Alors, que je vous explique un peu ... le Fou ne m'a pas laissée tranquille, donc j'ai décidé d'écrire plusieurs textes de ce style, un peu dans le désordre, mais qui pourraient également se suivre. Ce sont pour l'instant uniquement des textes courts (jamais plus de deux pages word) mais qui, mis bout à bout, peuvent être plus longs ^^ J'avoue beaucoup m'amuser durant leur écriture, mais ce sont aussi des textes auxquels je tiens et qui sont pas mal travaillés, avec pas mal de retouches, donc j'aimerais avoir les critiques les plus sévères possibles, ne serait-ce qu'un seul mot qui sonne mal, c'est important ^^ Surtout que je m'amuse à tester quelques trucs, et j'aimerais savoir comment le lecteur réagit ::)
Voici pour commencer deux textes, qui se suivent directement, mais jvoulais le couper en deux. Vous n'êtes pas obligés de les lire à la suite (tte façon, je vais pas obliger les lecteurs à quoi que ce soit :P) mais j'apprécierais vraiment une critique sévère ::)
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Le collectionisateur …
Le collectionisateur cheminait son chemin, lorgnant d’un œil avide ce qui l’entourait. Ses membres patauds raclaient le sol caillouteux, et son corps disgracieux se traînait avec difficulté. Mais peu importait. Tout ce qui l’intéressait était que rien n’échappât à ses huit yeux globuleux ; qu’il puisse tout cataloguer dans le château empli de tortueux méandres qu’était son cerveau.
Un papillon lumineux voletait tout contre lui, butinait quelques fleurs de ci, de là, et semblait plein de joie. Le collectionisateur l’observa un moment : en avait-il déjà capturé un de cette espèce ? Sa collection comportait-elle pareil spécimen, ou bien fallait-il qu’il l’y ajoute ?
Non, il ne le possédait pas encore. Ce reflet soyeux, là, sur ses ailes, était vraiment unique. Pauvre papillon, qui ne se doutait de rien ! Mais le collectionisateur, impitoyable, ne le laisserait pas s’échapper.
Un long filament s’échappa du corps du monstre collectionneur et absorba délicatement le papillon. Voilà, c’était fait. Un exemple de plus, dans une toute nouvelle pièce de son château-cerveau.
Le collectionisateur reprit son chemin, collectionisant quelques petites choses sur le passage – une poussière avec une forme étrange, un arbre ridé comme une sorcière, le magnifique sourire d’une enfant chaperonnée de rouge – jusqu’à ce qu’il arrive devant une maison toute triste qui donnait envie de pleurer. Tellement triste et chagrine qu’il se serait bien enfui les jambes au derrière, mais ce n’est pas ce que doit faire un collectionisateur. Non, un collectionisateur doit toujours aller de l’avant – et c’est ce qu’il fit. Nonobstant, avant de se recroqueviller pour passer la petite porte de la maisonnée, il s’arrangea pour laisser derrière lui un peu de ce qu’il avait recueilli : une goutte d’eau pour hydrater quelques herbes, une abeille maçonière qui pourrait réparer les brèches, et puis le papillon lumineux, histoire d’égayer un peu la maison. Ce n’était pas grand chose, maigres consolations, mais il ne pouvait pas trop donner. Un monstre pollinisateur, ça pollinise, les changements se font plus tard – ou ne se font pas.
