Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Cha le 09 Novembre 2012 à 00:50:59
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Le tramway
Un actif : quelqu'un qui détient un statut social, être actif, c'est avoir une place dans la société et ainsi obtenir le droit de vivre, car sans activité, pas de statut social, sans statut social, pas de travail, sans travail pas d'argent et sans argent pas de nourriture, eau, logement, électricité, lit, donc pas de « droit de vivre ».
Je sors de chez moi, comme il se doit puisque je suis un actif, et je m'approche du tramway. L'angoisse commence déjà à me monter à la gorge : celle que je ressentais en croisant certaines personnes dans la rue, des gens qui ont l'air hostile, avide de ressentis, soumis à un ordre de faire, peu importe le reste, comme interdits de penser par eux-mêmes : « Votre opinion, on s'en fout. » ont-ils du entendre pour avoir un tel degré d'isolement, de froideur, de peur social.
Le tramway arrive donc en face de moi et les portes s'ouvrent. Dedans, la plupart des gens sont dans le malaise, les autres dans une bulle, seul un ou deux ont une conversation avec, évidemment, une connaissance qui date. Le paradoxe devient alors flagrant : Comment peut-on être aussi proche, les uns à côté des autres, êtres humains à part entière, et garder un tel replis sur soi? Il ne s'agit pas là de différences, d'handicap ou même de race : à l'inverse, ils paraissent plutôt tous identiques.
Il me semblait pourtant naturel depuis toujours que l'Homme avait le droit de vivre, se déplacer et communiquer librement, alors comment une peur de déranger peut-elle à ce point dominer l'air, cela me semble relever de la pathologie.
Je deviens moi-même mal à l'aise, presque angoissé, je me sens différent, au milieu d'une bande de malades qui auraient, pour la majorité, décidé d'établir une loi disant : Celui qui parle, dérange. Les voir se comporter, ou plutôt ne pas se comporter, de cette façon me pousse à établir cette même transparence, par preuve sociale.
Alors on reste là, sans rien dire, en attendant que l'arrêt arrive...
Cependant certains parlent, oui, on ne peut le nier, mais ils ont leur justificatif avec eux : « Je connais cette personne, j'ai l'autorisation de lui parler. » il faut une reconnaissance, l'ancrage de l'image, du visage retenu de la personne avec qui l'on communique et réciproquement, que cette personne nous reconnaisse, sans cela, nous passerions certainement pour un fou! Un nouveau concept né alors : Celui qui parle à un inconnu est dérangé.
On peut parfois même percevoir l'apparition de situations, notamment lors des entrées et sorties, où quelques interactions entre deux individus inconnus l'un à l'autre ont lieu : « Pardon. », « Excusez-moi », etc. formules de politesse indiquant notre présence et notre souhait de se déplacer, seul excès que l'on se permet. Et en de rares occasions nous apercevons une jeune personne se lever pour laisser la place à quelqu'un de plus âgé, plus rare encore, une conversation peut s'engager derrière un acte semblable, et l'atmosphère devient tout de suite plus détendu, il a fallu l'évènement nécessaire et contextuel pour permettre à ceux-ci de parler librement.
N'est-ce pas dramatique d'en être arrivé à un tel niveau de rupture dans la socialisation?
J'ai pourtant eu l'envie de dire « Bonjour à tous! Aujourd'hui c'est le jeu de « Qui en connaitra le plus sur l'autre? »! Attention, un, deux, trois, c'est partit! » mais les gens réservent cela à leur téléviseur, confondant la visualisation et l'audition avec la communication qui, elle, inclut l'attitude, le contact physique, l'odeur, le goût, le décor, les évènements, les émotions intenses... un mouvement perpétuel, inconfortable mais particulièrement vivant, inconfortable... cela expliquerait bien des choses sur l'attitude de ces gens : Leur confort dépasserait-il leur désir d'aventure et de découverte de l'inconnu? Vivent-ils dans leur imaginaire plutôt que dans l'expérimentation d'un vécu réel et enrichissant?
Trop peu de temps nous est consacré pour répondre à ces questions, remarquer le malaise et le dénoncer, oralement ou de manière écrite, est déjà un privilège : il nous reste encore une petite place de penseur libre dans notre esprit. Il faut sortir du tram, de toute façon, puisqu'il est arrêté devant notre station. Maintenant retournons travailler, avant que trop de risque soit pris, oui, évitons le risque, nous pourrions découvrir des choses! Cela est trop angoissant.
