Bonjour^^
Je ne planifiais pas poster quoi que ce soit avant un petit bout de temps. Finalement la curiosité prends possession de moi et je ne peux pas attendre de savoir ce qu'on peut penser de mes écris. Comme je l'ai déjà dis à quelques uns, je suis en train d'écrire un récit autobiographique de mon année 2012. Je suis présentement en planification et je n'ai pas encore commencé à tapper l'histoire. Cependant, il m'est arrivé d'avoir une rage d'écrire, et la semaine dernière j'ai mis par écris une "scène" qui prendra place dans mon roman. Donc, c'est un peu délicat, étant donné que vous ne connaissez pas les personnages et que vous n'êtes pas dans le contexte, alors je vais donc vous expliquer un petit peu ce qui s'y passe.
Laura, (moi) le personnage principale, a fait une tentative de suicide en prenant des médicaments. Cependant, probablement grâce à son instinct de survie, elle a avertit son petit ami Emerick (avec qui elle vit une rupture plutot difficile) qu'elle était en danger. Ce dernier, étant à l'autre bout du monde, pris de panique, prévient son meilleur ami à lui (Daniel) et sa meilleure amie à elle (Vivianne) et ils l'emmenent à l'hopital.
Bon, alors la "scène" se passe au moment où elle se réveille durant la nuit, à l'hôpital. Et pour ceux qui voudraient vraiment le savoir, oui, c'est un fait vécu. =) Donc voilà:
Un gémissement me sortit de mes songes. Une plainte continue et agaçante. J'ouvris les paupières et je fus tout de suite éblouie par la lumière blanche et éclatante du corridor. Je levai mon bras pour me frotter les yeux, mais une douleur se fit sentir à l'intérieur de mon coude. Mon bras était retenu par quelque chose. C'est là que je me suis souvenue que j'étais reliée à une solution d'eau saline par intraveineuse.
Ils m'avaient branchée sur le soluté car je n'avais rien mangé depuis trois jours. Je m'en rappelais parce que l'infirmière avait piqué dans mon bras gauche trois fois - sans jamais trouver la veine - avant de finalement décider d'essayer avec le bras droit - avec un meilleur résultat. L'expérience avait été assez désagréable pour que je la garde en mémoire.
Je suivi des yeux le long tuyau qui sortait de mon bras, jusqu'à un sac transparent, accroché à un genre de porte-manteau métallique qui contenait un liquide cristallin. Je pouvais facilement voir les goûtes de soluté tomber une à une dans le tuyau, comme le temps qui passe dans un sablier.
Je reposai mon bras le long de mon corps et fit retomber ma tête lourdement sur l'oreiller en soupirant. Dans quel merdier est-ce que je m'étais mise encore? J'avais quelques images dans ma tête qui me revenaient, je savais où j'étais et je savais pourquoi j'y étais, mais plusieurs détails m'échappaient.
Je me souvenais de Daniel qui rentrait chez moi en paniquant et en me hurlant presque dessus. Moi, titubante, complètement défoncée, arrivant à peine à rester éveillée, je n’avais, évidemment, pas pu le rassurer. Son téléphone qui sonnait, lui qui me le tendait, Emerick au bout du fil qui angoissait, nous avons parlé, je m’en souvenais, mais le contenu de cette conversation m’échappais. Ensuite mes souvenirs devenaient très vagues. Daniel m’avait emmené chez lui et plantée devant la télé en attendant que Vivianne n’arrive. Dès son arrivée, elle m’avait posé un tas de questions auxquelles je répondis du mieux que je le pouvais. Après avoir parlé au téléphone avec " Info-Santé ", Vivianne m’avait donné un choix.
"Tu vas à l’hôpital, que ça te plaise ou non, ma chouette. C’est toi qui décide, soit j’appelle l’ambulance, soit je t’y emmène moi-même. "
Le choix n’avait pas été très difficile. Vivianne m'avait donc conduite jusqu'à l'hôpital, mais je n'avais aucun souvenir du trajet en voiture. Je ne me rappelais pas avoir vu de médecin ou d'infirmière – mis à part celle qui m’avait ravagé l’intérieur du bras - et encore moins m'être rendue jusque dans la civière qui me servait actuellement de lit.
Après quelques minutes de réflexion je décidai de remettre la chasse aux souvenirs à plus tard et de me concentrer sur le moment présent.