Il entra finalement dans la maison. Un vieillard et une vieillarde se tenaient recroquevillés devant une grande et vide cheminée, plusieurs couvertures sur les épaules ; mais ils sourirent amicalement au collectionisateur, comme s’il était un ami intime et longtemps désiré. Eh bien, les expressions aussi belles se faisaient rares ces derniers temps ! Généralement, les humains lui montraient de gros yeux horrifiés – ou, pire, ne le remarquait pas. Et constater que ceux-là, malgré leur aimable accueil, étaient totalement démunis, lui faisait mal au coeur. Il en avait des tressaillements dans tout le corps. Il voulu les aider un peu, chercha dans son château, il devait bien pouvoir améliorer leurs conditions, pourtant … non, il ne trouvait rien qui convienne ! Alors qu’en toute situation, il dénichait toujours un petit quelque chose, cette fois-là … cette fois-là ! Non, il y avait forcément …
« Allons, allons, ne fais pas cette tête ! Qu’as-tu ? Nous sommes heureux ainsi, nous ne te demandons rien ; installe-toi ; n’ais pas peur ! »
Ces vieillards étaient vraiment aimables. Voyons, n’y aurait-il pas quelque chose qui … N’auraient-ils pas une idée de … S’il y avait quelque chose qu’ils désiraient, il pourrait peut-être aller … non ?
« Allons ! Ne t’en fais pas, vas. Nous ne voulons rien. Le temps fait son œuvre, nous sommes vieux, et nos besoins sont réduits. Nous ne voulons pas nous fatiguer alors que notre fin approche, et les nouvelles choses n’apportent que des tracas. Toi, voudrais-tu quelque chose ? Boirais-tu du thé ? »
On lui … demandait s’il … voulait quelque chose ? On lui … posait une … question ? Allons ! Un collectionisateur, c’est pas fait pour parloter … peut-être apprécieraient-ils un simple feu dans la cheminée vide ?
« Mais, non, te disons-nous. Allons, installe-toi. »
Il ne possédait aucun vieillard aussi aimable dans sa collection, mais il n’avait pas trop envie de les collectioniser. Par contre, il s’interrogeait ; pourquoi tous les humains n’étaient-ils pas aussi gentils qu’eux ?
« Oh, le temps, tu sais, ça a ses défauts mais aussi ses qualités. On apprend, si on veut bien, si on en a l’occasion. Alors, tu t’installes ? »
Le … temps ? Qu’était-ce donc ? Il ne croyait pas avoir déjà rencontré cette chose étrange ! Pourrait-il la capturer ?
« Capturer le temps ? » Rires. « Non, nous ne pensons pas que cela soit possible. Bon, tu veux vraiment rester planté là ? Les piquets sont faits pour clôturer les champs, tu es maladroit à les imiter ainsi ! »
Il le voulait – piquets ? – le voulait le voulait le voulait ! Il voulait voir un temps, et le mettre dans une de ses pièces, et voir, et voir … voir – comprendre – pourquoi ces vieillards étaient si gentils !
« Allons, que fais-tu ? Ca ne va pas ? »
Le collectionisateur collectionisa les deux vieillards, il n’en laissa pas une miette ; zut, zut, zut. Il voulait le temps ! Quelque chose dont il ne connaissait même pas l’existence, quelque chose de nouveau, de … oh ? Les vieillards auraient peut-être pu lui donner d’avantage d’informations, mais il était pressé, pressé, pressé … et il ne voulait pas trop les libérer – la collectionisation ne fonctionne qu’une fois sur un même objet, faut pas trop abuser. Zut, zut, zut ! Il voulait un temps !
