Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: canardcache le 28 Septembre 2012 à 20:59:59

Titre: La reine de la chambre vide
Posté par: canardcache le 28 Septembre 2012 à 20:59:59
(texte pour un petit concours sur un forum)



Et maintenant, qu'allait-il bien penser de moi ? Après ce que je lui avais dit, je m'attendais au pire. Il s’éloigna de quelques pas, je le regardai silencieusement un moment. Et quand enfin, il s’approcha de nouveau, mon cœur battait à toute allure.
(phrase donné, écrire la suite)



Des doutes entremêlés d’espoirs les plus fous, les plus sexuels et les plus amoureux m’emplissent. Nauséeuse de bons sentiments mêlés à des peurs. Surtout ne pas avoir de regrets, surtout pas de remords. Ce qui est fait est fait, même si c’était dans un état second. Oh mon dieu, il s’approche.

Il ouvre la bouche pour parler, le temps se fige. Mais quelle idée m’est passée par la tête ?

Et dire que quelques secondes avant c’était juste un inconnu que je croisais sur ce pont tous les matins en me rendant au travail. Et dire que c’était juste un fantasme, une folie, un petit rêve dans ma vie trop chargée de mère et d’épouse de 47 ans.

Pourquoi ce matin ai-je décidé de réaliser ce que je me suis mille fois imaginé : j’arrivais sur ce pont, je le voyais arriver en sens inverse et quand, après de longues observations physiques et des conjonctures les plus fantasques, on se croisait, je lui disais simplement : « j’ai envie de vous ». Ce qui pouvait s’ensuivre ne finissait que dans mes rêves de femmes sous la douche.

Quelle idiote… maintenant c’est fait : rien ne serait plus pareil. En plus je me sens coupable d’avoir trahi mes engagements. Je me sens coupable par rapport à mon mari et même par rapport à mes enfants… je suis coupable. Je me sens coupable face au monde et surtout face à moi-même. Puis je me sens coupable face à lui puisque j’ai bien vu qu’il portait une alliance.

Il va parler. Il parle. Et je ne comprends pas de suite ce qu’il me dit. Trop engourdie par mon courage idiot. Puis je comprends, qu’il vient de me rendre la pareille : « Moi aussi, j’ai envie de vous ».

Puis l’euphorie prend le dessus, ce n’est plus le temps de l’analyse (laissons ça pour mon psy plus tard), nous voilà embarqués loin. Plus loin que ce que nos vies engagées nous promettaient. Dégustons l’instant.

Dans ces moments de pure folie, le Smartphone est un outil fantastique. Et puisque nous sommes pleins d’aplomb, il est facile de mentir et de tromper notre monde : un appel téléphonique et me voilà malade et lui souffrant (nous voyons ici notre différence de classe). Une petite recherche plus tard et nous avons trouvé un hôtel tout proche. Une petite mise en mode silencieux plus tard nous voilà dans la chambre à nous contempler.

Et pour ceux qui se poseraient la question : à ce moment là, qu’ils sont loin les doutes, les remords, le mari et les enfants. Juste lui et moi et un lit : une chambre bien remplie.

Et tandis que je me blottis dans ses bras pleins de promesses, je n’ai plus aucune raison. Mon cerveau se blottit aussi. Je l’embrasse et c’est magique car je n’ai plus été embrassée comme cela depuis mes 20 ans. Même ma retenue, obligée par mon âge, s’envole ; mon corps se décomplexe quand il sourit en me regardant nue. Et je me perds dans les ondées de l’acte. J’ai du plaisir. Pas un plaisir perdu que je tente de retrouver certains soirs du mois avec mon mari… non un plaisir immédiat venu certainement du divin. En tous cas, ce plaisir est d’un autre temps.

Je me languis de jouir et qu’il jouisse et j’aimerais que ce moment dure longtemps.

L’acte physique me fait délirer : nous partirons loin, tous les deux. Nous enverrons paître nos vies stupides de responsabilités. Nous ne nous promettrons rien, c’est comme ça que le couple dure. Nous seront des nouveaux héros du monde, les plus amoureux de l’univers, en tous cas ceux qui baisent le mieux.
Je me fous de mon mari, je me fous de ma vie, je me fous de mes enfants. On s’en va, on laisse tout, on se casse. Et on se cassera toujours, faisons de ce laïus notre seul engagement. Et je me vois serveuse dans un restaurant américain et lui vendeur de pneus ; quelque chose de modeste qui nous permet simplement de vivre à deux. Je vois un appartement ou une petite maison typique des USA dans une petite banlieue. Je nous vois baisant partout, tout le temps. Je vois… je ne vois plus rien, je jouis.

