Leopold in the Sky with Daemons
Je n’étais pas du tout dans mon assiette, un mal de tête atroce me lancinait le cerveau et j’avais des vertiges… Je ne savais plus vraiment comment j’avais atterri dans ce bar miteux, mais j’y étais. Il m’apparut donc évident d’en conclure que j’avais un peu trop forcé sur l’hydromel. J’étais seul, affalé sur une des tables en bois de cette champêtre taverne et tout autour de moi, des nains grassouillets, des orcs, des elfes et quelques humains riaient à gorge déployées et bavardaient de leurs grotesques voix, rendant une bien curieuse mélodie. L’odeur du houblon fermenté et de la tripaille chaude qui emplissaient leurs assiettes parfumaient généreusement l’atmosphère de la taverne. Un des nains attira plus particulièrement mon attention. Il était un peu plus grand que les autres et portait une barbe rousse, qui paraissait s’allonger indéfiniment sous son large double menton, tellement longue en fait, que je ne parvenais pas à en percevoir la fin. Il buvait tout en gloussant bruyamment d’une voix grasse, il semblait se moquer d’un jeune elfe qui tentait de séduire une vieille catin, qui, assurément, avait trop longtemps arpentée les trottoirs du royaume… Soudainement une voix ébrieuse me fit sursauter.
-« Hey Léo, qu'est ze que tu fout ?! »
En me retournant j’aperçu le singulier interlocuteur qui m’interpellait. C’était, me semble-t-il, une race bien étrange. Probablement un de ces hybrides moitié homme, moitié orque. Ce genre de croisements douteux avait souvent lieu depuis que la grande guerre de Rorgalmen était terminée. Cela n’empêchait pas que les orcs jouissaient d’une extrême impopularité chez les humains, pour ne rien arranger, leurs insupportables laideurs, qui n’avait d’égal que leurs terribles puanteurs, ne prêtait pas vraiment à des relations interethniques amicales…
-« T’as pas l’air très en forme mon pote, t’as petite mine, je crois que t’as pas supporté notre petit extra de tout à l’heure pas vrai ?» dit-il un filet de bave frétillant au bord des lèvres. Son visage était d’une indescriptible laideur, je me demandai alors qu’elle pouvait bien être sa définition d’une «bonne mine » et j’eus soudainement très peur de l’apparence que je pouvais bien dégager…Ses yeux globuleux semblaient vouloir s’échapper de son crane à chaque petits mouvements de ses muscles orbiculaires, quelques cheveux croupis et grisonnants giseaient sur son crâne vert pâle. Son nez, qui était d’une taille disproportionné, était jonché de d'immondes pustules…Son image seule suffit à me provoquer un reflux gastro œsophagien…
-« Heu…ouais, effectivement, je me sens pas très bien, je crois que je vais aller faire un petit tour »
-« Bonne idée, va prendre l’air dehors l’ami » dis-t-il en souriant de ses dents jaunes.
Il valait effectivement mieux éviter une discussion dans l’état dans lequel j’étais, surtout que je n’avais aucun souvenir d’avoir vu un tel type auparavant, ni d’avoir partagé quelque « extra » avec lui, et pourtant, on ne pouvait dire que ce n’était pas le genre de gueule qu’on détache facilement de sa mémoire…Au-dehors, je put admirer le magnifique paysage des montagnes de la Pretoria. Les couleurs chatoyantes de la pierre noire, les coulés de neige blanche, les vallées jonchées de tournesols jaunes et les collines verdoyantes en contrebas se mélangeaient dans un tableau aussi beau que surréaliste. Tout d’un coup, je sentis mon diaphragme se serré, puis je vomis le peu de ce qui me restait dans la panse… Le liquide visqueux éclata au sol. En marchant un peu pour retrouver mes esprits, je tombai sur une petite marre d’eau croupie, formé par les pluies de ses derniers jours, un ruisselet y coulait, à l’intérieur d’une petite arène de glace ayant résisté au soleil de printemps. Cela formait une cuvette dans laquelle une eau verdâtre jaillissait. Je me dis qu’un peu d’eau fraîche ne me ferait pas de mal, qu’importe la provenance. Je m’aspergea donc le visage de cette eau glacé ce qui eut pour effet de me réveiller momentanément, puis, je bus un peu de cette eau que je supposais filtrer des impuretés par la roche, mais son gout fut néanmoins amer. Une fois désaltéré, j’allai rentrer dans la taverne quand j’entendis un son provenir de la petite marre d’eau. En me retournant, j’eus la surprise de découvrir qu’un curieux petit monstre se mouvait dans l’eau, s’extirpant péniblement du fonds