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… qui collectionisa le Temps
Il avait cherché, cherché, cherché. Partout. Enfin, presque partout – en de nombreux endroits, très, très, très nombreux. Il avait cherché, près des vieillards d’abord, puis d’autres humains, quelques animaux, il avait essayé d’interroger une pierre, un fou qui prétendait savoir ce qu’était le temps, un poisson clown, un poisson-chat – un chat -, il avait fouillé des ravins, des montagnes, un peu tout et n’importe quoi – un tas de chaussettes, le nid d’une échasse blanche, un bloc de glace immaculée, un bol de lait, l’obole d’un mendiant dans une petite coupelle, une ritournelle chantée par un roitelet qui aurait pu être savant ; il avait écouté le vent, mais il ne l’avait pas trop compris ; il avait encore cheminé les chemins, ça il savait bien faire, mais il les connaissait déjà tous ou presque ; il avait cherché, cherché, cherché, à la recherche du Temps, d’un temps ou au moins de quelqu’un ou quelque chose qui aurait une petite piste, infime même, mais non, néant, il cherchait mais ne trouvait rien, il s’obstinait, un collectionisateur c’est pas forcément très intelligent mais au moins ça renonce pas, et il cherchait, toujours, il parcourait le monde, il s’enhardit à questionner des inconnus qu’il n’aurait jamais osé aborder auparavant, il cherchait, cherchait, cherchait encore, ça finirait bien par payer, mais il avait l’impression d’avoir fouillé le monde entier, d’avoir regardé sous chaque grain de pierre existant, et il ne trouvait pas, ne trouvait pas …
Et puis – devinez quoi ? – il vit quelque chose. Il entendit, plutôt. Ça ne se remarquait pas beaucoup, vraiment pas, il n’y faisait plus attention, le genre de bruit qu’on oublie, qu’on met de côté car on y est habitué, mais qui reste agréable à l’oreille : tic … tac … tic … tac …
Oui, c’était le tic-tac de ce que les hommes appelaient montre ! Une montre qui égrenait les secondes, qui se blottissait dans du sable chaud, abandonnée, toute seule, seulette, mais qui continuait son immuable travail. Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Les montres étaient pourtant bien en évidence, aux poignets de tous les êtres affairés qui prenaient rendez-vous dans des petits carnets, des grands cadrans étaient même exposés sur les murs, mais on oublie ce qu’on voit tous les jours, c’est dommage, c’est comme ça, mais il avait trouvé ! Trouvé, trouvé-trouvé-trouvé ! Mais … avait-il vraiment trouvé le Temps ? Cet accessoire dévoilait à tous l’existence du temps, ça oui, elle permettait aux pauvres êtres qui ne le comprenaient pas de l’appréhender un minimum, mais … pourrait-il grâce à elle collectioniser le Temps ? Car c’était bien ce qu’il voulait faire ! Sinon, quel intérêt ?
Il fit sortir le filament le plus doué de son corps et effleura timidement la montre ronde. Peut-être y parviendrait-il, s’il faisait attention. Doucement, tout doucement, il commença son travail. Oui, il sentait quelque chose, par delà les rouages de la montre ! Furtif, presque indécelable, qui permettait que rien ne soit jamais pareil et qui pourtant parfois se répétait, il était là ! Un temps !
Le collectionisateur se concentra, il ne devait faire aucune erreur. Il parvint à attirer le Temps tout entier grâce au temps piégé dans la montre ; le Monsieur Temps n’était pas très prudent, ou bien il était fatigué et le collectionisateur était rendu adroit par son impatience, ça arrive. Il l’attira, attira le Temps dans la montre pour le capturer ensuite, oui, il était là, tout près, c’était presque bon, presque …
Non !
Une pie avait volé la montre !
Méchante, méchante pie ! Elle l’avait empêché de collectioniser le Temps, alors qu’il l’avait presque ! Il était là, dans la montre, piégé, et puis … non ! Impossible ! C’était injuste, trop injuste, vraiment !
Et la pie s’envolait, loin maintenant, et puis, fatiguée, elle laissait tomber la montre, ça n’était pas un si beau trésor que cela finalement, mais le collectionisateur ne la voyait plus, il était resté au même endroit, tout triste, à se désespérer, et à se lamenter, et à se dire qu’il fallait à nouveau qu’il parte à la recherche du Temps, ou de la montre … et la montre, elle, comprenait juste qu’elle était plus secouée qu’à la normale ; et elle continuait son interminable musique : tic … tac … tic … tac … Et le Temps, silencieux, l’écoutait, et se demandait où il avait bien pu se retrouver.