(Je ne sais pas comment on doit appeler cela, c'est la première fois que j'écris un texte court racontant quelque chose de ce genre, donc j'ai tout à apprendre, allez-y, dites moi?)
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Les voir se comporter, ou plutôt ne pas se comporter, de cette façon me pousse à établir cette même transparence, par preuve sociale.
Je n'ai pas très bien compris de quel comportement tu parles. De rester muet ? si oui je ne comprend pas le " ou plutôt ne pas se comporter" ???
Un nouveau concept né alors : Celui qui parle à un inconnu est dérangé.
Ta phrase est correcte si tu veux que le sens du mot " dérangé" soit l'équivalent d'un malade. Mais si tu reprend le même sens que
" Celui qui parle, dérange " ; alors j'aurais mis dérangeant.
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incluant elle l'attitude,
Le elle est en trop.
un mouvement perpétuel, non confortable mais particulièrement vivant, non confortable...
Le retour du non confortable sonne bizarre, si tu veux le laisser faudrait que tu continu sur "..." mais "..."
Trop peu de temps nous est consacré pour répondre à ces questions. Réfléchir à celle-ci est déjà un privilège.
C'est mon impression mais je trouve ça contradictoire. Si t'as pas de temps pour te consacrer à ces question. Pourquoi ensuite dire que c'est un privilège d'y réfléchir ? Fin à ce moment au lieu de "celle-ci" met un truc du genre " quelques une d'entre elles" ?
Désolé pour toutes ces remarques, elles ne tiennent qu'à moi ^^
Je pense que qu'on peut qualifier ton texte de satirique ?
Sinon j'ai bien aimé ton texte, bien que tu aurais pu aller un peu plus loin dans la satire.
Au plaisir de te relire :)
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Bonjour,
Le comportement dont je parle à ce moment est le comportement "effacé", c'est pour cela que je dis qu'il n'en est pas un, c'est un peu paradoxal mais c'est fait exprès, je pense, tout comme David Lynch (parce qu'il m'a ouvert les yeux là-dessus), que le paradoxe est nécessaire. Je cite :
" Je déteste entendre les réalisateurs parler de leur travail et encore plus le faire moi-même. Je n'aime pas qu'on explique.
Si ça n'est pas dans le film, c'est que c'est raté, le film doit rester un mystère. Même pour moi, il faut qu'il garde un pour cent d'insaisissable. J'aime l'abstrait, mais le public n'y est pas habitué.
Je déteste que tout soit convenu d'avance ou compréhensible. "
C'est un avis.
Pour le mot "dérangé" tu as vu juste, c'est pour la maladie et non le dérangement que cela provoque. Alors que dans l'autre passage, comme tu l'as remarqué, c'est bien le dérangement que j'explicite.
Merci aussi pour les fautes.
Non confortable, je vais éditer pour inconfortable, voir ce que cela donne.
Trop peu de temps nous est consacré pour répondre à ces questions. Réfléchir à celle-ci est déjà un privilège.
C'est mon impression mais je trouve ça contradictoire. Si t'as pas de temps pour te consacrer à ces question. Pourquoi ensuite dire que c'est un privilège d'y réfléchir ? Fin à ce moment au lieu de "celle-ci" met un truc du genre " quelques une d'entre elles" ?
Effectivement la formulation est certainement mauvaise, je vais la reprendre. Ce que je voulais dire, c'est qu'avoir le temps pour réfléchir à la situation, de remarquer le malaise et de le formulé, dans nos sociétés occidentales, c'est déjà un privilège, mais répondre à ces questions que nous nous posons "Pourquoi suis-je mal à l'aise? Comment sortir du malaise?" n'est pas permis par manque de temps : le côté pressé, travail-boulot-dodo, ne le permet pas. Donc à revoir.
Certainement satirique oui, je me confronte au réel, et quand cela me semble drôle, que ce soit dans la douleur ou l'excès de plaisir (celui qui ne rime à rien, qui est subi) et bien je l'écris à ma sauce. Évidemment il y a toujours de quoi s'améliorer, je pense même avoir tout à apprendre comme je l'ai déjà dit, alors tout commentaire est le bienvenu.
Merci à toi et au plaisir!
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Je comprend ton idée de paradoxe et l'idée que tu veux en dégager, mais la formulation a accroché ma lecture, mais c'est pas non plus extrêmement dérangeant.
