Le Monde de L'Écriture

Salon littéraire => Salle de lecture => Romans, nouvelles => Discussion démarrée par: Citrus le 11 Janvier 2013 à 23:19:18

Titre: Le sermon sur la chute de Rome (Jérôme Ferrari)
Posté par: Citrus le 11 Janvier 2013 à 23:19:18
J'ai terminé la semaine passé le prix Goncourt 2012 et je viens rendre mes comptes de lecture.

D'emblée de jeu, il m'a fallu un certain temps d'adaptation, pour la simple raison que c'est un style aux phrases interminables, un peu comme Proust, à la différence que Ferrari brise les règles de syntaxe. Et on ne s'en porte pas plus mal.
J'entends par là qu'il lui arrive souvent d'insérer les dialogues dans le coeur même de ses phrases, avec ou sans tiret, une méthode que je n'avais jamais encore vu.

"[...] elle se levait de table et demandait à son grand père,
- Tu ne veux pas que nous allions marcher un moment?
et elle précisait,
- Tous les deux?
afin que personne [...]"

Ces phrases longues mettent une distance entre le lecteur et le récit, mais, surtout, elle lui donnent l'impression de ne lire qu'un flot ininterrompu de paroles, de sorte qu'après lecture, on a l'impression de s'être fait dressé un tableau, une peinture, une simple image, plutôt qu'une histoire. Très intéressant au niveau du style.

Quant à l'histoire, c'est modeste, c'est éparpillé et précis à la fois, c'est excellent. Peu à peu, on se dirige vers une triste conclusion qui jamais ne nous est cachée. Au final, j'avais littéralement l'impression de relire du Zola, avec un style différent et une touche "deuxième moitié du XXe siècle".

Je suis souvent du genre à m'emballer en terminant un roman. Souvent, en refermant le livre sur la phrase ultime, j'émets ma sentence et, cette fois-ci, je me suis dit : Presque un chef-d'oeuvre. Pas tout à fait, mais presque."
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Unruhe le 11 Janvier 2013 à 23:24:45
Je suis en train de le lire, justement. J'ai hâte d'avoir fini ! Heureusement, c'est court.
Parce que, oui, n'est pas Proust qui veut. Les phrases d'une page de long : non. Je ne sais pas s'il voulait sa ponctuation originale, mais c'est raté (y compris pour celle des dialogues).
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Gros Lo le 12 Janvier 2013 à 02:16:08
Je te trouve un peu catégorique, Unruhe. Dans l'ensemble Ferrari est quand même très bon dans les phrases longues, tout en conservant justement une syntaxe identifiable (ce en quoi je suis donc pas trop d'accord avec toi Citrus). A la fin de sa phrase on souffle et on se dit "voilà, tout ce qui était à exprimer sur ce détail l'a été" ; ça a été souvent mon impression.

Cela dit, ce n'est pas le Sermon que j'ai lu, mais je ne vois pas pourquoi il aurait perdu en style depuis...
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Unruhe le 12 Janvier 2013 à 10:26:38
C'est à dire que je ne vois pas ce que ça apporte au récit. Je ne suis pas un maniaque des règles de syntaxe, que du contraire, à condition que cela soit justifié. Les phrases longues se justifient chez Proust, car il s'agit d'un flot de pensées ininterrompu. Mais ici, c'est un récit. Récit, qui, d'ailleurs, ne casse pas des briques, m'enfin bon, passe encore.

En fait, autant le récit du café se laissait lire, autant les passages avec Marcel m'exaspéraient, à tel point que j'étais content de retomber sur l'autre récit ensuite.
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Doctor Grimm le 12 Janvier 2013 à 11:21:20
Ben...

Je ne l'ai pas lu et mon intervention sera peut être totalement inutile ( :-¬?), mais ça s'appelle quand même Le sermon sur la chute de Rome, alors personnellement, le flot inninterrompu de parôles et l'impression de distance avec le récit, au vu du titre, ça ne me choquerait pas tant que ça... Enfin, un sermon, c'est quand même plus
Citer
un flot ininterrompu de paroles, de sorte qu'après lecture, on a l'impression de s'être fait dressé un tableau, une peinture, une simple image, plutôt qu'une histoire
comme l'a dit Citrus qu'un récit interessant en bonne et dûe forme...