vaseux, celle-là même que j’avais bu quelques minutes auparavant… Il était entièrement couvert d’une sorte d’argile, et malgré sa petite taille, ses petits yeux rouges et ses dents aiguisées siffirent à me faire frissonner l’échine. « Un troll démoniaque des marais » comprennais-je enfin, ces petites bêtes sont aussi ridicules que redoutables. Il hurla dans un râle terrifiant et me sauta à la gorge… D’un geste rapide je mis mon bras en opposition, sur lequel il courra de la main à jusqu’à l’épaule pour atteindre mon visage, je le saisis à ce moment-là de mon autres mains au niveau de ses hanches, puis, d’un geste brisque, brisa le cou de l’horrible petite bête. Ce n’était pas mon premier combat, j’avais tué plusieurs orques pendant la grande bataille de Rorgalmen, et sa tête se décrocha aussi facilement qu’on arrache une mauvaise herbe. La bestiole dégageait une odeur absolument pestilentielle… Mes mains étaient souillées de ses viscères poisseux, je décidai alors de rentrer ardemment à la taverne me les laver… À mon entrée je déposai le corps du petit cadavre sans vie sur le comptoir, ceux qui posèrent alors leurs regards sur moi semblaient soudainement pris d’effrois. Je n’y prit pas gare, sachant que peu d’humains peuvent se vanter d’être assez vaillant pour tuer un troll des marais à mains nues, jusqu’à ce qu’une horrible sorcière m’empoigne violemment le bras. Ses ongles crasseux s’enfoncèrent dans ma chair comme dans de la brioche :
-« Tes mains ? Qu’est-ce que tu as fait à cette chose ? Espèce de fou ! Qu’est-ce que tu as sur tes mains ? »
-« Je ne sais pas, écoutez, je ne vous connais pas, lâchez moi ! »
Elle resserra la pression sur mon bras de plus belle
« Viens avec moi je vais t’aider à laver ça, dit-elle un sourire maléfique au coin des lèvres. » Cette vielle folle lubrique me faisait froid dans le dos, d’un geste brusque je lui décochât un violent coup dans les côtes pour me détacher de son emprise, quand soudainement, une orque géante, probablement un sbire de cette maléfique vieille femme, se posta devant moi et leva son énorme poing en ma direction…
***
Je ne sais combien d’heures c’était écouler avant que je ne parvienne à péniblement rouvrir mes lourdes paupières… J’étais dans mon lit, chez moi… Le studio était sens dessus dessous, des cadavres de canettes de bière gisaient partout au sol, et il y avait des restes de pizzas desséchées encore dans leurs cartons sur la table du salon… Quel étrange cauchemar, me dis-je…Je jetai un œil sur mon réveille. Putain ! 15h49 …
J’avais dormi comme une loutre, il faut dire que ça avait été une sacrée soirée ! Hier soir, j’avais invité tous mes amis de la fac, on fêtait nôtres DEI (diplôme d’infirmier) et toute la pression que nous avions accumulés pendant l’année passée fut évacuée dans la bière bon marché.
Je pris mon portable qui était posé sur ma table de chevet. J’avais douze appels en absence ! Eh ben… sept de Pedro, trois de Marc et deux de Vincent… Que me veulent-ils tous ce matin ? Enfin ce matin… Ce n’était effectivement plus vraiment le matin… Okey , les SMS maintenant… Six non lus ?! Oh là, je lirais tout cela plus tard… Je vais d’abord me concocter un bon petit déjeuner réparateur… Putain de… Sur le chemin du coin cuisine j’eu la stupeur de découvrir l’horrible déchet qui gisait sur la table à manger. Qui avait bien pu oser déposer un tel paquet d’immondice ici ? Là c’était un peu trop, j’étais bien décidé à savoir qui avais pu me faire un coup pareil, mon studio n’était pas Versailles, mais il y avait quand même des limites de bienséance. J’appelai Pedro qui répondit subitement, à peine la première sonnerie entamée.
-« Putain mec qu’est-ce que tu branles ? Ce fait quatre heures que j’essaie de te joindre ! Comment tu vas?» J’ai connu meilleur accueil, me dis-je.
-« Sa va, enfin je crois. J’ai un peu trop forcé hier soir, je ne sais plus bien comment ça s’est terminée, mais fallait que je récupère...Il faut que je te demande un truc au fait…»
-« Non, c’est moi qui dois te dire un truc mon potes, hier soir sa a dégénéré, je suppose que tu ne t’en souviens pas ? »
-« Ca dépend de quoi tu parles, explique toi ? »
-« Bah…Je me sens un peu coupable…Tu te rappelles quand on est sorti fumer une clope après le petit passage au bar du quartier, c’est la qu’on avait donné rendez-vous au reste du groupe, comment il s’appelait déjà…Ah oui voilà, « la Prétoria » ?