Je partage d'ailleurs ton avis sur le mystère et l'abstrait que peut ( ou doit ) contenir un texte.
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(Je ne sais pas comment on doit appeler cela, c'est la première fois que j'écris un texte court racontant quelque chose de ce genre, donc j'ai tout à apprendre, allez-y, dites moi?)
Un essai (http://fr.wikipedia.org/wiki/Essai)?
Bon pourquoi on se cause pas dans les transports en communs?
Je sais pas moi.. parce qu'on vit dans des villes de plusieurs dizaine de milliers d'habitants .. et que trop de contact tue le contact?
Ou sinon plus prosaïquement que le temps du déplacement entre le travail et le foyer n'est pas propice à cela.
Je trouve que ton texte manque d'antithèse.
Mais il est plaisant à lire.
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Merci pour votre participation.
Pour ce qui est de l'antithèse, je ne suis pas certain que la question soit "Pourquoi les gens ne parlent pas dans les transports en commun?" mais plutôt : "Pourquoi le malaise est si grand lorsque les gens sont si proches?".
Je suis d'accord pour le "trop de contact tue le contact" mais il ne me semble pas que toutes les personnes qui prennent le trame ne soit jamais aptes à recevoir une conversation avec l'autre, pour 90% des voyageurs et 95% des voyages (je caricature mais peut-être pas tellement, même si c'est 70% et 80%, cela reste la majorité du temps).
Après j'ai insisté sur la cause du rythme de vie occidental qui pousse à l'isolement, évidemment tout est mesuré, je ne suis pas aussi radicale (comme dirait Hank Moody : "Jesus!", ahah, la réf) mais je pense qu'il est moins "normal" de ne pas parler dans une telle condition de proximité avec l'autre. Cela devrait être, selon moi encore, naturelle, de discuter si l'envie est là : l'envie n'est pas seulement absente, il y a un refus, une sorte de peur, d'où le terme que j'emplois souvent : angoisse, cela reste subjectif effectivement.
Au plaisir.
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Salut !
Je trouve ton texte très intéressant, et bien que strict (et les timides alors ?!) empreint d'un réalisme remarcable quant à ces relations que tu exposes.
Cependant je ne comprends pas ce que tu entends par remarquer le malaise et le dénoncer [...] littéralement
?
Amicalement
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Bonjour,
Grosse faute oui, je voulais parler "d'écrit", j'ai du faire un rapprochement un peu simpliste avec ce mot, merci pour la remarque!
De plus, ce passage est pour moi important, dire que l'on est privilégié lorsque l'on peut remarquer un fait qui semble "anormal" (comme si la société était mauvaise pour l'Homme, comme le dit Rousseau si je me souviens bien) me parait un tout petit peu pertinent, car les gens trouvent cela futiles généralement quand j'en parle : "Ouais... et sinon tu fais quoi ce week-end?" montre un désintérêt total du sujet : je confirme par mon approbation ton discours parce que je ne veux pas m'en occuper, et je change ensuite de sujet, cela me parait peu important. Peu important, pourtant, la personne qui me dit cela était elle aussi envahi, il y a quelques minutes auparavant, par ce malaise : Elle ne s'autorise pas à y réfléchir, à décortiquer au peigne fin ce phénomène assez surprenant.
Pour ce qui est du "oralement" ou "par écrit" (que je viens de modifier) cela fait référence à la réaction : "Je remarque que... donc je dis.", puis à la réflexion : "J'ai pris du recul sur... et j'ai remarqué que... donc j'écris." : dans les deux cas, il faut avoir du temps, sur le moment ou bien chez soi, il faut réussir à pouvoir penser par soi-même.
(Je fais beaucoup dans le ":", j'écris deux points pour expliquer un peu plus ce qui est écrit auparavant, je le faisais déjà avant dans des écrits du style dissertation, dans mes études, et lorsque je l'ai vu formulé de cette même manière dans le fragments d'un discours amoureux, je dois avouer l'avoir adopté.)
Au plaisir.
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je comprends ton texte même si je ne partage pas ton avis.
Le fait de ne pas se parler transcrit simplement l'empressement et le stress du Travail lui même.
Personnellement quand je prends les transports en commun pour cinq minutes bin j'en profite pour me "reposer" un peu avant d'attaquer une dure journée..