J'étais vêtue d'une jaquette verte menthe, hideuse et trop grande pour moi, mal attachée et sans soutient gorge. Je me sentais complètement nue, avec un drap mince, usé et presque transparent en guise de couverture. Je remerciai le Seigneur parce que je portais au moins ma petite culotte. En plus d'être branchée par perfusion, j'avais environ une demi-douzaine de sucettes collée sur ma poitrine, reliée à une machine pour vérifier les battements de mon cœur. Il y avait des fils qui sortaient de partout et j'étais très inconfortable sous les couvertures. Je replaçai l'ignoble chemise de nuit afin de mieux me couvrir. Étonnée, je ne comprenais pas vraiment pourquoi je devais porter cet attirail pour patients mourants. Je me sentais très bien, enfin, physiquement. Je n’avais pas ma place dans ce corridor.
Mes cheveux étaient sales et emmêlés et ils allaient dans tous les sens. J'aurais aimé pouvoir les attacher en queue de cheval, pour être plus à l'aise, mais je n'avais rien sous la main, je ne savais pas où étaient mes effets personnels. Je ne devais pas être très belle à voir. Sans doute, je devais ressembler à la fille du film l'Exorciste.
Je ne savais pas non plus quelle heure il était, mais l'hôpital semblait endormie. C'était probablement la nuit. Généralement, la nuit, les gens dorment, donc ils ont beaucoup moins de chances de se blesser ou de causer des accidents. Ce qui expliquait clairement le calme qui régnait à ce moment là. Enfin, calme était un adjectif plutôt relatif. Il y avait quand même du personnel qui faisait des vas et viens, et qui chuchotaient entre eux, pour laisser dormir les patients. Dans son ensemble, le corridor était presque silencieux.
Sauf pour cette plainte constante qui m'avait réveillée près de cinq minutes plus tôt et qui ne s'était pas encore arrêtée. Je tournai ma tête dans tous les sens à la recherche de la provenance de cet agaçant râlement. Il y avait environ une demi-douzaine d'autres civières dans le corridor, toutes occupées par des personnes âgées. J'étais la seule jeune adulte aux alentours.
On m'avait mise sur une civière au beau milieu de l'action à l’intersection de deux couloirs, là où absolument tout le monde déambulait et pouvait me voir. Mesure préventive, sans doute. Ils ne voulaient pas que je me sauve. Je ne pouvais rien faire sans que quelqu'un en ait connaissance, mais de toute manière je n'avais aucunement l'envie de fuir et encore moins la force, en plus, évidemment, d'être attachée à une patère et à peine vêtue. Aucune chance que je m’évade.
C'était la bonne femme qui était dans la civière derrière moi qui se plaignait incessamment. Je ne mis pas de lune à m'en rendre compte. J'essayai de comprendre ce qu'elle avait, mais il y avait un rideau d'hôpital qui nous séparait juste assez pour que je n'arrive pas à la voir. Au début je pensais qu'elle faisait un cauchemar. J'espérais qu'elle s'en réveille bientôt et qu'elle se taise. Elle gémissait par coups - ça ressemblait beaucoup à un: "Oh, oh, oh..... Ah, ah, ah..... Ouh, ouh, ouf... Oh, oh, oh..." interminable et extrêmement pénible. Elle devait souffrir atrocement pour geindre de la sorte. Je croisai les doigts en espérant que ses douleurs se calment et qu'elle s'endorme, en vain.
Je suis une personne généralement empathique et compatissante, parfois même à l'excès. Mais après une heure à entendre ces gémissements incessants, sans arriver à me rendormir, surtout après la soirée de fou que je venais de traverser, mon empathie était enfouie très loin dans le néant. Je me redressai sur mon lit, le dos droit, les genoux repliés en indien, la mâchoire refermée comme une trappe à ours et les yeux grands ouverts. Je restai là, immobile, pendant une bonne minute, en attendant qu'on daigne s'occuper de moi.
Il y avait une dame, dans la quarantaine, qui était derrière un comptoir la tête baissée vers je-ne-sais quelle paperasse. Elle portait une tenue de préposée ou d'infirmière. J'en conclu que c'était avec elle que je devais faire affaire. Je la regardai en silence et dans une immobilité totale, sans l'appeler, en attendant simplement qu'elle lève les yeux vers moi. Elle dut se sentir épiée puisqu'elle se rendit vite compte que je la fixais et que j'étais assurément dérangée par quelque chose.
Elle se leva et s'approcha de moi faisant mine de tendre l'oreille pour écouter ce que j'avais à lui dire. Je me penchai vers elle, en la regardant sévèrement et droit dans les yeux. Je ne pris même pas la peine de chuchoter, je parlai assez fort pour que tous le monde dans le corridor m'entende.
