Le Monde de L'Écriture
Salon littéraire => L'Atelier => Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes => Discussion démarrée par: Moyen Moyen le 19 Juin 2012 à 09:09:11
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Mais vite!
:putainlafaute:
Je serais curieux de voir comment transmettre cette sensation au plus proche... et en peu de mots.
Je précise que je parle du vertige dû à l'altitude et à la perspective!
Et pas forcément l'étourdissement (tout le monde ne l'éprouve pas), la simple peur du vide suffit.
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Vous avez peur de vous jeter? :mrgreen:
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L'immense vide sous ses yeux. Tel un minuscule grain de sable. Vint s'immiscer dans l'engrenage de sa pensée.
Ainsi commençait sa lourde chute. Corps paralysé, cerveau halluciné.
La peur était une sirène, et lui, pauvre naufragé englouti par sa mélodie, sombrait en sa compagnie...
Voilà content? :P
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Merci World End Girlfriend!
Je me sens moins seul.
C'est amusant parce que, ne voyant rien venir, j'ai voulu m'y essayer..
Mais je n'ai pas réussi a respecter ma propre consigne de concision!
Tu es plus pertinent sur ce point, plus poétique que moi aussi (bien que je me suis laissé aller à faire quelques rimes je ne sais pas pourquoi).
Je sens que tu va plus à l'essentiel mais j'avais trop de choses à dire, il aurait fallut faire des choix.
Mais du coup quand on s'étale je trouve qu'on perd en percussion.
La sensation, quand elle vous envahie est si prompt, on ne peut pas se permettre trop de mots.
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Je balance ma prose:
Au bord, un peu plus prêt. Je regarde mes pieds. Là où ils reposent, il y a si peu de choses. Puis je lève les yeux sans bouger la tête.
Je pense furtivement à un mur. celui de ma chambre peut-être. J’ai l’habitude des murs, je me repère dans l’espace grâce à eux. Leurs lignes qui m’encadrent, les sons qu’ils me renvoient. Mais ici plus de ligne, juste le vent qui emporte les voix. Si je parle je sens mes mots qui m’échappent dans le vide. Je ne souhaite pas les y jeter alors je me tais.
Maintenant je redresse la tête et scrute l’horizon impassible. C’est une ligne, elle devrait me rassurer mais j’éprouve le contraire. C’est une illusion, ça n’est pas tangible, je ne peux pas l'atteindre. Ca n’est pas un endroit, je ne peux pas m’y raccrocher, je m’y perds. Auprès de quoi mon oeil peut-il trouver secours? Cet arbre en face? Je ne sais pas, tout est si petit vu d’ici. Si petit et forcément si beau que je ne peux épouser un détail dans un décors à ce point majestueux. Je suis implacablement avalé par lui.
Je comprends alors que le charme né de ma fascination pour ma peur. Comme quand j’étais petit et que je me retournais avant de fermer la porte du jardin plongé dans la nuit que je venais de traverser en courant. Mon coeur battait encore la chamade que je lançais cet ultime regard de défi aux ténèbres. Mais de tous les effrois, je le sens, ça n’est jamais celui suscité par ce que l’on peut percevoir qui surpasse les autres. C’est celui du néant, de l’obscurité ou du vide dans lequel je me sens chavirer alors même que je suis pétrifié.
Et en fait j’ignore si je suis ou si je vais tomber.
mmmmm, je suis pas vraiment satisfait de ma seconde partie, en fait c'est à cause d'elle que le texte est trop long.
J'aimerais voir d'autres façons de procéder!
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J'ai pas vraiment respecté la concision non plus. :mrgreen:
C'est parce que ça m'inspire, le vertige (je suis très, très sensible à la hauteur : à partir de trois mètres, je me sens mal).
Je regarde cette poutrelle en métal, à seulement quelques mètres de moi. Elle n'a rien de particulier : noire, boulonnée, un peu rouillée. Mais elle se trouve au dix-septième étage de la tour. Savoir cela, tout en la voyant si près de moi fait disjoncter mon cerveau. Comme s'il avait classé la poutrelle dans la catégorie des objets impossibles à atteindre et que sa présence si près de moi était anormale, inquiétante, malsaine. Une alarme se déclenche en moi : je suis un poisson jeté sur la berge, je suis là ou je ne devrais pas être, je suffoque. Ma tête tourne, tourne, j'ai envie de vomir, je tremble, j'enfonce mes ongles dans la paume de mes mains. Il faut descendre, vite. Il faut descendre ou je vais tomber. Je ferme les yeux pour oublier l'angoisse de l'altitude. Vite, retrouver le plancher, le sol, quelque chose d'immobile et fiable. Vite, mettre le pied sur la terre ferme, la terre dans laquelle j'ai une confiance pleine et entière, la terre qui ne bouge pas, qui m'attend, tout en bas, qui tend les bras pour que je m'y réfugie comme une enfant terrorisée. Je ne suis même plus capable de rester debout, d'ajouter encore ma hauteur à celle de l'étage où je suis. Je m'assied sur le sol métallique, prostrée, tétanisée. Je veux descendre, juste descendre.
Mais en fait, en lisant ton texte, kodama, j'ai l'impression qu'on ne voit pas du tout le vertige de la même façon. De ce que je comprends, ton personnage le ressent presque comme une sorte d’apesanteur, de moment de flottement quand on regarde en bas, un genre d'ivresse. Pour moi, c'est vraiment une sensation d'angoisse atroce, complètement insupportable. C'est peut-être plus proche de ce que tu écris, World End Girlfriend, mais sans l'impression de chute. A la réflexion, je décris peut-être plus une sorte de terreur de l'altitude que le vertige lui même (je sais pas si je suis claire, mais en tout cas je vois une différence entre les deux :mrgreen:).