Si le trajet est plus long j'en profite, si l'heure le permet, pour appeler les personne auxquelles je tiens mais que je n'ai pas le temps d’appeler en fin de journée..
Si je ne peux pas le faire et bin je revâsse et parfois j'aperçois quelqu'un avec un livre d'un auteur que j'aime ou j'entends une musique que j'apprécie et la conversation s'engage.
Enfin bref moi quand je prends les transport je vois de la vie, des bandes de pote, des gens pressés pendu à leurs téléphone, d'autre écouteur aux oreilles qui s'évadent un peu...
Je ne vois pas pourquoi on devrait à tout prix se parler si on n'a rien a se dire, si on ne partage aucune passion commune.
En même temps pourquoi parler a tous le monde alors qu'on a déjà pas assez de temps pour ceux qu'on aime
Je ne sais pas trop dans quel coin tu vis mais en tous cas je n'ai jamais ressentie ça.. après comme ça a été dit ça dépends du caractère: timide, extraverti, sociable...
Je te rejoins néanmoins sur le fait que la société actuelle ne sait pas prendre le temps... C'est dommage mais bon le temps c'est de l'argent ;)
Au final j'ai bien aimé... Tu t'exprime bien même si parfois ton raisonnement a l'air un peu lourd et embué...(simple ressenti)
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Bonjour ceraste,
Cet essaie est avant tout une situation précise, peut-être remarqué à répétition mais qui reste subjective car interprétée par moi et, comme tu l'as dit, dans mon entourage. Évidemment tous mes transports n'ont pas été comme cela et je n'ai effectivement pas l'envie de parler à chaque inconnu que je croise, cela était une provocation, sinon je n'ai pas le talent nécessaire pour susciter l'attention sur un de mes écrits en faisant autrement que de donner un climat assez intense émotionnellement (du moins c'est une chose à laquelle je m'essaie bien que cela puisse peut-être paraitre ridicule pour certains, totalement insensibles à ceci).
Mon avis réel n'est qu'opinions variant instant après instant, et là où tu dis me rejoindre : la société actuelle ne sait pas prendre le temps ainsi que le concept de temps = argent qui est intéressant mais sur lequel je ne m'éterniserais pas, me semble être mon seul "début d'avis", on pourrait pousser le raisonnement vis à vis des multiples situations auxquelles chacun fait face, cela dit je crois encore une fois qu'il s'agit d'adaptation au contexte.
J'écris principalement pour tenter de ressortir une émotion derrière les mots et, si possible, en apprendre un peu plus sur des ressentis que j'ai lorsque je vis, mais aussi tordu, lourd, grotesque, tumultueux ou borné, parfois peut-être, que ce soit, je n'ai pas d'avis stricte, je ne me le permet pas, pas dans le "réel" (=ce qui se passe en dehors des écrits). C'est un jeu émotionnel de plus pour moi, l'écriture, tout comme la lecture (sauf quand elle est éducative, peut-être, car on ne s'amuse plus) et même si des choses sérieuses en ressortent, elles ne sont valables que pour une chose précise à un moment donné précis.
Voilà je voulais juste éclaircir un peu une petite partie de ma façon de voir les choses ici pour ne pas trop s'emballer dans des idées de "décisions personnelles" ou de "partis pris", et je vous remercie en tout cas tous autant que vous êtes à vous être exprimé sur le sujet.
Je finirais en disant que j'accepte totalement le désaccord avec le développement fait sur ce texte puisque je peux me trouver moi-même en totale contradiction avec celui-ci : il y a des moments où l'absence d'interaction est totalement justifiée et oppose tout ce qui est exposé ici. C'est bien une question d'état d'esprit, la fameuse subjectivité, la situation, dont on fait une conclusion selon un ressentis : dans les relations, tout se fait par ressentis, c'est pour cela que toute interaction est riche, tellement elle est instable, totalement opposé à la science qui s'applique, les sentiments de frustration ou de joie qui apparaisse me pousse à faire certains choix, inutilement critiquable, nous pouvons juste s'essayer à ressentir la même chose (empathie) ce sont peut-être mes tentatives et mes attentes maximales en écriture...
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C'est probablement ce qui est beau dans l'écriture..
Savoir figer un moment, décrire son ressenti, s'exprimer pour dire ce que l'on a pas oser dire ou faire...
En bref parfois on écrit plus pour soi que pour les autres( souvent même)
Aucun jugement, aucun débat...
:)
J'aime la façon de voir....