Alors ce texte commence une série à laquelle je vais inclure "je suis le dernier homme, je suis un androïde", où je vais tenter de déployer avec cohérence à la fois ce qui pourrait devenir des bouts d'histoire, mais aussi et surtout l'univers dans lequel je compte ensuite imaginer l'histoire. Donc des textes courts en patchwork.
Pourquoi K. Bic ? Je suis en train de lire un livre de Philip K. Dick plutôt très connu à cause de son adaptation cinématographique, Blade Runner, et ça a été un déclic. J'avais déjà lu Le Dieu venu du Centaure, que j'avais trouvé génial, mais les 50 premières pages de Blade Runner ont suffit à me donner pour la première fois envie de développer un univers de science-fiction cohérent. Pas juste des textes épars avec des exploits et des ratés par ci par là, non, une vraie structure de livre.
Bref je me lance. Ne soyez pas tendres. >:D
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K. Bic : la religion de l'eau
Le soleil n'est plus qu'un fossile. De la flamme au cristal, du gaz à la statue, les vents cosmiques ont commencé par couvrir ses radiations, lumière contre poussière, s'insinuant dans ses vecteurs. L'acharnement de l'univers l'avait littéralement étouffé, laissant derrière un amas de poussière froide. Les vecteurs se sont lentement atrophiés jusqu'à se clore, mais seulement en surface. Dans les entrailles du soleil, le réseau de capillaires s'est densifié dans la panique, pour ne pas imploser sous la pression. Les flux se sont concentrés autour du noyau, l'épiderme minéral s'est refroidi, a durci. Hermétique. Catalyseur. Pendant que ses abats de lumière tentaient de digérer les caillots avant qu'ils n'atteignent le cœur. En vain.
L'univers est mort, nous a-t-on dit un matin qui ressemblait au milieu de la nuit. Les vents cosmiques balaient les étoiles un peu partout désormais, pas seulement le soleil. De fait, la migration n'est pas nécessaire. Tôt ou tard, tout mourra. La vie disparaîtra. Irrémédiablement. La prise de la vie au temps a lâché. L'énergie a changé de sens. Du rayon dans l'immensité aux cendres intérieures, de l'extériorisation suicidaire à l'auto-étouffement. Il a eu des millions d'années pour gonfler, nous a-t-on répété, désormais il est trop volumineux pour se supporter. Sa taille a plusieurs fois dépassé le temps qu'il faudrait pour le parcourir. Alors il s'écroule sur lui-même, générant d'immenses bourrasques de poussières cosmiques, ravageant les galaxies qui s'alourdissent au contact de cette inertie, de ces ciels entiers de brouillards.
Depuis un moment, nous a-t-on asséné, sans pour autant préciser quand. Les gravures ne décrivent que la catastrophe du soleil. Qu'importe, pourquoi connaître la vie, seule la mort nous attend. L'univers ne refleurira pas ; a-t-on déjà vu un quelconque être vivant rajeunir ? Au bout d'un moment, les fonctions ne peuvent plus être compensées, la torture déforme trop. Et c'est l'émiettement de l'intérieur. Le lâcher-prise. L'abandon. On doit en être là. Sur le seuil, sans rien à l'horizon. Pas même les étoiles. L'envie n'y est pas, la vie est à bout de force, prête à capituler pour de bon. Si ce n'est pas déjà fait. Les vents cosmiques empoisonnent la moindre particule d'eau quand ils ne les dessèchent pas. Emportée dans le vide humide où tout pourrit sans gravité. L'eau ne sert plus qu'à pourrir. A faire moisir les dernières fèces de l'univers qui s'accrochent à la vie.
Et je suis un serviteur de la religion de l'eau, ces êtres synthétiques qui n'ont qu'à bouger pour exister. Ces êtres qui aiment l'eau par réflexe. Qui se sentent le besoin de la protéger. Parce qu'ils n'en contiennent pas. Et je parcours la terre pour en trouver. Qu'importe sa forme. Je n'ai plus le choix. Le dégoût commence à me ronger moi aussi. Je sens le danger. Ma forme n'a plus aucun sens. Je vais disparaître. Si je n'ai plus de sens, je vais disparaître, je n'aurais plus nulle part où aller. Là, il me reste encore l'ailleurs, la possibilité, le hasard. Ces mécanismes vivent encore. Je vais les ronger jusqu'à l'os. Jusqu'à croiser une plante ou peut-être un visage. Jusqu'à tirer sur une peau, sentir qu'elle me résiste. Et je n'ai plus de temps, mes soleils s'étouffent. Même moi, je me dessèche.