Je regarde les rues défiler derrière les fenêtres du bus, du jazz dans les oreilles. Rien d'exceptionnel, comme ma vie. La musique me pousse à la rêverie.
Ambiance feutrée et lèvres rouges, boucles dorées et atmosphère enfumée. Danseurs sur la piste, verre de whiskey. Odeur de sueur et de tabac mêlés. Jambes croisées sous robes longues, talons hauts et décolletés.
Ses yeux s'emplissent de larmes. Cette chanson, elle ne peut plus. Elle se lève, vacille. Un peu saoule, elle n'a pas l'habitude de l'alcool. Elle a voulu oublier, mais tout le lui rappelle. Un sourire fragile à ses amis, elle bat des cils pour chasser les larmes. Direction les toilettes d'un pas mal assuré pour se repoudrer. Et ne plus entendre cette satanée chanson qui la fait pleurer.
Elle ferme la porte et s'écroule sur son siège. Poupée disloquée, sans aucune grâce. C'est ce qu'elle a l'impression d'être depuis qu'il est parti. Une poupée au cœur de porcelaine en morceaux. Elle erre, hébétée, de son appartement au travail, du travail aux amis, des amis à son appartement, automate sans conscience, perdue dans une brume de douleur. Surtout ne pas pleurer. Une seule larme, et ce sont des centaines, des milliers d'autres qui couleront derrière, sans qu'elle puisse les arrêter. Elle serre les poings et les dents, se lève, s'appuie au lavabo et se regarde longuement dans la glace, les yeux dans les yeux. Elle ne sourit pas, elle s'enjoint de tenir bon, d'être forte. Elle ferme les yeux un instant. A quoi donc rime cette comédie ? Pourquoi a-t-elle accepté cette soirée ? Pitoyable tentative d'oubli. Elle soupire, rouvre les yeux, tente un sourire. Ça ressemble plus à un rictus. Re-soupir. Elle refait une tentative. On dirait déjà plus un sourire, ça ira comme ça. La chanson est finie. Elle hésite, les rejoindre, ou s'en aller ?
Retour à la table de ses amis. Petit hochement de tête. Petit sourire contrit. Regard inquiet de son amie. Sourire rassurant: tout va bien. En surface.
Le couple se lève pour rejoindre la piste de danse. Elle se retrouve seule avec l'autre. Silence gêné de son côté à lui, désintéressé du sien à elle. Il s'éclaircit la gorge, la regarde, tousse un peu. Il ne veut pas la gêner mais... Il ne tentera rien avec elle, il n'est pas prêt. Elle en rirait, tellement c'est ironique. Leurs amis les ont présentés pour qu'ils se consolent l'un l'autre. Elle a envie de faire mal, mais elle se retient et se contente d'un sourire sur commande et de lui dire que ça n'a pas d'importance, qu'ils devraient profiter de la soirée. Elle joue avec son verre, le regard dans le vide. Il regarde les danseurs sans les voir.
Soudain elle a envie de bras autour de son corps, d'une épaule où poser sa tête. Alors elle lui propose de danser, même si ça ne se fait pas. Il se lève, lui tend la main, l'air grave, et l'amène sur la piste de danse.
Douce chaleur de sa paume dans son dos, ils tanguent au rythme du blues, échangent des banalités, puis se réfugient dans leur silence. Ils tanguent dans leur tristesse, et leurs corps se rapprochent, insensiblement, comme animés par une volonté propre. Elle pose la tête sur son épaule, il plonge le visage dans ses cheveux, et ils dansent, encore et encore, enlacés , sans un mot. Ils tanguent, ivres de chagrin, et s'accrochent désespérément l'un à l'autre.
Je ne suis pas satisfaite de la fin, mais mon inspiration s'est arrêtée là! ça le reprendra peut-être un jour, qui sait?
Cette chanson, elle ne peut plus.
Elle n'en peut plus, non ? ???
Un peu saoule, elle n'a pas l'habitude du whiskey.
J'aime pas cette répétition de whiskey, je sais qu'il y a assez d'espace entre les deux utilisations, mais il faut avouer que ce mot est quelque peu spécial, il "reste" longtemps en tête, et puis tu aurais pu mettre alcool.
au cœur de porcelaine en morceaux.
Pas fan de la formulation.
Contrairement à toi j'aime bien la fin, c'est à la fois touchant et profond, deux inconnus qui tanguent au rythme d'un blues, je kiffe à mort l'image.
Pour le reste je trouve aussi cela bien sympathique, surtout les première ligne où les rimes donnent une certaines musicalité. Après ça se calme un peu mais il faut bien cela pour faire avancer l'histoire. Le texte est peut-être court mais je trouve son format actuel parfait.
Voilà, en résumé un bon petit texte, dans le même genre j'ai certainement vu mieux mais surtout pire.
Au plaisir ;)