Contenu un peu explicite par moment
Trente-cinq.
C’était le nombre de fois qu’elle avait crié pitié aujourd’hui.
Cela faisait donc un total de deux-cent soixante-neuf pitié pour cette semaine, sacré chiffre quand on y pense, surtout qu’elle n’avait le droit de parler qu’une minute par jour, le temps que je lui fasse boire de force une bonne bouteille d’eau.
Même si j’utilise le terme « de force », n’y voyez aucun signe de violence de ma part, il faut bien qu’elle s’hydrate ma petite fleur, sinon elle aurait tôt fait de dépérir à rester toute la journée enchainée dans cette cave. Je suis quelqu’un de très doux voyez-vous, et comme à mon habitude, je lui laissais même le temps de tousser et recracher le surplus de liquide. Cependant quand elle eut fini, je la bâillonnai de nouveau.
Ah… Ce qu’elle était belle comme ça ! Attachée avec sa laisse au coin du mur, me fixant avec son regard de chien abattu. A chaque jour qui passait je voyais la terreur quitter ses traits, pour laisser place à un insondable désespoir, bientôt elle allait être prête, bientôt…
« T’ai-je déjà raconté le récit de cette nuit d’hiver ? Demandai-je à ma gracieuse princesse, mais cette dernière ne répondit point, comme toujours d’ailleurs, alors je poursuivais :
- C’était lors d’une nuit de pleine lune où je n’avais pas sommeil, cela m’arrivait parfois quand j’étais gamin, je ne sais pas trop pourquoi. J’ai donc quitté mon lit pour aller flâner dehors, vu que notre domaine s’étendait sur des hectares de forêt. Je n’aimais pas y aller en temps normal tu sais, car l’endroit était plongé dans une suffocante obscurité. J’avais l’impression de plonger dans un puit sans fond, même si parfois je pouvais deviner des arbres levant leur bras nus et suppliants… C’est triste un arbre sans feuilles, non ? Bref, j’avais atrocement peur mais j’avançais tout de même, comme si une force extérieure me poussait à agir ainsi. Je m’engouffrai de plus en plus dans la forêt, au seul bruit des cigales plaintives, et en empruntant des chemins dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence. C’est alors que j’atteignis une clairière pour me retrouver face à l’horreur… J’ai mis du temps à le voir distinctement, car il faisait trop sombre, c’est donc la puanteur environnante qui me mit la puce à l’oreille. Il y avait ma tante, mon grand-père, notre gouvernante, le jardinier, mon grand frère, ma petite sœur, ma mère et mon père, tous découpés en lambeaux de la plus horrible des manières, et formant une montagne de chair d’où s’écoulait des larmes de sang écarlate. J’avais peur au départ, atrocement peur même, puis je levais les yeux vers le ciel, et mon âme s’apaisa alors tout d'un coup car je compris… Une pleine lune avec un éclat pareil, avec une beauté aussi hypnotisante… Ce n’était forcément rien d’autre qu’un rêve »
Elle pleurait désormais, était-ce mon récit qui l’avait ainsi touchée ? Où était-elle juste effrayée à l’idée de se faire découper ?
Ah… J’avais pourtant beau la rassurer, lui dire que jamais je ne lui ferais de mal, mon ange ne voulait toujours point me croire. Peut-être que si je la libérai des chaines qui la retenaient immobile, elle allait se montrer un peu plus réceptive à mes dires, mais je l’aimais tellement comme cela… Acculée et recroquevillée, tel un animal qui sentait sa fin venir...
« Oh ma petite biche en sucre, t’ai-je déjà narré le récit de cette nuit d’hiver ? Elle hocha la tête pour me signifier que oui je l’avais fait, mais je poursuivis tout de même :
- Ainsi je l’ai déjà raconté ? Ce ne devait être qu’en partie alors, c’est qu’elle est plutôt longue mon histoire. Reprenons donc, où en étais-je ? Ah oui ! Les putes des quartiers sud de Saint-Pétersbourg ! Comme je le disais précédemment, je n’ai jamais connu de jeunes donzelles aussi bonnes que celles-là, de vraies matriochkas taillés comme des déesses, mais qui se trimballaient des minous bien roses et élagués au poil près, aussi serrés que mon petit doigt. En prime, ces salopes vous suçaient le dard aussi efficacement que les bonniches à Dracula.