Merci ^_^ Lorsque vous dites que vous préférez le deuxième texte ... je l'avoue : moi aussi. Il m'est venu très naturellement, a coulé tout seul, ce qui n'a pas été le cas du premier :-[ Et je suis contente de voir que le collectionisateur est compris à peu près comme je voulais (en fait j'ai eu l'idée de ce personnage sous la douche, bref XD je l'aime beaucoup ^^)
"il avait fouillé des ravins, des montagnes, un peu tout et n’importe quoi – un tas de chaussettes, le nid d’une échasse blanche, un bloc de glace immaculée, un bol de lait, l’obole d’un mendiant dans une petite coupelle, une ritournelle chantée par un roitelet qui aurait pu être savant "
--> J'adore ce passage, je ne sais pas pourquoi. Peut-être à cause du contraste entre les ravins, les montagnes, et le tas de chaussettes XD
"il avait écouté le vent, mais il ne l’avait pas trop compris"
--> là aussi j'aime beaucoup
En fait, je me suis amusée avec les sonorités, c'est grâce à ça que ça coule : chaussette -> échasse ; blanche -> bloc de glace ; bloc/glace -> bol/lait ; bol -> obole ; coupelle -> ritournelle -> roitelet ; savant -> vent
Parfois je pars dans des trucs quand j'écris ... ma tête est bizarre XD
Voila un texte qui suit, je ne sais pas trop si je dois le mettre à la suite ou dans un nouveau sujet, comme il peut tout de même être lu séparément ... Mais je le mets ici, ça se suit quand même ^^
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La montre et Monsieur Temps
Fontaine intarissable, la montre égrenait les secondes ; ses longues aiguilles d’argent cliquetaient inlassablement pour comprendre le temps : tic … tac … tic … tac … Et lui, le Monsieur Temps, était bien obligé de se plier à leurs contraintes. Etre de nature infini, il devait diviser son immense corps en secondes, en minutes, en heures et plus encore – il était coupé, classé, archivé sauvagement, par un ustensile qui ne faisait qu’effectuer ce pour quoi il avait été éduqué.
Roule la ronde des aiguilles, renouvelée sans cesse et inlassablement ! Elles sont idiotes, ces aiguilles, et sont pourtant les gardiennes de la plus insaisissable des créatures, j’ai nommé : le Temps !
Passé, présent, futur ? Seraient-ils vraiment si différents, par delà leur dénomination ? Ils sont tous les facettes d’un même Monsieur, prisonniers de ce que l’on pense d’eux – les pauvres ! La montre, insatiable gardienne, n’est pourtant pas réellement mauvaise. Comment pourrait-elle savoir, elle, qu’agiter ses aiguilles est plus qu’un simple passe-temps ?
Et ces aiguilles, toujours, tournaient sans jamais s’arrêter – à en avoir le tournis, un manège infernal. Alors que Monsieur Temps désespérait d’enrayer la machine, la montre sentit soudain une main aimante la ramasser. Sa ronde coque se blottit chaudement dans la paume toute douce, et elle fut soulevé par elle ne savait qui – mais cet inconnu était bien attirant, et intriguant. Un instant, la montre oublia même d’égrener les secondes, mais elle se reprit vite.
Il s’agissait du Fou, du cher Fou aux cheveux bouclés, tout roux tout doux. Il avait vu la montre, abandonnée par terre, et ça lui avait fait mal au cœur. Alors il l’avait ramassée et recueillie. Puis il s’était aperçu, étonné, que cette montre coquette hébergeait un hôte dont elle n’avait pas idée. Le Fou ne comprenait pas trop comment un être aussi illustre que Monsieur Temps avait pu se laisser enfermer ainsi, mais il prit la résolution d’aider, et le Temps, et la montre. Il ne voulait pas faire de jaloux.
Le bouffon au cœur tendre accrocha donc la montre à son poignet, en l’attente du jour où il pourrait résoudre le problème. Et depuis cette rencontre, la Montre et le Temps, inséparables compagnons, accompagnent le Fou dans ses pérégrinations.