Bref. Je retourne à mon silence contemplatif  :huhu:

Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Verasoie le 12 Janvier 2013 à 11:30:26
J'osais pas donner mon avis parce que j'ai lu que la première page (en attendant à la caisse de la fnac) mais comme Grimm a fait pire que moi,

Ben la première page, j'ai trouvé que ça avait l'air d'un style vraiment agréable et intéressant, j'aimerais bien en lire un complet ! :mrgreen:

(Maintenant je sors)
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Unruhe le 12 Janvier 2013 à 11:54:59
Hé bien, justement, Grimm. Je ne comprends pas le rapport entre le sermon de Saint Augustin et ce livre. Ni avec Liebniz, du reste. Donc, sans fausse candeur, si quelqu'un peut me l'expliquer, c'est avec plaisir...

Cela dit, je n'ai pas trouvé une distanciation d'avec le récit. On est collé dedans. Et c'est à la troisième personne. D'où la sensation de magma dont je parlais.
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Citrus le 12 Janvier 2013 à 20:26:16
L'idée, c'est que Saint-Augustin et la chute de Rome sont en lien avec deux éléments du récit. C'est un aspect qui se dévoile surtout à la toute fin, alors je ne voudrais pas tout gâcher, mais je vais me garder de donner les détails :

- Dans la vie de Marcel.
- Avec la chute du bar.
Titre: Re : Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Meilhac le 12 Janvier 2013 à 20:52:17
J'osais pas donner mon avis parce que j'ai lu que la première page (en attendant à la caisse de la fnac) mais comme Grimm a fait pire que moi,

Ben la première page, j'ai trouvé que ça avait l'air d'un style vraiment agréable et intéressant, j'aimerais bien en lire un complet ! :mrgreen:

(Maintenant je sors)
lol give me five Mélo il m'est arrivé la même chose; mais à tel point que j'ai craqué, j'ai acheté le livre (ça doit bien être la première fois de ma vie que j'achète un prix goncourt  :D - à part à l'ombre des j f e f).

bref j'ai lu une ou deux pages et ça m'a plutôt donné envie.

voilà c'était mon interv' (qu'est-ce que ce sera quand je l'aurai lu  :mrgreen: )

bonne année à tou.te.s  :)
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: LeBossu le 12 Janvier 2013 à 21:07:45
Vite fait comme ça, les premières phrases que j'ai lues m'avaient paru longues et compliquées, mais elles m'ont intrigué. Finalement, on s'y fait très bien, c'est extrêmement bien écrit. Par contre, en ce qui me concerne, si j'ai trouvé ça superbe, le défaut que j'y trouve est que ça me laisse un souvenir un peu froid.
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Loïc le 17 Novembre 2013 à 17:11:39
Je l'ai fini cette semaine, et je dois dire que j'ai plutôt bien aimé.
J'étais sceptique au début, comme je le suis généralement avec la littérature contemporaine, mais ça m'a donné envie d'en lire plus (on m'a dit que Un dieu, un animal était son meilleur) et de ne pas être automatiquement rebuté par les prix littéraires et autres sorties en littérature blanche.

C'est sûr, c'est plein de longues phrases et en soi, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est très bien écrit et je me suis vraiment retrouvé plongé dedans. Au final, je suis assez d'accord avec la conclusion de Citrus.
Titre: Re : Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari
Posté par: Meilhac le 18 Novembre 2013 à 21:29:38
Coucou
Un dieu un animal, et alpha zéro, excellents aussi, vraiment superbe auteur.
je sais pas si je dirais que les phrases sont longues mais c'est excellent, plutôt les phrases sont longues et c'est excellent
c'est pas des phrases longues à la proust, avec des immenses arborescences, des immenses digressions, un tourbillon luxuriant ; c'est plutôt des phrases longues comme des longues ruminations, genre comme quand on regarde la mer ; on se dit à chaque proposition, comme à chaque vague, est-ce qu'y en aura une autre, et oui y en a une autre, un peu comme la précédente, ni plus ni moins puissante.  8)
je crois qu'il y a un fil "Ferrari" (où j'avais donné mon avis - enthousiaste - sur ce bouquin).
y a un défaut je trouve à ce bouquin : y a une espèce d'épilogue, superflu. si j'étais ferrari, ou l'éditeur, j'aurais arrêté sur la phrase avec les hululements dans la nuit (bref, sans les trois -quatre pages d'épilogue). 8)
la bonne nouvelle aussi, c'est que ce gars n'est pas bien vieux, y aura peut-être d'autres très bons livres