"C'est quoi son problème à l'autre en arrière? C’est agaçant." Je pointai mon pouce vers l'arrière afin qu'elle comprenne que je parlais de la vieille bique qui était derrière moi.
L'infirmière tenta une approche douce en m'expliquant que ma voisine avait beaucoup de mal à respirer, qu'elle était souffrante et que c'était pour ça qu'elle respirait bruyamment. Je fus très insatisfaite de cette réponse. Il ne fallait pas me prendre pour une conne. Je connaissais très bien la différence entre quelqu'un qui fait du bruit en respirant et une personne qui geint. Là c'était clairement un gémissement. C'était agressant. Moi aussi j'étais souffrante, mais dans le silence, et cette femme était en train de rendre ma pénible existence encore mille fois pire. Il fallait qu'elle se taise.
"Écoutes moi bien." dis-je à l'infirmière, avec une agressive conviction, les dents serrées de colère. "Tu vas lui donner quelque chose pour qu'elle ferme sa gueule ou tu vas attendre sagement que je me lève et que j'abrège ses souffrances moi-même?"
Nullement choquée par la brutalité de mes propos, l'infirmière recula d'un pas et pinça les lèvres comme une vieille snob effrontée. Elle croisa les bras et leva le menton avec un regard qui disait: "J'en ai vu d'autre, tu ne m'impressionnes pas, petite." Puis elle me répondit simplement, du tac au tac:
" Mamzelle, on n’est pas dans un quatre étoile ici. Recouchez-vous. " Puis elle s'en alla sans plus de cérémonie et elle me laissa là, assise sur ma civière. C'était tout. Tais-toi et endures.
J'étais franchement très insultée et par dessus tout, j'avais compris que j'allais avoir à prendre mon mal en patience - encore. Ce qui me rendit folle de rage. Je restai donc là. Assise sur mon lit, sans bouger. Pendant ce qui me parut une éternité. J'étais assez lucide pour savoir qu'il m’était inutile de demander à ce qu'on me donne quelque chose pour m'aider à dormir. J'étais quand même là pour avoir avaler un gros paquet d'anti-anxiolytique. Personne n'allait m'accorder un milligramme de plus d'un quelconque calmant.
Non seulement, mon intervention n'avait eut aucun impacte sur les gémissements de ma voisine de couloir, mais en plus, personne ne portait attention à moi. Je dévisageai sans retenue chacun des employés qui passaient près de moi durant une assez longue période de temps, mais aucun d'entre eux ne vint me voir. C'était comme ci je n'étais pas là. Tous m'ignoraient. Comme si j'étais un fantôme. J'aurais pu en être un d'ailleurs. Parce que je me sentais vide, inhabitée. Un peu comme si j'étais en stand-by. À part cette colère qui m'habitait, je n'arrivais pas à reprendre contacte avec mes émotions. Comme si j'étais un jeu vidéo qui est figé dans le temps après qu'on ait fait pause sur la télécommande... avec la bande sonore en arrière qui reste toujours active.
Cette femme allait me rendre complètement folle. C'était encore pire que cette torture chinoise qu'on appelle "le supplice de la goute d'eau" et qui consiste à faire tomber des goutes d'eau, à intervalles réguliers, sur la tête d'une victime, jusqu'à ce qu'elle perde la tête. Je n'en pouvais plus.
Je fini par retomber sur mon lit, en enfouissant ma tête sous mon oreiller. Là, cachée dans mon antre de fortune, je pu enfin profiter d'un peu de noirceur et d'un peu de silence. Les râles de ma voisine étaient toujours très audibles, mais apaisés par l’épaisseur de l’oreiller. À ce moment je réalisai que j'aurais donné n'importe quoi pour que ces plaintes soient remplacées par les ronflements réconfortants de mon Emerick. Ces ronflements qui avaient tendance à m'agacer mais qui maintenant allaient me manquer à mort. Pour la première fois depuis mon réveil, mon cerveau se souvint de la raison principale pour laquelle j’étais dans cet horrible corridor. Mon esprit sortit de sa léthargie et la souffrance repris d’assaut mon corps tout entier, me brulant de l’intérieur. Je me mis à sangloter et les larmes se mirent à affluer sur mon visage.
Maintenant c'étaient mes gémissements qui allaient déranger tous les malades. Je sombrai lentement dans le sommeil, à bout de forces, entourée par tous ces gens, mais au fond, complètement seule au monde.