J'espère que ça t'aura aidé un peu.
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Mais en fait, en lisant ton texte, kodama, j'ai l'impression qu'on ne voit pas du tout le vertige de la même façon. De ce que je comprends, ton personnage le ressent presque comme une sorte d’apesanteur, de moment de flottement quand on regarde en bas, un genre d'ivresse. Pour moi, c'est vraiment une sensation d'angoisse atroce, complètement insupportable. C'est peut-être plus proche de ce que tu écris, World End Girlfriend, mais sans l'impression de chute. A la réflexion, je décris peut-être plus une sorte de terreur de l'altitude que le vertige lui même (je sais pas si je suis claire, mais en tout cas je vois une différence entre les deux :mrgreen:).
J'espère que ça t'aura aidé un peu.
Oui merci Sixte!
Je pense que le ressenti est sensiblement différent en effet pour chacun.
Pour ma part je n'ai pas cette sensation de perte de contrôle.
Je le sais car j'ai l'occasion régulièrement de pratiquer un peu d'escalade en montagne (de petites voies d'une vingtaine de mètres mais perchées au-dessus d'une vallée quand même), et je ressens une peur intense mais pas de panique.
Pour ce qui est de la consigne, il s'agit plus dans mon esprit, comme je le disais hier, de faire court pour faire "abrupt".
Mais bon ça n'est pas forcément judicieux.
A ce sujet d'ailleurs je relève que ta remarque avant ton texte:
(je suis très, très sensible à la hauteur : à partir de trois mètres, je me sens mal)
M'a presque plus ému que nos trois tirades.
:mrgreen: Je sais pas si c'est normal.
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J'aimerais pas que vous soyez les seuls à parler sur ce sujet .. Voilà une photo trouver. Ca donne le vertige ?
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:s Help ?
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Ah ba merci!
Je vois que vous voulez me faire plaisir :/
Mais quand je dis en peu de mots.. je veux dire avec des mots quand même :mrgreen:
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C'est réglé ! :D
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Ok ... J'ai poster une connerie !!!! :-X
J'esseyais juste de prendre part au conversations !!!! :'(
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@ Kodama
Bah oui quand tu dis court et qu'au final tu nous sors un pavé c'est logique aussi hein :-¬?
Limite je prefère les deux dernières versions :D
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Si c'est pour flooder autant que ça aille dans le flood hein...
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Djul: A défaut de m'avoir donné le vertige tu m'auras donné le sourire, merci ;D
P'tite souris: Je te remercie pour ta contribution, sois-en assurée.
WEG: mais mais... un pavé n'exagérons rien! Les règles sont faites pour être transgressées. J'apprécie aussi vos élans créatifs.
Ernya: Il y a une récursivité dans ton propos qui me donnerait presque le vertige! :mrgreen:
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Je me penche au balcon et je suis aspiré
Je le sens vaciller, tanguer comme un vieux pont
Être pris de vertige, c'est tomber sans raison
Dans un grand puits sans fond, c'est comme être inspiré
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Merci, c'est pas mal!
Mais c'est volontaire la confusion "inspiré" pour "aspiré" à la fin?
Au final je voulais trouver le meilleurs moyen de retranscrire une sensation.
Je ne me sens toujours pas bien éclairé.
La forme poétique semblait avoir des atouts mais je ne suis pas convaincu plus que cela.
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C'est sensé donner le vertige, non ? Pour ma part, voici ce qui se passe.
Ca commence dans les pieds. J'ai une crampe aux orteils. Ils se paralysent, crispés, tendus sous la douleur. Le bout de mon pied se recourbe: il semble céder. Je vacille. Déjà, c'est le déséquilibre. Le vide, qui vous attire... C'est presque irrésistible. Il suffit d'y penser, voir quelqu'un suspendu dans les airs. Même si vous êtes en sécurité. Une barrière, un mur. C'est physique. Déjà, vous êtes en train de tomber et peu importe si vous êtes sur la terre ferme ou non: votre corps est déjà en apesanteur.
Bien sûr, la sensation n'est pas la même pour tout le monde et moi aussi je fais de l'escalade! C'est d'ailleurs de là que j'ai commencé à avoir le vertige. Bizarre
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Sympathique petite incitation.
Je tente une impro, ce sera surement maladroit mais j'ai mon idée, 'tirée de faits réels'... =)
Le dos étendu sur l'herbe, je tends les extrémités. Jambes écartées, bras en croix : me voila harnaché au sol par les petits filins invisibles de la gravité. Autour de moi ? Rien. Je ne vois plus les arbres derrière, je n'entends plus le flot de la circulation à côté de la plage. Plus de draps tendus sur le gazon, ni de seaux en plastiques et de chateaux de sable à l'orée des vagues. Le bleu de l'azur a remplacé celui de l'eau, loin au dessus de mes yeux. Regardant l'infini de l'atmosphère au dessus de ma tête, je somnole tandis que mon corps s'allège, s'évapore. Cette après-midi passée allongée au soleil commence à m'alourdir les sens, et c'est de là qu'une étrange peur s'éveille. Une douce crainte provoquée par mon cerveau en manque de repère visuel.
Au dessus de moi, il n'y a plus de ligne d'horizon, il n'y a pas d'immeubles ni de montagnes, encore moins de champs, de prairies ou de forêts. Juste ce bleu diffus s'étendant sur des kilomètres jusqu'à la lisière de mes paupières ; ce tissu de velour tendu au dessus de ma tête. Je sais que derrière celui-ci, il y a du rien à perte d'existence. Rien que du vide dans lequel je ne pourrais jamais tomber.
Pourtant, lorsque la terre disparait de mon regard, je ne peux m'empêcher de l'imaginer...