Une fabuleuse puissance m’éreinte, un courant électrique parcourt mon dos. Je m’en souviens, cela faisait longtemps. Le pur moment de folie est accompli. Il reste en mon sein quelques instants, il s’affale sur mon corps, je le prends dans mes bras et je l’embrasse sur le front. Il reprend sa respiration.
Et là, le malheureux en se retirant (et me faisant presque mal), me souffle : « Je dois y aller ».

Tout d’un coup il passe de bel inconnu à laide personne, un mufle couronné d’imbécilité et moi, je deviens une salope. Tout me retombe dessus alors qu’il se rhabille déjà. A son pantalon, me revient à la figure mon mariage, à sa chemise reboutonnée, mes enfants, à sa cravate, mon travail. Toute la fuite a été vaine puisque je retombe de haut. Je me sens bafouée et le pire c’est par moi-même. Et je regarde dans le vide. Je vois mes fantasmes de la vie américaine, de la fuite, de notre amour s’en aller dans le néant. A la limite, le souvenir peut me servir quand je me toucherais sous la douche… il est déjà à la porte. Un simple « salut, c’était sympa » et il a disparu de la chambre qui se trouve être la chambre la plus vide qui soit dans le monde entier et même au-delà. Je suis la reine de la chambre vide.

J’ai l’impression de m’être violée moi-même. Saleté de cœur, saleté de fantasmes, saleté de bouche qui a parlé toute seule, saleté de bouche qui embrasse, saleté de bouche qui suce. Je me cherche un réconfort quelconque dans la pièce, dans mon cœur et dans mon sexe. Non, je n’en trouve pas. Doucement, comme une grande malade, je me dirige vers la salle de bain. J’allume et je me regarde dans le miroir : j’ai 47 ans mais j’ai l’impression d’en avoir 3000. J’ai les larmes qui me montent tandis que mon moral descend. Je me sens bête.

Je me cherche des excuses, je me cherche quelque chose à retirer de cette partie de jambes en l’air improvisée et déjà appeler cet acte par son nom me fait relativiser. Les espoirs sont loin. Je commence à me convaincre que ce que j’ai est précieux : j’ai un mari amoureux et des enfants. J’ai une maison et un boulot. Et j’ai réalisé mon fantasme. Tout cela n’est-il pas une vie bien remplie ?

Dois-je me plaindre ? Et doucement, je me remets. Je me lave, me rhabille doucement et à la fin, je suis de nouveau convaincue : je suis tellement heureuse.
Je sors de la chambre vide et je pense déjà à un nouvel itinéraire pour aller au boulot et je répète mon rôle de femme, je répète le rôle de ma vie. Je suis une parfaite actrice : d’ailleurs, je me convaincs moi-même.
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: World End Girlfriend le 28 Septembre 2012 à 21:28:12
Ton titre m'a fait penser à La princesse dans le palais des courants d'air  :D

Nauséeuse de bons sentiments mêlés à des peurs.
J'aurai mit Nauséeuse de bons sentiments mêlés de peurs. Le "à" casse le rythme je trouve.

Mais quelle idée m’est passée par la tête ?
Le présent ne passe pas je trouve, c'est peut-être juste moi...

Quelle idiote… maintenant c’est fait : rien ne serait plus pareil.
Ne sera plus pareil, non ? Pas sûr de ça.

le Smartphone est un outil fantastique.
Ou comment casser la magie qui s'installait  ><
Je crois que c'est juste moi, mais je me sentais emporté par ton texte puis là tu cite quelque chose de "matériel"  de "concret" et paf je sens tout qui s'écroule, dommage.

Et puisque nous sommes pleins d’aplomb, il est facile de mentir et de tromper notre monde : un appel téléphonique et me voilà malade et lui souffrant (nous voyons ici notre différence de classe). Une petite recherche plus tard et nous avons trouvé un hôtel tout proche. Une petite mise en mode silencieux plus tard nous voilà dans la chambre à nous contempler.

Et pour ceux qui se poseraient la question : à ce moment là, qu’ils sont loin les doutes, les remords, le mari et les enfants. Juste lui et moi et un lit : une chambre bien remplie.

Et tandis que je me blottis dans ses bras pleins de promesses, je n’ai plus aucune raison. Mon cerveau se blottit aussi. Je l’embrasse et c’est magique car je n’ai plus été embrassée comme cela depuis mes 20 ans. Même ma retenue, obligée par mon âge, s’envole ; mon corps se décomplexe quand il sourit en me regardant nue. Et je me perds dans les ondées de l’acte. J’ai du plaisir. Pas un plaisir perdu que je tente de retrouver certains soirs du mois avec mon mari… non un plaisir immédiat venu certainement du divin. En tous cas, ce plaisir est d’un autre temps.

Je me languis de jouir et qu’il jouisse et j’aimerais que ce moment dure longtemps.