-« La Prétoria ? Oui je m’en souviens, le film aussi, le seigneur des anneaux si je me souviens bien… D’ailleurs tu vas rire, j’ai fait un de ces cauche…» Pedro me coupa net dans mon élan…
-« La clope dehors, tu t’en souviens, oui ou non? »
-« Vaguement… »
-«Putain de merde, tu te rappelles vraiment de rien ? »
-« Que dalle mon potes…Je sais qu’on était tous plus ou moins hors service»
-« Ok, euh écoute…C’est un peu délicat…Je t’ai tendu un buvard tu te souviens ? »
-« Un buvard ? Comment ça ? »
-« Un buvard, une putain de dose de LSD Léo !» hurla t’il. Il semblait perdre patience, ce qui était également mon cas…
-« Du LSD?! T’es malade, jamais je prendrais un truc comme ça ! »
-« Ouais bah hier soir, tu semblais beaucoup plus ouvert d’esprit, crois-moi, t’en a pris. C’est moi qui te l’ai proposé, j’ai chopé ça dans une boîte de nuit du quartier latin mercredi dernier. J’avais jamais essayé et toi non plus, bref je crois que je t’en ai filé deux à la fois ou je ne sais pas ce qui a bien pu ce passé, t'étais completement pêrché…tu m’entends ? »
-« Oui, continue… »
-« Toujours est-il qu’une fois qu’on avait récupéré tout le monde, sur le trajet de ton studio, t'as commencé à être étrange: tu me parlais de la guerre du royaume de Rorgal-truc, comme quoi il fallait que tu fête sa, j'ai rien pigé, tu te moquais de ma barbe rousse... Tu délirais, sa me faisait un peu rire, moi aussi ça me faisait bizarre, mais pas à ce point-là… Et puis, une fois arriver chez toi, c'est là que t’as commencé à avoir un comportement vraiment étrange ! Tu répondais plus quand on te parlait, tu étais tout blanc..Tu étais dans un état semi-végétatif. Au départ on préférait te laisser dans ton coin, et puis tu t’es mis à angoisser… T’en est arrivé à frapper Julie, j’ai été obligé d’intervenir, tu t’en souviens vraiment pas .… »
-« Julie ? …Attend...comme la sorcière de mon cauchemar?. Ce n’était pas un cauchemar alors? C’était une putain d’hallucination! »
-« J’ai bien peur que oui, un des effets secondaire de cette merde. Crois-moi c’est fini tout ça, plus jamais je touche à ce truc, et je te conseil de faire pareil… »
-« Fais chier! Mais elle doit vraiment me détester ? C’est un une histoire de fou…Mais alors... et cette saloperie de monstre, pensais je, devais je en parler à Pedro?…» Encore une fois, Pedro avait décidé de ne pas me laissé le temps de traduire mes pensées en paroles
-« Ouais, elle n’est pas prête de te reparler, d’ailleurs à part moi, je crois qu'y a pas grand monde qui va accepter de t’adresser encore la parole. Parce que le plus dramatique dans l’histoire, ce n’est pas ça Léo… Tu dois surement te demander comment cette chose a pu retrouver le chemin du studio? »
-«Effectivement, ça, j’aimerais bien savoir, dis-moi ? Répondis-je impatient de résoudre ce mystère
-« Eh bien c’est ça le pire Léo… Putain Léo, c’est terrible, je ne sais pas comment te dires ça… Tu te rappelles quand tu es parti dans la cour extérieure pour aller aux toilettes de la copropriété ?Tu ne te sentais pas bien je crois… On était encore une bonne quinzaine de personnes chez toi, on s’inquiétait un peu, tu vois... Bon, quand tu es revenu après quelques minutes, tu étais tout dégelasse et, dans ta main droite tu portais un…enfin, une…»
Cette fois ci c’est moi qui me décidai à le couper dans sa macabre révélation
- « Attend Pedro, Tu veux dire que je me suis battu avec…avec une…»
Décidément, c’était une phrase vraiment très difficile à terminer
-« Oui Léo…Enfin je ne sais pas tout ce que tu as fait mais, pour faire simple et en terminer avec ce suspens inutile : Tu t’es foutu dans la merde ! La tienne pour être plus exact, enfin je le suppose, peut être que tu pourrais me le dires?... »
-« Okey…Okey. C’est complément dingue tous ça. J’hésitai un moment avant de me lancé dans une justification hasardeuse, soudainement, une idée étrange émergea dans mon esprit. Okey, Pedro je crois effectivement que je l’ai fait. Oui je l'ai fait… Mais tu sais quoi ? Aussi étrange que ça puisse paraitre, ce fut l’aventure la plus épique que je n’ai jamais vécu…Ou est-ce que tu t’es procuré ce truc déjà? »