Ah ce bon vieux Dracula, que de bons moments passés en sa compagnie, même s’il faut tout de même reconnaitre que c’était un sacré pervers. Je me souviens encore de comment il bandait à enfoncer des crucifix aussi gros que mon bras dans le cul des nonnes qu’il kidnappait, où alors la fois où il s’était amusé à crever l’œil à une gamine, pour ensuite la violer sauvagement par son globe oculaire. J’avais parié que la petite allait clamser avant qu’il puisse jouir, mais au final faut croire qu’elle n’était pas si faible… C’était tout de même plus marrant de l’entendre chialer tout le long, et puis à la fin quand la semence de Vlad commença à dégouliner sur sa joue, on aurait dit qu’elle pleurait du foutre ! Extatiquement inoubliable !
Inoubliable, comme cette nuit d’hiver que j’avais passé dans la jungle de Koshoku. Les ténèbres avaient assaillit notre unité, et nous avancions dans l’obscurité la plus totale. Le lieutenant Yoshimoto s’était pris une balle dans la jambe, alors on le portait moi et Matsuda, en plus de nos sacs de survie et des munitions pesant une tonne. Le bougre transpirait aussi abondamment qu’un porc qui allait passer à l’abattoir, c’est fou ce que les gens peuvent devenir pathétique quand la faucheuse sonne à la porte, pas vrai ma chérie ? »
Elle recula vers le coin du mur et commença à gémir et à se débattre lamentablement, apparemment on ne partageait pas le même point de vue sur le sujet…
Je me régalais du spectacle de sa terreur un bon moment, puis je m’approchais d’elle pour la prendre dans mes bras et lui susurrer à l’oreille que je l’aimais à la folie.
« Je t’aime plus que tout au monde, et jamais, jamais je ne te ferais de mal. Mes sentiments envers toi sont purs et sincères, il n’y a pas une once de perversité en eux… Dis, je t’ai déjà raconté le vrai récit de cette nuit d’hiver ? Aucune réponse de sa part, alors je poursuivais :
- C’est l’histoire d’un lycéen comme un autre, ou peut-être pas vraiment comme un autre, puisqu'il était timide et silencieux, et ne parlait à personne ni en classe ni en dehors, comme s’il n’eut jamais existé… Et pourtant, l’adolescent était amoureux d’une fille, belle et intelligente et populaire, avec un sourire aussi rayonnant qu'un soleil, que dis-je ! Aussi flamboyant qu’un après-midi dans un champ de tournesol !
Ah… Il l’aimait tant… Mais le lycéen ne pouvait le lui dire, car non seulement il était timide et silencieux, mais en plus la fille n’existait pas.
C’est alors qu’il eut une idée : et si je me suicidais ? Pensa-t-il, alors il prit un couteau et se poignarda le cœur, c’est alors qu’il mourut. »
Oui, c’est ainsi que je m’ôtais la vie.
Après cela j’ai erré tel un fantôme dans l’inconscient des gens, dans leur cauchemars les plus sombres et ambigus, à la recherche de la fille qui n’existais pas, qui n’existera jamais, mais que je devais tout de même trouver.
C'est ainsi que je rencontrais le corbeau des fables anciennes ainsi que ses apôtres des jours qui ne seront jamais. Il m'apprirent à être sans réellement être, tel un chuchotement indistinct qui repousserait la maudite raison, tel une suite de caractères sans vraiment de sens dans une obscure nouvelle.
Grace à leur enseignements, la fille qui n'existait pas était à portée de plume, il fallait juste que mon imaginaire se libère, il fallait juste apprendre à apprivoiser la folie...
« Folie, ô folie, n’ai pas si peur voyons. Je t’aime ! Je t'aiiiiiiiiiiime !» Déclarai-je en me tailladant les veines avec une lame de rasoir.
Et rien à faire, la fille avait toujours aussi peur de moi, non que cela me déplaise tout compte fait…
Ps: J'ai sans doute fait plein de fautes de conjugaison. Sorry ><