L’acte physique me fait délirer : nous partirons loin, tous les deux. Nous enverrons paître nos vies stupides de responsabilités. Nous ne nous promettrons rien, c’est comme ça que le couple dure. Nous seront des nouveaux héros du monde, les plus amoureux de l’univers, en tous cas ceux qui baisent le mieux.
Je me fous de mon mari, je me fous de ma vie, je me fous de mes enfants. On s’en va, on laisse tout, on se casse. Et on se cassera toujours, faisons de ce laïus notre seul engagement. Et je me vois serveuse dans un restaurant américain et lui vendeur de pneus ; quelque chose de modeste qui nous permet simplement de vivre à deux. Je vois un appartement ou une petite maison typique des USA dans une petite banlieue. Je nous vois baisant partout, tout le temps. Je vois… je ne vois plus rien, je jouis.

Une fabuleuse puissance m’éreinte, un courant électrique parcourt mon dos. Je m’en souviens, cela faisait longtemps. Le pur moment de folie est accompli. Il reste en mon sein quelques instants, il s’affale sur mon corps, je le prends dans mes bras et je l’embrasse sur le front. Il reprend sa respiration.
Et là, le malheureux en se retirant (et me faisant presque mal), me souffle : « Je dois y aller ».
Super fluide, ça se lit tout seul, bravo  :D

Tout d’un coup il passe de bel inconnu à laide personne, un mufle couronné d’imbécilité et moi, je deviens une salope. Tout me retombe dessus alors qu’il se rhabille déjà. A son pantalon, me revient à la figure mon mariage, à sa chemise reboutonnée, mes enfants, à sa cravate, mon travail. Toute la fuite a été vaine puisque je retombe de haut. Je me sens bafouée et le pire c’est par moi-même. Et je regarde dans le vide. Je vois mes fantasmes de la vie américaine, de la fuite, de notre amour s’en aller dans le néant. A la limite, le souvenir peut me servir quand je me toucherais sous la douche… il est déjà à la porte. Un simple « salut, c’était sympa » et il a disparu de la chambre qui se trouve être la chambre la plus vide qui soit dans le monde entier et même au-delà. Je suis la reine de la chambre vide.
Beau passage, avec en prime une explication pour le titre, vraiment classe comme procédé je trouve.

Dois-je me plaindre ? Et doucement, je me remets. Je me lave, me rhabille doucement et à la fin, je suis de nouveau convaincue : je suis tellement heureuse.
Je sors de la chambre vide et je pense déjà à un nouvel itinéraire pour aller au boulot et je répète mon rôle de femme, je répète le rôle de ma vie. Je suis une parfaite actrice : d’ailleurs, je me convaincs moi-même.
Excellent comme fin, difficile de faire mieux.


Bon bah c'est vraiment un joli texte, un peu poussif au début, mais après ça glisse tranquille jusqu'à la fin. En résumé un gros j'aime  :)
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: canardcache le 28 Septembre 2012 à 21:53:58
Merci beaucoup ^^
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: Dot Quote le 29 Septembre 2012 à 10:14:23
Citer
A son pantalon, me revient à la figure mon mariage, à sa chemise reboutonnée, mes enfants, à sa cravate, mon travail. Toute la fuite a été vaine puisque je retombe de haut. Je me sens bafouée et le pire c’est par moi-même.

C'est plutôt bien formulé je trouve

Citer
Dois-je me plaindre ? Et doucement, je me remets. Je me lave, me rhabille doucement et à la fin, je suis de nouveau convaincue : je suis tellement heureuse.

Le 'de nouveau' sonne bizarre avec le 'tellement', je pense que tu devrais changer d'adverbe. Quitte à faire une petite répétition qui ne serait pas tant lourde à mon sens : 'je suis de nouveau convaincue, je suis de nouveau heureuse'


Voilà, weg a plutôt bien souligné les autres traits de ton texte.
En gros : c'est pas mal du tout côté narration et enchainement des paragraphes, des phrases, bien que le sujet du fantasme soit plus ou moins convenu.
Bravo tout de même.
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: canardcache le 29 Septembre 2012 à 12:39:38
Merci.
Ici c'est plus des exercices de styles. Je cherche un style pour écrire quelque chose de plus consistant.
Mais, c'est très bien si ça plait à ce niveau. Je commence à reprendre confiance en moi.
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: Dot Quote le 29 Septembre 2012 à 13:51:15
Dans ce cas, je te suggère modestement de travailler autre chose que le désir et le sexe. Pas que ça manque de style ou d'effet, loin de là, ni que c'est inutile, has been ou autre. Mais c'est un truc universel, plus qu'humain : vital. Du coup si tu recherches l'originalité, le style, amuses toi à écrire des histoires que personne à part ton imaginaire n'oserait vivre =)
Titre: Re : La reine de la chambre vide
Posté par: canardcache le 29 Septembre 2012 à 14:46:23
Ok merci