Il en a plus pour très longtemps, celui là.
C’est vrai.
Ils l’attachent avec des sangles aux poignets, aux pieds et au front. VASILI coupe le pull et la chemise de SONNI avec des ciseaux, tandis qu’EIMERICK place des électrodes sur son torse et ses tempes. SONNI se débat à peine, il pousse un râle. VASILI lâche un sourire sadique et colle sur sa bouche un morceau de gros scotch argenté.
VASILI (à l’oreille de SONNI)
Ne t’inquiète pas. Je te l’enlèverai tout à l’heure, qu’on puisse bien t’entendre brailler de la haut.
EIMERICK
Ils veulent t’entendre souffrir.
VASILI
La clientèle est exigeante, de nos jours.
EIMERICK
Ouais, mais c’est plus ce que c’était.
(à VASILI)
Tu te rappelle quand on avait des drogues, des produits abrasifs, des vierges de fer… Maintenant, c’est réduction budgétaire.
VASILI (dégouté)
Alors qu’ici, c’est l’attraction principale, la torture ! Maintenant, il faut faire souffrir, mais à couts minimum.
EIMERICK
On a beau dire, mais l’argent ne va pas là où il faudrait.
VASILI (opinant farouchement là tête)
C’est clair ! Tu as vu qu’ils veulent encore agrandir la fondation ? Ca, c’est pas bon pour nous. Après, il nous reste plus que l’eau ou l’électricité pour nous amuser.
EIMERICK (souriant)
T’oublies les armes blanches.
VASILI
Ouais… Mais c’est pas inventif. Tu coupe une main, un pied… et après ? Ou est l’art, là dedans ? Non, moi je dis qu’il donne trop de moyens aux clients et que nous bah… On se débrouille comme on peut.
SONNI se débat et hurle faiblement. EIMERICK pose une main sur son front pour le bloquer, comme si de rien n’était.
EIMERICK
Alors que c’est notre boulot, à l’ origine ! Il faudrait faire une pétition.
VASILI (se moquant)
Ouais, t’as raison. Et après, ce sera nous les jouets. Non, le truc, faudrait qu’on soit nous même nos propres patrons.
EIMERICK (ravi)
Ouvrir notre propre boite ! Mais oui ! C’est ça la solution !
VASILI
Faudrait y penser. En attendant, on fait avec ce qu’on a.
EIMERICK (regardant SONNI)
Y’aura pas de surprise, là. Ce type est déjà à moitié mort.
VASILI
Tu suggère quoi ?
EIMERICK
Le démembrement.
VASILI
Encore ?
EIMERICK
Bah tu préfère quoi, toi ?
VASILI (réfléchissant)
Heu… l’électricité. Le démembrement, il va crever en cinq minutes, et après on va encore nous coller un avertissement.
EIMERICK
Fait chier. Ok pour l’électricité. A petite dose alors, sinon ce sera trop rapide.
SONNI se débat, gémit. Il n’a pas de forces. VASILI allume un écran qui indique le rythme cardiaque de SONNI. EIMERICK s’ assoit sur son siège et tapote sur son clavier d’ordinateur. EIMERICK
Six février 2012… Cible numéro six. Ah tiens, c’est marrant ça ! Le six février et la cible six ! Manquerait plus que ce soit notre sixième cobaye aujourd’hui.
VASILI (se retournant vers lui)
Non, c’est le troisième.
EIMERICK
J’ai du mal à définir le jour de la nuit ici… Alors… Où j’en étais ? Oui… Six… Homme blanc, trentaine d’années. Début du jeu--
(il regarde sa montre)
Dix heures douze.
VASILI
Mets dix heures vingt.
EIMERICK (tapotant sur son clavier)
D’accord. J’enclenche la bête. Fais un essai pour voir.
VASILI installe un casque sur la tête de SONNI qui gigote.VASILI
T’as vu le match à la télé hier soir ?
EIMERICK
Non, j’ai fêté l’anniv’ de ma fille.
VASILI
T’as raté quelque chose ! Trois buts à deux pour nous. On va aller loin si ça continue.
(Il marque une pause.)
Ca lui fait quel âge maintenant ?
EIMERICK
Cinq ans.
VASILI (étonné)
Déjà ? Ca grandit si vite !
VASILI appuie sur l’interrupteur. Une décharge fait hurler SONNI et raidir ses muscles. Le bruit couvre un peu la conversation des deux hommes.VASILI (parlant plus fort)
Je suis sûr qu’elle est gâtée pourrie.
EIMERICK (riant)
C’est un peu ça.
VASILI
Dans dix ans, elle vous demandera une bagnole toute options.
EIMERICK
C’est notre fille unique, on peut rien lui refuser.
VASILI
Je comprend.
(il coupe l’interrupteur)
Bon, ça marche. Allume les caméras de surveillance.
EIMERICK
C’est déjà fait. Ils seront derrière dans dix minutes. On va prendre un café ?
VASILI (étonné)
C’est déjà la pause ?
EIMERICK
Ouais.
VASILI
Ca passe à une de ces vitesses !
Les deux hommes sortent en coupant le lecteur CD et en éteignant la lumière. Puis ils ferment la porte derrière eux.
SONNI pousse un râle. Il tente de libérer ses mains des sangles mais n’y arrive pas.