'aider, il vaut mieux que je te le dévoile, dis le moi, je le ferai en mp.  Promis, au chapitre suivant, je démarre directement sur l'histoire de la fille ;)
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: Freakazoid le 13 Mars 2013 à 09:36:32
Oups, je viens juste de voir que tu avais répondu. Désolé, j'avais loupé le message !

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Et comme ceci ? :

Le vieux a d'abord plaqué ses mains sur ses genoux. Il a tourné la tête vers la route doit devant nous, a levé un bras pour nous la montrer puis, en nous regardant à nouveau

"Doit devant nous" c'est une expression régionale ou quoi  >< ?!

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Le fait que tu aies un peu de mal à suivre la dimension onirique, tant pis. En fait, non : tant mieux. C'est fait comme un tour de magie. C'est vrai que ce n'est pas évident. D'un côté, un mec se fait carrément hypnotiser, et de l'autre... ma foi, là, tu es tombé tête la première dans un piège qui se dévoilera plus tard. Mais, merci, il a fonctionné à la perfection. Par contre, si tu crois que, pour mieux m'aider, il vaut mieux que je te le dévoile, dis le moi, je le ferai en mp.  Promis, au chapitre suivant, je démarre directement sur l'histoire de la fille

Ne me dévoile rien ! Ca faussera mon jugement en tant que lecteur ! En tous cas, content de tomber dans le piège ! Ca ne serait pas drôle sinon (moi aussi, j'aime quand mes lecteurs tombent dans les pièges ^^)
Titre: Re : Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 16 Mars 2013 à 00:53:57
Oups, je viens juste de voir que tu avais répondu. Désolé, j'avais loupé le message !

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Et comme ceci ? :

Le vieux a d'abord plaqué ses mains sur ses genoux. Il a tourné la tête vers la route doit devant nous, a levé un bras pour nous la montrer puis, en nous regardant à nouveau

"Doit devant nous" c'est une expression régionale ou quoi  >< ?!


C'est-y donc possible ! Auquel cas je changerai que chti, vu que les pelots d'l'histoire sont breizhous. Si celle-ci d'expression te dérange, envoie-toi donc faire un tour par chez-moi. N'oublie pas de faire de l'essence en chemin ; tu te retrouverais ben con à plus pouvoir repartir !

Mais en fait, y'avait une coquille, merci !

Sinon, à part ça, je m'y remets bientôt, promis.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: HB le 16 Mars 2013 à 19:04:12
Salut,
un gars qui arrive à la page 4 pour commenter le premier chapitre sur 8, ça fait un peu comme le cheveu dans la soupe ?
Et en plus si ce gars ne fait que passer pour dire qu'il aime bien ce qu'il a lu mais que ça va être dur pour lui de se concentrer pour faire un commentaire digne de ce nom... ?
Juste un truc : la première partie du chapitre 1 est ou de trop ou à déplacer plus loin. Apparemment c'est un travers que nous partageons tous, enfin, beaucoup de nous. L'auto-ironie, c'est bon, mais là, elle est mal placée, ce dialogue ne marche pas, ça fait brouillon, trop peu sûr de soi, et malheureusement aussi déjà lu. Alors que la deuxième partie du 1 est tripante (m'énerve que ce mot soit tjrs souligné de rouge).
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: EriG le 22 Avril 2013 à 15:05:12
C'est l'intro ; elle est donc à sa place. Par ailleurs, je n'ai pas encore vu d'intros comme celle-là ailleurs, et enfin, elle souligne l'étrangeté éventuelle des effets d'un nouveau mélange de drogues dans une histoire qui se trouve à douze ans dans le futur, mélange qu'on ne découvrira que plus tard. Je ne peux donc pas l'enlever, car elle sera expliquée plus tard. Je ne vais quand-même pas mettre l'inro au milieu de l'histoire ? Je la commence déjà par la fin, on ne va quand-même pas pousser.
Titre: Re : Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol
Posté par: Ned Leztneik le 22 Avril 2013 à 17:15:39
Dans ce cas, cela s'appelle un prologue, et cela vient avant le chapitre premier.